Chapitre III
Des causes et autres principes. Principe — C'est ce dont une chose procède de quelque manière que ce soit. La notion de principe comprend donc celles de cause, d'occasion, etc. Elle s'applique également aux trois ordres : physique, logique, moral. Il y a, en effet, des principes d'existence (causes), des principes de connaissance (vérités premières, lois, etc.) et des principes de conduite (maximes et jugements pratiques), On peut donc définir la philosophie d'un seul mot comme la science des principes. Parmi les principes, on peut distinguer les suivants, qui intéressent surtout la logique : le principe de contradic-
tion : La même chose nepeut être et n'être pas, en même temps et sous le même rapport. — Principe d'identité : Ce qui est, est, ou bien algébriquement : A = A. Celui-ci, sur lequel reposent les lois du syllogisme, en découle immédiatement : Deux choses identiques à une troisième sont identiques entre elles. — Principe du moyen exclu : Toute chose est ou 'n'est pas. — Principe de causalité : // n'y a pas d'effet sans cause, ou mieux encore : Rien ne commence ou ne se fait suas cause. — Principe de raison suffisante : // n'y a rien qui n'ait sa raison suffisante. — Principe de substance : Tout mode d'être suppose une substance, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'action sans agent, de mouvement sans mobile, de phénomène sans réalité, etc. — Principe de la morale : // faut faire le bien ci fuir le mal — En physique, on appelle principe de la permanence de la force, une loi qu'on peut formuler ainsi : La somme des énergies ou des forces, dans l'univers, est constante.
Au sujet du principe de contradiction, on établit en logique qu'il n'y a pas de premier principe ou axiome qui serve proprement à démontrer toutes les vérités. En effet, la science humaine, étant donnés son origine et son caractère, ne peut découler d'un seul principe. Il y a nécessairement, à l'origine de nos connaissances, des jugements analytiques et des jugements synthétiques, des vérités absolues et des vérités de fait. Ces deux ordres de principes ne sont pas réductibles entre eux par une démonstration proprement dite. Un signe de cette dualité nécessaire, c'est que toute démonstration, comme tout syllogisme, suppose deux prémisses, dont chacune a son évidence propre. On ne peut démontrer l'une par l'autre sans pétition de principe. C'est donc une entreprise chimérique que celle des philosophes qui ont tenté de ramener toute science à un seul principe de démonstration, par exemple celui-ci : A = A. La science humaine est une, sans doute, mais d'une autre manière. Elle est une par l'évidence et par l'enchaînement de toutes les vérités qu'elle embrasse.
Mais si par premier principe de toute science on entend seulement un principe qui serve, sinon à démontrer, du moins à expliquer toutes les vérités et qui soit impliqué dans toutes, il faut avouer que le principe de contradiction réalise ces conditions. C'est toujours à ce principe qu'on a recours, en dernière analyse, pour justifier ses affirmations. Il est préférable même au principe d'identité à cause de sa forme négative et de sa fécondité ; mais il le suit de très près, s'il ne le précède, car il résulte des deux concepts d'être et de néant, qui sont les tout premiers.
En cherchant à ébranler toute certitude, les sceptiques devaient s'attaquer au principe de contradiction, et c'est ce qui est arrivé. Hegel a essayé de soutenir que l'être c'est le néant, en confondant l'être possible avec le néant (v. possible). Le principe de causalité a été attaqué également, et Kant, en particulier, a voulu n'y voir qu'une loi de l'esprit. Mais ce principe est d'abord objectif, métaphysique : il est la loi de notre esprit, parce qu'il est la loi des choses. Le principe de raison suffisante, qui n'est, au fond, que le principe de causalité généralisé, n'est pas moins légitime. Quant aux principes induits, qui sont les fondements particuliers des sciences physiques, ils ne sont pas analytiques, comme les précédents ; mais ils sont tirés des faits observés et de principes absolus, tels que celui-ci : L'essence des choses ne change pas.
Génération — C'est la manière dont l'être vivant procède de son semblable. Elle est définie par les scolastiques : « Origo viventis a vivente principio conjuncto in similitudinem naturee ». D'une manière plus générale, la génération est la produc-