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Chapitre III

Des instruments des arts et métiers.

Marteau. — C'est l'un des instruments les plus indispensables et communs à la plupart des arts mécaniques. Il varie beaucoup de forme et de

poids, selon l'usage auquel on l'applique. On appelle ouvriers à marteau ceux qui en font un usage particulier et fréquent, tels que forgerons, chaudronniers, ferblantiers, serruriers, ajusteurs. Le marteau est aussi une arme des plus redoutables : la massue, le casse-tête, la masse d'armes ne sont, pour ainsi dire, que des marteaux de guerre. En physique, on démontre que l'effet d'un coup de marteau égale le produit de sa masse par le carré de sa vitesse au moment du choc. Les marteauxpilons, employés en métallurgie, ne sont que des marteaux mécaniques et gigantesques. Celui du Creusot pèse cent tonnes et a cinq mètres de chute.

Hache. — Les peuples primitifs se sont servis de la hache de même que du marteau : on retrouve encore les haches de fer ou d'airain ou de pierre qu'ils manièrent tour à tour, selon le degré de perfection de leur industrie. La hache fut longtemps une arme commune, en même temps qu'un instrument de travail. Ses formes ont varié beaucoup. La hache d'armes employée au moyen âge, avait un tranchant d'un côté et un marteau de l'autre. Au lieu de marteau, la hache des gendarmes, sous Charles VIII, avait une pointe aiguë, non moins redoutable. Aujourd'hui encore nos matelots sont armés d'une hache d'abordage.

Couteau. — Le couteau est indispensable à la plupart des industries ; il est d'un usage quotidien et trouve sa place sur les bureaux comme sur les tables. Ses formes et ses dimensions varient à l'infini, selon les services qu'on lui demande, depuis le coutelas du cuisinier ou du boucher jusqu'au canif élégant qui sert à tailler de fins crayons. Le couteau est aussi une arme terrible. Plusieurs des instruments de chirurgie ne sont que des espèces de couteaux : le bistouri, le scalpel, le couteau à désarticuler.

Ciseaux. — Les ciseaux en usage dans l'économie domestique et si fréquemment employés par toutes sortes d'industries, offrent déjà une certaine complication; une grande précision, en outre, est nécessaire dans leur construction. On ne saurait donc les compter, au même titre que les précédents, parmi les instruments dont s'est servie l'humanité primitive. Les meilleurs ciseaux sont faits d'acier fin ; les deux branches doivent être de même trempe, pour que l'une n'entame pas l'autre. Les ciseaux varient de forme et de force, selon les objets auxquels on les applique, depuis l'étoffé la plus légère jusqu'aux plaques de tôle et de fer-blanc.

Scie. — Les Grecs attribuaient l'invention de la scie à Dédale eu à Icare. Mais cet instrument n'a reçu tous ses perfectionnements que depuis les progrés accomplis en métallurgie et en mécanique. Les scieries mécaniques suffisent aujourd'hui aux plus grands travaux et épargnent à l'homme de durs labeurs. La scie sert à couper non seulement le le bois, mais encore la pierre, le marbre, le métal. Tantôt la lame de la scie est tendue dans un châssis rigide ; tantôt elle est montée sur un manche et alors elle est courte et forte (scie à main, scie à couteau); il y a aussi des scies à chantourner, dont la lame est fort étroite ; des scies à ruban et des scies circulaires, dont le mouvement offre cet avantage d'être continu et non pas alternatif.

Brosse. — La brosse sert à [nettoyer, à laver, à peindre, etc; selon l'objet auquel elle s'applique, elle change de forme ctde dimension, elle est douce ou forte, délicate ou grossière. Les poils des brosses peuvent être en soie de sanglier ou de porc, en crin de cheval, en poil de chèvre ou de blaireau : on emploie aussi le chiendent et la bruyère. Le dos de la brosse ou la patte est de bois ou de corne, d'os, d'ivoire, etc. Certaines brosses ont des manches : ainsi les brosses dont se servent les peintres.

Crible. — Il existe un grand nombre de cribles plus ou moins compliqués, destinés à séparer

la poussière ou les parties menues de certaines matières, telles que grains, farine, sable, gravier, charbon. Lecrible le plus simple est le tamis, qui consiste en un cercle sur lequel est tendu tantôt un treillage en fils de fer, tantôt un tissu de crin ou une peau percée de trous.

Clou. — Les clous varient beaucoup de forme et de grandeur selon l'usage auquel ils sont destinés ; ils sont communément de fer ou d'acier; quelquefois de bronze, d'argent, d'or, etc. Au point de vue de la fabrication, on distingue les clous /brgès, découpés, fondus. Au point de vue de l'usage, on distingue les clous sans tète, les clous à crochet, les clous à virer, les clous à souliers, etc. Les clous sont employés aussi comme ornement. Les portes de bronze de divers monuments anciens ou modernes sont garnies de clous du même métal, dont les têtes sont ornées en manière de lleurons.

Epingle. — Autrefois, lorsque A. Smitli cherchait un exemple de la division du travail et de ses merveilleux effets dans la fabrication des épingles, celles-ci devaient passer par les mains d'une foule d'ouvriers. Mais aujourd'hui tout ce travail ou à peu près est fourni par des machines. De là un nouveau progrès économique. Les épingles sont généralement en fil de laiton : on le coupe à la longueur voulue, on lui forme une tête, on l'épointe, on le blanchit et on l'encarte. On distingue les épingles à la reine, qui sont les plus grosses, les drapières ordinaires, les drapières rivées, les rubanières et camions, qui sont les plus petites, etc. Les épingles de toilette sont faites par les joailliers, qui les ornent quelquefois d'une pierre précieuse.

Vis. — La vis ordinaire n'est qu'une sorte de clou cannelé en spirale, qu'on enfonce avec la percerette et le tournevis, au lieu de marteau. On appelle pas de ris chacun des intervalles réguliers marqués par le filet de la spirale. Mais, en mécanique, la vis est une véritable machine, qui entre d'ordinaire dans des mécanismes plus compliqués. La vis mécanique sert à élever des fardeaux et surtout à exercer de grandes pressions. La tête de lavis est alors armée d'un levier, à l'extrémité duquel on applique la force. On appelle vis d'Arehimède une machine propre à élever l'eau : l'invention en serait due à Archimède. La vis sans fin est celle dont l'action est continue dans le même sens ; à cet effet, ses pas engrènent dans une roue dentée.

Pince. — Les pinces, comme les ciseaux, sont formées de deux leviers unis par un axe, autour duquel ils se meuvent en sens contraire ; mais, au lieu que les ciseaux servent à couper, les pinces servent à saisir et à serrer plus ou moins fortement. On les emploie dans toutes sortes d'industries et d'opérations. On donne aussi le nom de pince à un levier de fer aplati par un bout, dont se servent les carriers ou d'autres artisans, pour soulever des quartiers déroche, des pièces de bois, etc.

Charrue. — On distingue, dans les charrues un peu perfectionnées : le contre ou couteau, qui coupe le sol verticalement ; le soc, partie la plus importante, qui coupe le sol horizontalement; le sep, pièce de bois doublée de fer et garnie d'un talon, qui pèse sur le fond du sillon ; le versoir ou oreille, qui débarrasse l'instrument du poids de la terre et allège sa marche; la haie, dite aussi âge, perche, /lèche, qui forme le corps delà charrue et auquel «'adaptent, en arrière, les mancherons et, en avant, l'attelage; enfin le régulateur, qui permet d'élever ou d'abaisser la pointe du soc. La charrue est très ancienne ; la mythologie en attribuait l'invention à Triptolème ; mais elle n'a été perfectionnée qu'avec le temps. La charrue des anciens n'était qu'une sorte d'araire, assez semblable à celui qui est encore en usage en Provence et en Italie.

Fléau. — Cet instrument primitif et usité encore aujourd'hui, se compose de deux bâtons cylindriques, reliés l'un à l'autre par une courroie. L'un est poli et sert de manche ; l'autre, le fléau proprement dit, plus court, gros et raboteux, sort à battre les gerbes étendues sur l'aire. On fait les fléaux avec le bois de cornouiller. Ils sont souvent remplacés par les machines à battre, sans parler des autres procédés (v. batteuse).

Van. — Très ancien, comme les précédents, cet instrument d'agriculture était regardé comme un symbole sacré, chez les Grecs, qui le portaient solennellement aux mystères d'Eleusis. Le van est souvent remplacé aujourd'hui par un appareil moins simple, le tarare, qui est par rapport au van ce que la machine à battre est au fléau.

Faux. — Cet instrument d'agriculture est symbolique entre tous ; mais au lieu d'emporter l'idée de moisson et de joyeuse récolte, comme la gerbe, par exemple, il emporte l'idée de destruction et de mort. La faux a été perfectionnée et il en existe de plusieurs espèces : elle est remplacée, dans les grandes exploitations, parla machine à moissonner [moissonneuse).

Houlette. — Elle se termine souvent par une sorte de cuiller tronquée, avec laquelle le berger ramasse des pierres ou de la terre, qu'il jette aux moutons. Non moins primitive que la garde et la culture des troupeaux, la houlette est devenue un symbole religieux, qui rentre dans l'allégorie évangélique du bon pasteur et du troupeau. De là le symbolisme de la crosse (v. ce mot) ou bâton pastoral des évêques.

Enclume. — La surface des enclumes sur laquelle on forge les métaux, soit à chaud, soit à froid, doit être unie et fort dure; on la fait en acier bien trempé. On appelle bigornes les enclumes qui offrent deux extrémités : l'une ronde et l'autre carrée. Le nom de bigorne est donné aussi à chacune de ces extrémités. Si l'enclume n'a pas de bigorne, on l'appelle tas. On place les enclumes à proximité des forges, sur des billots scellés en terre ou des massifs de maçonnerie. Il y a des petites enclumes portatives à l'usage des ferblantiers, des orfèvres : ce sont des enclumeaux.

Meule à aiguiser. — Les meules à aiguiser ou à repasser ont la forme de roues pleines, qu'on fait tourner avec le pied ou d'une autre manière, pour s'en servir. Elles sont faites d'un grès très dur et d'un grain très serré. La meule est indispensable dans les fermes, etc. Les taillandiers, les couteliers, les lapidaires et autres artisans se servent aussi de meules en fer, en acier et mieux en bois.

Rabot. — Le rabot est indispensable à tous les ouvriers qui travaillent le bois : menuisiers, charpentiers, ébénistes, etc. H y a des rabots de toute forme: longs, courts, étroits; des rabots à fer rond, des rabots à moulure. On se sert aussi de rabots pour aplanir le fer, le cuivre, y tracer des filets ; mais ces rabots sont, plutôt de véritables machines (machines à planer, à aléser).

Aiguille. — La fabrication des aiguilles à coudre, qu'on peut livrer à si bas prix, comprend un très grand nombre d'opérations et autant d'ouvriers distincts. C'est là un des exemples les plus remarquables de la division du travail. On peut le substituer à celui des épingles qu'avait choisi A. Smith, mais qui a vieilli; car la fabrication des épingles a été simplifiée par l'usage des machines. Ces opérations se ramènent à cinq séries : 1° façonnage de l'aiguille ou conversion du fil métallique en aiguilles brutes; 2° cémentation, trempe et recuit des aiguilles brutes; 3° polissage; 4° triage ; 5° derniers tours de main et mise en paquets.

Quenouille. — Le fuseau et la quenouille ont à peu près disparu des foyers domestiques, depuis

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