LIVRE XII : DE L'INSTRUMENT
que la fabrication des fils et des tissus s'est concentrée dans les manufactures. Chez les Romains, c'était l'usage de porter derrière la nouvelle mariée une quenouille garnie de laine, afin de lui rappeler ses occupations futures. L'Ecriture a loué la fem me forte, qui sait travailler la laine et le lin. Au moyen âge, on opposait la lance à la quenouille : celle-ci réservée aux dames et celle-là aux chevaliers. De là l'expression : tomber de lance en quenouille; elle s'appliquait aux héritages qui passaient sur la tète des femmes. En France, en vertu de la loi salique, la couronne ne 'tombait pas de lance en quenouille. Dans la mythologie, la quenouille était l'attribut des Parques, qui filaient la destinée des mortels.
Machine. — On peut diviser les instruments de travail en deux classes : les outils proprement dits et les machines, qui ne sont que des outils compliqués. Les machines sont des appareils, de construction fort diverse, mais qui tous sont destinés à transformer le mouvement ou tout au moins à le transmettre. On connaît la variété et les merveilleux effets du mouvement. Il s'appelle force et travail, il peut s'exercer dans toutes les directions et de toutes les manières : il va, il vient, il tourne sur lui-même, il descend ou il monte, tantôt avec lenteur et tantôt avec rapidité, tantôt faible et tantôt irrésistible ; ici il frappe violemment et redouble ses coups, là il pousse ou retire d'une manière uniforme. Or, c'est la machine qui modifie le mouvement et le fait passer par toutes les phases que l'homme désire. L'expansion de la vapeur, la chute du torrent, le courant du fleuve, le souffle du vent, deviennent à notre gré un mouvement de rotation, de va-et-vient, de traction, de pression, de locomotion ; et la machine tourne, marche ou travaille sur place, exécute en un mot la série de mouvements que l'homme a prévus et combinés. L'emploi des roues, des engrenages, des leviers, des poulies n'a pas d'autre fin que cette transformation et cette transmission du mouvement. La force se change en rapidité et la rapidité en force. La pression faible, mais persévérante, de la main peut soulever des poids énormes; et le mouvement lent, mais vigoureux de la main, peut produire une vitesse incroyable. Quels que soient le but et les dimensions du mécanisme, les procédés ne changent guère ; les lois de la mécanique se vérifient dans les rouages d'une montre aussi bien et plus ingénieusement que dans les machines colossales qui percent les montagnes ou donnent l'impulsion aux navires. Dans la boîte exiguë d'un chronomètre il y a le résultat d'une foule de découvertes et le résumé d'autant de chefs-d'œuvre. Le soir venu, une main distraite tend le ressort, qui distribuera avec économie pendant une journée entière la force minime qui lui a été confiée. A toute heure, à chaque instant, à chaque seconde et plusieurs fois par seconde, le merveilleux mécanisme témoignera par son tic-tac qu'il a reçu et qu'il conserve l'impulsion d'une main intelligente, tous les rouages combineront leur action, et l'aiguille véridique avancera sur le cadran pour instruire notre curiosité. Mais les mécanismes les plus savants et les plus ingénieux sortis de la main de l'homme, seront toujours bien grossiers à côté des mécanismes vivants, sortis de la main de Dieu. « Il n'y a genre de machine qu'on ne trouve dans le corps humain, remarque ici Bossuet Pour sucer quelque liqueur, les lèvres servent de tuyau, et la langue sert de piston. Au poumon est attachée l'âpre-artère, comme une espèce de flûte douce... La langue est un archet... L'oreille a son tambour... Les vaisseaux ont leurs soupapes ou valvules, tournées en tout sens ; les os et les muscles ont leurs poulies et leurs leviers : les proportions qui font et les équilibres, et la multiplication des forces mou-
vantes, y sont observées dans une justesse où rien ne manque. Toutes les machines sont simples, le jeu en est aisé, et la structure si délicate, que toute autre machine est grossière à comparaison ». Pour en venir à des considérations moins générales, les machines sont mues par divers agents, vivants ou naturels : animaux, cours d'eau, vent, vapeur, gaz élastiques, courants électriques. On distingue, dans les machines, le travail moteur et le travail utile. Celui-ci, à cause des résistances passives, qui sont des déperditions inévitables de force, est toujours plus petit que le travail moteur. Aussi le mouvement perpétuel est-il impossible. Les meilleures machines perdent jusqu'à 25 p. 100 de leurs forces mouvantes, c'est-à-dire que le quart du travail moteur, au lieu d'être utilisé, est perdu dans les chocs ou les frottements. On distingue les machines tantôt d'après les moteurs qu'elles emploient (machine à vapeur, moteur à gaz, moteur électrique), tantôt d'après le genre de travail qu'elles fournissent (locomotive, machine de compression, moissonneuse, batteuse, machine à coudre). Il n'est pas de métier, pour ainsi dire, qui n'ait ses machines particulières (machines-outils), qui vont tous les jours se perfectionnant. De là ce machinisme qui a tout envahi aujourd'hui et qui a modifié si profondément les conditions de la main-d'œuvre.
Les machines qui ont été le plus employées jusqu'à ces derniers temps, sont les machines à vapeur, qu'on distingue généralement en machines fixes et en machines mobiles. Elles ne datent guère que du XVIIIe siècle, bien que l'idée d'employer la vapeur comme force motrice soit plus ancienne. A leur invention et à leur perfectionnement se rattachent les noms des Jouffroy, des Watt et des Stephenson. Mais, malgré les progrès accomplis, les machines à vapeur sont encore très imparfaites : elles n'utilisent que 8 à 13 pour 100 de l'énergie dépensée ou du combustible. Outre la ' machine à vapeur, on emploie les moteurs hydrauliques, les moteurs à gaz, les moteurs électriques. Le plus bel avenir paraît réservé à l'emploi des courants électriques et par conséquent aux machines magnéto-électriques ou dynamo-électriques. On leur doit les derniers progrès accomplis dans l'éclairage et dans la traction des voitures.
Mécanisme. — Tout mécanisme, pour fonctionner ou jouer, doit laisser quelque intervalle entre ses diverses parties : rouages, essieux, leviers, etc. C'est le jeu ou la chasse qui lui est nécessaire. Il ne faut ni trop ni trop peu de chasse. De plus, le mécanisme est soumis à certains frottements, qui offrent d'autant plus de résistance que les pressions sont plus fortes, les surfaces moins unies, etc. On diminue beaucoup le coefficient de frottement au moyen des huiles, des graisses, du savon et autres corps gras.
Appareil. — Ce nom, qui a son emploi en physiologie (appareil respiratoire, digestif...), en chirurgie (appareil de pansement), en architecture (manière de disposer les pierres), s'applique aussi d'une façon spéciale à certains mécanismes destinés à enregistrer, indiquer, avertir. Les appareils enregistreurs inscrivent les changements qui surviennent, par exemple, dans un thermomètre, un baromètre, une girouette. Les appareils avertisseurs, indispensables dans les télégraphes, consistent généralement dans une sonnerie électrique.
Condensateur. — C'est le nom de divers appareils, notamment : le condensateur électrique, qui sert dans les bouteilles de Leyde et les autres accumulateurs; le condensateur parlant ou chantant, qui amplifie les sons envoyés par le téléphone de façon à les faire entendre à toute une salle.
Engin. — Ce nom, qui est remplacé le plus