‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 39 sur 686 · LIVRE II : DE L ETRE · texte numérisé non relu

LIVRE II : DE L ETRE

etc. — Cet auteur méconnaît cependant la différence intellectuelle radicale de l'homme et de l'animal. V. aussi : Histoire générale des rares humaines, du même auteur, et autres études anthropologiques). Accident.— C'est ce qui existe naturellement dans un autre comme dans un sujet. La catégorie de l'accident, dont il s'agit ici, ne se confond point avec l'accident logique, l'un des cinq universaux (v. ce mot), qui est opposé à l'essence, à l'espèce ou substance seconde, comme par exemple la main dans l'homme, la feuille et la branche dans l'arbre. L'accident catégorique, au contraire, est opposé à la substance première ou physique : c'est, par exemple, la stature dans l'homme, la forme dans l'arbre. On distingue les accidents absolus et les accidents modaux. Les premiers ne sont pas dits absolus parce qu'ils subsisteraient comme des substances moindres, ni parce qu'ils n'impliqueraient aucune relation, car ils se rapportent essentiellement à leur sujet : ils sont dits absolus parce qu'ils affectent immédiatement la substance sans impliquer de relation extérieure. Ils sont fondamentaux, si on leur compare les autres accidents, les acci dents modaux ; et leur réalité ne se confond pas arec celle de la substance.

Cette distinction réelle de la substance d'avec ses principaux accidents se prouve ainsi. Ce qui existe ou n'existe pas sans que la substance elle-même cesse d'être; ce qui la modifie étonnamment et lui vaut une foule de perfections ou de qualités ; ce qui est le principe ou le terme d'opérations remarquables et très efficaces, que la substance ne pourrait exercer ni recevoir par elle-même, doit être quelque chose de surajouté à la substance et de réellement distinct. Or tels sont les accidents principaux. Que l'on considère, par exemple, les substances corporelles : c'est par la forme, la dimension, la dureté, l'éclat, la souplesse et autres qualités sensibles qu'elles sont belles ou repoussantes, utiles ou nuisibles, précieuses ou viles. Or la plupart de ces accidents ou même tous peuvent exister ou disparaître sans que la substance perde rien d'elle-même ; ils permettent à la substance d'agir ou de subir elle-même l'action des causes extérieures. Bref, et puisque les substances ne sont connues que par les accidents, on peut dire que toutes les différences si variées et si étonnantes que nous observons entre les corps tiennent aux accidents.

Il en est de même pour les esprits. La science, les connaissances, les habitudes, les plus hautes facultés, le génie lui-même, que sont-ils? Des accidents. Les vertus, avec le dévouement, la générosité, l'héroïsme, n'ont pas d'autre caractère. A ce titre, ils peuvent augmenter ou diminuer, apparaître ou disparaître, sans que la substance ou la personne ait rien perdu de son identité. Les transformations morales sont bien plus remarquables que celles qui s'accomplissent dans les qualités sensibles. En vérité, la substance ne suffit donc pas à tout expliquer formellement ; il s'y ajoute des realités distinctes. On peut hésiter sur le degré de cette distinction, mais non sur la distinction elle-même.

Avoir. — Le verbe avoir se rapporte immédiatement à l'accident ; car il est par excellence, en français du moins, le verbe accidentel. Il s'oppose au verbe substantiel être, qui désigne de lui-même la substance ou l'essence d'une chose. Le verbe avoir, au contraire, signifie un accident ou ce que l'on considère comme tel ; par exemple : L'homme a des pieds et des mains ; il a une âme et un corps. A parler rigoureusement, l'homme est une âme et un corps, et il a des pieds et des mains.

Mode. — Au sens le plus général, le mode est une détermination quelconque de l'être. En ce sens, le mode aurait sa place immédiatement à côté de l'être : tout se ramène, en eli'et, à l'être et à ses

mn/les. Mais on entend le plus souvent par modes les accidents modaux, certaines manières d'être accidentelles. Il importe néanmoins de ne pas perdre de vue les significations plus élevées que peut recevoir le mode. Nous distinguerons donc le mode substantiel et le mode accidentel. Le premier détermine la substance en elle-même : ainsi l'existenc'ï et la subsistence. Le second ne détermine que l'accident ou la substance par quelque accident : ainsi la position, la rondeur. Nous distinguerons aussi le mode transcendantal et le mode catégorique. Les modes transcendantaux sont les modes généraux de l'être : unité, vérité, etc. Les modes catégoriques ou catégories sont les modes spéciaux de l'être ; substance et accident, qualité, etc. — C'est un axiome que le mode de connaissance, et, en général, le mode d'opération suit le mode d'existence ; car l'être, les facultés, les opérations, se correspondent et se mesurent réciproquement.

Qualité. — La qualité, accident absolu, de même que la quantité, à laquelle on l'oppose si fréquemment, est plus remarquable qu'elle à beaucoup d'égards, car elle affecte les esprits aussi bien que les corps. C'est elle qui modifie, dispose la substance en elle-même, la complète dans son existence et sa causalité. Nous entendons ici la catégorie de la qualité. Mais, dans un sens très large, on appelle qualité tout ce qui est attribué à une substance ou à un sujet : de cette manière, l'unité, la vérité, la bonté, l'existence, etc., sont des qualités. Il est évident qu'il s'agit ici de qualifications, de qualités grammaticales, pour ainsi dire, et non de qualités réelles, philosophiques. D'une autre manière, la qualité sort de sa catégorie et affecte toutes les autres en s'ajoutant à elles, pour ainsi dire ; car il y a des qualités de quantités, d'action, de passion, de temps, de lieu.

La qualité diffère de la quantité, qui elle aussi affecte immédiatement la substance, en ce que la quantité dérive du principe matériel de la substance, de la matière première, tandis que la qualité se rattache à la forme substantielle. Elle diffère de la relation, qui n'est pas un accident absolu et n'affecte la substance ou ne lui appartient que par rapport à autre chose. Mais, malgré leur distinction essentielle, la qualité, la quantité, la relation et en général tous les accidents reviennent en quelque sorte les uns sur les autres et achèvent de se déterminer mutuellement; car il y a, comme nous le disions, des qualités de quantité, etc., et il y a aussi des quantités de qualité, etc. On qualifie les nombres et on mesure les qualités ; les nombres ont leurs proportions, c'est-à-dire leurs relations, et les qualités ont leurs opposées, c'est-à-dire leurs relations encore.

On comprend maintenant ce qu'il faut entendre par les propriétés des qualités : 1° Les qualités ont leurs contraires. C'est-à-dire qu'à chacune d'elles en correspond une autre qui l'exclut dans le même sujet : ainsi à la lumière correspondent les ténèbres ; aux vertus, les vices ; à la science et aux connaissances, l'ignorance et l'erreur. Et si par qualités nous entendons non seulement la catégorie de la qualité mais toute qualification, il faudra dire que toute chose a son contraire : le fini, l'infini ; l'être, le néant; le bien, le mal, comme l'avaient fort bien remarqué les pythagoriciens. — 2° Les qualités sont susceptibles d'augmentation et <le diminution. C'est-à-dire que généralement elles tombent de quelque manière sous la quantité, comme nous l'avons expliqué plus haut : ainsi il y a plus ou moins de lumière, de science, de force, de vertu. — 3° Enfin le.< qualités sont le fondement de lu ressembla née <m similitude et de In dissimilitude. C'est-à-dire que les choses sont dites semblables à cause de leurs qualités communes. L'égalité, au contraire, est fondée sur la quantité.

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