LIVRE XI : DE LA VALEUR
ombragés et superbes se développent sur les deux rives, reliées entre elles par des ponts solides et élégants, sous lesquels on voit passer de légères embarcations et de lourds bâtiments. La mer, qui assiège la cité, semble peut-être lui ravir la moitié de son territoire. Mais la mer, au contraire, est un second empire. Par elle les habitants vont communiquer avec toute la terre, enrichir leur patrie, atteindre leurs ennemis partout ou éviter euxmêmes leur colère implacable : ainsi les Athéniens vainquirent les Perses, et les Tyriens échappèrent à la cruauté de Nabuchodonosor. L'étranger est curieux de visiter cette ville enrichie par le commerce ; il parcourt ces voies si peuplées et si bruyantes, ces places publiques, où les fontaines jaillissent parmi des statues et des rieurs ; il pénètre dans ces monuments décorés par les arts, visite les temples, les musées, les théâtres et ne s'éloigne pas avant le jour de fête le plus prochain : il veut assister aux réjouissances de Babylone, de Jérusalem, de Rome ou de Paris. Et en vérité, ce n'est qu'en se mêlant aux habitants des cités florissantes et populeuses, ce n'est qu'en observant les spectacles qui s'y rencontrent, que l'on peut connaître à fond une nation et l'humanité elle-même, avec sa ' force et sa faiblesse, ses vertus et ses folies.
Les avantages de premier ordre que les peuples tirent de leurs grandes villes et de leurs puissantes capitales ne sont donc pas douteux. C'est par elles surtout que la science et la civilisation progressent; car elles facilitent la rencontre des meilleurs esprits et font concourir en un point toutes les forces vives de la société. Mais les graves inconvénients qu'elles entraînent tant au point de vue moral qu'au point de vue hygiénique et de l'avenir de la race, ne sont pas moins certains. Sans parler maintenant de la question morale, qu'on ne résoudra qu'en rendant à la religion toute sa légitime influence, on sait que les populations urbaines sont peu fécondes : elles ne se maintiennent et ne s'accroissent que par l'apport incessant de la province et des campagnes. Les progrès, d'ailleurs considérables, accomplis par l'hygiène au XIXe siècle, n'ont point modifié cet état de choses. Parmi les moyens de salubrité qui ont été employés, on peut citer : l'élargissement des rues, proportionné à la hauteur des maisons, l'ouverture de larges avenues, la création de places et de jardins, avec fontaines jaillissantes, l'enlèvement quotidien des immondices, la suppression ou la transformation des logements insalubres, l'abondance des eaux et leur bonne qualité, l'assainissement des égouts, etc. Tous ces moyens, parfois si onéreux (on peut le voir par la difficulté de pourvoir la ville de Paris d'eau potable et de neutraliser l'infection de ses égouts), sont encore insuffisants ; et il faut songer — puisque la facilité des communications et des transports le permet aujourd'hui — à disséminer davantage la population, en combinant tous les avantages de la ville et de la campagne, de la vie urbaine et de la vie champêtre.
Cité ouvrière. — On a donné le nom de cités ouvrières à certaines agglomérations de maisons, parfois avec jardins, destinées aux ouvriers. Mais, malgré des efforts généreux et éclairés, on n'est point parvenu encore, semble-t-il, à réunir les meilleures conditions de bon marché, de bien-être physique et moral et de salubrité. Par le seul fait de leur émigration à la campagne, de leur établissement autour de l'usine ou des ateliers où ils sont attachés, et d'une bonne organisation économique et morale, les ouvriers pourraient bénéficier de la plus-value considérable des terrains qu'ils occuperaient et de tous les avantages de la vie associée (coopératives de consommation, etc.). La création récente de nombreux jardins ouvriers, qu'on ne saurait trop louer et favoriser, paraît être un ache-
minement vers cet avenir meilleur, qu'il est déjà permis d'entrevoir et possible de préparer.
Phalanstère. — Dans l'utopie de Fourier, le phalanstère est un palais ou plutôt une cité habitée par la phalange. Celle-ci comprend de 15 à 18 cents personnes ; elle se compose de familles associées pour les travaux de ménage, de culture, d'industrie, d'art et de science, etc. Bref, la phalange se suffit et forme un petit Etat. Les ménages devaient habiter séparément dans le palais commun, quoique réunis pour l'ensemble. Des essais de phalanstère ont été tentés, mais n'ont pas réussi. L'idée du phalanstère repose sur une erreur économique et surtout sur une erreur religieuse.
Place publique. — C'était sur leurs places publiques que les Grecs et les Romains tenaient leurs assemblées et prenaient toutes les décisions solennelles qui intéressaient la gloire et l'avenir de la patrie. Athènes avait son agora, et Rome avait son forum. L'agora d'Athènes était située dans le Céramique, au sud de l'Acropole : elle mesurait 400 mètres de long et 300 de large ; elle était ornée de plusieurs édifices : le Portique royal, celui des 12 grands dieux, le temple de Cybèle, le Bouleuterion, où s'assemblait le sénat, le palais des prytanes, le Pœcile, etc. Le forum romain, beaucoup moins étendu, n'a pas laissé moins de souvenirs. De nos jours plusieurs places sont célèbres par la beauté de leurs monuments et de leurs édifices, parfois aussi à cause des souvenirs qui s'y rattachent. Citons les places de la Concorde, Vendôme, des Victoires, à Paris ; de Saint-Pierre, à Rome.
Square. — La mode des squares nous est venue d'Angleterre. A Londres, ils appartiennent aux propriétaires des maisons qui les entourent. Les premiers squares de Paris furent aussi des propriétés particulières. Depuis lors, les villes en ont créé un grand nombre. Ils se combinent avec les boulevards et les promenades publiques, pour apporter au milieu de nos villes et y entretenir le bon air et la salubrité.
Rue. — Les rues sont assujetties à certains règlements concernant l'alignement, la largeur, le nettoyage, le numérotage et quelquefois la hauteur des maisons. Dans la plupart des villes, l'administration trace des plans, fixe des tracés, auxquels on doit se conformer. Le numérotage est sonmis aussi à certaines règles, les numéros pairs étant toujours d'un même côté et les numéros impairs de l'autre, en partant d'une même limite ou en suivant une même direction.
Trottoir. — Les villes romaines n'étaient pas dépourvues de trottoirs ; on les voit encore dans les ruines de Pompéi. Les trottoirs modernes datent du XVIIe siècle et parurent d'abord à Londres ; ceux de Paris ne datent que du XIXe siècle. Jadis le ruisseau passait au milieu de la rue, et le haut du pari'-, qu'on cédait aux personnes les plus honorables, était contre les murs.
Egout. — On n'a pas résolu encore d'une manière satisfaisante la question des égouts des grandes villes, en particulier de la ville de Paris, question qui intéresse cependant au plus haut degré l'hygiène publique. On a soutenu et attaqué tour à tour le système du tout à Uègout, qui supprimerait les fosses fixes. Les eaux d'égout sont une cause trop générale et trop efficace d'infection. La Seine, en aval de Paris, en est toute contaminée. On a tenté Y épuration par le sol ou l'êpandage des eaux d'égout. On a cherché aussi à les épurer chimiquement. Le lavage des égouts doit être fréquent; il se fait par des chasses d'eau. Les égouts bien construits se lavent d'eux-mêmes, pour ainsi dire : ainsi ceux de Berlin, qui n'emploient qu'une dizaine d'égoutiers. La ville de Paris en emploie jusqu'à 1.200.
Aqueduc. — Les aqueducs, qui permettent sur-