LIVRE II : DE L ETRE
mandé est celui qui est produit par quelque autre faculté sous l'empire de la volonté, comme marcher, réfléchir, parler, faire attention. L'acte d'homme est celui dont l'homme est l'auteur matériellement, mais non formellement, c'est-à-dire en tant qu'homme, avec délibération ou connaissance suffisante : ainsi de respirer en dormant ou sans attention. L'acte humain, au contraire, est un acte voulu, délibéré.
Parmi les actes d'homme, les psychologues contemporains ont remarqué l'acte réflexe. Il est simple ou psychique. L'acte réflexe simple est celui dans lequel une impression reçue par un centre nerveux est suivie d'une réaction motrice immédiate, sans transmission préalable aux centres plus élevés d'ordre psychique, et partant sans conscience, sans perception ni délibération : par exemple cligner l'œil à la moindre impression. — L'acte réflexe psychique, au contraire, suppose certaines habitudes ou dispositions qui opèrent avant la délibération du sujet, mais non sans connaissance ; ce sont les mouvements primo primi remarqués par les scolastiques. Ex. : parer un coup avant toute délibération.
Action. — C'est l'accident en vertu duquel la cause est formellement telle ; c'est l'opération ou Vacte second (v. acte, puissance). L'action implique une relation et répond à la passion (v. catégories). On distingue l'action immanente (immanens) et l'action transitive (transiens). La première est celle dont le terme est dans le sujet qui agit : par exemple la pensée, tout acte vital. La seconde est celle qui a son terme au dehors : ainsi le travail corporel, du moins en tant que mécanique. D'une manière générale, agir implique quelque action immanente ; faire, une action transitive. On appelle action à distance, celle qu'un corps exercerait sur un autre avec lequel il ne serait en contact ni immédiatement ni médiatement. Cette action répugne. Mais il reste à expliquer alors comment les corps agissent les uns sur les autres dans la nature et à de si prodigieuses distances. Cette explication est facile, avec l'hypothèse du continu (v. ce mot) ; elle est difficile, sinon impossible, dans l'hypothèse contraire — C'est un axiome que Tout se fait dans la nature par les voies les plus courtes, avec la moindre dépense de temps et de force. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le principe de moindre action. Il répond à l'axiome scolastique : La nature ne fait rien en vain.
Agent — C'est celui qui exerce un acte, une action. On distingue l'agent naturel et l'agent libre. Le premier agit par nature, sans délibération, sans choix ; le second est soustrait à la nécessité. En logique, l'agent est dit univoque ou équivoque ou analogue, selon qu'il produit un effet de même nature que lui (ainsi le père par rapport à son fils) ou de nature différente (ainsi l'artiste par rapport à son œuvre), ou de nature analogue (ainsi Dieu par rapport aux créatures).
Activité. — C'est, en général, le pouvoir d'exercer une action, de produire un effet. L'activité est l'attribut de toute substance, tant organique que vivante ; mais, chez les êtres vivants, l'activité n'est pas seulement une force, c'est encore une vie, et si l'être est raisonnable, c'est une volonté.
Irritabilité — C'est la faculté que posséderaient les organes, les tissus et tous les autres éléments organiques d'entrer en fonction ou en mouvement sous l'influence de certaines causes ; c'est, en général, l'exaltation de l'activité vitale, appelée tonicité par Stahl, élasticité par Haller, irritabilité par Glisson, etc. La contractilitè des muscles ou irritabilité musculaire n'en est qu'un cas particulier.
Suggestion — Action de suggérer l'accom- I
plissement ou l'omission d'un acte. Se dit particulièrement de la suggestion donnée à des névropathes ou autres personnes hypnotisées sur lesquelles il est facile de prendre de l'ascendant. Il naîtrait de cette suggestion une impulsion plus ou moins forte et souvent irrésistible. Plusieurs expliquent tous les phénomènes hypnotiques par la suggestion (école de Nancy). L'autosuggestion est celle que le sujet se donne à lui-même (v. hypnotisme, magnétisme).
Phénomène. Nouraène. — Le noamène est, pour ainsi dire, ce qui est, tandis que le phénomène est ce qui parait. Kant et, après lui, les autres criticistes opposent les phénomènes aux noumènes, comme nous opposons les accidents aux substances et aux essences. Mais cette substitution est injuste et engendre facilement le scepticisme et le phénoménisme. Ce que l'on perçoit directement et immédiatement ce n'est pas, à parler rigoureusement, le phénomène ou la représentation, mais l'accident, qui n'existe et n'agit que dans la substance et avec la substance qu'il manifeste. — On distingue les phénomènes internes et les phénomènes externes. Les premiers sont saisis par la conscience; les seconds, par les sens extérieurs.
Merveilleux. — Le merveilleux occupe une grande place dans les aspirations de l'homme et dans l'histoire de l'humanité : toutes les religions en ont vécu. L'homme sent qu'au-dessus de l'ordre naturel il y a un ordre supérieur (v. surnaturel) auquel la nature est subordonnée; mais les lois de cette subordination sont mystérieuses et ne peuvent être connues que par révélation. De là le christianisme auquel sont opposées tant de religions fausses et de superstitions, qui persistent souvent chez les esprits d'ailleurs les plus réfractaires à la foi véritable. Le merveilleux est de plusieurs sortes, selon que la cause en est divine, ou diabolique, ou purement naturelle. (V. le P. Lescœur, la Science et 1rs faits surnaturels contemporains, 1897.)
Miracle. — Le miracle est le merveilleux divin : c'est le signe du surnaturel. Il a cela de commun avec le merveilleux qu'il excite 1 etonnement, l'admiration. Mais là se bornent leurs ressemblances. Le merveilleux n'est qu'un effet surprenant dont nous ignorons plus ou moins la cause, tandis que le miracle proprement dit est une œuvre divine qui ne rentre pus dons l'ordre naturel des choses (v. ordre surnaturel). Mais il est évident qu'il rentre dans l'ordre universel de la providence divine. La nature et la grâce, le naturel et le surnaturel se combinent de mille manières et réalisent un même plan ; tout se rattache à Dieu considéré comme Auteur de la nature ou comme Auteur de la grâce. A considérer les choses ainsi, rien ne se fait contre l'ordre. Mais lorsque nous disons que le miracle ne rentre pas dans l'ordre naturel ou même qu'il est contraire aux lois de la nature, nous opposons cette nature, avec toutes les causes secondes qu'elle renferme, à la Cause première, les lois naturelles aux lois supérieures et aux exceptions de la grâce, qui toutes cependant trouvent, pour ainsi dire, leur loi dans la Providence. Celle-ci a tout prévu et fait tout converger vers une même fin.
On ne saurait donc ramener le miracle à de simples effets extraordinaires des lois générales de la nature. D'après certains auteurs, en effet, il y aurait comme une loi naturelle du miracle. Dieu, en créant les choses, aurait disposé certaines causes en vertu desquelles les effets miraculeux éclateraient en leur temps. Mais le miracle ne se ramène pas à la loi physique ; il rentre seulement dans le plan général de la Providence. En lui-même il est plutôt une exception.
La plupart des rationalistes ont nié la possibilité du miracle. Tout en admettant la liberté humaine, qni sait s'affranchir des lois physiques sans violer pour cela les lois morales, ils ne veulent pas accor-