‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 358 sur 686 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

Des droits et des devoirs.

Droit. I. Ses rapports avec la loi, arec le devoir. — II. Principaux devoirs et principaux droits. — III. Divisions du droit. — IV. Ses caractères.

I. Le droit, en général, c'est tout ce qui est conforme à l'ordre et à la justice, à la raison et aux lois établies. L'ensemble des lois prend le nom de droit : par les lois divines est constitué le droit divin ; par les lois de l'Eglise, le droit ecclésiastique ; par les lois de l'Etat, le droit civil ; par les lois internationales, le droit des gens. Le droit, c'est donc l'ensemble de toutes les lois, c'est la loi elle-même, la loi totale, la loi première avec toutes les lois secondaires qui dérivent d'elle ; le droit suprême, c'est Dieu même, qui est la justice infinie et le principe de tout l'ordre moral. Le droit, de sa nature, n'est donc pas opposé à la loi : il n'y a pas de droit contre la loi. On ne peut dire non plus que celle-ci dépende absolument de celui-là ni réciproquement. Il est vrai que les lois premières priment les droits secondaires, et que les lois secondaires dépendent des droits premiers ; les lois et les droits positifs relèvent de la loi et des droits naturels : mais la loi et le droit de même degré sont plutôt corrélatifs que subordonnés entre eux. La loi diffère du droit en ce qu'elle s'étend sur toutes les créatures : le droit, au contraire, ne règne que sur les êtres capables de connaître la justice et de l'observer. L'animal n'a pas de droit : alors même que l'homme l'épargne, c'est par humanité.

Au droit correspond le devoir : tout droit humain implique quelque devoir, et tout devoir engendre quelque droit. Ils sont comme les deux aspects, distincts bien qu'inséparables, de la même loi. Seulement le droit, ainsi qu'on l'a remarqué, « est la face égoïste des relations, tandis que le devoir en est la face généreuse et dévouée ; et c'est pourquoi il y a toute la différence du ciel à la terre, du dévoûment à l'égoïsme, entre constituer une société sur le devoir ou la constituer sur le droit. Aussi l'Evangile, qui est la naturalisation même de la charité, n'a pas été une déclaration des droits de l'homme, mais une déclaration de ses devoirs. Et de là s'ensuit tout le système de la défense évangélique contre la persécution païenne... Il n'y a pas de droit contre le devoir. Qu'on attaque donc le droit évangélique... Le roseau répondra comme Pie VII, de si douce et de si bienveillante mémoire : Sire, je puis bien vous céder mon droit ;

mais je ne puis pas vous céder mon devoir » (Lacordaire, 32e Conf.). Nos devoirs sont tous inaliénables, mais il n'en est pas de même de nos droits ; et c'est pourquoi notre force et nos garanties se trouvent plutôt dans les premiers que dans les seconds.

II. Principaux devoirs et principaux droits. — Si l'on cherche maintenant à préciser les principaux devoirs et les principaux droits, il faut recourir aux lumières de la raison, aux législations les plus sages et surtout à la loi évangélique. Le Décalogue est la déclaration des devoirs de l'homme, et partant, de ses droits. En effet, puisque l'homme doit à Dieu un culte d'adoration et un amour filial, il peut être assuré de la miséricorde divine et compter sur les attentions de la Providence ; il lui sera permis de revendiquer le repos du septième jour et les autres libertés des enfants de Dieu. Ensuite, puisque l'on doit à l'autorité légitime l'obéissance, le respect et la gratitude de l'enfant pour son père, elle doit accorder en retour protection efficace et bienveillance paternelle. Enfin nous aurons droit d'attendre de notre prochain les mêmes vertus que nous lui devons nous-mêmes : la probité, les bonnes mœurs, la sincérité, et un dévoûment incapable de se rebuter jamais. A ces devoirs et à ces droits essentiels, promulgués formellement dans le Décalogue, s'ajoutent, comme une conséquence ou un développement légitime, tous ceux qui ont été introduits dans le monde par l'Eglise et les législations civiles. L'esclavage et le servage sont abolis ; tous les citoyens sont égaux devant la loi ; les charges, les dignités, les emplois sont accessibles à tous, etc.

Les devoirs et les droits des nations sont analogues à ceux des individus. Toute nation doit adorer Dieu et lui rendre un culte public ; elle doit respecter les autres Etats, coopérer à la prospérité universelle, ne combattre que pour sa défense ou la défense légitime d'autrui ; elle a droit en retour à être aidée dans sa faiblesse, soutenue dans ses progrès, conseillée dans ses incertitudes et défendue contre des agressions injustes. Il n'est jamais permis à un Etat d'être athée, et le principe de la non-intervention entendu d'une manière absolue est inique. A ce droit naturel des nations s'ajoutent des obligations et des droits positifs, introduits par les traités ou les usages, et concernant le commerce, la colonisation, les moyens d'attaque ou de défense à permettre aux belligérants, etc.

III. Divisions du droit. — Le droit peut se diviser d'abord comme la loi, dont il ne se sépare pas et dont il partage la force et les origines. Le droit est donc naturel ou positif. Le droit positif est divin, ou ecclésiastique, ou civil. Ensuite, si nous considérons le droit aux points de vue qui lui sont propres, nous distinguerons le droit public et le droit privé. Le premier comprend les droits de l'Etat, ou plutôt de la société elle-même ; le droit privé comprend les droits individuels ou particuliers. En raison de l'objet auquel il s'applique, le droit est dit sur la chose ou à la chose. Le premier est celui, par exemple, du propriétaire sur l'objet qu'il possède ; le second est celui du créancier à la chose due. On distingue aussi les droits personnels, comme celui de conserver sa vie, sa liberté, et les droits réels, comme celui de disposer de sa fortune. Les droits personnels et les droits réels correspondent assez bien aux droits innés et aux droits acquis.

IV. Caractères du droit. — Parmi les caractères ou propriétés des droits on signale les suivants : les droits sont li mités ; — ils entrent parfois en conflit les uns avec les autres ; — ils sont protégés par des peines et de leur nature exigibles jusqu'à la contrainte. Et d'abord tout droit a quelque limite; car il est fondé sur une loi, qui elle-

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