Chapitre VI
Du vêtement et de l'étoffe.
Vêtement. — En géométrie, la ligne engendre la surface, et, dans les arts, le fil engendre l'étoffe. Ces fibres déliées, menues, qui croissent dans les plantes ou sur le corps de l'animal, l'homme les choisit patiemment, les associe, les entrelace avec régularité pour en former les tissus les plus variés. Ces divers tissus, faits de main d'homme, imitent ceux de la nature, et sans doute les inventeurs des étoffes ont pris modèle sur la fourrure des animaux, la feuille et l'écorcc des arbres, les pétales des ileurs
et les ailes de l'insecte. Nous avons remarqué ailleurs que les arts furent inspirés par la nécessité. C'est elle donc, d'accord avec l'hygiène, qui impose d'abord le vêtement et règle les arts qui s'en occupent. Mais, après la nécessité, il y a encore l'agrément, les beaux-arts et le bon goût, quand il n'y a pas le caprice, celui de l'individu et celui de la mode. Il faut reconnaître leur influence souvent légitime. Le costume a donc ses règles et son style.
Il varie beaucoup, selon les temps et les peuples, comme aussi selon le sexe, l'âge, la profession. On remarque chez les Indiens et autres orientaux une grande uniformité. L'habillement ordinaire de l'Indien fidèle au brahmanisme se compose de deux pièces de cotonnade, l'une enroulée autour des reins, l'autre jetée sur l'épaule ou roulée autour de la tête, qui n'est jamais autrement couverte. Comme habit de fête, on porte une longue robe blanche de mousseline, claire et collante jusqu'à la ceinture, large et plissée au-dessous. Les femmes portent des pièces de cotonnade plus amples et de couleurs soit blanches, soit brillantes. Les deux sexes portent beaucoup de bijoux. — Les Hébreux portaient la tunique de lin, le manteau, une sorte de turban ; la chemise leur était connue. Les femmes portaient des vêtements plus amples, une ceinture d'étoffe au lieu d'une ceinture de cuir. Les rois portaient un manteau de luxe ; et les prophètes, le manteau de poil. Les riches employaient des étoffes teintes en rouge ou en violet. — Les Grecs se couvrirent primitivement de peaux de bêtes ; plus tard il portèrent la robe, la tunique, le manteau. Les Romains portaient la toge et la tunique. Sous l'empire, le luxe multiplia les vêtements, les bijoux, colliers, pendants d'oreilles, bracelets, bagues, etc.
En Gaule, au temps de Jules César, la différence de costume servait à établir trois divisions : G allia braccata, la Gaule qui portait des braies ; Gallia togata, celle où l'on portait la toge ; Gallia com'ata, celle dont les habitants avaient la chevelure longue et épaisse. Depuis Lyon jusqu'aux bouches du Rhin dominait le costume vraiment national, composé des braies (sorte de pantalon large, flottant et à plis chez les Kymris, collant chez les Gacls), d'une saie rayée, sorte de blouse avec ou sans manches, et d'un manteau à capuchon. Au XIe siècle, le peuple conservait encore la saie gauloise. Le costume royal se rattachait toujours au type romain. Au XIIe et au XIIIe siècle, les vêtements étaient très variés. Vers la fin du XIIIe siècle (1292), l'autorité ecclésiastique fit porter une loi somptuaire pour combattre l'envahissement du luxe. Au XVIe, au XVIIe et au XVIIIe siècle, le costume tant des hommes que des femmes continuait à témoigner d'une extrême vanité. Enfin, au XIXe sièele, le costume des hommes a été ramené à une simplicité souvent étrangère à l'art ; quant au costume de la femme, il est à peu près à la merci de modes plus ou moins inconstantes et bizarres.
Masque. — L'usage des masques dans certaines circonstances remonte aux Romains, aux Grecs et aux Egyptiens. Les Grecs se masquaient pendant les Dionysiaques; de même les Romains, pendant les Saturnales et les Lupercales. Au moyen âge, on retrouve des usages analogues, surtout en Italie, d'où les fêtes masquées et le carnaval, en particulier, passèrent en France. Notons aussi l'habitude qui régna, du XVIe au XVIIIe siècle, parmi les dames, de porter un masque de velours (loup), pour se garantir le teint. Chez les anciens, les acteurs paraissaient sur la scène avec des masques qui grossissaient leurs traits, et des cothurnes, qui grandissaient leur taille. On s'explique mieux cette coutume, quand on pense qu'ils jouaient souvent en plein air et devant un nombre immense de spectateurs. Ces