Chapitre V
Du commerce et du transport.
Commerce . — Les productions de l'industrie, et en général toutes les valeurs créées par l'activité humaine, seraient souvent superflues et inopportunes sans l'échange et le commerce, qui les amènent chacune en son temps et en son lieu. Il faut que le marchand actif, prévoyant et consciencieux, se fasse l'intermédiaire de tous. Entre ses mains, le superflu se change en nécessaire, et le nécessaire en superflu ; ce qui est vulgaire devient précieux, et ce qui est précieux et rare devient vulgaire et commun. Sans le commerce, la richesse ne serait qu'une pauvreté; les biens entassés par l'industrie formeraient un monceau inutile : le Pérou regorgerait d'or et manquerait de fer ; l'Angleterre regorgerait de fer et manquerait de vin ; la France abonderait peutêtre en vin et en froment, mais elle convoiterait le coton, le café et autres denrées coloniales. Il faut que toutes les richesses naturelles parviennent à ceux qui méritent de les acheter et soient appliquées à leur fin ; il faut que tout bien trouve son emploi, toute richesse son maître, toute valeur sa place la plus utile. Or, c'est par le commerce, le négoce et la banque que ces besoins sont satisfaits. Le commerce a été pratiqué de tout temps : les Arabes, les Phéniciens, les Cartaginois, les Grecs, les Romains, les Vénitiens, les Portugais ont trafiqué avec succès ; et si le commerce moderne est incomparablement plus étendu et plus florissant, ce n'est pas que nos aptitudes soient plus mercantiles que celles des anciens, mais c'est que nous avons sur eux le privilège de nombreuses découvertes, qui facilitent le transport des marchandises et les relations entre peuples. Les richesses circulent aujourd'hui dans la
société comme le sang dans le corps. Toutefois le commerce ne produit rien, il organise, il distribue, en s'inspirant de l'opportunité et des besoins ; étant stérile par lui-même, il n'est pas une industrie proprement dite, et absorbe une partie considérable des forces de la société afin d'utiliser les autres. Si donc le temps et les travaux qu'il exige ne sont pas compensés par son utilité sociale, il faut désirer qu'il tombe ou s'abrège. Entre le producteur et le consommateur il ne doit pas y avoir d'intermédiaire inutile, qui prélève sur les denrées ou les autres marchandises le salaire dont il a besoin et qui est proportionné peut-être à sa peine, mais non pas au service social rendu. Si le malaise économique est aujourd'hui si grand, malgré tant d'activité, de travaux et de facilités de production et de transport, il faut en attribuer les causes à ce parasitisme de certains commerces, comme aussi aux exigences usuraires de certains capitaux, et encore au manque de probité si commun et souvent inconscient à tous les degrés de l'échelle sociale, enfin et surtout aux mauvaises mœurs, qui gaspillent tant de biens, superflus aux uns, mais si nécessaires aux autres.
On distingue le commerce intérieur et le commerce extérieur ou international, qui se fait par importations et exportations (v. ces mots). On appelle balance du commerce l'équilibre ou la proportion de celles-ci avec celles-là. On dit que la balance du commerce est favorable à un pays lorsque ses exportations l'emportent sur ses importations. Mais on sait, en économie politique et en statistique, combien il est difficile et même impossible d'obtenir une balance exacte du commerce, et que d'ailleurs celle-ci ne fournit qu'un des éléments du problème à résoudre, quand on veut savoir si un pays devient plus riche ou plus pauvre que ses émules. En somme, pour savoir si le commerce extérieur d'un Etat est en équilibre, il faut regarder non seulement ses exportations et ses importations, mais, en général, la balance de ses créances et de ses dettes (v. les traités d'économie politique ; Annuaire de la marine de commerce française. Guide du commerce d'importation et d'exportation, 1896).
Commerçant. — La loi impose des obligations particulières aux commerçants : tenue de livres réguliers, tenue de la correspondance, inventaires annuels, publication de leurs conventions matrimoniales, contribution de la patente. Aussi le Code de commerce détermine-t-il quelles personnes doivent être réputées commerçantes et quels actes méritent la qualification d'actes de commerce. Un mineur ne peut faire le commerce que s'il a 18 ans, s'il est émancipé et dûment autorisé ; la femme mariée, doit avoir le consentement de son mari. Mais une fois autorisée par son mari, elle peut engager, hypothéquer, aliéner ses immeubles, s'obliger pour tout ce qui concerne son commerce, et obliger aussi son mari, s'il y a communauté de biens.
Marchand. — Le Code ne distingue pas entre les marchands, quels qu'ils soient, et les commerçants. Dans la pratique, on distingue les marchands en gros, qui vendent par caisses, ballots ou autres quantités importantes, et les marchands en détail, qui revendent en petites quantités, selon les besoins ou les facultés des consommateurs. On appelle marchands ambulants les petits débitants qui colportent leurs menues marchandises dans les campagnes, ou bien ouvrent des étalages dans les foires, etc. Avant la Révolution, les marchands de Paris ou merciers formaient six corporations : 1° drapiers et chaussetiers ; 2° épiciers; 3° merciers proprement dits; 4° pelletiers ; 5° bonnetiers; 6° orfèvres. Jusqu'à la fin du XVIe siècle, il y eut un roi des merciers, dont l'autorité s'étendait sur toute la France.