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Chapitre II

De l'espace et du lieu.

Espace. — L'espace est réel ou imaginaire. L'espace iécl résulte de l'ensemble des dimensions particulières des corps : on le conçoit comme renfermant tout ce qui existe. Si donc le nombre et les dimensions des corps sont finis (et il ne peut en être autrement), l'espace réel doit être de même. Il est permis de s'égarer par la pensée dans les espaces imaginaires, c'est-à-dire possibles, d'y voyager en tous sens et sans jamais en atteindre les bords ; mais l'on ne peut se déplacer dans l'espace réel sans se rapprocher ou sans s'éloigner d'un centre, sans toucher peut-être à quelque extrémité. Que rencontrerait-on alors ? Le vide ? Mais qu'est-ce que le vide? Le vide absolu, c'est l'absence et le néant des dimensions des corps. Le vide ne se conçoit que par la plénitude, de même que le néant ne se

conçoit que par l'être : on considère le vide de la terre ferme dans la plénitude de l'eau ; le vide de l'eau, dans la plénitude de l'air; le vide de l'air, dans la plénitude de 1 éther ou d'un espace que notre imagination se représente. Le vide n'est donc rien par lui-même, et il n'y a pas de vide absolu, ou plutôt, car cette proposition pourrait être mal entendue, le vide absolu n'est rien.

Vide. — Les anciens scolastiques pensaient qu'il n'y a pas de vide absolu entre les corps (atomes ou astres), mais que tout est plein. Descartes abonde ici dans le même sens ; il pense que si une sphère absolument vide était donnée, ses parois se confondraient en un point, car il n'y aurait plus rien qui les séparât. Mais Leibniz pense le contraire, et l'on ne voit pas, en effet, pourquoi deux corps se toucheraient par là même que rien de réel ne les séparerait. La séparation peut être réelle alors même qu'il n'y a pas d'intermédiaire réel. La réalité de la séparation provient de ce que deux corps ne se touchent pas, ne communiquent pas, et non pas de ce qu'ils communiquent par un intermédiaire. Si donc deux corps ne communiquent pas, et si de plus il est possible de placer entre eux un troisième corps, il y a le vide.

Maintenant ce vide est-il donné réellement entre les corps ? Ceux qui l'affirment pensent que la dilatabilité des corps n'est explicable que par le vide entre les molécules et les atomes; mais rien ne répugne à ce qu'un corps ait plus ou moins de quantité sans condensation ni raréfaction proprement dites. Ceux qui tiennent que tout est plein pensent que l'action des corps à travers l'espace n'est explicable qu'autant que l'espace est plein ; mais, s'il est vrai que l'action corporelle dite à distance répugne, il est faux que cette action soit la seule possible dans le cas où il y aurait des vides entre les molécules et les corps : les molécules, en effet, peuvent agir par le choc, et, d'ailleurs, les corps peuvent être continus et comporter des vides à la manière d'un réseau. On peut imaginer d'autres hypothèses, qu'on ne peut ni réfuter ni justifier.

Point, centre. — Le point est le principe de l'espace, comme l'unité est le principe du nombre. Mais le point mathématique n'est pas encore l'espace : il sert seulement à définir des lignes et des figures, à marquer une direction, une orientation : ainsi les 4 points cardinaux. Parmi les points principaux est le centre. On ne trouve de centre proprement dit que dans certaines figures régulières (le cercle, la sphère, l'ellipse, le cube, le parallélogramme, etc.). Il coupe en deux parties égales la ligne (diamètre ou autre) qui joint les points correspondants et opposés de la même figure. On distingue aussi un centre d'attraction, un centre de ijravitè, etc. Le premier est le point vers lequel tend un corps : ainsi le centre de la terre est un centre d'attraction pour tous les corps terrestres ; le soleil est un centre d'attraction pour les planètes. Le centre de gravité d'un corps est le point où s'applique la résultante de toutes les attractions exercées par la terre sur les molécules de ce corps.

Ligne. — Le point, les lignes engendrées par le point, les surfaces engendrées par la ligne, les figures et les volumes engendrés par la surface, sont l'objet de la géométrie. Le point, que l'esprit conçoit comme le générateur des quantités géométriques, est toujours identique à lui-même ; mais il n'en est pas de même de la ligne : elle peut être droite ou brisée ou courbe, et cela de mille manières. De l'unité du point procède donc, pour ainsi dire, une multitude de lignes et par là même un nombre incalculable de surfaces et de volumes. Toutefois ces lignes, ces surfaces et ces volumes peuvent être ramenés à quelques types réguliers,

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