PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
l'atomisme dynamique, il peut se ramener au système de la matière et de la forme, qui seul donne une solution satisfaisante du problème philosophique de la composition des corps. Seul aussi il permet d'admettre et d'expliquer les générations et autres transformations substantielles qui s'accomplissent dans la nature.
Toutes ces vérités et les autres qui concernent les animaux, les plantes, la vie, la quantité, le fini et l'infini, l'espace, le temps, etc. sont expliquées dans les articles suivants ou dans les autres parties de cet ouvrage.
Nature. Ordre naturel, ordre surnaturel.
— Ici nous entendons par la nature l'ensemble des êtres créés en tant qu'ils sont doués de certaines énergies et capables par conséquent de produire certains effets. La nature nous apparaît même, par une abstraction de notre esprit, comme une force générale qui anime ou meut tous les êtres et les porte chacun vers sa fin. C'est d'elle qu'il s'agit quand nous disons que la nature ne fait rien en vain. Les fins de la nature n'en sont pas moins le plus souvent mystérieuses, malgré toutes les découvertes ; et c'est avec raison que les Egyptiens la représentaient sous la forme à'Isis, couverte d'un voile.
Or la nature a ses lois, c'est-à-dire qu'elle agit d'une manière constante, uniforme. Cette constance, cette uniformité, cette régularité d'action s'appelle l'ordre de la nature ou le cours de la nature.
A la nature est opposée la grâce ; à l'ordre naturel, l'ordre surnaturel. Le surnaturel est ce qui est au-dessus des propriétés et des forces de toute nature. Il n'appartient pas à la philosophie de le définir positivement. Les théologiens enseignent qu'il consiste, en définitive, c'est-à-dire à ne considérer que ses principaux termes, dans l'adoption divine et la vision intuitive de Dieu, privilèges qui, par essence même, ne peuvent être dus à aucune nature créée. Tout ce qui conduit positivement à ces fins sublimes est surnaturel, rentre dans l'ordre surnaturel ; car c'est la fin qui donne à l'ordre son caractère.
Nous nous bornons à affirmer ici qu'il y a un ordre naturel et qu'il peut être subordonne à un ordre supérieur. Et d'abord l'ordre naturel se démontre a priori, étant admise la sagesse du Créateur. Il se démontre aussi par l'expérience ; car la nature entière est soumise à des lois qui elles-mêmes ne sont point sans rapport et sans une remarquable harmonie les unes avec les autres. A mesure que la science progresse, nous voyons que les lois deviennent moins nombreuses, qu'elles dérivent d'un petit nombre ou du moins qu'elles supposent quelques lois plus générales qui les dominent toutes et ramènent ainsi l'univers physique à une merveilleuse et profonde unité. Quel rapport admirable, par exemple, entre les lois de la chute des corps et celle des nombres, et, en général, entre toutes les lois physiques et toutes les lois mathématiques ! Telle loi règle les sons ; telle autre la lumière ; une autre l'électricité ; une autre encore le mouvement, etc. ; mais les lois particulières sont soumises à des lois plus générales qui réunissent chaque groupe de phénomènes et les font converger tous vers une même fin. De degré en degré nous arrivons ainsi à l'ordre général de la nature qui embrasse tous les phénomènes et toutes les lois. Cet ordre n'est pas douteux, bien qu'il ne nous soit connu que d'une manière imparfaite : personne aujourd'hui ne le contestera.
Il faut ajouter ensuite que l'ordre naturel peut se subordonner au surnaturel. On n'en doutera plus, si l'on considère la toute-puissance de Dieu et la nature même des choses. Celui qui a tiré de la matière les différents règnes de la nature et les a tous couronnés par le règne humain, peut bien
ajouter un ordre supérieur à tous les ordres précédents. Entre la nature et lui il y a, pour ainsi dire, une distance infinie, et l'on conçoit qu'il puisse toujours élever sa créature et lui proposer, sinon une fin plus noble, du moins des moyens nouveaux et plus excellents de l'atteindre. D'autre part, on ne voit pas pourquoi la créature intelligente qui, en connaissant la vérité et en aimant le bien, entre en communication de quelque manière avec l'infini, ne serait pas capable de cette élévation. Si elle n'y peut prétendre par elle-même, pourquoi ne pourrait-elle en être favorisée ? Et remarquons encore une fois que cet ordre supérieur ne détruit pas les ordres inférieurs, il les perfectionne : le corps de la plante est toujours matière et soumis aux lois de la matière ; de même l'homme, en devenant chrétien, ne laisse pas que d'être homme : l'ordre surnaturel ne supprime donc pas la nature, mais il ajoute encore et merveilleusement à tous les phénomènes et à toutes les perfections de la nature, si riche qu'elle soit d'ailleurs.
Ri'i/nes de la nature. La nature comprend trois règnes : animal, végétal, minéral. Entre les deux premiers on a essayé d'intercaler un règne équivoque, le règne psychodiaire ouprotiste, d'où dériveraient les deux autres, et qui comprendrait les animaux-plantes ou zoophytes. Mais ce règne, contradictoire dans les termes, n'a pas été admis ; et nous avons déjà rejeté plus haut l'hypothèse de la transformation des espères. Les évolutionnistes ont supposé aussi entre le règne minéral et le règne végétal des êtres équivoques, comme les cristaux, qui seraient à la fois organiques et inorganiques. Mais cette hypothèse n'est pas moins contradictoire que la précédente : tout corps vit ou ne vit pas, de même que tout corps a une âme sensitive ou ne l'a pas. Déterminons maintenant les caractères essentiels du végétal et de l'animal.
Végétal. La plante a la vie et partant un premier principe des opérations qui la distinguent. Ce principe est sa forme substantielle. C'est d'elle que découlent les puissances végétatives principales, qui ont pour objet la nutrition, la croissance, la génération. A ces actes se rapportent ensuite : la 'fécondation et la germination; Y absorption, qui devient chez les animaux la manducation ; la digestion et l'assimilation, par lesquelles la plante et l'animal transforment en leur propre substance les matériaux empruntés au milieu ; la circulation de la sève, qui devient chez les animaux la circulation du sang; la respiration, si remarquable chez les plantes comme chez les animaux. On voit déjà que toutes les opérations de la plante se retrouvent d'une manière supérieure chez l'animal. Mais la réciproque ne serait pas vraie : La plante ne sent pas.
En effet, si les fonctions de la vie végétative étaient naturellement associées à celles de la sensibilité, nous le constaterions en nous-mêmes. Or, malgré l'union intime de nos facultés sensibles avec les facultés inférieures, elles restent parfaitement distinctes entre elles. Ensuite, si les plantes sentaient, elles auraient les organes que comporte la sensation, un système nerveux, etc. Or, elles n'ont rien de tel. D'ailleurs la nature ne fait rien en vain. La sensation est utile à l'animal pour trouver sa proie ou se dérober à l'ennemi ; mais quelle serait Futilité de la sensation chez la plante, qui subit toutes les conditions du milieu où elle vit? Au reste, il faut convenir que la sensation paraît très obscure chez certains animalcules qui confinent à des végétaux microscopiques. Les deux règnes, au lieu de se développer selon deux lignes disposées bout à bout, paraissent plutôt former deux lignes divergentes qui partent d'un centre commun et encore bien peu exploré.
Animal — Après la vie de la plante il faut