LIVRE XIII : DE L ANIMAL
nombreuses, conduites par un vieux mâle ou une vieille femelle. On les trouve encore dans les forêts humides et les lieux marécageux de l'Inde et de l'Afrique, où ils se nourrissent d'herbes, de racines et autres productions végétales. L'éléphant de l'Inde est le seul qui soit domestiqué : il obéit fidèlement à son cornac. L'éléphant est très intelligent : les anciens l'employaient à la guerre ; il portait sur son dos des tours où des hommes armés combattaient à l'abri. On l'emploie aujourd'hui pour la chasse au tigre, dont il est l'ennemi. Au Siam, on rend une sorte de culte aux éléphants blancs (v. albinisme). Il y a un grand nombre d'espèces d'éléphants fossiles, le mammouth par exemple.
Hippopotame — Cet énorme quadrupède, dont le volume est le double de celui du bœuf, mais qui est bas sur jambes, habite les rivières du centre et du midi de l'Afrique. Il a laissé des débris fossiles de l'époque quaternaire en Europe et en France. 11 passe le jour dans les rivières et parmi les roseaux; la nuit il va paître dans les champs et ravage les plantations. Il est d'un naturel doux, mais il est redoutable dans sa fureur. On tire de ses dents un excellent ivoire, dont on fait des dents artificielles.
Rhinocéros. — Ce pachyderme de haute taille et d'extérieur repoussant n'est pas moins volumineux que l'hippopotame. Mais il a la tête courte, le museau tronqué et armé d'une ou deux cornes (v. ce mot). Il habite les mêmes parages que l'éléphant, avec lequel il peut lutter sans désavantage. On le chasse pour sa chair et pour sa peau, dont on fait un cuir impénétrable. Les Romains le faisaient combattre dans leurs cirques. Les espèces de rhinocéros disparues ont laissé beaucoup de fossiles.
Sanglier. — Cet animal est regardé comme la souche du cochon domestique. Il en diffère par ses défenses, qui sont plus longues, ses soies, qui sont plus raides, etc. Il habite les forêts humides et sombres et sort le soir pour fouir le sol, avec son boutoir, et chercher sa nourriture, qui consiste en racines, fruits sauvages, vers, et même jeunes lapins, perdrix, etc. La chasse du sanglier est dangereuse; sa chair succulente rappelle celle du porc.
Porc. — Cet animal domestique, renommé pour sa malpropreté, sa voracité et ses bas instincts, fournit du lard, de la graisse, des jambons, une viande succulente, mais qui est de digestion difficile et peut devenir malsaine dans les pays chauds. Elle était interdite par la loi mosaïque et elle l'est encore chez les musulmans. Le porc et le sanglier ont été rangés par Cuvier avec les pachydermes ; mais depuis lors on a modifié ce classement, en formant un ordre qui comprendrait les ruminants et les porcins sous le nom de bisulques (bisulcus, fourchu).
Cheval. — On peut dire, avec Buffon, que parmi les animanx domestiques le cheval est « la plus noble conquête que l'homme aitjamais faite. » De bonne heure le cheval a rendu d'incomparables services à l'homme, qui l'a associé, pour ainsi dire, à tous ses travaux et même à ses combats. De là, sans doute, la fable des centaures. Le cheval paraît être originaire des hauts plateaux de l'Asie, d'où descendirent toutes les grandes invasions; il est acclimaté aujourd'hui partout, même en Amérique, où il était inconnu avant l'arrivée des Espagnols. C'est en Amérique que l'on trouve maintenant le plus de chevaux à l'état sauvage. Etant donnée l'importance que le cheval a prise au service de l'homme, il est l'objet de nombreuses connaissances, que l'on peut toutes ramener à l'A ippologie et kVkippiatrie. Celle-ci, plus particulière, étudie les maladies du cheval (v. pousse, morve, gourme, etc.) et les remèdes qu'il faut leur opposer. L'hippologie considère la conformation du cheval,
ses différentes parties (v. encolure, poitrail, garrot, etc.) ; sa dentition, qui sert à faire connaître son âge; sa robe; ses allures (v. èquilation, courses) ; sa valeur marchande (v. maquignon). Elle compare aussi les qualités des différentes races, tout ce qui a rapport à leur production, à leur élevage et à leur dressage (v. haro*, manèges). De nos jours le cheval a été compté aussi parmi les animaux de boucherie (v. hippophagie) ; la médecine lui demande des quantités de sérum antidiphtérique et autres qui lui sont nécessaires. Enfin il n'est pas un des éléments qui le constituent qui ne soit utilisé pendant sa vie ou après sa mort : ses os, pour faire du noir animal; la corne de ses sabots, sa crinière, sa peau. Les progrès accomplis dans les moyens de locomotion (vélocipèdes, automobiles) peuvent bien le dispenser d'un grand nombre de services qu'il nous avait rendus jusqu'à ce jour; mais il ne paraît -pas qu'il doive jamais nous devenir inutile.
Ane. — On pense que l'ancêtre de cet animal domestique est l'onagre, qui vit en troupes dans les déserts de l'Asie centrale. L'àne diffère du cheval par une tête plus grosse et moins allongée, des oreilles bien plus longues, une queue qui n'a des poils qu'à son extrémité, etc. Il vit moins longtemps que le cheval (15 à 16 ans). Sa sobriété, son endurance en font, dans nos pays, l'auxiliaire des maîtres les moins fortunés. Les mauvaises qualités qu'on lui reproche, dans nos contrées, viennent des mauvais traitements dont il est trop souvent l'objet plutôt que de son naturel. Il est mieux apprécié en Orient, où les races qu'on y rencontre sont d'ailleurs supérieures aux nôtres. Le croisement de l'âne et du cheval donne le mulet et le bardot : celui-ci, produit du cheval et de l'ânesse ; celui-là, de l'âne et de la jument.
Mulet. — Le mulet est en général plus sobre et plus robuste que le cheval ; il vit plus longtemps. On sait qu'il est stérile, comme d'ailleurs, en général, tous les hybrides. On l'emploie beaucoup en Espagne et en Portugal, dans le midi de la France, en Italie, etc., pour porter les fardeaux à travers les montagnes. La sûreté de sa marche, sa vigueur pour gravir les sentiers les plus escarpés, en font une monture sans rivale dans les pays accidentés et dépourvus de routes. La mule était jadis, en France, la monture ordinaire des magistrats, des médecins, des gens d'église.
Zèbre. — Les formes de cet animal sont élégantes et le rapprochent beaucoup de l'âne et du cheval. Son pelage est d'un blanc jaunâtre, rayé de bandes transversales de couleur brune. Il habite les parties montagneuses du sud de l'Afrique et l'on n'a jamais pu le dompter.
Chameau. — C'est un ruminant sans cornes ; il est le type d'un genre, qui comprend les chameaux proprement dits et les lamas. On distingue : le chameau à deux bosses, de l'Asie, qui atteint jusqu'à 2 m. 30 de hauteur; et le dromadaire ou chameau à une bosse, répandu dans le nord de l'Afrique et en Arabie. Le chameau fait la richesse de l'homme du désert, qui en tire tous les services que nous n'obtenons que de la plupart de nos animaux domestiques réunis. Comme monture et bête de somme, il est incomparable : on l'a surnommé justement le navire du désert. Les grands chameaux qui servent dans les caravanes peuvent porter jusqu'à 000 kilogrammes ; les chameaux de course peuvent parcourir jusqu'à 200 kilomètres en un jour. Le chameau fournit, en outre : son poil, qui se renouvelle tous les ans et peut faire d'excellents tissus ; son lait et sa chair. La sobriété et l'endurance de cet animal sont extraordinaires : avec la seule provision que peut contenir sa panse, il voyage jusqu'à huit jours sans boire ni manger.
Cerf. — Le cerf est le type d'une grande famille