LIVRE II : DE L ÊTRE
tion d'une substance ou individualité nouvelle par voie de transformation. La génération se distingue de la création : c'est le tout qui est engendré, de même que c'est le tout qui est créé ; mais le tout est engendré d'une matière préexistante, et, s'il s'agit de la génération proprement dite, la matière est de la substance même de l'auteur ou générateur — Axiomes: La corruption de l'un est la génération de Vautre, c'est-à-dire que la matière ne perd une forme que pour en recevoir une autre. — La génération est instantanée; car la forme ou l'essence est indivisible ; les dispositions seules sont graduelles et divisibles.
La génération spontanée ou hétérogénie, dont il est parlé si souvent dans l'histoire de la philosophie et des sciences naturelles, est l'hypothèse de l'apparition d'êtres vivants sans générateurs. Aristote et les scolastiques, avec tous les anciens et les savants jusqu'aux temps modernes, en se basant sur des observations forcément insuffisantes, avaient admis la génération spontanée, ou plutôt ils avaient supposé que l'action du soleil et autres causes supérieures ou réputées telles pouvait tirer du limon de la terre et autres matières, par une sorte de fermentation, des êtres inférieurs ou qu'on regardait comme tels. Mais lorsque le microscope eut facilité des observations plus précises, on borna l'hypothèse des générations spontanées aux êtres microscopiques. Même ainsi réduite l'hypothèse a été réfutée par Pasteur, qui, en même temps, a établi que les germes d'êtres organisés sont répandus pour ainsi dire partout. De là l'hypothèse de la panspermie.
Pour expliquer la génération elle-même, plusieurs ont supposé, à la suite de Leibniz, l'emboîtement des germes, en vertu duquel le premier être aurait porté en lui les germes innombrables de l'espèce tout entière ; mais cette hypothèse est abandonnée, de même que toutes les autres qui supposent la préformation des germes. On leur préfère avec raison l'hypothèse de la postformation ou épigénèse. La génération, en effet, n'est pas seulement une mise au jour, une évolution ou un développement, mais une production, une procréation. Elle est soumise d'ailleurs aux lois mystérieuses mais incontestables de l'hérédité, qui relie entre elles d'une manière si étroite les générations passées aux générations présentes.
Si l'on considère maintenant la génération au point de vue physiologique, il faut distinguer : la génération par œufs (oviparité), par bourgeons (gemmiparità) et par scission (scissiparité). Si les œufs sont fécondés, la génération est dite sexuelle ; sinon, c'est la parthénogenèse, qu'on observe chez certains insectes. La gemmiparité s'observe chez les annélides, les polypes et les infusoires ; la scissiparité ne s'observe que chez des helminthes, des hydres, des éponges, des infusoires et autres espèces inférieures.
On appelle génération allernantela production de formes successives et diverses par un même œuf fécondé: de là le polymorphisme qu'on observe chez des espèces inférieures. Ainsi les méduses pondent des œufs, d'où sortent des larves ciliées, qui deviennent des polypes ; par la scissiparité, ceux-ci donnent le strobile, être composé, qui produira des individus sexués, avec lesquels recommencera le cycle. De là cette loi de M. de Quatrefages : « La réapparition de la forme primitive par œufs fécondés ouvre et ferme tous les cycles de génération ». On voit que de tels faits, malgré leur première apparence, ne sont point favorables au transformisme.
Régénération.— En physiologie, c'est la faculté remarquable que possèdent plus ou moins tous les êtres vivants de répareretde reproduire même les parties qu'ils ont perdues. Cette faculté diminue à mesure qu'on s'élève vers les espèces supérieures, où la vie est'plus parfaite et plus concentrée. La régénéra-
tion chez l'homme est très limitée (épiderme, poils, ongles, calus des os, fibres, nerfs, etc.). Mais les tronçons de l'hydre reproduisent chacun un individu complet ; un lombric coupé en deux produit deux lombrics, la tête reproduit la queue et la queue reproduit la tète ; la plupart des articulés peuvent recouvrer leurs pattes, leurs antennes ; la vipère recouvre ses crochets venimeux ; le lézard, sa queue ; la salamandre, ses yeux.
Genèse. Epigenése. — En physiologie, genèse est synonyme de formation, naissance, génération. h'èpigenèse est le mode de production et de génération des êtres qui a lieu par l'addition successive des organes, le nouvel être étant d'abord à l'état d'ovule, puis de germe, puis d'embryon. L'épigenôse est opposée à la théorie de la « préformation des germes » ou de l'évolution organique, d'après laquelle les formes seraient tirées les unes des autres comme le contenu du contenant. L'épigenèse est adoptée par la physiologie moderne et peut être entendue d'une manière très correcte.
Parthénogenèse — C'est le mode de reproduction par œufs non fécondés. Elle ne s'observe que chez les insectes. Elle est accidentelle (abeilles, guêpes, etc.) ou nécessaire (pucerons, phylloxéra). Des œufs d'abeille non fécondés peuvent se développer et produisent des mâles. Mais une ponte tout entière de pucerons peut ne donner que des femelles ; après quelques générations, les mâles reparaissent et le cycle recommence.
Fécondation. — La fécondation est essentielle dans la reproduction sexuelle des animaux et des plantes. Chez les plantes, le pollen qui s'échappe des anthères est livré au vent et aux insectes, qui le transportent au loin, ou bien il tombe de luimême sur un stigmate voisin, comme une fine poussière. Il ne tarde pas à entrer en communication avec l'ovaire par le tube pollinique qui pénètre dans le style. Après la fécondation, la fleur se fane, mais l'ovaire, qui contient les ovules fécondés, persiste et absorbe les sucs de la plante. On a recours à la fécondation artificielle dans certaines cultures (dattier, fleurs, poissons).
Hybride, hybridation. — L'hybride est le produit du croisement de deux espèces, animales ou végétales. Les faux hybrides ou métis proviennent seulement du croisement des races. Linné avait cru voir des hybrides dans la plupart des espèces végétales ; mais on sait aujourd'hui (pie les hybrides végétaux naturels sont rares. Il en est de même des animaux. Les croisements sont plus fréquents chez les animaux domestiques ou réduits en captivité (v. mulet, bardot, tityre, musmon, léporide). Les hybrides paraissent réunir les caractères des espèces dont ils sont le produit. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, du moins chez les hybrides animaux, c'est qu'ils sont inféconds ou que leurs produits reviennent bientôt à l'une des espèces premières.
Reproduction. — La reproduction sexuelle a lieu par œuf fécondé (v. génération) et suppose deux éléments : l'ovule, élément femelle, et le spermatozoïde, élément mâle, dont l'union constitue la fécondation et produit le germe. Celui-ci, en se développant, donne tous les états successifs de l'être nouveau. Il y a hermaphrodisme (monœcie, êtres monoïques), lorsque les sexes sont réunis sur le même être. L'hermaphrodisme est complet, si le même animal peut se suffire pour la reproduction de son espèce. Chez les espèces supérieures, les sexes sont toujours séparés : de là de profondes différences dans tout l'organisme ; ils le sont aussi chez beaucoup de plantes (diœcie, êtres dioïques).
Cause. Effet. — La cause est le principe d'une nouvelle existence, ce qui fait qu'une chose est ou s'opère. Il faut bien distinguer les quatre causes principales : efficiente, matérielle, formelle, finale. La 2e et la ?>c sont dites intrinsèques, parce