PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
qu'elles constituent l'effet ; les deux autres sont extrinsèques. La cause efficiente peut être principale ou instrumentale. La cause efficiente est absolument première (Dieu) ou seconde (les créatures). On distingue encore la cause prochaine et la cause éloignée, la cause immédiate et la cause médiate, etc. — Axiomes : Rien ne se fait (ou ne commence, n'arrive) sans cause (v. principes) — Rien ne peut être à soi-même sa propre cause ; car l'acte et la puissance, l'agent et le patient, le moteur et le mobile sont nécessairement distincts — La cause de la cause est aussi la cause de l'effet — En supprimant la cause, on supprime l'effet. Il s'agit ici de la cause qui agit comme telle et donne incessamment l'existence à son effet — En posant, la cause on pose l'effet. L'effet varie arec sa cause. Même observation.
L'importance, le caractère primitif de l'idée de cause, se trahit de mille manières dans le langage par les mots les plus usuels et les plus nécessaires, entre lesquels le mot faire est le plus remarquable. Il entre dans une foule de locutions, il joue pour ainsi dire le rôle de verbe auxiliaire {faire voir, faire entendre, faire faire, etc.) et compte à lui seul des centaines de dérivés {facile, difficile, efficace, affaire, etc.). En analysant l'idée de cause on y trouve trois éléments ou conditions : 1° La cause doit être réellement distincte de l'effet. Par conséquent la causalité ne se confond pas avec l'activité; agir ne se confond pas avec canner et faire. — 2" L'effet doit dépendre réellement de la cause ; car c'est par la vertu de la cause qu'il est produit. — 3° La cause doit précéder l'effet, au moins d'une priorité de nature, sinon d'une priorité de temps. Car il faut être avant d'agir.
Sur la cause en général et en particulier sur la cause efficiente, il importe d'observer les vérités suivantes. En premier lieu, la cause n'est pas un simple antécédent, ni l'effet un simple conséquent ; mais la cause est ce qui produit l'effet, et cette claire notion est objective. De même qu'on a essayé de ramener l'idée de substance à l'idée de phénomènes associés, de même aussi on a tenté de ne voir dans la causalité qu'une succession de phénomènes. Mais cette confusion est écartée par le langage même, qui résume les observations de tous. Qui confondra jamais précéder avec causer, succéder avec dépendre, venir après avec provenir '/'', devancier avec auteur, successen r avec fils, etc.? Tous distinguent donc très bien la cause et le simple antécédent. Ensuite cette idée est objective comme le principe de causalité, qui est inséparable. Il est vrai que souvent les causes nous échappent et que nous saisissons alors de simples antécédents ; mais du moins nous saisissons certainement une vraie cause en nous-mêmes, et toujours l'existence de la cause s'impose à notre raison lorsque nous constatons un fait.
Une autre vérité importante c'est que les êtres créés, esprit et corps, sont de vraies causes, les uns à l'égard des autres. Les occasionnalistes, les partisans de l'harmonie préétablie ne devaient pas réserver à Dieu toute causalité, mais seulement la causalité créatrice, qui est en effet incommunicable. De même que l'être créé est distinct de l'Etre divin, de même aussi sa causalité, qui suit essentiellement son être. Un être réel ne se conçoit pas sans la vertu d'agir ou l'activité. L'ordre de l'univers serait tout factice, si les relations des créatures n'étaient pas fondées sur leur activité. L'occasionnalisme est particulièrement insoutenable en ce qui concerne les êtres vivants et les esprits. Nous avons, en effet, le sentiment très vif de notre propre activité ; et notre liberté, sans elle, serait inexplicable (V. P. de Régnon : La métaphysique des canne* d'après S. Thomas et Albert le Grand).
Circonstances.— En rhétorique, les circonstan-
ces sont le septième des lieux communs ou topiques intrinsèques. On les a réunies dans ce vers technique : Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando ? On voit qu'aux circonstances ainsi comprises se rattachent les occasions et les conditions, les antécédents et les conséquents, les causes et les effets.
Hasard. — ■ Ce n'est, en définitive, qu'un effet qu'on ne pouvait prévoir. Le hasard est imprévu, inattendu, on n'en sait ni la loi ni la cause; c'est le conséquent d'un principe dont on ne peut mesurer ni prévoir l'action. Il n'y a donc pas de hasard absolu ; car il n'y a pas d'effet sans cause ni de mouvement sans but ; la cause finale est universelle comme la cause efficiente, rien ne peut lui être soustrait. L'ignorant regarde comme l'effet du hasard une maladie subite, une éclipse, une tempête; mais le savant, qui connaît les causes, sait ramener tous ces ett'ets à leurs lois. Or, par rapport à Dieu, tous les hommes ensemble sont ignorants; le hasard les surprend, mais il ne met jamais en défaut Celui sans qui rien ne se fait et qui ordonne toute chose a une fin (v. Providence).
Sort. — Les anciens avaient l'habitude d'abandonner au sort certaines décisions ; et cet usage était prudent, alors que de longs débats auraient aigri les esprits, sans amener peut-être une meilleure solution. A plus forte raison, était-il respectable, s'ils avaient droit d'espérer une intervention de Dieu. Les Hébreux se partagèrent la Terre promise, en tirant au sort ; les Francs se partageaient de même le butin pris sur l'ennemi. Il serait plus difficile de justifier les Athéniens qui laissaient au sort de désigner les juges. Il est incontestable cependant qu'un jury déterminé par le sort offre souvent plus de garanties que tout autre.
Fortune. — Le hasardprendle nova de fortune, s'il concerne les créatures et décide de leur bonheur ou de leur malheur. De bonne heure les païens avaient divinisé la Fortune : Tullus Hostilius lui consacra un temple à Rome. On représente la Fortune avec un pied sur une roue pour marquer son inconstance. Elle était regardée comme une divinité aveugle. Mais il est à remarquer que Thémis aussi avait un bandeau sur les yeux. Ce bandeau de Thémis marque l'impartialité ; la cécité, au contraire, marque l'ignorance.
Fatum, fatalité. — Le fatum ou la fatalité, que l'on confond quelquefois avec la fortune et le hasard est ce que l'on ne peut empêcher. Le fatum exclut la liberté, comme le hasard la prévoyance. Le hasard est fatal ; mais tout ce qui est fatal n'est pas l'effet du hasard ; car il y a des nécessités à la fois prévues et inéluctables. Seulement le fatum, de même que le hasard, ne limite d'aucune manière l'activité de la cause première, éminemment libre et prévoyante. Tout ce qu'on peut dire, c'est que Dieu, ayant créé librement, est lié en quelque manière par ses propres lois, celles du moins qui découlent de la nature même des choses et sans lequelles la vérité et la sainteté divines ne se conçoivent pas.
Acte. — Outre sa signification transcendantale (v. acte, puissance), l'acte en a une autre, la plus connue, qui se présente d'abord à l'esprit, celle d'exercice d'une faculté : l'acte c'est tout ce qu'on fait ou peut faire. C est un axiome que l'on connaît l'homme par ses actes. Il est non moins évident que les actes font connaître la faculté, et, avec elle la nature de l'homme. Ainsi l'acte intellectuel révèle l'intelligence et, avec elle, la spiritualité de l'âme. En psychologie et en morale on distingue l'acte exercé (elicitus) et l'acte commandé (imperatus); l'acte d'homme (actus hominis) et l'acte humain (actus humanus). Par rapport à la volonté, l'acte exercé c'est le consentement, le vouloir, qui est produit par la volonté elle-même ; l'acte com-
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