PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
surtout au supérieur envers l'inférieur. Le présent, au contraire, est offert plutôt par celui-ci à celui-là ; il est donc moins considérable, de sa nature, et suppose le désir de plaire, de mériter protection ou faveur. C'est ainsi que les rois Mages offrirent leurs présents à l'Enfant-Dieu. Mais tout ce que le Ciel nous a donné de plus précieux, en naissant ou par la suite, mérite le nom de don. Le cadeau n'est qu'un petit don ou un petit présent ; il se fait entre égaux : les petits cadeaux entretiennent l'amitié. La (/ratification s'ajoute au salaire ou au traitement : c'est le don en argent d'un supérieur à son inférieur, d'une administration à ses employés. La gratification est moins honorable que le salaire, bien qu'elle soit plus ou moins méritée.
Revenu, rente. — Le revenu c'est la somme d'argent que l'on peut percevoir chaque année. Un artiste, un médecin, un avocat, sans avoir d'ailleurs aucun patrimoine, pourront se faire, grâce à leur talent et à leur crédit, cent mille francs de revenu ou même davantage. La rente c'est l'intérêt ou l'annuité que l'on tire de ses capitaux ou de ses immeubles, loués ou cédés. Toutes choses égales d'ailleurs, la rente s'accroît avec le capital ; le ■revenu s'accroît avec le gain.
Appointements, émoluments, traitement, honoraires, gages, salaire. — Les appointements sont la rétribution des hommes en place : administrateurs, gérants, caissiers, gardeschampêtres. Les émoluments comprennent, avec les appointements, le casuel qui peut s'y ajouter. Traitement se dit aujourd'hui pour appointements, mais d'ordinaire en parlant de fonctions publiques ou très importantes. Le traitement d'un ministre est de cent mille francs "L'honoraire est la rétribution accordée, pour leur peine, au médecin, à l'avocat, au prêtre : ce mot indique que l'argent n'est point mis en comparaison du service rendu. Les gages sont le salaire des domestiques ; mais ce mot est déprécié et on lui substitue quelquefois celui d'appointements : les appointements de tels cuisiniers dépassent dix mille francs. Quant au salaire, c'est proprement la rétribution d'un travail manuel; mais, au sens large, c'est toute rétribution due au travail. Rien de plus modeste que le salaire : rien aussi de plus honorable.
Ville, cité. — Chez les Romains, la cité était le corps social même, qui est formé de l'assemblée des citoyens. Les Romains promirent aux Carthaginois de conserver leur cité, c'est-à-dire de respecter leurs vies, mais non de conserver leur ville, c'est-à-dire Cartilage. Aujourd'hui ces deux mots diffèrent moins profondément. Cependant la ville désigne moins les habitants que l'agglomération des maisons qu'ils occupent ; la cité, au contraire, désigne la ville considérée comme personne morale. De plus, le mot de cité s'emploie dans le style soutenu, et s'applique spécialement aux villes importantes ou célèbres.
Monastère, couvent, cloître. — On appelle monastère un couvent considérable ou appartenant à des ordres très anciens. Les monastères (moutiers) furent des foyers de civilisation parmi les barbares et devinrent le noyau de villes florissantes. Le couvent (v. l'étymologie) est la maison religieuse où l'on se retire pour vivre en commun. Dans les anciens couvents, il y avait un cloître, sorte de jardin fermé et entouré d'une galerie. Le cloître n'est donc, à proprement parler, qu'une partie du couvent ; mais, au figuré, ce mot marque bien la solitude et le genre de vie des personnes qui se sont retirées du monde.
Asile, refuge. — On est en sûreté dans l'asile, et il est, de sa nature, inviolable. Mais le refuge peut ne mettre à l'abri que pour un temps, dans un danger pressant. De plus, Yasile est d'ordinaire plus honorable que le refuge. Une âme, fatiguée du monde, trouvera un asile dans le cloître ; mais un criminel trouvera un refuge chez ses complices. Barque, bateau. — La barque va sur la mer et le long des côtes plutôt que sur les fleuves et les rivières : rien n'est plus exposé que la barque du pêcheur. Ce mot s'emploie souvent au figuré : chacun doit bien conduire sa barque, c'est-à-dire mener prudemment ses propres affaires. Le bateau est plutôt une embarcation de rivière, avec la forme particulière que comporte sa destination : fond plat, etc. Cependant on désigne, sous le nom général de bateau, toutes les embarcations, petites et grandes, qui prennent des passagers.
Vêtement, habit, habillement, accoutrement. — Le vêtement se dit de tout ce qui sert à couvrir le corps : depuis le pagne du sauvage jusqu'au manteau du roi. L'habit c'est le vêtement considéré au point de vue de la forme, de la coupe, de la mode, des convenances, de l'étiquette : l'habit du magistrat, l'habit du soldat, un habit de noce. L'habillement est la façon de s'habiller propre à chacun. Enfin l'accoutrement est un habillement de mauvais goût, bizarre, ridicule.
Bijou, joyau. — Le bijou est moins précieux d'ordinaire que le joyau, et il vaut surtout par le talent de l'artiste. Ce nom s'applique à tout objet d'art, de matière plus ou moins précieuse, mais finement travaillé. Il y a des bijoux en cuivre, en bronze. Les joyaux, au contraire, supposent toujours une matière précieuse et un objet de grande valeur. On dira, par exemple : les joyaux de la couronne, et non pas : les bijoux de la couronne. Les joyaux comprennent les diamants, les colliers d'or ou de perles, etc.
Tissu, tissure, texture, contexture. — Dans le tissu, on considère surtout l'étoffe même et la matière employée : tissu de laine, de coton. Tissure désigne la manière dont un tissu est fait : tissure lâche, serrée. Texture et contexture se disent d'objets analogues aux tissus : la texture du bois ; la contexture des muscles. Contexture marque plus de complication que texture. Ces deux mots ne s'emploient guère qu'au figuré : la texture d'une phrase; la contexture d'un discours.
Lier, attacher. — Lier marque l'union étroite de deux ou plusieurs choses au moyen de liens, qui empêchent toute séparation, sinon même toute action : on lie un fagot ; on lie les mains d'un criminel. Attache)- marque qu'on fixe en quelque endroit par le moyen d'un lien : on attache un bateau au saule du rivage. Attacher c'est donc lier moins étroitement ; c'est fixer plutôt qu'empêcher d'agir. Au figuré, ces deux mots diffèrent de la même manière : par exemple on est lié par ses devoirs et plus encore par la nécessité ; mais on est attaché par ses affections.
Boisson, breuvage, potion. — Tout ce qu'on boit par nécessité ou pour l'agrément prend le nom de boisson : eau, vin, bière, cidre, café, thé. Il y a des boissons saines, agréables, enivrantes, etc. Le breuvage est un liquide préparé pour être bu et produire quelque effet spécial. Le nectar était un breuvage d'immortalité. Socrate fut empoisonné en buvant la ciguë, c'est-â-dire un breuvage fait avec cette plante. La potion est un médicament qui se boit par cuillerées ou petites doses.