‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 551 sur 686 · LIVRE XVI : DES ACCIDENTS DE LA MATIERE · texte numérisé non relu

LIVRE XVI : DES ACCIDENTS DE LA MATIERE

tante : Dieu, qui a laissé à notre raison tout le soin de déterminer les autres, n'a pas voulu nous créer sans nous initier de quelque manière à la mesure du temps. Il avait créé le monde en six jours et s'était reposé le septième : la semaine fut donc proposée au genre humain comme mesure de temps et acceptée par la tradition, qui nous l'a transmise avec fidélité. L'astre du jour et celui de la nuit fuient lancés dans l'espace, afin de nous apprendre à mesurer les jours, les mois, les années (Genèse i, 14). Les hommes se mirent donc à l'œuvre Le problème à résoudre était difficile, et digne d'exercer la sagacité des générations. On devait accepter pour éléments de calcul le jour, la semaine, le mois et l'année : le jour, qui règle invariablement les occupations de l'homme, son travail et son sommeil ; la semaine, qui règle notre repos et nous ramène au temple du Créateur ; le mois, dont la lune mesure le cours; l'année enfin, qui répond à une révolution de la terre autour du soleil et renferme les quatre saisons. Or, ces éléments paraissent inconciliables ; car la semaine, répétée plusieurs fois, ne mesure pas le mois ; et le mois lui-même, en se répétant, n'égale pas l'année ; et l'année elle-même, comment la déterminer avec une exactitude suffisante ? D'ailleurs à quelle époque l'année devaitelle prendre fin et renaître? A quels jours devait-on attribuer les souvenirs dignes d'être célébrés? Fallait-il attribuer ces souvenirs au même jour de l'année solaire, ou bien au même jour du mois lunaire, ou bien enfin au même jour de la semaine ? Et si un peuple était délivré d'une servitude d'Egypte un jour de sabbat, 14e jour de la lune, fallait il célébrer la pàque le 14e jourde la mêmelune, oubien le sabbat suivant, ou simplement le jour anniver saire ? On ne pouvait renoncer absolument à aucun des éléments du calcul sans tomber dans l'erreur et l'arbitraire ; on ne pouvait supprimer la semaine, qui est de droit religieux et naturel, ni le mois ni ni l'année, qui ne s'imposent pas moins. Chaque peuple eut donc son calendrier.

A l'origine, les Juifseurent une annéede360jours, divisée en 12 mois lunaires. Toutefois, comme les douze mois lunaires n'égalaient pas 360 jours, on doublait le dernier mois de certaines années, qui étaient, dans une période de 19 ans : la 3L', la 6e, la 8e, la 11e, la 14e, la 17e et la 19e. L'année religieuse commençait avec la nouvelle lune qui précède l'équinoxedu printemps; et l'année civile, avec la nouvelle lune qui précède l'équinoxe d'automne.

Les premiers Grecs acceptèrent différents systèmes, plus ou moins compliqués et défectueux, dont l'application simultanée en différentes républiques engendrait le désordre. Vers l'an 432 avant J.-C, l'astronome Méton proposa aux Grecs, réunis aux jeux Olympiques, le fameux cycle lunaire, qui est une période de 19 années lunaires, comprenant 235 révolutions lunaires, à l'expiration desquelles les nouvelles et les pleines lunes arrivent aux mêmes époques. Les Grecs accueillirent avec enthousiasme le cycle proposé et l'inscrivirent en lettres d'or, d'où lui est venu la dénomination de nombre d'or. Mais ce système reposait encore sur des évaluations inexactes, d'où résultait, après 4 cycles ou 76 ans, une avance d'un jour.

Les premiers Romains avaient une an née composée de dix mois, dont mars était sans doute le premier, ce qui plaçait septembre (septem, sept), octobre (octo, huit), novembre (novem), décembre (decein), au 7e, 8e, 9e, 10e rang. Numa établit une année lunaire de 355 jours, divisée en 12 mois inégaux : son calendrier était compliqué et défectueux. Jules César apporta enfin la réforme. Aidé de l'astronome d'Alexandrie Sosigène, qui donnait pour mesure à l'année solaire 365 jours et 6 heures, il attribua 365 jours à chaque année, et fit intercaler un jour supplémentaire tous les quatre ans, après le 24e jour

de février, appelé chez les Romains jour sextile, c'est-à-dire sixième avant les calendes de mars. Le jour intercalaire fut regardé comme le redoublement du précédent et appelé bissextile ou bissexte. Mais l'année solaire n'est pas de 365 jours 6 heures, comme le pensait Sosigène : elle est seulement de 365 jours, 5 heures et 49 minutes environ Ces minutes accumulées par les années et les siècles, produisaient déjà, en 1582, une erreur de

10 à 11 jours, en sorte que l'équinoxe, marqué sur le calendrier julien pour le 21 mars, arrivait réellement le 10. Le pape Grégoire XIII entreprit la réforme définitive : il supprima 10 jours de l'année courante, de manière que le lendemain du 4 octobre fut le 15 octobre. Pour prévenir de nouvelles erreurs, il fut décidé qu'on ne rendrait pas bissextiles les années séculaires, telles que 1700, 1800, 1900, etc., excepté toutefois celles dont les centaines sont divisibles par 4, comme 1600, 2000, 2400. Le calendrier grégorien fut accepté aussitôt par l'Occident ; les protestants d'Allemagne et de Suisse attendirent jusqu'en 1700, l'Angleterre l'accepta en 175'. Maisles Russes persistent encore dans l'ancien système : il en résulte que leurs dates retardent de 12 jours sur les nôtres.

En 1792, des hommes qui voulaient briser avec la religion chrétienne et toute tradition, tentèrent la création du calendrier républicain, dont J. de Maistre a dit : « Le calendrier delà république, qui ne doit point seulement être envisagé par son côté ridicule, fut une conjuration contre le culte ». L'ère glorieuse qui marque la délivrance du genre humain fut abolie, et on lui substitua l'ère du 22 septembre 1892, jour même de l'équinoxe d'automne. Ce jour commençait l'année, divisée en 12 mois chacun de 30 jours ; la série des mois était suivie de cinq ou six jours complémentaires. Octobre, novembre, décembre, janvier, etc., faisaient placeà vendémiaire, brumaire, frimaire, nivôse, pluviôse, ventôse, germinal, floréal, prairial, messidor, thermidor et fructidor. Chaque mois comprenait trois décades, dont les jours portaient les noms de primidi, duodi, etc.

11 n'était plus fait mémoire à chaque jour de tel ou tel saint, mais du raisin, du safran, de la charrue, etc. La religion, la semaine même et la création étaient donc oubliées.

Mais la Providence nous a conservé l'ancien calendrier, les fêtes religieuses et les véritables traditions. L'année ecclésiastique s'allie bien avec l'année civile. Celle-ci est presque invariable comme l'année solaire, tandis que l'année ecclésiastique est essentiellement libre et mobile sans irrégularité. Nos fêtes sont mobiles dans la semaine ou dans le mois et dans l'année. Chaque année, au 25 décembre, c'est-à-dire quelques jours après le solstice d'hiver, nous célébrons la fête de Noël, qui coïncide avec un jour quelconque de la semaine. Mais la fête de Pâques n'est pas mobile dans la semaine, tandis qu'elle est mobile dans le mois et l'année. Il en est de même de l'Ascension, de la Pentecôte et de la Fête-Dieu... La Toussaint, l'Assomption, imitant la Noël et non la fête de Pâques, se meuvent dans la semaine, mais restent immobiles dans le mois. Chaque année la série de nos fêtes, c'est-à-dire de nos glorieux souvenirs et de nos espérances, recommence avec une variété toute nouvelle. Ainsi la piété est entretenue, les traditions sont consacrées, la semaine est sanctifiée et la science la plus sévère est satisfaite.

Saison. — L'année est partagée par les solstices et les équinoxes en quatre parties légèrement inégales appelées saisons. Cette inégalité vient de ce que la terre, dans son mouvement annuel autour du soleil, tourne d'autant [dus vite qu'elle est plus près de cet astre. La terre arrivant aujourd'hui à son périgée au 31 décembre, il se fait que l'automne

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