LIVRE XI : DE LA VALEUR
nos jours par la bienfaisance publique, en faveur surtout des jeunes filles, auxquelles elle fournit, avec le travail, un abri, le feu, la lumière et même des secours. On s'est plaint que les ouvroirs fissent trop baisser les salaires ; mais il serait facile de maintenir de justes prix par des règlements professionnels, si l'organisation corporative qui nous manque était enfin créée.
Usine. — Ce nom s'applique aux établissements où l'on fabrique en grand des ouvrages d'industrie et où l'on emploie des moteurs et des machines de toute sorte. Telles sont les forges, fonderies, laminoirs. Les premières usines marchèrent à l'aide de l'eau. Dans l'usine, la main d'oeuvre passe souvent au second rang, pour laisser à la machine le premier rôle : dans la manufacture, au contraire, la part de l'ouvrier est toujours prépondérante.
Fonderie. — Selon les divers métaux, leur alliage et leur emploi, il y a les fonderies de fer, de cuivre, de bronze, de zinc, d'étain, de caractères d'imprimerie, de canons, etc. Les Grecs fondirent des statues d'airain, dès le VIIe siècle av. J.-C. Aujourd'hui les fonderies, surtout celles de fer, ont pris d'énormes développements. Citons le Creusot, Saint-Chamond, Indret.
Hauts-fourneaux. — Ils servent à fondre le minerai de fer à une très 'haute température. Leur capacité peut aller jusqu'à mille mètres cubes ; leur forme est celle de deux cônes tronqués qu'on accouplerait par leurs bases. On y entasse le minerai par couches alternant avec du combustible. L'air nécessaire à la combustion est chauffé préalablement à 450 degrés et insufflé par des machines. La fonte liquide vient s'amasser dans un vaste creuset.
Forge. — Les forges sont des ateliers où l'on façonne à l'aide du feu, du marteau, delà lime, etc., toutes les pièces de fer ou d'acier nécessaires aux diverses industries. Les forges dont se servent les maréchaux ferrants, les serruriers, les mécaniciens, sont composées essentiellement d'un soumet, d'une tuyère et d'une cheminée, où l'on brûle du charbon de bois ou de la houille. Ces forges sont dites maréchales, par opposition aux usines absolument appelées forges, où l'on fond le minerai de fer et où l'on fabrique le fer et l'acier.
Moulin. — Les moulins à bras étaient connus des anciens, mais exigeaient un travail fatigant, qu'on imposait aux esclaves, aux prisonniers de guerre. Samson tourna la meule chez les Philistins. Les moulins à eau, qui devaient recevoir de grands perfectionnements dans ces derniers siècles, furent connus des Romains, au commencement de l'empire. Au VIIe siècle, les Arabes employèrent les moulins à vent, qui se multiplièrent en Occident, à partir du XIe siècle, mais qui sont aujourd'hui de plus en plus délaissés. L'eau et la vapeur sont devenues les moteurs ordinaires. Au moyen âge, on appelait moulin banal celui où les vassaux d'une seigneurie devaient apporter leur blé pour le faire moudre, moyennant le payement d'un droit de mouture. Les moulins, qui jadis étaient disséminés un peu partout, le long des cours d'eau, sur les hauteurs ou dans les plaines exposées au vent, auquel ils présentaient leurs larges ailes, tendent à disparaître. Cette industrie s'est centralisée outre mesure, comme tant d'autres, et l'on peut s'en plaindre à plus d'un égard.
Four. — Plusieurs peuples anciens, les Phéniciens, les Lyciens, excellaient à construire les fours, dont la forme depuis lors n'a guère varié. Lorsque le four manquait, on faisait cuire le pain sous la cendre. Au moyen âge, on appelait four banal celui dont les vassaux devaient tous se servir moyennant le payement d'une redevance (le fournage). Aujourd'hui encore il existe des fours banaux, où des fourniers font cuire, moyen-
nant rétribution, le pain que les villageois leur apportent.
Abattoir. — Les tueries particulières ont été remplacées par les abattoirs, où les bouchers et les charcutiers doivent venir abattre et préparer les animaux destinés à la consommation. Les abattoirs sont rangés par la loi parmi les établissements dangereux (v. établissement). Leur importance grandit avec celle des villes. Ceux de Paris furent achevés en 1818, puis remplacés par un seul et immense établissement, situé à la Villette. Il y a aussi des abattoirs de chevaux. Les abattoirs contiennent des fonderies de suif, des échaudoirs, où sont préparées les issues, que vendent les tripiers.
Magasin. — Les magasins se retrouvent sous une forme où sous l'autre chez tous les peuples commerçants de l'antiquité et des temps modernes. On distingue les magasins de dépôt et les magasins de vente ou boutiques. En France, on donne le nom de magasins généraux à des entrepôts, créés à l'imitation des docks anglais. Les négociants et les industriels sont admis à y déposer leurs marchandises et reçoivent un récépissé, auquel est annexé un warrant ou bulletin de gage, qu'ils peuvent transférer par vo'ie d'endossement. Les premiers essais de ce puissant moyen de crédit datent de 1848. Les magasins les plus vastes du monde sont les docks de Londres. Citons aussi ceux de Liverpool, les plus anciens : ils datent de 1609.
Bourse. — Le Code de commerce (art. 71) définit les bourses de commerce : les réunions qui ont lieu, sous l'autorité de la loi, des commerçants, capitaines de navires, agents de change et courtiers. La Bourse de Paris fut, dans l'origine, purement commerciale; on y négocia ensuite les fonds publics, français et étrangers. En Angleterre, ces trois bourses sont distinctes : le Rogal-e.r change (marchandises), 1e Stock-exchange (fonds publics nationaux), le Foreign-exchange (fonds publics étrangers). A Paris, les boursiers se réunirent d'abord Place île change, près du Pont-au-change, et, après divers déplacements, finirent par occuper la Bourse actuelle. On y distingue : le parquet, enceinte réservée aux agents de change ; la coulisse, où stationnent les entremetteurs, appelés coulissiers. Des palais analogues existent dans les principales villes de l'Europe.
Mont-de-piété. — Ce nom, qu'ils méritaient à l'origine, ne convient guère aujourd'hui aux montsde-piété. Ils nous viennent d'Italie, et les prêts qu'on y faisait sur gages, avec des fonds fournis par la charité, furent d'abord gratuits. Les Franciscains obtinrent de prélever un léger intérêt, qu'il était facile de justifier; ce fut néanmoins à grand 'peine et en vertu d'une bulle de 1515. Malheureusement l'intérêt, en France du moins et dans d'autres contrées, ne tarda pas à devenir usuraire. Le mont-de-piété de Paris fut créé en 1777 : on y prêtait au denier huit : le produit appartenait aux hôpitaux. A la Révolution, le mont-de-piété fut remplacé par des maisons analogues, qui se livrèrent à une usure éhontée. La France a aujourd'hui 45 monts-de-piété, où l'on prête au taux moyen de 8 à 10 p. 100. Une reconnaissance de gage est donnée à l'emprunteur besogneux, qui, au bout de l'année, doit se dégager ou renouveler la reconnaissance ; sinon les gages sont vendus à l'enchère ; l'administration se paie sur le produit et restitue à l'emprunteur le surplus s'il en reste (v. Vanlaer, Les Monts-de-piêté en France, 1895).
Demeure, maison, habitation. — L'histoire des habitations que l'homme s'est construites dans les différents siècles et sous les divers climats, serait l'histoire même de l'humanité, avec celle des sciences, des arts et de la civilisation. Les cavernes et les grottes, des huttes faites de branchages,
servirent d'abord et servent encore de refuge à des êtres humains. Mais l'homme ne tarda pas à se construire des habitations en bois, en brique, en pierres, comme on le voit par les vestiges des plus anciennes civilisations. Chez les Grecs, on distingua la partie de la maison réservée aux hommes et la partie réservée aux femmes ou gynécée, placée soit au premier étage, soit dans la partie la plus reculée de l'habitation. Les maisons des riches Romains furent construites avec beaucoup de luxe et de confortable. Les Gaulois imitèrent les Romains. Le style des habitations particulières a répondu ensuite de près ou de loin à celui des monuments publics. De nos jours, si les hôtels des particuliers sont plus confortables que ceux d'autrefois, ils sont moins remarquables au point de vue de l'art. La construction des maisons dans les villes est soumise à des règlements, utiles d'ailleurs, qui amènent une grande uniformité. Au point de vue de l'hygiène et de la sécurité, la question des habitations, de leur emplacement, de leurs matériaux, de l'orientation, de la distribution des pièces, etc. est très importante. L'autorité doit veiller à ce que les habitations, même les plus pauvres, ne soient pas dépourvues des conditions indispensables de salubrité. La loi du 30 nov. 1894 favorise la construction des habitations ouvrières, en les exonérant d'impôts pendant un certain temps et en provoquant la création de sociétés de construction.
Domicile. — D'après le Code civil, « le domicile de tout Français, quant à l'exercice de ses droits civils, est au lieu où il a son principal établissement » (art. 102 et suiv.). Le changement de domicile s'opère par le fait d'une habitation réelle dans un autre lieu, joint à l'intention d'y fixer son principal établissement. La femme mariée n'a pas d'autre domicile que celui de son mari. Le mineur non émancipé a son domicile chez ses père et mère ou tuteur; le majeur interdit, chez son tuteur. On distingue le domicile réel et le domicile élu. Celui-ci est un domicile fictif, que l'on indique chez son notaire, son avoué, pour l'exécution de certains actes judiciaires. Le domicile politique est celui où l'on exerce ses droits de citoyen ; il se confond d'ordinaire avec le domicile réel. La question du domicile n'est pas moins importante en droit canon qu'en droit civil, pour tout ce qui regarde les mariages, les ordinations, les sacrements, en général, etc.
Résidence. — La résidence ou demeure habituelle d'une personne, diffère du domicile, qui est sa demeure légale. En droit canon, la résidence est la demeure des bénéficiers dans le lieu où est situé leur bénéfice, afin qu'ils soient toujours prêts à le desservir. L'obligation de la résidence est de droit naturel ; elle a été souvent confirmée et déterminée par les conciles, notamment le concile de Trente.
Palais. — Le nom de palais (palatium) date du siècle d'Auguste, qui fit élever un palais sur le mont Palatin ; mais les demeures somptueuses réservées aux rois et aux grands sont contemporaines des premiers empires : ceux d'Egypte, de Ninive et de Babylone. En France, le nom de palais fut réservé d'abord aux demeures royales ou princières (Palais du Louvre, des Tuileries, du Luxembourg, de Versailles, etc.), puis on l'étendit à certains édifices publics (Palais de Justice, Palais du Corps législatif). En Italie, on donne le nom de palais à des résidences plus ou moins riches et somptueuses, édifiées souvent par d'habiles architectes, à Rome, à Florence, à Venise, etc. En France, on leur donna plutôt et elles ont gardé le nom d'hôtel.
Villa. — Les villas ne furent d'abord que des fermes ou métairies romaines. Mais les Romains, devenus opulents, les transformèrent en séjours princiers, pour l'embellissement desquels ils firent
souvent des dépenses folles. On choisissait, pour les construire, les paysages les plus riants et le plus souvent les bords de la mer. Les villas de Baies étaient nombreuses et célèbres. Les villas modernes, en Italie et en France, ont un autre caractère. Citons les villas Médici,Borghèse, Pamphili, Aldobrandini, en Italie . En France, les villas plus ou moins somptueuses, prennent plutôt le nom de châteaux.