‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 337 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

Mercier. — La mercerie comprend une foule d'articles qui intéressent la couture et le travail des femmes ou qui se rapportent à la toilette : épingles, aiguilles, lacets, rubans, fils de lin, de soie, laines à coudre et à broder, boutons, dés à coudre, ciseaux, éventails, gants, etc. La France exporte beaucoup de merceries. On connaît le proverbe : A petit mercier, petit panier. C'est-à dire qu'il faut proportionner ses frais à son commerce.

Monopole. — Les anciens monopoles exercés par les corporations ont été abolis avec ces corporations elles-mêmes. Le XIXe siècle a vécu sous le régime de la liberté plus ou moins complète du travail et du commerce. Mais il est curieux de remarquer que cette liberté sans règle tend à ressusciter les monopoles au profit des plus forts industriels ou commerçants, qui parviennent à se débarrasser des plus faibles dans une concurrence sans merci. Ces monopoles rendent nécessaire l'intervention de l'Etat ; mais celle-ci est un danger de socialisme. Le remède serait une sage organisation du travail, adaptée aux besoins de notre temps, dans laquelle la liberté individuelle serait tour à tour protégée contre la tyrannie des plus forts et garantie contre ses propres excès. Considéré en lui-même, le monopole qui n'est pas exercé avec l'autorisation du pouvoir et pour un grand bien public, est coupable et même facilement criminel. Une loi de l'empire, sous Zenon, le frappait de la confiscation des biens et du bannissement perpétuel. L'accaparement, qui est le moyen naturel d'arriver au monopole, a été poursuivi sous l'ancien régime et après, avec une grande sévérité. Mais en fait il est toléré de nos jours, où des spéculateurs et des syndicats puissants disposent du marché et du prix. Quant au monopole légal, il peut êtrejustifié par l'intérêt public. En France, l'Etat a le monopole de la poste, des tabacs, des poudres, des salines, etc. ; on parle de lui donner celui de l'alcool. Avec ce dernier, ces divers monopoles pourraient rapporter au Trésor environ un milliard. Le monopole ou quasi-monopole de l'instruction publique ne saurait être justifié aussi facilement, d'autant moins qu'il est très onéreux au Trésor (env. 200 millions, sans compter les frais de construction, etc.). Le monopole des anciennes corporations n'a pas été aboli en ce qui concerne les notaires, avoués, huissiers, agents de change, etc. Les inventeurs brevetés, les concessionnaires de chemins de fer, mines, ponts, canaux, etc., exercent aussi une sorte de monopole, plus ou moins justifié par l'intérêt public.

Banquier. — Le commerce de l'argent a existé dans l'antiquité, en particulier chez les Romains. Mais la banque proprement dite date de l'invention de la lettre de change, vers le XIIe siècle. Les banquiers ne furent guère d'abord que des changeurs : ils négociaient les effets, les escomptaient avec des espèces, facilitaient au moyen de traites le change d'une place à l'autre. Leurs opérations s'étendirent avec le temps : ils reçurent des capitaux privés pour les faire valoir, ouvrirent des crédits aux particuliers pour des entreprises et même aux Etats en besoin d'argent. Des banques publiques s'élevèrent aussi à côté des banques privées. Il en existe aujourd'hui dans le monde entier. Citons, pour la France : la Banque de France et le Crédit foncier. Les grands banquiers sont les agents du haut commerce : ce que les marchands opèrent sur les marchandises, les banquiers l'opèrent sur les capitaux (titres de crédit, numéraire) ; les premiers achètent pour revendre, et les seconds empruntent ou reçoivent des dépôts pour prêter. Grâce aux emprunts d'Etats qui s'élèvent aujourd'hui à des sommes fabuleuses ; grâce aussi à un foule d'entreprises par actions et de sociétés anonymes qui se sont multipliées dans tous les pays, l'argent est devenu international, pour ainsi dire, et tout puissant. De là le pouvoir

excessif et insaisissable de la haute banque, représentée surtout par quelques personnalités ou quelques maisons puissantes, par exemple les Rothschild, qui, sortis de Francfort, il y a un siècle, possèdent aujourd'hui par eux-mêmes ou par leurs alliés les principales banques du globe.

Changeur. — Le changeur est celui qui fait le commerce du change (v. change, échange), c'està-dire qui troque de la main à la main des monnaies et des billets d'un pays ou d'une ville contre ceux d'un autre pays ou d'une autre ville. Le commerce du change comprend aussi l'achat ou la vente de place en place des monnaies et surtout des lettres de change. On distingue le change intérieur (entre deux villes d'un même Etat) et le change extérieur (entre deux villes d'Etats différents). Le prix des lettres de change varie comme celui des marchandises. Le prix auquel on vend dans un lieu l'argent qui doit être payé dans un autre lieu s'appelle le prix du change ou absolument le change. Le change est au pair, quand une lettre de change se paie au prix de sa valeur nominale; sinon, il est au-dessus ou au-dessous. A Rome, les changeurs remplissaient à la fois les offices de changeur, banquier et notaire. Avant la Révolution, les changeurs devaient avoir l'autorisation du chef de l'Etat et leur nombre était limité. Il en est de même aujourd'hui des agents de change, chargés de négocier à la Bourse les effets publics français ou étrangers, etc. et de coter ces valeurs. A côté du parquet des agents de change, seuls agents reconnus, s'est formée la coulisse, qui a eu souvent des démêlés avec le parquet. Celle de Paris surtout a été envahie par des agioteurs et des étrangers.

Courtier. — Le courtier est celui qui s'entremet pour la vente et l'achat de marchandises ou de valeurs quelconques. Il doit donc connaître les variations des prix, le cours du change et des effets de commerce. On distingue les courtiers de marchandises, les courtiers d'assurances, etc. Le Code de commerce ne reconnaît pour les actes de commerce que deux sortes d'agents intermédiaires : les agents de change et les courtiers (v. art. 74 et suiv.). Mais à côté des agents de change on a toléré les coulissiers, et, à côté des courtiers reconnus, il y aies courtiers-marrons.

Entrepreneur- — C'est celui qui se charge à forfait de certains travaux de construction ou autres, qui s'exécutent d'ordinaire sous la direction d'un architecte ou d'un ingénieur. La loi range les entrepreneurs parmi les commerçants. En économie politique, on étend le nom d'entrepreneur à tous ceux qui, disposant d'un instrument de production, le font valoir par le travail d'autrui (v. patron, m arch an dage, adjudicat ion).

Fournisseur. — Pendant la Révolution et les guerres du premier Empire, plusieurs fournisseurs des armées ou munitionn aires firent des fortunes scandaleuses. Les marchés de fournitures n'ont pas laissé depuis lors de prêter à bien des abus (potsde-vin, etc.), bien qu'ils doivent se faire par adjudication, sur soumission cachetée. Le rôle des fournisseurs est un peu celui des anciens munitionnaires généraux, dont l'institution remontait à Henri III. Leur service rentre aujourd'hui dans celui de l'intendance militaire.

Brocanteur. — Les brocanteurs, marchands de bric-à-brac, trafiquent de marchandises ou objets de hasard, friperies, galons, habits, meubles, ustensiles, etc. Les uns sont sédentaires et les autres ambulants. Ceux-ci doivent porter ostensiblement une plaque ou médaille numérotée que leur délivre la police. Tout brocanteur doit inscrire ses acquisitions, les noms et domiciles des vendeurs, sur un registre coté et paraphé par la police.

Traite des noirs. — L'un des commerces les plus abominables, qui a sévi dès l'antiquité et qui

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