LIVRE IX : DE LA HIERARCHIE
l'étuve. Le blanchissage comprend diverses opérations : trempage, essangeage, lessivage ou coulage (v. lessive), savonnage, rinçage, séchage, pliage et repassage. Les matières employées pour le blanchissage sont la soude et la potasse, surtout celles qui se trouvent naturellement dans les cendres de bois et qui ne détériorent pas le linge. On a recours aussi au blanchissage à la vapeur.
Dégraisseur. — A la teinturerie et au blanchissage se rattache le dégraissage. Le tcinturierdègraisseur nettoie, blanchit, reteint, met à neuf les étoffes salies ou endommagées par l'usage ; il s'applique à enlever toutes sortes de taches, sans altérer la couleur ni la nuance de l'étoffe. Le lavage à l'eau et au savon suffit pour enlever les taches de tabac, de bière, de cidre, de cerises. L'ammoniaque étendue d'eau enlève la plupart des taches récentes faites par des acides minéraux. On emploie le sel d'oseille pour les taches d'encre sur le linge ; la térébenthine, l'alcool ou l'éther, pour les taches de graisse, d'huile, de peinture, etc.
Couturier, couturière. — Jusqu'au XVIe siècle, les tailleurs étaient appelés couturiers ; et l'on appelle encore de ce nom les tailleurs pour dames. La couture est un art éminemment domestique ; il n'est permis à aucune femme d'en ignorer les principaux éléments. Outre la couture proprement dite, la couturière doit savoir tailler le linge, les chemises, les robes, etc. Cet art comprend donc de nombreuses spécialités, dont plusieurs sont très lucratives, d'autant mieux qu'elles favorisent davantage la passion du luxe et de la toilette. Les couturières de Paris ont à servir la plus riche clientèle et envoient même leurs produits sur tous les points du monde. Mais les travaux de couture les plus communs sont très mal rétribués. Depuis l'invention de la machine à coudre et grâce à la surabondance de l'offre sur la demande, des milliers de pauvres femmes n'arrivent point à gagner un franc par jour en travaillant plus de douze heures. On voit aussitôt les conséquences économiques et morales de cet état de choses, surtout dans nos villes les plus populeuses. Pour y porter remède, une association s'est formée à Paris : le Syndicat de l'aiguille (v. Bonnevay, Les ouvrières lyonnaises travaillant à domicile, misères et remèdes, 1896).
Tailleur. — L'industrie du tailleur d'habits comprend la coupe et la confection. Celle-ci se subdivise selon les vêtements : habit, pantalon, gilet, etc. A l'industrie du tailleur se joint souvent le commerce correspondant. De là les marchands tailleurs, qui vendent les habits faits d'avance ou les font faire sur mesure. Les marchands tailleurs et les pourpointiers formaient autrefois deux corporations distinctes. Elles furent ensuite réunies et reçurent de nouveaux statuts, en 1660.
Bonnetier. — La bonneterie comprend la fabrication et le commerce des articles faits avec l'aiguille à tricoter ou au métier à bas : bonnets, bas, tricots, maillots, caleçons, gants, mitaines, filets. D'abord unie à celle des drapiers, la corporation des bonnetiers en fut détachée en 1527 et forma l'un des six corps marchands de la ville de Paris. Cette industrie est florissante dans l'Aube, le Calvados, la Somme, le Gard.
Brodeur, brodeuse. — L'art de broder a été connu de toute antiquité ; car l'homme se préoccupait du luxe avant même d'avoir le nécessaire. Les Grecs attribuaient l'invention de la broderie à Minerve (v. plus haut, art de filer). Cette industrie comprend : la broderie en lame (or ou argent) ; la broderie de soie, au plumetis, au crochet, sur tulle. Ici encore les machines-outils sont venues se substituer bien souvent à la main d'œuvre. Les principaux centres de fabrication sont Paris, Lyon (broderie en lame, de soie, etc.) ; Nancy (au plu-
metis) ; Alençon, Tarare, Saint-Quentin, la Suisse (au crochet). L'Inde et la Chine fournissent aussi des broderies très riches.
Passementier. — L'industrie du passementier comprend la fabrication d'une foule d'articles, formés en général de tissus épais et étroits, en fil, coton, laine, crin, or ou argent, servant à garnir les rideaux, les meubles, à orner les uniformes et les livrées ; ainsi : les galons, les franges, glands, houppes, cordonnets. Les principaux centres de fabrication sont Paris et Lyon. Les passementiers formaient jadis une corporation, et l'on attribuait à leur industrie la fabrication de beaucoup d'objets laissés aujourd'hui aux boutonniers, fleuristes, plumassiers, fabricants de dentelles, éventaillistes, rubaniers, etc.
Modiste. — L'art des modistes a pour objet la fabrication de tous les ajustements, parures servant à la toilette des dames. Cette industrie est très développée en France, surtout à Paris, qui exporte ses produits dans le monde entier. Elle est sous la dépendance du commerce qui lui correspond et qui lui-même dépend beaucoup des caprices du jour, c'est-à-dire de la mode. Ajoutons que ce commerce se réserve la meilleure part des bénéfices, en sorte que les ouvrières en modes, surtout celles qui confectionnent les ouvrages les plus communs ont un travail irrégulier et mal rémunéré. Il existe un grand nombre de journaux de mode. Ils montrent, malgré leur futilité habituelle, les rapports que l'industrie des modes et, en général, du costume (couturiers, tailleurs, etc.) pourrait avoir avec un art supérieur et moral.
Papetier. — L'industrie du papier ou papeterie a des analogies frappantes avec l'industrie de l'étoffe ; et l'on sait qu'au Japon surtout, l'étoffe et même le bois, etc., sont souvent remplacés par des tissus de papier. Le papier fait de chiffons est d'invention chinoise. Il fut introduit en Europe par les Arabes. Au XIVe siècle, apparurent en France les premiers moulins à papier. Aujourd'hui cette industrie a pris les plus grands développements avec celles de l'imprimerie et de la librairie, auxquelles elle est si étroitement liée ; grâce au machinisme, elle peut fournir les 400.000 tonnes de papier que la France consomme en très grande partie annuellement. Les principaux centres de fabrication sont Essonnes (Seine-et-Oise), Clairefontaine (Vosges), Deluz (Doubs), La Haye-Descartes et Le Mesnil (Eure); Rives (Isère) pour les papiers fins. Les papetiers formaient jadis une corporation, qui avait pour patron S. Jean Porte Latine (v. Vachon, Les arts et les industries du papier en France, 1H94).
Relieur. — La reliure s'étend à des ouvrages fort divers, depuis les plus simples et les plus mécaniques jusqu'à de véritables chefs-d'œuvre. Cet art passa des Grecs aux Romains, qui y excellèrent à leur tour. Le moyen âge nous a laissé des œuvres d'art tout à fait dignes des plus beaux manuscrits de cette époque. La reliure prit un nouvel essor à la suite de l'invention de l'imprimerie ; elle n'a cessé de faire des progrès, grâce à de véritables artistes. Aujourd'hui elle constitue l'une des branches importantes de l'industrie du livre.
Chapelier. — La chapellerie comprend la fabrication des chapeaux de toute forme et de toute matière. Elle renferme donc une foule de spécialités : la chapellerie de fendre, qui emploie de plus en plus les machines ; la chapellerie de soie, celle de paille (paille d'Italie, paille suisse, paille cousue) ou d'osier, d'écôrce, de liège, etc. Cette profession, qui serait d'ailleurs assez lucrative — nous parlons surtout de la chapellerie de feutre — est des moins salubres ; elle est exposée aux chômages, aux déplacements, à des transformations ruineuses pour les ouvriers et les patrons.
Coiffeur. — Ce nom a éclipsé celui de perru-