LIVRE XI : DE LA VALEUR
ou bien au métier. On a aussi des machines à tricoter, qui ont avili singulièrement ce genre de travail manuel, si familier autrefois aux ménagères. Le tricot, fournit la plupart des articles de bonneterie : bonnets, chaussons, gants, jupons, couvrepieds, camisoles.
Toile. — Ce nom convient très généralement à toutes les étoffes tissées sur le métier à tisserand ; mais il s'applique, dans un sens plus restreint, aux seuls tissus de lin ou de chanvre, quels que soient d'ailleurs leur couleur et leur emploi. Les toiles de lin sont celles qui comportent le plus de finesse ; elles sont fabriquées avec le lin peigné et épuré, ou avec l'étoupe, résidu du peignage. La toile de lin remonte aux temps les plus reculés; mais la toile de chanvre date seulement du VIIIe ou IXe siècle. L'usage de la toile, d'abord restreint, comme celui du linge en général, s'est généralisé à partir du XIIe siècle. On appelle toi/es peintes des toiles de coton peintes ou imprimées. Elles comprennent les toiles perses ou toiles de Perse, les indiennes communes, etc. La fabrication de ces étoffes, qui vinrent d'abord de l'Orient, s'introduisit en Europe au XVIIIe siècle. On appelle toiles métalliques, des tissus faits avec des fils de fer, de laiton, etc. On s'en sert pour la fabrication des cribles, des tamis, sans parler d'autres emplois (dans les manufactures.
Linge. — Ce nom s'applique à toute espèce de toile de fil ou de coton, employée aux usages domestiques ou servant de vêtement de dessous. On distingue ainsi : le linge de ménage (tabliers, torchons) ; le linge de table (nappes, serviettes) ; le linge de corps (chemises et leurs accessoires, draps de lit). Au point de vue de la fabrication, le linge est dit : uni, c'est-à-dire sans dessin ; ouvré, s'il n'offre que des dessins très simples, qu'on peut faire sur le métier ordinaire ; damassé, si les dessins sont riches et compliqués.
Tapisserie. — Ce nom s'applique spécialement à de grandes pièces fabriquées au métier avec de la laine, [de la soie, de l'or, et représentant toutes sortes de dessins, de personnages, voire môme des tableaux. Elles servent à recouvrir les meubles, à tendre les appartements ; jadis elles ornaient les châteaux et les églises. L'usage des tapisseries est fort ancien. Les Hindous, les Assyriens, les Egyptiens et plus tard les Byzantins firent de la confection de la tapisserie un art, où ils se distinguèrent, en même temps qu'une industrie. A son tour, le moyen âge a laissé des tapisseries remarquables, par exemple celle de Bayeux attribuée à la reine Mathilde : elle représente la conquête de l'Angleterre par Guillaume. Au XVe siècle, Arras et Bruxelles étaient renommées pour leurs tapisseries. La fameuse manufacture des Gobelins, d'où sortent aujourd'hui les plus belles tapisseries, devint manufacture de l'Etat en 1662. Citons aussi la manufacture de Beauvais etles Gobelins de Saint-Pétersbourg.
Cuir, peau. — Plusieurs industries se rattachent à la fabrication des cuirs ou à la préparation des peaux: la tannerie, la corroirie, la mégisserie, la pelleterie. Les cuirs sont fabriqués avec les peaux de bœuf, de vache, de veau, de buffle ; ils servent à la confection de beaucoup de pièces de l'équipement militaire (buffleterie), à celle des harnais et des chaussures. Les peaux plus ou moins fines (celles de daim, de chamois, de chèvre, d'agneau) servent à la confection des gants, des culottes de peau ; on en fait du chagrin, du maroquin, du parchemin, ou bien elles sont préparées pour la reliure, la gainerie. Certaines peaux sont préparées avec leur poil et très recherchées comme fourrures.
Parchemin. — Le parchemin ou papier de Pergame, selon l'étymologie, fut invente ou
perfectionné à Pergame,. au IIe siècle av. J.-C, pour suppléer au papyrus. Il devint, au moyen âge, à peu près la seule matière sur laquelle on écrivait. Sa rareté fit qu'on chercha à utiliser de nouveau d'anciens manuscrits dont on ignorait la valeur : de là. les palimpsestes. On se sert encore aujourd'hui du parchemin pour les diplômes et autres titres que l'on veut conserver longtemps. Dans l'industrie, on l'emploie pour la reliure, pour la fabrication des tambours, des cribles. Le parchemin fin, qui sert à l'écriture et à l'imprimerie, se fait avec les peaux de chèvre, de chevreau, de mouton, de veau : le plus beau est dit vélin. Le parchemin grossier s'apprête avec des peaux plus communes.
Papier. — Les Egyptiens ne connaissaient pas d'autre papier que le papyrus, qu'ils tiraient d'une espèce de roseau des bords du Nil. Le papyrus passa aux Grecs et aux Romains, qui l'employèrent concurremment avec le parchemin ; mais il était fort cher. Le papier de chiffon, connu depuis longtemps en Chine, fut importé en Europe par les Arabes au XIVe siècle (v. papetier). La papeterie s'est perfectionnée beaucoup à la suite de l'invention de l'imprimerie, qui a entraîné une consommation énorme de papier, et de celle de la machine à vapeur, qui a pu suffire à une immense production. On fabrique aujourd'hui le papier avec toutes sortes de matières textiles et surtout avec le bois. Mais la pâte des papiers de choix est toujours fabriquée avec des chiffons ou même avec des déchets de soie : ainsi le papier Joseph (inventé par Joseph de Montgolfier). Les papiers de Chine et du Japon sont fabriqués avec une pellicule de l'écorce du bambou ou du mûrier, et aussi avec la paille de riz, ou mieux encore avec de la soie. Certains de ces papiers sont très résistants et ils servent en Chine et au Japon à une foule d'usages. L'art de fabriquer les papiers peints ou de tenture nous vient également de Chine. Ces papiers ont commencé à remplacer les étoffes de laine ou de soie, pour la décoration des appartements, dès la fin du XVIIe siècle (v. Bory, Les métamorphoses d'un chiffon, 1897).
Fil. — D'après leur matière, les fils sont de lin, de chanvre, de coton, do soie, de laine, etc. Leur fabrication ou leur préparation occupe un grand nombre de manufactures. De nos jours, on emploie aussi beaucoup les fils métalliques. Les fils de laiton servent à faire des épingles, des treillis, des cordes de clavecin. Les fils de cuivre, les fils de fer servent comme conducteurs de l'électricité et composent ces réseaux immenses de lignes télégraphiques qui entourent le globe. On garantit le fil de fer contre la rouille, en le recouvrant d'une couche d'étain par les procédés galvaniques. Les fils d'acier servent à faire des cordes de piano ; ils remplacent souvent les fils de fer. Quant aux fils d'or et d'argent, qui servent aux ouvrages les plus riches et les plus délicats (broderies, galons, passementeries), il n'est permis de les tirer qu'à l'hôtel des Monnaies, le fisc voulant s'assurer ainsi la perception de certains droits. Les fils d'or ne sont en réalité que des fils d'argent doré. (V. d'Ancy, Histoire d'un brin de fil).
Soie, soierie. — La soie est toute filée dans le cocon et il suffit de la dévider. Pour que la chrysalide, devenue papillon, ne coupe pas la soie en sortant du cocon, on a soin de l'étouffer en la passant au four. La soie est dite grège, quand elle n'a été que dévidée des cocons ; crue ou écrire, quand elle a passé au moulinage sans avoir été débouillie; cuite, lorsqu'elle a subi cette dernière opération, (pli lui enlève la f>oinine dont elle était imprégnée ; torse ou retorse, lorsqu'elle aétémoulinéeetorgansinée, etc. Pour vendre la soie, on la ramène à un degré de siccité uniforme : c'est ce qui se fait à la condition des soies. Mais la teinture dont on