‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 503 sur 686 · LIVRE XV : DE LA MATIERE · texte numérisé non relu

LIVRE XV : DE LA MATIERE

cendre marque une destruction encore plus complète ; car elle est proprement le résidu de la combustion. Elle est un signe frappant d'anéantissement et de repentance : l'aire pénitence dans le sac et la cendre. Selon la Fable, le phénix renaît de ses cendres. Ce que nous savons, c'est que la cendre des morts est féconde et qu'ils ressusciteront un jour.

Sec, aride. — Ce qui est sec est sans humidité, sans eau. sans sève; ce qui est aride en est toujours ou habituellement dépourvu. Il est bon très souvent qu'une chose soit sèche : car l'humiuité a ses inconvénients, de même que la sécheresse ; mais l'aridité est toujours un défaut, qui entraîne la stérilité. Ces mots sont fréquemment employés au figuré, le premier surtout ; et l'on ne saurait le remplacer d'ordinaire par le mot aride. Exemples : coup sec ; perte sèche ; réponse sèche.

Ruisseau, rivière, fleuve. — Le ruisseau n'est qu'un petit cours d'eau ; mais, selon le proverbe, les petits ruisseaux font les grandes rivières. L'idée de ruisseau réveille celle de la campagne et de ses agréments, à moins qu'il ne s'agisse du ruisseau que l'on fait couler dans les rues, au moyen de fontaines artificielles, et qui se perd dans l'égout. La rivière est un cours d'eau assez important, qui se jette ordinairement dans un fleuve. Le fleuve est un cours d'eau considérable et plus ou moins majestueux qui se jette dans la mer. Rivière a donc un sens moins déterminé et plus général que fleuve; c'est pourquoi on s'en sert pour désigner les cours d'eau en général par opposition à la mer : oiseaux de rivière, poisson de rivière, eau de rivière. Mais ruisseau et fleuve sont mieux employés au figuré ; on dira, par exemple : des ruisseaux de sang, de larmes ; le fleuve de la vie. Cependant les joailliers préfèrent dire : une rivière de diamants.

Nue, nuée, nuage, cirrus, etc. — Les vapeurs qui s'élèvent dans l'atmosphère prennent différents noms selon leur élévation, leur état et leurs apparences. La nue est élevée : l'aigle se perd dans la nue. La nuée porte la pluie ou la grêle. Le nuage est plus ou moins épais et obscur : ce terme est le plus général et le plus ordinaire. Les suivants sont scientifiques. Le cirrus est une nuée légère, ayant la forme de filaments déliés. Le cumulus est un amas de nuées ou de nuages éclairés par le soleil et présentant l'aspect de montagnes couvertes de neige. Le nimbus est un nuage chargé de pluie. Le stratus est formé de nuages disposés par couches. Mais ces mots ne suffisent pas à exprimer la variété et la bizarrerie des formes,

parfois si fantastiques, [irises par les nuages et qui laissent rêveurs ceux qui les observent.

Bourrasque, orage, ouragan, tempête, tourmente. — La bourrasque est un coup de vent, un orage subit sur mer, mais sans durée. Uorage est une agitation violente de l'atmosphère, sur terre ou sur mer, accompagnée naturellement de pluie ou de grêle, d'éclairs et de tonnerre, h'ouragan est caractérisé par des tourbillons ; c'est une tempête plus courte, mais plus terrible : ainsi les ouragans si fréquents aux Antilles et dans d'autres colonies. La tempête est un grand orage, un bouleversement de la nature, un choc de tous les éléments, qui éclate principalement sur mer. Enfin la tourmente est la tempête à son apogée, qui ne laisse plus de repos à ceux qu'elle assaille; elle sévit particulièrement sur les hautes montagnes et sur les glaciers : une tourmente de neige. Tous ces mots s'emploient au figuré et leurs sens diffèrent alors de la même manière. C'est ainsi qu'il y a des tourmente* politiques, des ouragans populaires. L'Eglise a résisté à bien des tempêtes, c'est-à-dire à de nombreuses et terribles persécutions. Le cœur a ses orages, où les passions s'entrechoquent, comme les éléments dans la nature. Mais la bourrasque n'est qu'un accès de colère ou de mauvaise humeur, brusque et passager.

Poison, venin. — Le poison est toute substance, minérale, végétale ou autre, qui ingérée ou mise en contact d'une autre manière avec les organes, les attaque et devient un principe de mort : i'extrait de belladone, l'arsenic, le plomb, l'acide sulfurique, le vert-de-gris sont des poisons. Beaucoup de remèdes, pris à forte dose, sont de véritables poisons ; de même que beaucoup de poisons, pris à faible dose, se changent en remèdes. Le venin appartient plutôt au règne animal; c'est proprement l'humeur produite par certains animaux venimeux, dont ils se servent pour aggraver les blessures qu'ils font avec leur dent ou leur dard ; le venin de la vipère, le venin du scorpion. Au figuré, poison et venin diffèrent de la même manière : le poison vient du dehors; le venin est distillé d'abord au dedans. C'est pourquoi les maximes pernicieuses, les mauvais livres, les mauvais discours, toutes choses extérieures qui altèrent la santé morale, corrompent l'esprit ou le cœur, sont des poisons; mais la malignité, la rancune, la haine ont plus de rapport avec le venin. On dira de même : le venin de la calomnie ; le venin de l'hérésie; une langue pleine de venin. Il arrive ainsi que, de tous les animaux, l'homme est le plus venimeux, alors qu'il doit être le plus doux et le plus utile.

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