‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 47 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

der un privilège analogue à la divinité. Certes Dieu ne change pas de résolution et de volonté en accomplissant de nouveaux miracles ; sa volonté est immuable, mais sa Providence sait se conduire diversement selon les temps; elle intervient en ce monde de la manière qu'elle juge à propos pour avertir les hommes et les instruire, pour renouer ou resserrer les liens sacrés de la religion, des traditions et de la foi.

Le miracle est possible, parce qu'il ne répugne pas en soi ; l'ordre de la nature est contingent ; les effets de la nature ne sont pas tels qu'ils ne puissent être empêchés par une force supérieure, la force divine, ou que Dieu ne puisse y ajouter. Il peut faire ce qui dépasse en soi les forces de la nature (miracle 'quant à la substance du fait) ; comme aussi il peut produire un effet naturel, mais dans un sujet qui ne le comporte pas (miracle quant au sujet) ou d'une manière qui n'est point naturelle (miracle quant au mode). Bref, il ne peut être lié absolument par ses propres lois. C'est ici que nos adversaires se récrient le plus vivement. Dieu, disent-ils, ne peut faire ce qui implique contradiction ; poser une loi et la retirer ou la violer. — Mais d'abord pourquoi ne le pourrait-il point, si cette loi ne découle pas de la nature des choses1? Ensuite il n'est pas nécessaire que Dieu retire sa loi ou la suspende : il suffit qu'il en empêche l'effet. Aux causes secondes il ajoute une cause supérieure, sa propre puissance, qui produit un effet nouveau, ou qui empêche ou qui modifie un effet attendu. C'est Lazare qui sort du tombeau; c'est la tempête qui se calme soudain. En quoi la nature est-elle bouleversée? La nature est-elle détruite, parce que l'oiseau se soutient contre le vent et emporte sa proie malgré les lois de la pesanteur ? La nature serait-elle détruite si l'homme trouvait un moyen de traverser les flammes sans être consumé ? Ce qui se produirait alors sans miracle et en vertu de certaines causes secondes convenablement employées peut se produire miraculeusement, c'est-à-dire par l'intervention de Dieu. Il peut même arriver que l'effet soit tel que nulle cause seconde ne soit capable de le produire. Alors le miracle éclate : c'est la manifestation même de la toute-puissance de Dieu. Mais qu'on ne parle plus de contradiction, de destruction des lois de la nature : Dieu ajoute à son œuvre, il l'élève et la transforme au lieu de l'amoindrir.

Ajoutons une preuve morale. Tous les peuples ont admis la possibilité du miracle. Il est vrai que la plupart n'ont pas su se garantir de la superstition ; mais leurs erreurs n'étaient que l'abus d'une vérité profonde. D'ailleurs, parmi les faits regardes par les peuples superstitieux comme de vrais miracles, il y en a un bon nombre qu'il n'est possible d'expliquer que par l'intervention des esprits; et ces derniers laits, sans être des miracles proprement dits, c'est-à-dire des faits divins, prouvent néanmoins la possibilité de ceux-ci. Car, si des esprits peuvent intervenir en ce monde et s'y manifester, pourquoi Dieu ne le pourrait-il pas? Reste, il est vrai, à discerner les vrais miracles de leurs contrefaçons.

Voici quelques principes à ce sujet. Le merveilleux se présente sous bien des formes: magnétisme, spiritisme (tables tournantes, évocations), hypnotisme (suggestion, etc.). Mais les faits ou phénomènes merveilleux de l'hypnotisme, du spiritisme, du magnétisme, s'ils ne sont pas des illusions, proviennent de causes physiques peu connues ou bien des esprits : mais ils ne sont pas divins. Dans bien des cas, le vrai miracle pourra être discerné d'avec eux, toutes les fois qu'on pourra être certain du fait miraculeux, certain qu'il ne provient pas de la nature sensible, certain qu'il provient de Dieu. Or 1" on peut être certain du fait, soit qu'on l'ait

expérimenté par soi-même, soit que des témoins dignes de foi et parfaitement informés le racontent. Ces conditions se réalisent pour nombre de faits miraculeux rapportés dans l'histoire ecclésiastique et notamment dans l'Evangile : la vie, la passion et la résurrection de Jésus-Christ, etc. Je crois, disait Pascal, des témoins qui se font égorger. Impossible d'alléguer la mauvaise foi; impossible aussi d'expliquer ces témoignages comme un effet de l'imagination. Tels et tels faits sont certains ou bien il n'y a plus de certitude historique. — 2» On peut être certain que les faits observés ne proviennent pas de la nature sensible. Il n'est pas nécessaire, en effet, de connaître toutes les ressources, toutes les forces de la nature, d'assigner les limites précises de son action, pour savoir que certains faits, surtout dans tel cas donné, ne sont pas de son ressort. Il est évident que la résurrection d'un cadavre en putréfaction, la multiplication de quelques pains, la vue des choses absentes, la communication directe d'une âme avec une autre sans l'intermédiaire d'aucun signe, ne sont pas des effets dont la nature sensible soit capable — 3° Enfin on peut savoir que le fait observé vient de Dieu seul, s'il est tel que Dieu seul puisse le produire : par exemple encore la résurrection d'un mort, la prédiction d'événements qu'on ne soupçonnait pas et qui dépendent en mille manières du libre arbitre de l'homme. Le maître seul de la vie peut la rendre contre toutes les lois ordinaires. L'Eternel seul, qui est aussi la Vérité absolue, n'ignore rien de l'avenir. On jugera encore que Dieu est intervenu en considérant toutes les circonstances morales. Quel est l'auteur ou l'instrument du prétendu miracle? Au nom de qui l'a-t-il accompli? Dans quel but ? Pour quelle doctrine ? Quelle est sa conduite et quel est son enseignement? Ici nous entrons dans le domaine théologique : il faudrait l'appeler toute la procédure éminemment sage adoptée par l'Eglise dans les causes de béatification et de canonisation (v. le P. de Bonniot, le Miracle et ses contrefaçons, 1<S'J5. 5U éd.).

Fin. Cause finale. — La fin est ce pour quoi la chose est faite. Elle est donc essentiellement une émise et un bien; elle est un des principes les plus remarquables de l'ordre (v. ces mots). On distingue la fin dernière et la fin intermédiaire ; la fin principale et la fin accessoire, la fin naturelle et la fin surnaturelle, etc. On distingue aussi la fin de V œuvre et la fin de l'ouvrier ou de l'agent. La première est objective : c'est la fin à laquelle tend l'œuvre de sa nature ; la deuxième est subjective, elle est dans l'intention. L'enfant prend un remède pour plaire à sa mère ; mais son acte a pour fin la santé. Remarquons encore les axiomes suivants : La fin est la première des causes ; car elle explique seule en définitive l'action de l'agent. — La /in est, ce qu'il y a de premier dans l'ordre d'intention et de dernier dans l'ordre d'exécution, c'est-à-dire que le but est voulu tout d'abord, mais atteint en dernier lieu. — La fin dans l'ordre pratique, est comme leprincipe dans l'ordre spéculatif. Cet axiome rentre dans le précédent : la fin inspire les moyens, comme le principe les conséquences. — La fin est la mesure des moyens. — Qui veut la fin, veut les moyens. Qui veut le principe, veut les conséquences.

Au sujet de la fin en général, il importe de ne pas laisser méconnaître les vérités suivantes. D'abord, la fin est une vraie cause, distincte de la cause efficiente et plus importante qu'elle à certains égards. Soutenir que les forces qui agissent en ce monde et produisent tous les phénomènes ne sont sollicitées par aucune idée préconçue ; que la fin se confond rigoureusement avec les effets obtenus ; qu'il n'y a pas d'ordre d' intention, mais seulement d'exécution, c'est nier en définitive la Providence di-

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