LIVRE XVI : DES ACCIDENTS DE LA MATIERE
très intenses. Parmi les mélanges réfrigérants les plus employés, citons les suivants : 3 parties de glace pilée et 1 partie de sel de cuisine produisent un froid de — 20° ; 2 parties de glace pilée et 3 parties de chlorure de calcium produisent un froid de — 55°.
Congélation. — L'eau se congèle à la température de 0° $ le mercure à — 40° ; l'alcool se congèle plus difficilement encore. La plupart des substances, en passant ainsi de l'état liquide à l'état solide, diminuent de volume ; au contraire, l'eau se dilate très sensiblement, en sorte que la glace flotte sur l'eau liquide au lieu de descendre au fond. Il est à remarquer, en outre, que les changements de volume qu'éprouvent les corps en se congelant ou en se liquéfiant deviennent parfois comme irrésistibles. Une bombe pleine d'eau est brisée par l'expansion de la glace qui s'y forme, si on la soumet à un froid très vif. On s'explique donc facilement les dégâts causés par le gel sur les jeunes plantes et les jeunes pousses, toujours humides, dont les tissus délicats sont désorganisés par la glace qui s'y forme. On s'explique de même le danger que fait courir la congélation d'un membre, des pieds, des mains, etc. Loin d'exposer les membres gelés à la chaleur, qui provoquerait la gangrène, il faut les frictionner avec de l'eau de neige et ramener graduellement la circulation.
Feu. — Stahl donnait au feu le nom de phlogistique et supposait que la combustion était une combinaison du feu, regardé comme élément simple, avec un combustible. Mais la théorie du phlogistique, longtemps acceptée par les anciens chimistes, n'a plus qu'une valeur historique. On désigne sous le nom de feu grégeois un feu artificiel inventé, paraît-il, par des moines byzantins du VIe siècle ; les empereurs de Constantinople s'en servirent plus d'une fois pour incendier les flottes mahométanes qui venaient assiéger leur capitale. Au lieu d'éteindre ce feu, l'eau ne faisait qu'en accroître l'activité. Il ne parait pas que le feu grégeois ait été retrouvé. On donne le nom de feu central à l'océan de matières en fusion qu'on suppose occuper le centre du globe.
Incombustible. — Parmi les corps incombustibles, le plus connu est l'amiante. Certaines matières très combustibles, comme les tissus, les décors de théâtre, dont l'inflammation soudaine peut causer les plus grands malheurs, peuvent être rendus incombustibles ou plutôt moins combustibles, au moyen de dissolutions telles que le phosphate et le sulfate d'ammoniaque, le silicate de potassium, le borax, le chlorure de calcium. La vaporisation de l'eau, dans certaines conditions, peut faire aussi qu'un corps soit momentanément à l'abri des atteintes du feu le plus violent.
Calcination. — La plupart des matières soumises, au contact de l'air, à une chaleur forte et continue, éprouvent de graves modifications : les métaux perdent leur éclat et se transforment en une poudre diversement colorée, qui est un oxyde métallique. Quelques métaux cependant, comme l'or, l'argent, le platine, réssstent à, toute altération de ce genre. Quant aux matières organiques, la calcination leur fait perdre leurs éléments volatils ou combustibles. La calcination diffère delà distillation, qui s'opère à l'abri de l'air.
Ebullition. — L'eau, sous la pression atmosphérique normale, bout à 100". Placée dans le vide, elle bout à la température ordinaire et en se refroidissant; elle peut même bouillir sous une couche de glace. Pour se transformer en vapeur, un kilogramme d'eau absorbe 537 calories, qu'elle dégage de nouveau, quand elle repasse à l'état liquide. C'est sur ce principe que repose le chauffage par la vapeur. Chaque corps a sa température particulière d'ébullition.
Effervescence. — L'effervescence ou bouillonnement qui se produit dans un liquide, peut avoir pour cause le dégagement de gaz qui se produit sous l'action de la chaleur. Elle peut provenir aussi d'un dégagement de gaz déjà tout formés dans le liquide, où ils existaient en dissolution et souvent même sous une pression plus ou moins forte (eau gazeuse, vin de Champagne). Enfin l'effervescence peut être due à une véritable décomposition chimique : c'est ce qui arrive lorsque le vin est en fermentation, et lorsqu'on décompose l'eau à l'aide du fer en présence d'un acide.
Flamme. —- La flamme résulte généralement de la combinaison de l'oxygène de l'air avec les particules du corps en ignition. La flamme a plus ou moins d'éclat selon la température et la nature des corps. Elle n'est brillante qu'autant qu'elle contient des particules solides. Ainsi l'hydrogène donne une flamme peu éclairante; mais elle le devient beaucoup, si on y place de petits fragments d'amiante. C'est en s'inspirant de ce principe qu'on a imaginé le bec Auer, sorte de manchon, qui devient brillant sous l'action de la flamme. Dans la flamme d'une bougie on distingue trois parties : une enveloppe extérieure peu lumineuse ; une enveloppe moyenne très brillante, la seule vraiment utile pour l'éclairage ; un noyau obscur formé par le gaz, qui ne brûle pas encore. Si l'on place sur la flamme une toile métallique très serrée, la flamme ne la traverse point ; c'est que la toile refroidit les gaz, qui la traversent sans être brûlés. C'est sur ce principe que Davy a pu construire sa lampe de sûreté, employée dans les mines.
Electricité. — L'électricité est plus mystérieuse encore que la chaleur et la lumière, dont elle est peut-être une troisième forme. Quoi qu'il en soit, elle est partout ; et la science physique parait désormais devoir progresser dans la mesure où elle saura s'en rendre maîtresse. Déjà l'homme peut avec l'électricité, produire de la lumière, de la chaleur, du mouvement, transmettre ses ordres et même sa voix instantanément à travers les mers, et se convaincre ainsi, après en avoir souvent douté, que Dieu l'a vraiment fait le roi de la création.
Certains corps comme le verre, la résine, la soie, sont de mauvais conducteurs de l'électricité : ils la gardent au lieu de la transmettre, lorsqu'ils ont été électrisés par le frottement; ce qui fait qu'ils attirent ou repoussent les corps légers qu'on en approche. Ce phénomène électrique très simple a été l'un des premiers observés. D'autres corps, au contraire, comme les métaux, le cuivre, le fer, sont d'excellents conducteurs. S'ils sont isolés et chargés d'électricité, elle se porte à leur surface et surtout aux pointes d'où peuvent jaillir des étincelles. On distingue l'électricité positive et l'électricité négative. On peut produire la première, en frottant avec de la laine un verre poli ; on peut produire la seconde, en battant un gâteau de résine avec une peau de chat ou en la frottant d'une autre manière. L'objet qui sert à frotter le verre ou la résine se charge de l'électricité contraire à celle qu'il produit. Deux corps qui ont même électricité se repoussent; ils s'attirent, s'ils ont des électricités différentes. On a déterminé les lois de ces attractions et de ces répulsions électriques. On peut dire que les deux électricités, en se réunissant, se neutralisent ; la force électrique réapparaît quand elles se séparent, quand leur équilibre est rompu, pour ainsi dire. Un corps électrisé peut en électriser un autre de deux manières : par contact, en lui donnant de sa propre électricité, et par influence. Lorsqu'il l'électrise de cette seconde manière, les deux électricités se produisent en quantités égales sur le corps influencé, s'il est isolé (par un pied de verre par exemple). Mais s'il est mis en communi*