Chapitre V
Des armes et des instruments de supplice.
Arme. — Le péché est l'origine du mal. C'est lui qui a causé toutes les guerres et rendu nécessaires l'effusion du sang et les rigueurs de l'expiation. Le sang ne cesse du couler, innocent ou coupable, des blessures toujours ouvertes de l'humanité. Caïn le premier tendit des embûches à son frère et, l'ayant mené à l'écart, loin de la maison paternelle où régnait la paix, il se jeta sur lui et lui donna la mort. On ne sait quelle fut l'arme du fratricide; mais personne n'ignore que le sang du juste fut répandu et abreuva la terre. Qui pourrait énumérer tous les instruments homicides qui depuis lors ont versé le sang? Sur quelles frontières n'a-t-il pas coulé par torrents ? La nature offrit aux chasseurs d'hommes leurs premières armes ; ils trouvèrent, dans les forêts, des piques et des massues ; sur le sol, des projectiles pour la main et pour la fronde ; çà et là des silex faciles à tailler en forme de hache et de fer de lance. Ils apprirent bientôt à tirer de l'arc, à lancer le javelot, à se servir du poignard et de l'épée. Mais il ne suffisait pas d'être armé pour l'attaque. Le corps, si vulnérable de sa nature, fut protégé par des armes défensives : la tête fut couverte d'un casque ; la poitrine, d'une cuirasse ; bientôt l'armure devint complète, et l'on vit au moyen âge des guerriers tout couverts de fer, bravant impunément les traits et les coups comme des forteresses. Avec la poudre à canon et les armes à feu, les champs de bataille changèrent de face: les nouveaux projectiles percèrent les armures et fauchèrent les chevaliers et les hommes d'armes. Les places fortes elles-mêmes se trouvèrent sans défense ; car le canon avait remplacé avantageusement toutes les machines de guerre : il renversait les tours et les murailles sur leurs défenseurs.