‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 49 sur 686 · LIVRE II : DE L ETRE · texte numérisé non relu

LIVRE II : DE L ETRE

fondeur, sa simplicité, la manière uniforme dont elle a été exposée depuis longtemps. Elle se justifie directement parce que la matière et la forme réalisent toutes les conditions voulues pour des premiers principes : elles sont corporelles sans être des corps ; elles expliquent également la quantité (extension, passivité) et la force des corps (activité, mouvement) ; elles expliquent aussi leurs ressemblances et leurs différences essentielles,' leur unité et leur divisibilité. Enfin cette théorie est la seule qui explique la différence radicale des corps et des esprits. (V. Farges, Matière et firme eu présence des sciences modernes).

Transformation — Elle est substantielle ou accidentelle, suivant que le sujet passe d'une forme substantielle ou accidentelle à une autre (v. mutation, changement, génération). Dans l'article précédent, nous avons supposé plus d'une fois que la nature offre des changements substantiels. Il est difficile, sans doute, de les distinguer toujours des changements accidentels ; mais on ne peut les nier en bloc. Car 1° nous voyons tous les jours des substances nouvelles apparaître sans qu'il y ait création : ce sont de nouveaux corps que la chimie découvre ou compose ; et, si l'on ne veut voir là que des agrégats nouveaux de matière, il y a tout au moins des plantes nouvelles, des animaux, qui sont certes autre chose que des agrégats. Ces êtres vivants viennent par génération, et celle-ci implique une véritable transformation substantielle. — 2° Si l'on doute encore que la génération soit une véritable transformation substantielle, c'està-dire la production d'une nouvelle substance, que l'on considère bien que l'animal et la plante ne produisent pas leur semblable directement, comme une chose produit son image, par l'empreinte, en communiquant immédiatement tous ses caractères, tous ses accidents : l'animal et la plante produisent leur semblable par le moyen d'un germe, d'un embryon, qui n'a pas d'abord de ressemblance avec le générateur dont il provient, mais qui peu à peu, en se développant, reproduit fidèlement tous ses caractères. Or cela prouve que dans le germe, dans l'embryon, il y a une forme substantielle, un principe vital, qui est le même spécifiquement que celui du générateur. C'est ce principe, c'est cette forme qui reproduit ensuite tous les accidents, tous les caractères de l'espèce ; avec la matière qu'il anime, il compose cette substance nouvelle qui est le terme de la génération, cet être nouveau qui est Yengendrc. — 3° Mais on peut soutenir avec raison que les corps inanimés eux-mêmes donnent le spectacle de changements vraiment substantiels. Il y a, en effet, des substances qui, en se transformant, changent complètement de propriétés, decaiactères, et il est difficile de regarder ces changements comme purement accidentels. Il est vrai que de simples accidents changent parfois beaucoup les relations de la matière avec nous, ils nous la rendent tout autre : il y a loin par exemple d'un morceau de charbon à un diamant. Mais il y a nombre de changements plus importants et qui paraissent affecter la substance en elle-même. — 4° On peut tirer de la différence des formes cristallines un autre argument. Il y a, en effet, pour les différents corps différentes formes qui paraissent provenir du fond même de leur nature et accuser une différence essentielle. De même que les animaux et les plantes ont une forme extérieure qui répond à une nature particulière, ainsi en est-il pour les corps. — 5° On peut ajouter encore la considération suivante. Plus les êtres s'éloignent de Dieu, centre immuable de toutes choses, plus ils sont sujets au changement. Il est donc à penser que les corps sont soumis à des changements plus considérables que les esprits, et que, parmi les corps, les corps inanimés changent plus encore que les corps animés. Or les

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