PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
la personnalité est le mode d'existence individuel, et partant incommunicable, propre à une substance complète et maîtresse de ses actions. La personne se distingue donc de la nature par le caractère d'incommunicabilité. On a discuté beaucoup sur le mode de cette distinction, qui n'est pas contestable en elle-même. On s'explique donc que le Verbe divin ait pris la nature humaine en J.-C. sans prendre la personne humaine. Sans être naturelle, c'est-à-dire faite dans la nature, ni substantielle en ce sens qu'elle se serait faite dans une même substance, l'union hypostatique n'est pas pourtant accidentelle.
Plusieurs, les phénoménistes par exemple, ont voulu confondre la personnalité humaine ou le moi avec la mémoire et la conscience par lesquelles la personne prend conscience d'elle-même. D'après eux, notre personnalité consisterait donc dans les groupes de souvenirs que nous avons du passé et la conscience de notre état présent. Et comme nos souvenirs disparaissent plus ou moins à mesure que le temps nous sépare de leurs objets, et que, d'autre part, de nouveaux états de conscience succèdent aux anciens, notre personne serait sans cesse en voie de transformation. De plus, comme il peut arriver, par suite de maladies nerveuses, que nos positivistes appellent maladies de la mémoire, de la personnalité, etc., que l'homme perde complètement le souvenir du passé et de ses états antérieurs et croie commencer une vie nouvelle ou jouer un nouveau personnage, il s'ensuivrait que la personne serait réellement divisible, altérable: on en changerait parfois comme d'un vêtement — Mais il n'en est rien. Nos adversaires confondent les actes de la personne avec la personne elle-même. Cette confusion est absurde. Sous les actes de la conscience, de la mémoire, par derrière nos souvenirs plus ou moins fidèles et nos états de conscience plus ou moins mobiles, il faut bien qu'il y ait une substance, une nature : c'est dans ce fond qu'il faut chercher notre individualité, notre personne, qui ne change pas. Nous pouvons la saisir, la connaître de diverses manières, mais elle n'est pas cette connaissance, cette conscience de nous-mêmes. Les maladies les plus singulières n'y peuvent rien. Alors même qu'un homme perd le souvenir de ce qu'il a été et jusqu'à la conscience de son état présent, sa personne est la même : seulement elle ne se connaît pas. Alors même que cet homme oublieux de son passé croit commencer une nouvelle vie et jouer une autre personnage, ce dédoublement du moi n'est qu'apparent, il répond à une dissociation des actes de mémoire et de conscience, à quelque rupture organique, mais non pas à une division réelle de la personne. S'il joue plusieurs personnages simultanément ou successivement, s'il se prend pour un autre, cette multiplication de la personne ne laisse pas que d'être superficielle, elle n'atteint pas le fond, le moi lui-même, mais seulement les actes et les groupes d'actes par lesquels le moi se connaît. De même encore, les changements lents ou subits qui surviennent dans les passions et semblent avilir ou relever le caractère n'atteignent pas davantage le moi ; ils atteignent seulement les organes et, par eux, les facultés et les actes : la substance, la personne est par delà. La négation de ces vérités de sens commun est ici particulièrement révoltante. La personnalité cesserait d'exister dans certaines folies, dans l'état de stupeur et dans le sommeil. La personne humaine serait toujours en voie de transformation, et, dans certaines maladies, le changement serait subit et total. Dès lors plus de responsabilité, de mérite, de démérite, de droit, etc., car tout cela suppose la permanence et l'identité de la personne, ou du moins de la partie principale et dirigeante de la personne, comme cela a lieu pour les âmes séparées du corps. (Y. l'abbé Piat, la Personne humaine).
Esprit . — L'esprit est l'opposé de la matière et toute substance qui peut exister sans la matière mérite le nom d'esprit: ainsi l'âme humaine (v. âme). Mais on réserve souvent le nom d'esprit aux esprits purs, aux substances naturellement séparées de toute matière (formes séparées, dans la terminologie de l'école), telles que les anges ou les démons ou les génies admis par les diverses religions. Ils sontl'objet de la pneumatologie, de la mystique sacrée et diabolique. L'existence des esprits et l'action extraordinaire qu'ils exercent parfois sur la nature et sur l'homme, sont enseignées par la révélation et démontrées par des faits certains, qu'il n'est pas permis de confondre avec des faits légendaires, des illusions ou des supercheries. Ici se rapporteraient certains phénomènes de spiritisme et d'autres faits constatés par des sociétés psychologiques d'Angleterre et de France. Mais, au reste, il faut convenir qu'une crédulité superstitieuse a, de tout temps, multiplié les revenants, les fantômes, les spectres, les apparitions, etc. (v. mânes, larves, lémures, vami>ires, etc.)
Homme. — Aristote définit l'homme: un animal raisonnable. Cette définition est juste et profonde, puisque, par la sensibilité qui lui est commune avec tous les animaux, l'homme est placé dans le genre animal, et que, par la raison qui le distingue, il constitue une espèce philosophique à part. Or cette raison qui est le privilège de l'homme n'est pas seulement une faculté, c'est une propriété qui dénote une âme spirituelle. L'homme diffère donc de l'animal par l'essence même de son âme. Il s'ensuit encore qu'on pourrait définir l'homme en considérant d'abord son âme, par laquelle il appartient au monde spirituel, et dire : L'homme est un esprit animant un corps, ou bien : U homme est un être composé essentiellement d'une âme et d'un corps, d'esprit et de matière. L'homme, en effet, est un être mixte qui appartient aux deux mondes, spirituel et matériel, par les deux parties essentielles de luimême. Il forme un monde intermédiaire, un monde à part ou, si l'on préfère, un règne, le règne humain, qui se distingue par la raison et tout ce qui s'ensuit : le langage, la moralité, la religion, la science, l'art, la perfectibilité.
Maintenant si l'on considère l'homme seulement dans sa partie matérielle, il faut convenir qu'il diffère encore notablement des animaux les plus rapprochés de lui, en particulier des singes dits anthropomorphes. Leur fùt-il semblable par tous les attributs physiques essentiels, que cette ressemblance ne ferait que montrer davantage la différence spirituelle et morale. Mais la différence physique est incontestable, quoiqu'elle ait été estimée diversement parles naturalistes. Linné plaçait l'homme au premier rang du groupe des Primates. Blumenbach fit de l'homme un ordre à part, celui des bimanes, qu'il opposa aux quadrumanes ou singes. Les principaux caractères physiques de l'homme sont les suivants : station verticale, qui entraîne une adaptation remarquable de tout l'organisme ; ampleur du crâne et ouverture de l'angle facial ; volume extraordinaire et circonvolutions nombreuses du cerveau; perfection des mains, où le pouce est opposable aux doigts ; conformation des membres inférieurs et du pied, propres à la marche. Remarquons ensuite que l'humanité, bien qu'elle comprenne une foule de races ou de variétés (nègres, jaunes, blancs, pygmées, etc.) ne forme évidemment qu'une espèce philosophique, tant au point de vue mental qu'au point de vue physique ; la variabilité de la stature y est relativement très limitée. Tout persuade donc que l'humanité descend d'un même couple, comme la révélation l'enseigne. Ces vérités ont été plus ou moins niées par les part; sans du polygénisme et d'une certaine anthropologie évolutionniste(v. De Quatrefages, L'espèce humaine, etc.