PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
familles, et ce n'est pas dans cette vue principalement qu'il faut le contracter. Il n'est pas non plus, en premier lieu du moins, une association d'intérêts, de fortunes : toutes ces considérations doivent être accessoires dans le mariage; elles ne pourraient qu'en altérer la moralité et compromettre l'avenir*, si elles passaient au premier rang. Le mariage est avant tout une alliance personnelle qui fonde la famille, et en vertu de laquelle l'homme deviendra légitimement le père de ceux qu'il engendrera et la femme leur mère. La fin de ce contrat est la formation d'une nouvelle société, la perfection et le bonheur de chacun de ses membres. C'est pourquoi il doit être éminemment libre et prudent. C'est pourquoi encore les contractants ne doivent s'inspirer que de sentiments légitimes, conformes à la nature, honnêtes et élevés. Il faut qu'à cette union tout les incline, particulièrement ce qu'il y a de meilleur en eux : l'attrait naturel doit être approuvé par la raison ■ une amitié vraie, une estime réciproque et le dévouement doivent dominer toute passion, l'éleverà leur niveau, lui survivre si elle s'éteint, et lui substituer d'autres sentiments, moins vifs peut-être, mais non moins forts et plus délicats.
II. Excellence du mariage. — Ce que nous venons de dire justifie déjà le mariage et l'honore. 11 ne peut être dénigré et méprisé que par deux classes d'esprits qui pèchent par des excès contraires, mais qui, finalement, ouvrent la porte aux mêmes désordres. Les uns (certains hérétiques anciens, les manichéens), regardent le mariage comme un mal, un mal nécessaire, dont l'homme ne peut pas plus s'affranchir que de ses sens. Les autres, les partisans d'un communisme absolu et d'une licence effrénée, rejettent le mariage comme un lien incommode, et lui substituent des alliances temporaires, sans aucun souci des bonnes moeurs et de l'avenir des familles. Les premiers, aussi bien que les seconds, absoudront tous les désordres; car il est indifférent de regarder le mal moral comme nécessaire et imposé pur la nature ou de le nier. Dans le premier cas, on le justifie comme une nécessité : dans le second, on le confond avec le bien. La vérité est que le mariage est honnête et profondément moral en lui-même; il règle les passions sans les déchaîner. La famille, avec le mariage qui la fonde, est d'institution divine; elle est dans l'ordre de la nature ; le genre humain ne peut remplir sa destinée qu'à cette condition. Et puis l'alliance de l'homme et de la femme non seulement assure l'avenir et développe la race, mais elle tourne encore, si elle est bien comprise, à l'avantage personnel des époux. Ils sont faits l'un pour l'autre et peuvent trouver dans leur union même des secours inappréciables; le travail poursuivi de concert leur sera plus facile, et aussi le dévouement, la constance, la pratique de toutes les vertus. On a remarqué souvent que l'homme, en particulier, devient d'ordinaire plus moral lorsqu'il s'est engagé dans les liens du mariage. Il prend mieux conscience de ses devoirs, il a le sentiment plus vif de sa responsabilité; ayant à procurer le bonheur des siens et à gouverner une famille, il sait mieux se gouverner lui-même; à l'égoïsme et à l'insouciance de la vie indépendante font place des préoccupations plus généreuses, une prévoyance, une abnégation, une sensibilité et même une tendresse qui élèvent son âme tout entière tt la transfigurent. C'est donc faire beaucoup pour le bien public et le bonheur des particuliers que de ménager des mariages honnêtes et bien assortis.
III. Unité et indissolubilité du mariage. — Venant maintenant aux propriétés du mariage, nous remarquerons son unité et son indissolubilité, à laquelle est opposé le divorce. L'unité consiste dans l'union d'un seul époux avec une seule épouse ;
elle exclut donc et la polyandrie et la polygamie.
La polyandrie pratiquée chez certains peuples sauvages des plus déchus, répugne absolument au droit naturel, c'est-à-dire qu'elle est incompatible avec la fin principale du mariage et l'accomplissement des devoirs des époux. Ses principaux vices sont : la stérilité, l'incertitude de la paternité, une famille sans unité de gouvernement ; la corruption et l'anéantissement de toutes les affections domestiques, de l'amour filial, paternel, fraternel, etc. ; la jalousie et la haine, l'abrutissement inévitable. Mais la polygamie ne répugne pas absolument au droit naturel, elle n'est pas incompatible avec la fin essentielle du mariage. On en voit immédiatement les raisons ; il suffit de parcourir celles qui condamnent absolument la polyandrie. Les patriarches, en des temps si différents des nôtres et sous une loi qui n'était point encore évangélique, ont pu pratiquer honnêtement la polygamie ; cette coutume, qui prévalut à leur époque, ne saurait les diminuer à nos yeux. Mais Jésus-Christ a ramené le mariage à la perfection de son institution primitive. La raison condamne la polygamie, sinon absolument, du moins dans nos temps, où la morale sociale s'est assez développée. C'est au point que, en ne s'inspirant que de leur raison, des philosophes positivistes ont regardé l'unité absolue du mariage comme un principe gagné par la civilisation sur la barbarie et qu'il ne faut plus abandonner (ainsi M. Spencer). A plus forte raison le chrétien ne peut-il conserver sur cette matière le moindre doute, lui qui voit dans le mariage chrétien un sacrement institué à l'image de l'union parfaite et indissoluble de Jésus- Christ et de son Eglise. C'est même cette signification sacrée et particulière du mariage chrétien qui a fait penser autrefois à plusieurs qu'il était incompatible avec la polygamie dite successive. Dans leur pensée, tout second mariage, après la mort de l'un des époux, serait contraire à l'unité prescrite dans l'Evangile. Mais l'Eglise, tout en honorant le veuvage comme elle a honoré le célibat, a permis et protégé les secondes noces. Et la raison appuie encore cet enseignement : elle montre, en effet, très facilement que, dans bien des cas, les secondes noces offrent tous les caractères de moralité et de sainteté qui conviennent au mariage lui-même.
IV. Le divorce. — Si les secondes noces, dans l'état de veuvage, sont honnêtes en elles-mêmes, il n'en est pas de même du divorce et des secondes noces des époux divorcés. De sa nature, le mariage est indissoluble. Il en est du divorce comme de la polygamie : si la raison ne le condamne pas absolument, il reste cependant qu'il n'est pas conforme absolument à la raison et au droit naturel ; il marque un état de civilisation moins avancé et ne convient qu'à une famille imparfaite. On conçoit donc que la loi évangélique ait proscrit absolument le divorce, de même que la polygamie. Voici les raisons qui militent ici en faveur du djjoit chrétien. Remarquons d'abord que le divorce que nous condamnons n'est point la simple séparation des époux. Il est bien évident que pour nombre de causes très justes : sévices, injures, déshonneur, etc., l'un ou l'autre des époux peut demander la séparation de corps et de biens. Ce que nous condamnons seulement, c'est le divorce ou la rupture du lien conjugal lui-même. Voici nos raisons :
La possibilité d'un divorce doit être écartée par les contractants, si leur union est sincère et vraiment inspirée par les plus nobles sentiments. L'union conjugale parfaite est une de celles qui doivent s'accomplir sans esprit de retour et durer autant que la vie. Il serait même odieux que le consentement des époux fût conditionnel en quelque sorte, et qu'ils prétendissent ne s'engager que dans la mesure fixée par leurs intérêts et leurs passions. L'amour conjugal ne doit pas le cédera