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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

Les ouvrages d'Aristote se font remarquer par leur extrême concision et leur profondeur : de là surtout la difficulté de les entendre. Si l'on considère, d'autre part, que plusieurs passages paraissent avoir été mutilés ou interpolés, on s'expliquera que la doctrine d'Aristote ait été souvent mal comprise et dénaturée par ses sectateurs, même longtemps après que ses ouvrages, trop longtemps négligés, mais enfin tirés de l'oubli, eurent commencé à exercer le savoir des critiques et la sagacité des commentateurs.

Théophraste naquit à Erèse (île de Lesbos), vers 372, et vint suivre à Athènes les leçons de Platon, puis celles d'Aristote, dont il devint l'ami. 11 lui succéda à la tête du Lycée et mourut dans un âge très avancé. Son enseignement, qu'il dut interrompre deux fois, pour céder à la persécution, obtint un grand succès. Il fut, comme Socrate et Aristote, accusé d'impiété; mais l'accusateur, Agonidès, faillit être victime de sa propre accusation. Vers le même temps, un certain Sophocle, fils1 d'Amphiclide, parvint à faire voter une loi qui proscrivait la liberté de l'enseignement philosophique. Aussitôt Théophraste sortit de la ville, suivi de tous les autres maîtres ; mais, l'année suivante, la loi fut rapportée. Au dire de Diogène Laërce, l'école de Théophraste compta jusqu'à deux mille élèves, attirés par son érudition autant que parle charme de sa parole, que son nom (en grec, langage divin), avait comme prédit. Malheureusement il ne reste de Théophraste que le petit livre des Caractères et deux fragments altérés.

Pyrrhon. — Un nouveau scepticisme apparut avec Pyrrhon, qui florissait vers l'an 340. Il naquit à Elis et voyagea en Asie, avec son maître Anaxarque, à la suite d'Alexandre le Grand. De retour dans sa patrie, il fut investi par ses compatriotes des fonctions du sacerdoce. On assure qu'il pratiqua, avec une extrême fidélité, son principe de l'indifférence absolue, bannissant de son cœur toute crainte comme toute espérance et montrant la plus parfaite insensibilité. Il fut le premier sceptique qui parut prendre au sérieux ses théories et les traduisit dans sa conduite. Il aimait à répéter ce mot d'Homère : Comme naissent et tombent les feuilles des arbres, ainsi les opinions des mortels. Nourri dans la lecture de Démocrite, disciple d'abord de l'école de Mégare, témoin des luttes croissantes des académiciens et des péripatéticiens, il conçut pour tous les systèmes une profonde aversion. Il prétendit que la sagesse n'est ni dans l'affirmation des dogmatiques, ni dans la négation des sophistes ou anciens sceptiques, mais dans le doute, qu'il essaya de systématiser.

Zenon deCitium (Chypre). — Le fondateur du stoïcisme fut Zenon, né à Citium (340-264). Quelques livres philosophiques que son père, qui était commerçant, lui apporta, lui révélèrent sa vocation. 11 vint à Athènes de bonne heure, mais perdit sa fortune en faisant naufrage. Ce malheur le préparait à être un fervent disciple de Cratès. Après avoir écouté ses leçons pendant près de vingt ans, avec celles de Stilpon, Diodore Chronus, Xénocrate, Polémon, il fonda son école appelée le Portique (ffroat) du lieu où elle se réunissait. Zenon évitait la foule ; sa parole était sobre et concise et n'en était que mieux écoutée ; il compta parmi ses disciples le roi Antigone Gonatas; Ptomélee Philadelphe faisait recueillir ses paroles. On admirait son austérité et on redoutait sa franchise. Les Athéniens lui témoignèrent une grande confiance et une vive gratitude pour les enseignements qu'il donnait à la jeunesse. On raconte qu'il mit fin à sa longue vieillesse par le suicide, qu'il avait tâché de justifier dans sa morale. De ses nombreux écrits quelques fragments seulement nous sont restés : on ne connaît donc bien sa doctrine que par celle de ses disciples.

Gléanthe (vers 300-220), né à Assos (Asie Mineure) et successeur de Zenon, se destina d'abord à la profession d'athlète. Tombé dans la pauvreté, il vint à Athènes, où il gagnait sa vie dans des travaux pénibles, en se ménageant quelques loisirs pendant le jour pour l'étude de la philosophie. « Quel homme, dit à son sujet Plutarque, qui la nuit tourne la meule, et de jour écrit de sublimes traités sur les astres et sur les dieux ! » Après avoir écouté Cratès, il s'attacha à Zenon, dont il devint le successeur. Il compta Antigone Gonatas parmi ses auditeurs. On raconte qu'il avait l'esprit lent et la parole embarrassée, ce que le fit traiter d'âne par un insolent : « Ane soit, répliqua-t-il, mais le seul qui, après tout, puisse porter le bagage de Zenon ». De tous les traités qu'il écrivit, il ne reste que quelques fragments. Cléanthe était poète de même que philosophe, et Stobée nous a conservé un fragment considérable de son Hymne à Jupiter.

Chrysippe (né vers 280), surnommé la colonne iln Portique, fut le disciple de Cléanthe. Il naquit à Soli (Cilicie). Comme son maître, il fut instruit par le malheur. Dépouillé de tout, il vint à Athènes, écouta d'abord les académiciens, mais se donna à Zenon. On lui a reproché d'avoir tiré sa doctrine de toutes les écoles et de n'avoir inventé que des mots ; mais cette accusation prouve du moins son érudition. Si sa doctrine manque d'unité, il en est de même du stoïcisme, qui aurait succombé sous toutes les attaques dont il était l'objet, sans ce nouveau défenseur. Chrysippe était pourvu précisément des qualités qui manquaient le plus à Cléanthe, la vivacité et la subtilité d'esprit, une logique fertile en ressources et en expédients. On comprend par cela même que, dans ses disputes interminables, Chrysippe se soit éloigné sensiblement de la doctrine de ses maîtres.

Epicure. — Au stoïcisme s'opposa le vieux sensualisme renouvelé par Epicure (337-270). Celui-ci naquit dans un bourg de l'Attique ou à Samos, d'une famille ancienne et noble, mais tombée dans la détresse. Son père dut se faire maître d'école parmi les colons de Samos ; sa mère était devineresse, et l'on prétend que son jeune fils l'aidait dans l'exercice de son art, en prononçant les paroles magiques. Ce fut à quatorze ans qu'il découvrit sa vocation. Un grammairien lui expliquait ce vers d'Hésiode : « A l'origine naquit le chaos » — « Et le chaos, d'où naquit-il ? » repartit Epicure. Le grammairien le renvoya aux philosophes : « Eh bien, dit Epicure, désormais ils seront mes seuls maîtres ». Et, en effet, il se mit aies étudier avec ardeur ; il lut Anaxagore, Archélaiis, s'instruisit de la physique de Démocrite et l'admira, séjourna à Athènes pour y écouter Xénocrate, successeur de Platon et Théophraste, successeurd'Aristote, puis vint à Colophon, où il fonda sa première école, habita Mitylène et Lampsaque et enfin, vers l'âge de 36 ans, s'établit à Athènes, où sa popularité fut grande et ne se démentit jamais. Il vécut admiré et recherché d'un grand nombre d'auditeurs, qui accouraient à lui de toute la Grèce, de l'Asie et de l'Egypte. Ses disciples vivaient en commun comme ceux de Pythagore.

Cet immense succès s'explique par les talents et l'aménité naturelle d'Epicure, qui lui conciliait tous les esprits, sans qu'aucune qualité trop brillante ou trop supérieure lui suscitât des jaloux et des adversaires irréconciliables. De plus, la philosophie d'Epicure était toute pratique et dépouillée soit des rigueurs qui pouvaient éloigner les faibles, soit des singularités et des licences qui pouvaient effaroucher le commun des auditeurs. Enfin et surtout, au moment où parut Epicure, l'empire grec succombait déjà sous le poids de sa gloire ; à ce monde usé il fallait une philosophie moins haute

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que celle de l'Académie ou du Lycée. On comprend du moins que les partisans du plaisir, du repos, de la vie facile fussent déjà les plus nombreux et que l'épicurisme leur apparût comme une justification de leurs secrètes préférences.

Arcésilas (316---41) renouvela l'Académie ou l'école de Platon, tombée sous la direction de maîtres médiocres ; mais en même temps il en changea l'esprit : de dogmatique, elle devint sceptique. Arcésilas était de Pithane, en Eolie : il parcourut toutes les écoles philosophiques de son temps et fréquenta notamment celle de Pyrrhon. Devenu maître à son tour, il prit à la lettre ce fameux mot de Socrate : « Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien ». Ses efforts tendirent donc à ruiner les unes par les autres les affirmations dogmatiques et contradictoires des écoles rivales ; il s'acharna surtout contre le stoïcisme. Au lieu d'enseigner une doctrine à ses auditeurs, il les invitait à se prononcer eux-mêmes, afin de soumettre leur opinion à une critique toujours destructive : telle était sa dialectique, que le criticisme arenouvelée de nos jours.

Garnéade (213-126). — Avec Carnéade, l'école de Platon subit une nouvelle transformation ; ce qui a fait regarder ce philosophe comme le fondateur d'une troisième Académie. Son admirable talent de parole jeta sur l'école un grand éclat, mais ne put en conjurer la décadence. Carnéade rappelle les anciens sophistes, et il ne trouva pas de Socrate pour lui répondre. Il fit valoir avec une extrême habileté la philosophie de la vraisemblance, qu'avait imaginée Arcésilas, et combattit par là le dogmatisme des stoïciens de son temps, particulièrement de Chrysippe. En vrai sophiste, il brillait surtout par l'esprit de contradiction : « Si Chrysippe n'eût point existé, disait-il, il n'y aurait point eu de Carnéade ». Envoyé à Rome par les Athéniens, pour demander la réduction d'un tribut, il émerveilla les Romains. On désertait les fêtes pour entendre cet hoinme qui parlait sur toutes sortes de sujets, et soutenait le pour et le contre avec la même éloquence. Cicéron aconte qu'un jour il parla admirablement de la justice, et que, le lendemain, il se fit applaudir du même auditoire en soutenant que la justice est un mot vide de sens. Caton le fit renvoyer de Rome.

(Grammairiens, orateurs, etc.)

Zoïle (fin du IVe s. av. J.-C). — Ce grammairien, qui est connu surtout par ses critiques, fut surnommé le fouet d'Homère. Son nom, devenu synonyme de critique envieux, était déjà détesté des Grecs, enthousiastes de leur poète national. On a dit que Zoïle fut condamné par Ptolémée Philadelphe à être crucifié ou lapidé; on a dit aussi qu'il fut mis à mort par le peuple. Aucune de ses œuvres n'a survécu.

Aristarque, né à Samothrace, vers 180, vint de bonne heure à Alexandrie, ou Ptolémée Philométor lui confia l'éducation de ses fils. Il mourut à 72 ans, dans l'île de Rhodes. Aristarque est resté comme le type du critique judicieux ; il donna de l'Iliade et de VOdyssée une édition, qui fut très appréciée des anciens. Ses travaux portèrent aussi sur d'autres poètes.

Isocrate, né à Athènes, en 43G, eut pour maître Gorgias. Ne pouvant parler en public, à cause de sa timidité et de la faiblesse de sa voix, il enseigna la rhétorique et eut pour élèves Isée et Hypéride. Isée fut le maître de Démosthène. Isocrate correspondait avec Philippe, roi de Macédoine, qu'il défendit contre Démosthène. Il fut tellement affligé de la défaite de Chéronée, qu'il se laissa mourir de faim, à 98 ans. Isocrate est peut-être le premier qui ait excellé dans l'art de cadencer la période ; mais il manque de chaleur. On a de lui 21 discours, entre autres le Panégyrique d'Athènes.

Eschine. — Cet orateur athénien est célèbre

surtout comme le rival de Démosthène. Ayant obtenu le titre de citoyen d'Athènes, il se fit soldat et prit part à la guerre contre les Macédoniens. Bientôt il parut avec succès à la tribune. Envoyé comme ambassadeur auprès de Philippe, il se laissa corrompre. Accusé par Timarque, il réussit à se défendre. Mais Démosthène se fit alors son accusateur. Eschine se vengea en accusant Ctésiphon, qui avait proposé de décerner une couronne d'or à Démosthène. Celui-ci prit la défense de Ctésiphon et prononça le discours Pour la couronne. Le procès dura longtemps et Eschine, condamné à une forte amende qu'il ne pouvait payer, alla enseigner la rhétorique à Rhodes. Il mourut à 75 ans. (Fabuliste, poètes.)

Esope — Ce fabuliste célèbre méiiterait d'être compté parmi les sages dont s'honore la Grèce. Il fut le premier, paraît-il, à donner des leçons de morale sous forme d'apologues. Sa vie, qui se place vers le VIe siècle av. J.-C, n'est guère qu'une légende. Né en Phrygie, il fut esclave à Samos et mérita la considération de ses maîtres par mille traits d'esprit et de sagesse. Une fois affranchi, il visita plusieurs villes grecques et fit connaître les apologues qui avaient cours en Asie Mineure, avec ceux qu'il avait lui-même composés. A Delphes, ses traits caustiques excitèrent la colère des habitants. Accusé d'avoir volé une coupe d'or au temple d'Apollon, on le précipita du haut d'un rocher. D'autres disent que ]es habitants de Delphes le tuèrent à cause de sa fable des Bâtons flottants. On raconte aussi qu'il fut en faveur auprès de Crésus, roi de Lydie. Ses Fables n'étaient pas inconnues de Socrate, qui en mit quelques-unes en vers ; elles furent recueillies par Démétrius de Phalère et mises en vers grecs par Babrius.

Archiloque, l'inventeur du vers ïambique, né vers l'an 712, composa des odes, des élégies, des fables et surtout des satires, où il excella. On raconte que Lycambe lui ayant promis sa fille en mariage et ayant retiré sa promesse, il se vengea de telle sorte par ses épigrammes que le père et la fille se pendirent de désespoir. Licencieux non moins que méchant, il fut banni de plusieurs villes ; ses écrits étaient interdits à Sparte.

Pindare, le plus célèbre des lyriques grecs, né à Cynoscéphale, près de Thèbes (vers 520-450), obtint les plus grands honneurs : ses odes, ses hymnes, ses pèans, etc., étaient chantés dans toute la Grèce. Les rois le protégeaient ; les Athéniens le déclarèrent leur hôte public ; les Amphictyons lui donnèrent droit de cité dans toute la Grèce ; Thèbes lui éleva, de son vivant, une statue, qui le représentait une lyre à la main. Il ne reste de lui que 45 odes en l'honneur des athlètes couronnés aux jeux publics de la Grèce ^Olympiques, Pythiques, Isth iniques, Nèmèens).

Eschyle (525-456) peut être regardé comme le père de la tragédie grecque ; dans sa longue carrière dramatique, commencée dès 499, il fut couronné jusqu'à 52 fois. Comme guerrier il se distingua à Marathon, à Salamine et à Platée. Il était frère de Cynégire, qui périt héroïquement à Marathon. Dans son théâtre, la fatalité et les dieux tiennent une grande place. Il ne nous reste que sept de ses nombreuses tragédies : Promèthèe enchaîné ; les Perses ; les Sept Chefs dura m Thèbes : une trilogie, VOrestie (comprenant Agamemnon, les Choéphores, les Euménides) : les Suppliantes. Dans sa vieillesse, Eschyle fut affligé des progrès de la démocratie et se retira auprès d'Hiéron, roi de Syracuse.

Sophocle, né à Colone (495-405), donna sa première tragédie en 468, et l'emporta sur Eschyle. Depuis lors, il produisit plus de cent pièces et fut vingt fois proclamé vainqueur. On lui doit le développement de l'art dramatique. Il rendit aussi

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