LIVRE XV : DE LA MATIÈRE
est anhydre ou hydraté. L'acide azotique hydraté, autrement nommé eau-forte, est très énergique ; il tache et désorganise les matières organiques, il attaque la plupart des métaux; à son contact le cuivre, l'argent, le mercure se transforment en azotates et dégagent du bioxyde d'azote.
Hydrogène. — L'hydrogène, autrefois appelé air inflammable, tient son nom actuel, ainsi que l'oxygène et l'azote, des auteurs de la nomenclature chimique. Sa densité est de 0,0692 : il est donc 14 fois et demie plus léger que l'air. Sa légèreté spécifique permet aux aéronautes de mettre à flot leurs navires aériens. Ce gaz est incolore, inodore et sans saveur, comme les gaz précédents. Il se combine avec l'oxygène, en dégageant beaucoup de chaleur et en produisant de l'eau. Le chalumeau à gaz hydrogène, dont on se sert pour fondre les métaux les plus résistants, comme le platine, n'est qu'une lampe où l'on fait brûler de l'hydrogène et de l'oxygène purs. L'hydrogène et l'oxygène forment un mélange détonant; l'hydrogène et l'air détonent également. Il suffit d'une étincelle, d'un rayon de chaleur, et même de la présence de la mousse de platine, pour provoquer une combinaison instantanée et une détonation proportionnée à la quantité des gaz mis en présence : c'est ce qui explique les explosions des aérostats, des gazomètres, et les dangers que l'on peut courir dans les appartements et dans les mines saturés de gaz d'éclairage ou d'hydrogène. On peut limiter cette explosion au moyen d'une toile métallique suffisamment serrée : c'est sur ce principe que repose la fabrication des lampes de sûreté. Le gaz d'éclairage n'est que de l'hydrogène impur où il entre une certaine quantité de carbone. C'est ce dernier corps qui communique à la flamme tout son éclat, car la flamme de l'hydrogène pur est très pâle. On obtient l'hydrogène en décomposant l'eau par la pile ou au moyen du zinc et de l'acide sulfurique, etc. Mais malheureusement les procédés connus ne sont pas économiques et ne produisent l'hydrogène qu'en petite quantité.
Ethylène. — Ce corps, dit aussi gaz oie fiant, bicarbure d'hydrogène, etc. est un gaz incolore, qui brûle avec une flamme éclairante ; son odeur est légèrement éthérée. Il est une des parties constituantes du gaz d'éclairage, qui provient de la distillation de la houille. On l'obtient en chauffant un mélange d'alcool et d'acide sulfurique concentré.
Carbone. — Le carbone est un corps solide, inodore, insipide, infusible et fixe aux plus hautes températures. On n'est parvenu à le volatiliser qu'en le soumettant à l'action d'uneforte pile. C'est un des corps les plus répandus dans la nature ; on le trouve dans le diamant, le graphite ou plombagine, le noir de fumée, la houille, l'anthracite, le coke, le charbon de bois, le charbon animal, etc. Le diamant, avec ses variétés bleues, vertes, jaunes, noirâtres, n'est que du carbone pur et cristallisé. Le graphite ou plombagine est du carbone mélangé avec un peu de 1er : c'est le moins combustible de tous les carbones, sans excepter même le diamant. Le noir de fumée contient environ 80 pour cent de carbone et 20 de matières résineuses. La houille ou charbon déterre, d'où l'on extrait le gaz d'éclairage, est un mélange de carbone et de matières bitumineuses et salines. L'anthracite ou charbon de pierre ne contient pas de matières bitumineuses. Le coke est le résidu de la distillation de la houille : il est léger, poreux, boursouflé comme la pierre ponce et absorbe facilement l'humidité. Le charbon de bois jouit de la propriété remarquable d'absorber le uaz : on l'utilise dans l'industrie pour désinfecter les eaux corrompues par des émanations délétères, et pour empêcher la putréfaction des matières animales. Enfin le charbon animal (noir animal.
noir d'ivoire), qu'on obtient par la calcination des os en vase clos, est un mélange de 12 centièmes de carbone pur et de 88 centièmes de phosphate et de carbonate de chaux.
Le carbone entre dans un grand nombre de composés. Les principaux sont : l'acide carbonique, l'oxyde de carbone , l'hydrogène protocarboné et bicarboné, le cyanogène. L'acide carbonique, autre fois appelé ai)- fixe, air méphitique, acide crayeux, est un 'gaz incolore, transparent, élastique, dont la densité est de 1,5. L'eau en dissout environ son volume à la pression ordinaire ; mais elle en dissout beaucoup plus à une pression plus forte, et c'est sur ce principe que repose la fabrication de l'eau de Seltz artificielle. Le gaz acide carbonique se liquéfie à 0° et sous la pression de 36 atmosphères : en s'évaporant il produit un froid de 70 degrés. On sait que l'homme, en respirant, absorbe de l'oxygène et exhale de l'acide carbonique. On a calculé qu'un homme de force moyenne consomme, en 24 heures, 592 grammes d'oxygène, pour brûler 166 grammes de carbone et 19 grammes d'hydrogène, ce qui donne environ 307 litres d'acide carbonique et 171 grammes d'eau. L'oxyde de carbone est un gaz dont la densité est de 0,967. Il est très vénéneux ; sa présence, en quantité notable dans le milieu qu'on respire, cause bientôt des malaises et même l'asphyxie. L'hydrogène protocarboné et l'hydrogène bicarboné composent le gaz d'éclairage. Cent parties de ce gaz contiennent généralement de 85 à 88 centièmes d'hydrogène protocarboné, dont la densité est de 0,559, et de 12 à 15 centièmes d'hydrogène bicarboné, dont la densité est de 0,985. Enfin le cyanogène, découvert par Gay-Lussac, est composé de deux équivalents de carbone et d'un équivalent d'azote : c'est un gaz incolore, d'une odeur vive, pénétrante eomme celle du kirsch, et qui, en se combinant avec l'hydrogène, donne naissance à Yacide cyanhydrique ou prussique, l'un des poisons les plus violents.
Soufre. — C'est un corps solide, d'une couleur jaune citron, très mauvais conducteur de la chaleur et de l'électricité ; sa densité est de 2,087. Il entre en fusion à 1 10°, devient brun et très visqueux vers 260°, reprend sa fluidité à 300 et se volatilise à 400°. On trouve le soufre à l'état natif et mélangé à des matières terreuses dans les roches volcaniques appelées solfatares, d'où on l'extrait par plusieurs distillations. Le soufre forme avec l'oxygène 7 combinaisons, toutes acides, dont les deux principales sont l'acide sulfureux et l'acide sulfurique. L'acide sulfureux est un gaz incolore, d'une saveur et d'une odeur fortes et piquantes; il est produit par la combustion du soufre dans l'air. L'acide sulfurique, qu'on peut comparer à l'acide azotique, était appelé autrefois acide vitriolique, huile de vitriol : il est anhydre ou hydraté. L'acide sulfurique anhydre est solide, blanc, opaque; il fond à 20° et se volatilise à 30" ; sa densité est de 1,97: il est si avide d'eau que, plongé dans ce liquide, il fait entendre le même bruit que produirait un fer rouge, et la température s'élève à 100°. L'acide sulfurique hydraté est un liquide incolore, d'une consistance oléagineuse; il cristallise à — 34° et se laisse distiller à 325°. L'acide sulfurique est des plus énergiques; il brûle et détruit un grand nombre de matières organiques et attaque plusieurs métaux pour former des sulfates. On l'emploie pour la préparation de la soude artificielle, de l'alun, du chlore, de l'éther, pour la fabrication des bougies Stéariques, etc. Le soufre forme avec l'hydrogène un composé que nous remarquerons encore : c'est l'acide sulfhydrique, gaz incolore, d'une odeur très fétide, dont la densité est de 1,1912. Il se produit dans la décomposition des matières végétales et animales qui contiennent du soufre, telles que les œufs. Il suffit de 1/1500 de ce gaz répandu dans l'air