LIVRE II : DE L ÊTRE
stantiation pour admettre la consubstantiation ou Vimpanation (présence simultanée du corps divin et du pain) ou rejeter simplement le mystère.
Vie. — On a dit, avec raison, que la vie est dans le tf.ouvement (Vita in motu). C'est le mouvement, en effet, qui trahit la vie et qui la mesure. Nous regardons comme vivants les êtres qui se meuvent et nous attribuons la vie, par métaphore, à tout être qui parait se mouvoir, par exemple à l'eau vive qui jaillit de sa source. Mais la vie n'est pas dans un mouvement quelconque, dans le mouvement purement mécanique : elle est dans un mouvement spontané et immanent. L'être qui vit, en effet, se meut lui-même à proprement parler, c'est-à-dire qu'il est non seulement le principe de son mouvement (spontanéité au sens large) mais encore le terme premier (spontanéité au sens strict, qui inclut l'immanence). Vivre, ce n'est pas seulement agir, et agir en vertu de sa propre force, mais c'est encore se perfectionner, parcourir certaines phases, depuis la naissance jusqu'à la mort. Nous parlons ici de la vie des êtres corporels. A quelque degré que nous considérions la vie, depuis la cellule végétale jusqu'à l'homme, elle garde ce caractère propre. La monade ou la molécule pure ■ ment matérielle n'a rien de tel : elle agit en vertu de sa propre force, mais elle ne se prend pas ellemême pour terme ou objet de son mouvement ou de son acte et partant elle ne se perfectionne pas.
Nous rejetons ainsi ou nous complétons les définitions fausses ou incomplètes et accessoires de la de la vie : celle de Stahl : La conservation du mélange corruptible dont notre corps est forme ; celle de Bichat : L'ensemble des fonctions qui résistent à la mort, etc.
Après avoir bien défini la vie, il est facile d'établir que le principe vital est distinct de la matière, comme aussi des forces chimiques et physiques. En effet, si la matière était le principe de la vie, en tant que matière, tous les corps vivraient ; et c'est ce que prétend Leibniz, avec tous les hylozoïstes. Ensuite, il est clair que les actions et réactions physiques et chimiques ne sont pas des actes vitaux ; car les molécules non vivantes agissent les unes sur les autres, se modifient les unes les autres, mais ne se modifient pas elles-mêmes. Au reste, il suffit d'examiner les caractères distinctifs et même opposés des êtres vivants et des êtres inorganiques pour reconnaître qu'ils diffèrent essentiellement. Les êtres vivants se distinguent des autres : 1° par l'organisation et la structure ; 2° la composition chimique ; 3° la figure, qui n'offre rien de géométrique ; 4° la naissance ou l'apparition qui a lieu par voie de génération ; 5° l'accroissement, qui se fait par intussus- , ception et qui a toujours des limites marquées pour chaque espèce ; 6° la conservation et l'évolution ; 7° la flexibilité et l'adaptation. Ces différences accusent un principe radical propre aux êtres vivants. Il n'est autre, en définitive, que leur essence, leur nature, leur forme substantielle. La vie (vita in actu primo) n'est donc pas accessoire aux êtres vivants, elle n'est pas une qualité, bien que son exercice (vita in actu secundo) soit accessoire et puisse dépendre de mille qualités; mais le principe premier de la vie est substantiel ; il est un actuellement, comme la substance et la forme, bien qu'il ] misse être multiple en puissance. Ces considérations fondent déjà la réfutation du vitalisme, de l'organicisme et justifient l'animisme scolastique.
Il reste à déterminer maintenant les degrés de la vie. Vivre, avons-nous dit, c'est se mouvoir. Or il v va diverses manières plus ou moins parfaites de se mouvoir. Il y a d'abord un mouvement qui consiste dans la simple exécution d'une œuvre, d'une idée, d'un plan. Il y a ensuite un mouvement qui consiste à réaliser une chose connue, perçue, sentie. Il
y a enfin un mouvement vers une fin connue comme telle et souvent même choisie librement. Au premier degré, le mouvement est très imparfait, puisqu'il consiste tout entier dans une simple exécution ; au deuxième degré, il est plus remarquable, puisqu'il consiste non seulement dans l'exécution, mais encore dans une certaine connaissance qui en est la cause ; au troisième degré, il est bien plus parfait encore, puisque l'être qui se meut non seulement connaît et exécute, mais encore s'oriente vers sa fin. Or le premier degré convient aux végétaux ; le second, aux animaux; le troisième, aux êtres intelligents. L'intelligence vit plus que le sens, qui ne choisit pas sa fin, qui n'est pas maître de lui-même ; et le sens vit plus que l'organe de la plante, qui se meut sans connaissance, sans aucune sensation.
Maintenant y a-t-il au-dessus de l'intelligence humaine une vie plus haute ? Oui, sans doute, puisqu'il y a une intelligence supérieure et infinie, cpii non seulement est affranchie des sens (comme l'ange, dont la vie est plus haute que celle de l'homme), mais qui de plus est la cause de toutes choses, et par conséquent ne dépend que d'elle-même, n'ayant rien de passif, étant tout activité. Dieu se meut et il meut toute créature sans être mû lui-même par aucune : c'est un acte pur et partant la vie sans limites. (V. Farges, la Vie et l'cvo/ution des espèces; Bouillier, Du principe vital et de l'âme pensante).
Monde — Le monde, avec tout ce qu'il contient, est l'objet des sciences physiques et naturelles et aussi de la philosophie. Les premières s'occupent du monde sensible, du ciel et de la terre, pour les décrire, assigner leurs éléments, déterminer les origines, mais sans remonter aux toutes premières causes. De là l'astronomie, la géologie, la géographie, la cosmogonie, la zoologie, la botanique, etc. C'est ainsi que A. de Humboldt a écrit, sous le nom de Cosmos, un fameux exposé de toutes les connaissances sur la constitution du monde. Laplace a écrit une Exposition du système du monde, corrigée par les théories plus récentes et contestables elles-mêmes de M. Faye. Mais il appartient à la philosophie d'étudier le monde dans sa nature intime et dans ses premières origines. Sous le nom de cosmologie, elle établit les doctrines suivantes, qui sont à la base de toutes les sciences de la nature :
Le monde est composé, muable, fini, contingent et essentiellement dépendant. Il est donc absurde de supposer, avec les panthéistes, qu'il a même être, même nature, même substance que Dieu. La matière dont le monde est fait ne peut pas tenir l'existence d'elle-même ; d'où il suit que le monde actuel n'est pas le résultat d'une combinaison fortuite d'atomes. Le monde n'a pu émaner non plus de la substance divine. Seule l'hypothèse de la création est possible et s'impose. De plus, la création est libre et, dans l'hypothèse de la création, le monde absolument le plus parfait n'est pas nécessaire. La fin dernière du monde est la gloire de Dieu, c'est-à-dire de représenter en quelque manière les perfections divines et de les célébrer. Quant à la fin prochaine du monde, elle ne consiste pas dans une évolution ou un progrès indéfini des êtres, qui confondrait toutes les espèces, mais plutêt dans l'ordre général, les relations étroites et multiples de toutes les créatures entre elles, le développement harmonieux de toutes ensemble et de chacune en particulier. Un ne peut admettre qu'avec certaines réserves l'hypothèse de la pluralité des mondes.
En ce qui concerne la nature des corps en général, il faut signaler aussi la doctrine suivante : Ni l'atomisme pur, ni l'atomisme chimique, ni le dynamisme n'expliquent l'essence des corps. Quant à