LIVRE XI : DE LA VALEUR
comme un fétu ; et l'éléphant, trop débile, ne se porterait pas lui-même. De même, il ne peut y avoir de monument d'une hauteur illimitée. La résistance de la- matière ne croît pas en mesure de ses dimensions : il y a un point où la masse l'emporte nécessairement sur la solidité. Tel appui qui soutient dix ibis son propre poids, ne le soutiendrait pas cinq fois, si ses proportions étaient décuplées. La matière ne s'éloigne donc du néant, pour ainsi dire, par la grandeur, que pour s'en rapprocher par la faiblesse et la fragilité. Que ne ferait-on pas cependant, et quelle transformation dans l'architecture, si l'on découvrait une matière dure comme l'acier, abondante comme l'eau, et légère comme le liège et l'éponge ! Mais toujours il y a des limites positives que l'imagination seule peut franchir, et dans lesquelles la raison trouve assez d'espace pour s'exercer à l'aise et avec utilité.
Réparations. — Le Code civil distingue les grosses réparations, les menues réparations dites aussi locatives et les réparations d'entretien. Les unes ou les autres incombent au propriétaire, ou au locataire, ou à l'usufruitier, selon les cas (art. 605 etsuiv., 664, 1720, 1754). « L'usufruitier n'est tenu qu'aux réparations d'entretien. Les grosses réparations demeurent à la charge du propriétaire, à moins qu'elles n'aient été occasionnées par le défaut de réparations d'entretien depuis l'ouverture de l'usufruit ; auquel cas l'usufruitier en est aussi tenu. Les grosses réparations sont celles des gros murs et des voûtes, le rétab'issement des poutres et des couvertures entières ; celui des digues et des murs de soutènement et de clôture aussi en entier. Toutes les autres réparations sont d'entretien. Aucune des réparations réputées locatives n'est à la charge des locataires, quand elles ne sont occasionnées que par vétusté ou force majeure. »
Fondations. — On distingue les fondations sur le sol et les fondations hydrauliques ou dans l'eau. Si le sol est mouvant, sablonneux, on doit fonder sur béton ou sur pilotis. Plusieurs méthodes sont employées pour les fondations hydrauliques. Citons l'enrochement, qui sert en particulier à construire les môles, et, parmi les systèmes nouveaux, le système par caissons, employé surtout pour la construction des piles de pont. Il consiste à introduire jusqu'au fond du fleuve un vaste tube, d'où l'on chasse l'eau en comprimant l'air ; ce qui permet de bâtir au fond de l'eau comme sur la terre ferme.
Brique. — Les briques séchées au soleil ou cuites au feu ont été employées de bonne heure comme matériaux de construction, ainsi qu'on le voit par les monuments grecs et romains et par les ruines d'Egypte et de Babylone. La brique prend facilement toutes les formes (carreau, tuile, tuyau) ; elle sert à construire les fours, cheminées, conduites ; on l'emploie pour le carrelage et la couverture des maisons ; elle entre dans la construction de voûtes légères et solides (briques creuses) ; elle peut remplacer les pierres de taille et à plus forte raison les moellons. Les Assyriens s'en servaient pour tracer d'une manière indélébile leurs caractères cunéiformes. En France, on préfère à la brique les pierres de taille ; mais, en Angleterre, dans les Pays-Bas, etc. la plupart des maisons sont construites en briques.
Mur. — Les murs sont faits de pierres de taille, de moellons, de briques, de pisé, etc. Les murs de maison, dont la hauteur est souvent considérable par rapport à l'épaisseur, doivent être élevés avec soin et avec des matériaux choisis. Les parements, c'est-à-dire les deux surfaces des murs en moellons, doivent être reliés par des parpaings ou longs moellons, qui traversent toute l'épaisseur. On donne ordinairement aux murs principaux ou gros murs
une épaisseur de 0"',50. On appelle mur de refend celui qu'on élève entre les gros murs pour diviser l'intérieur d'un édifice.
Appareil. — La manière dont les pierres sont disposées dans une maçonnerie intéresse la solidité et l'élégance. On distingue les appareils : ir régulier (blocage), lié (lorsque les joints verticaux des assises ne se correspondent pas), réticulé (en réseau), réglé (assises régulières et égales), etc. Par rapport à la grandeur des pierres, l'appareil est dit grand, ou moyen, ou petit. Les pierres de taille du grand appareil ont au moins 0m,64 de largeur et 0m,60 d'épaisseur. Les pierres du petit appareil sont des moellons cubiques de 0m,08 à 0m,16.
Toit. — On distingue les toits à une seule pente (ou à un seul égout), les toits à deux pentes (ou à deux égouts), les toits à, pavillon, qui sont en forme de pyramide. Les toits sont d'ordinaire très inclinés dans les pays du Nord, où les neiges sont très abondantes. On donne le nom de couverture à l'assemblage de tuiles ou d'ardoises, de feuilles de zinc, etc. qui couvre le toit d'un édifice, la charpente d'un comble, l'extrados de la voûte d'un dôme. Les couvertures en chaume, en joncs, en roseaux, sont encore en usage dans quelques campagnes.
Cheminée. — Les anciens, les Romains en particulier, ne connaissaient pas l'usage des cheminées : ils chauffaient certaines pièces au moyen de brasiers ou réchauds, comme on le fait encore dans le Midi, ou de conduits d'eau chaude et de vapeur (v. bains, étuves). Les cheminées proprement dites datent du XIe siècle et furent construites d'abord dans les pays du Nord. On distingue dans les cheminées : le foyer ou âtre, ordinairement en briques et garni au fond, dit contre-cœur, d'une plaque de fonte; le manteau, dont la forme, les dimensions, l'élégance et les ornements ont varié et varient encore beaucoup, selon qu'il s'agit de cuisines, de laboratoires, de chambres, de salons; le conduit, qui est en plâtre, briques, poterie ; le tuyau extérieur ou corps de cheminée, qui domine le toit, et auquel on ajoute divers appareils pour favoriser le tirage. Les cheminées des usines atteignent parfois plus de 100 mètres ; grâce à cette hauteur, leur tirage est puissant, et elles déversent dans les couches supérieures de l'atmosphère leurs produits gazeux plus ou moins insalubres.
Escalier. — On emploie, pour faire les escaliers, le bois, la pierre, le marbre, le fer, etc. Les anciens n'ont pas laissé de beaux modèles de construction de ce genre; mais les modernes y ont excellé souvent. Les escaliers sont suspendus, c'est-à-dire à limons, ou non suspendus, quand les marches sont scellées par les deux bouts dans des murs parallèles ou concentriques. Ils peuvent être droits, elliptiques, circulaires : à ces derniers appartient l'escalier ci vis ou ci limaçon. On appelle cage l'espace où l'escalier est contenu ; palier, la plateforme qui interrompt l'escalier et forme repos ; volée, la série de marches entre deux paliers, etc.
Ruines. — Les ruines des villes et des monuments élevés par des civilisations disparues, nous racontent encore leur histoire. Citons, parmi les ruines célèbres, dans lesquelles l'archéologie a fait souvent de précieuses découvertes : celles de Thèbes et de Memphis, de Ninive et de Babylone, de Palmyre, de Carthage ; de Troie ou Ilion, de Mycènes, de Delphes et autres villes grecques; du Colisée, à Rome ; d'Herculanum et de Pompéi; de Palenque, au Mexique. Les Indes, l'île de Java offrent également des ruines curieuses. — On donne aussi le nom de ruines à des constructions imitant des ruines, qui servent d'ornement dans des jardins anglais, etc.
Charpente. — Les bois de charpente, dits