Chapitre IV
Des vases et autres contenants.
Vase. Contenant. — Il est une classe d'objets destinés à contenir, à envelopper, à recevoir. Entendue au sens général, cette classe renferme non seulement les vases proprement dits, mais encore les choses mobilières, la plupart des valeurs. Le mot vas, en latin, signifie rase, ustensile, instrument, meuble, etc. « Nul ne peut enlever les biens (vasa) de l'homme fort, dit l'évangéliste S. Mathieu, s'il ne l'a d'abord enchaîné ». « Dieu, dit le Psalmiste, a déjà tendu son arc et y a mis des instruments (rasa) de mort, » c'est-à-dire des flèches qui portent et répandent la mort. « Je glorifierai le Seigneur, dit-il encore, je publierai sa vérité au son des instruments do musique (v((sa) ». On sait qu'en sanscrit le mot de vas signifie habiter, vêtir, et que rasauam signifie habitation et vase. Mais ne considérons maintenant que les vases proprement dits, destinés tour à tour à recevoir les solides, à contenir les liquides, à emprisonner les gaz. Ils sont composés de toutes sortes de matières : terre, porcelaine, bois, métal, verre, étoffe, cuir, etc. Leur composition, leur variété et leur dimension se mesurent sur la nature, le prix et l'usage des choses qu'ils sont destinés à recevoir. Ils sont l'objet de plusieurs arts et notamment de la céramique, de l'orfèvrerie, de la plomberie, de la cristallerie, de la tonnellerie , de la vannerie. Les premiers hommes ne tardèrent pas à pétrir le limon d'où ils étaient sortis ; ils façonnèrent des vases d'abord simples et grossiers, puis élégants et superbes. Les Grecs, les Romains, les Orientaux nous ont laissé des amphores et des urnes variées, qui ornaient leurs jardins, leurs palais, leurs tables somptueuses, et qui maintenant sont admirées dans nos musées et servent de modèles. L'art de travailler les métaux produisit des oeuvres plus remarquables encore. Déjà du temps de Moïse et des rois d'Assyrie, on ciselait des coupes d'or et d'argent pour les tabernacles du Seigneur, les autels des faux dieux et les tables des rois.
La nature inspirait l'homme et le guidait dans toutes ses tentatives ; car elle fabrique et emploie sous nos yeux toutes sortes de coupes, de vaisseaux et d'enveloppes. Elle amasse le vin dans de petites outres suspendues à la grappe : elle verse la pluie et la rosée dans le calice des fleurs ; elle enchâsse le grain, comme une pierre précieuse, au centre d'une corolle et d'une fleur; elle fait couler la sève dans mille canaux qui la conduisent des extrémités des racines aux extrémités des branches ; elle cache le ruisseau dans un sillon et forme çà et là des bassins où viennent se désaltérer les oiseaux du ciel et les quadrupèdes de la terre ; elle endigue les fleuves les plus grands et renferme dans des abîmes insondables l'océan tout entier : congregans sicut i n utre aquas maris. La terre elle-même est enveloppée d'atmosphère et de nuages, de lumière et d'ombre. Mais pourquoi monter si haut et porter les regards si loin ? Chaque fruit, chaque feuille est serrée dans les mailles d'un tissu: chacun de nos organes est soigneusement enveloppé, et d'autant plus délicatement qu'il est plus précieux et plus fragile ; le sang coule dans des artères et des veines ; le cœur bat dans une poitrine, et les entrailles sont disposées dans un bassin ; la moelle est dans les os, les os sont dans les chairs, et les chairs sont enveloppées d'un tissu merveilleusement filé, qui ne s'use jamais et se ré-
pare lui-même ; la dent est ferme dans spn alvéole, tandis que l'œil brillant est mobile dans son écrin ; la main, en s'ouvrant à demi devient une coupe et apporte de la source à nos lèvres l'eau limpide, qui peut nous désaltérer. Si les mains se combinent en même temps que les doigts s'écartent, elles forment une corbeille. Chaque main, en se refermant avec force ou en se contractant de diverses manières, peut se changer en divei s instruments, en marteau, en pince, en ciseaux, en crible, en porte-voix, en cornet acoustique, etc. Ce n'est pas vainement qu'elle a été surnommée Yorgane des organes ou l'instrument par excellence : or garni m organorum. Ceux que l'on invente ou que l'on perfectionne chaque jour ne font que lui obéir et la seconder.
Coupe. — La coupe a plus de largeur que de hauteur. Bien connue dans l'antiquité, elle devenait souvent un objet d'art et de luxe. La Bible mentionne comme un objet de grande valeur la coupe que Joseph fit cacher dans le sac de Benjamin son frère. Les Grecs et les Romains se servaient de coupes dans leurs repas ; ils en firent de pierres rares, de métaux précieux, en bronze, en albâtre, en marbre, souvent avec pied et anses en or ciselé ou émaillé, souvent aussi en terre cuite, avec sujets peints et autres décorations. Parfois les coupes n'étaient que des objets d'ornement, et on leur donnait alors de de grandes dimensions, comme on le fait encore aujourd'hui
Bouteille. — Les bouteilles communes, qu'on peut livrer à si bas prix, sont faites de matières vitrifiables, qu'on trouve en abondance dans la nature : sable principalement, soudes du commerce, cendres. Lorsque ces matières ont été liquéfiées dans un four de fusion, l'ouvrier verrier en cueille une partie au bout d'un long tube, par lequel se fait le soufflage de la bouteille ; il donne à celle-ci la forme convenable au moyen d'un moule. Les bouteilles sont mises ensuite dans un four, pour y être recuites et refroidies lentement ; ce qui fait qu'elles sont beaucoup moins fragiles. Certaines bouteilles, comme celles de Champagne, peuvent supporter des pressions de 12, 20 et même 30 atmosphères. Le soufflage des bouteilles par la bouche est fort pénible et expose à de graves maladies, entre autres l'emphysème pulmonaire : on tend à le remplacer par le soufflage mécanique.
Pot, poterie. — On comprend spécialement, sous le nom de poterie, toute espèce de vases d'argile, de faïence, de porcelaine (v. potier, céramique). L'art de la poterie est des plus anciens. Les Egyptiens fabriquaient déjà leurs plus belles terres cuites, 2.000 ans av. J.-C, et, avant cette époque, il y avait en Chine un intendant général de la poterie. Tous les peuples civilisés de l'antiquité (Grecs, Romains, Etrusques, Carthaginois), nous ont laissé des spécimens remarquables de cet art. La fabrication des poteries comprend un grand nombre d'opérations, qu'on peut ramener à quatre : préparation des pâtes, façonnage, cuisson, décoration.
Tonneau. — Ce nom s'applique, en général, à toute espèce de futaille ou récipient en bois de forme ronde, à deux fonds, fait de planches reliées par des cercles, et servant à contenir des liquides, tels que vins, eaux-de-vie, huile, ou d'autres marchandises, comme du miel, des pruneaux, des harengs. On donne spécialement le nom de tonneau à une mesure de capacité assez variable, mais qui est entre la pipe et la feu Mette. Les tonneaux plus petits dont on se sert particulièrement pour la poudre, les harengs, etc., prennent le nom de baril. Le baril était aussi une mesure de capacité, de même que la barrique, autre espèce de tonneau ; mais ces mesures étaient variables. On fabrique aujourd'hui les tonneaux au moyen de machinesoutils (v. tonnelier).