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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

de l'Eglise un caractère âpre et intempérant, en même temps qu'une âme ardente, une imagination riche, une érudition étonnante et une éloquence admirable, celle-ci déparée souvent par des fautes graves de style et de goût : bref, toutes ses qualités étaient contre-balancées par de grands défauts. Ainsi s'expliquent ses rares mérites et ses lamentables écarts.

Après avoir composé, dans la première partie de sa vie, une Apologétique et tant d'autres ouvrages dont l'Eglise lui sera éternellement reconnaissante, il tomba dans les erreurs de Montan et s'en laissa imposer par les prétendues visions de ce faux prophète. Dans son zèle amer, il ne se borna pas à revendiquer pour l'Eglise les droits qu'elle tient de la loi naturelle ou de son institution même, mais il attaqua avec la même ardeur les droits de la raison : à la différence des Pères grecs (S. .lustin, S. Basile, etc.), il déprécia trop la philosophie privée des lumières de l'Evangile et regarda les philosophes comme les patriarches des hérétiques. 11 est vrai que cette injust sévérité ne l'empêche pas de reconnaître ailleurs, dans des passages restés célèbres, que la voix de tous les peuples rend témoignage à la divinité et que l'âme est naturellement chrétienne. Dans son indignation contre le relâchement qu'il croyait voir dans l'Eglise romaine, il professe une morale rigoriste, qui se réfute d'elle-même, proscrivant par exemple les secondes noces, à l'égal de l'adultère, soutenant qu'il n'est jamais permis de fuir le martyre, anathématisant le théâtre et même les lettres profanes, comme pourraient le faire aujourd'hui les ennemis les plus intolérants des classiques païens. C'est donc avec raison qu'on a pu le regarder comme l'ancêtre des jansénistes.

En même temps qu'il commettait ces excès au point de vue de la morale, il compromettait les dogmes les plus importants, en soutenant, par exemple, que l'âme est produite par la génération ; qu'elle est corporelle d'une certaine manière et soumise à la condition du sexe, au même titre que le corps. Tertullien va jusqu'à dire que Dieu luimême est un corps. Il est vrai qu'il paraît confondre la notion de corps avec celle de substance. Il est bon aussi d'ajouter que la plupart des erreurs de Tertullien datent de son adhésion au montanisme. Au reste, il ne fut pas fidèle à cette hérésie et les réfuta à peu près toutes, avec la même ardeur, donnant ce singulier spectacle d'un homme qui combat à peu près toutes les erreurs, sans pouvoir se fixer lui-même dans la vérité.

L'œuvre capitale de Tertullien est son Apologètique, composée vers 200, lors de la persécution de Septime-Sévère. On y lit ces fières paroles, citées si souvent : « Nous ne sommes que d'hier et déjà nous remplissons les villes et les villages, l'armée et les palais, le Sénat et le Forum ; nous ne vous avons laissé que vos temples » (v. Freppel, Tertullien ; Gaston Boissier, la Fin du paganisme, 1891).

Arnobe, le maître de Lactance, naquit en Numidie et enseigna d'abord les lettres et la philosophie païenne. Il embrassa la foi vers 295, et prit place parmi les apologistes par son Traité contre les Gentils, où il combat le polythéisme avec beaucoup de verve et d'énergie.

Lactance (250-325). — Comme Arnobe et Tertullien, Lactance était d'Afrique et se convertit dans l'âge mûr ; mais il apportait au service de la philosophie chrétienne un caractère et un talent bien différents. S. Jérôme l'a surnommé le Cicèron chrétien; et il mérite ce titre, en effet, par ses qualités littéraires et oratoires. Elles apparaissent dans ses écrits, remarquables par leur élégance, malgré quelques expressions barbares, qui attestent la décadence de l'époque. Lactance était, avant

sa conversion, un des rhéteurs les plus estimés ; Dioclétien l'avait même choisi pour enseigner les lettres, à Ni comédie (290). Plus tard, Constantin lui confia l'éducation de son fils Crispus, vers 317. On pense que Lactance mourut à Trêves : il avait pu assister, dans sa vieillesse, au triomphe de l'Eglise.

Ses ouvrages, que Bossuet lui-même étudiait avec tant de fruit, comme ceux de Tertullien, sont riches de belles et nobles pensées, exprimées avec autant de simplicité que d'éclat. C'est Lactance, par exemple, qui a dit que le plus solide et le plus indestructible de tous les temples, c'est le cœur de l'homme. Ayant mis toute son âme, avec sa plume, au service de la foi, il dut naturellement se montrer sévère pour la philosophie profane ; il paraît la confondre plus d'une fois avec le paganisme lui-même, dont elle était l'un des plus fermes soutiens; il lui reproche justement ses contradictions et son impuissance. Mais, pour avoir toute la pensée de Lactance sur ce sujet, il ne faut point le juger par tels ou tels textes en particulier. Ailleurs il professe le même et sage éclectisme que S. Clément d'Alexandrie. Il n'y a donc pas ici, entre les Pères grecs et les Pères latins, une divergence d'opinions aussi grande qu'on a bien voulu le dire. (Martyrs.)

Gervais et Protais (saints), fils de S. Vital et de sainte Valérie, furent martyrisés à Milan, sous Néron. Plus tard, S. Ambroise, évêque de Milan, ayant été averti dans un songe, découvrit le lieu de leur sépulture et plaça leurs reliques dans la basilique qu'il faisait construire. Leur fête est le 19 juin.

Sophie (sainte). — L'Eglise honore sous ce nom une sainte veuve, qui souffrit le martyre, avec ses trois filles, à Rome, sous Adrien. Ses filles portaient les noms des trois vertus théologales : foi, espérance, charité. — L'église Sainte-Sophie, à Constantinople, fut dédiée à la Sagesse divine (en grec sophia).

Cécile (sainte), vierge et martyre, aurait vécu en Sicile ; mais elle mourut à Rome, peut-être vers 230. Les musiciens l'ont choisie pour patronne, parce qu'elle s'accompagnait d'un instrument de musique, en chantant les louanges de Dieu. Cette sainte a été souvent représentée par les artistes chrétiens. Sa fête est le 22 novembre (V. dom Guéranger, Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers siècles, 2 vol., 1897, 8e éd.).

Agathe (sainte), vierge et martyre, née à Païenne ou à Catane, est vénérée beaucoup en Sicile et par les Maltais, dont elle est la patronne. Le gouverneur de Sicile essaya vainement de la perdre ; il la fit ensuite rouler sur des charbons ardents et subir d'autres épreuves non moins atroces. Elle mourut à la suite de ces tourments (251). Sa fête est le 5 février.

Laurent (saint), diacre et trésorier de l'Eglise romaine, sous le pape S. Sixte II, fut arrêté trois jours après le martyre de ce pape, en vertu de l'édit de persécution de Valérien (259). Sommé de livrer le trésor de l'Eglise, il le distribua aux pauvres. Confié à la garde d'un officier, nommé Hippolyte, il le convertit et le baptisa avec toute sa famille. Il fut déchiré à coups de fouet et rôti sur un gril. Lorsque la moitié de son corps était déjà brûlée, il dit à son bourreau : « C'est assez cuit déjà de ce côté : tournez-moi de l'autre et mangez. » L'église Suint- Laurent hors les murs, à Rome, est bâtie sur l'emplacement de son supplice (V. abbé Le Bourgeois, les Martyrs de Rome d'après l'histoire et l'archéologie chrétienne, 1897 et suiv.).

Maurice (saint) commandait la légion thébaine, c'est-à-dire levée en Thébaïde, et qui était composée de chrétiens. Il fut martyrisé, avec ses com-

HISTOIRE

pagnons, pour avoir refusé d'obéir à Maximien, qui ordonnait de sacrifier aux faux dieux (probablement en 286, sinon plus tard), Cet événement eut lieu dans le Valais. Sigismond, roi de Bourgogne, fit bâtir, en l'honneur des martyrs, la célèbre abbaye de Saint-Maurice (VIe s.). Leur fête est le 22 septembre.

Sébastien (saint), né à Narbonne, vers 250, commandait une cohorte dans l'armée romaine et était en faveur auprès de Dioclétien. Il cacha ses croyances pendant un certain temps, afin de mieux servir les chrétiens. S'étant déclaré, il fut percé de flèches et laissé pour mort. Peu après il se présentait de nouveau devant l'empereur, qui le fit tuer dans le cirque à coup de verges et jeter son corps à l'égout. Ses restes furent recueillis pieusement et portés aux catacombes. Sa fête est le 20 janvier.

Crépin et Crépinien (saints). — Ces deux frères vinrent de Rome prêcher la foi dans les Gaules. Ils s'arrêtèrent à Soissons et y exercèrent le métier de cordonnier. Ils furent décapités vers 287, et devinrent les patrons des cordonniers.

Agnès (sainte). — Cette jeune patricienne n'avait que 13 ans, lorsqu'elle souffrit le martyre à Rome, dans la persécution de Dioclétien (303). Son courage admirable, dans un âge si tendre encore, a été souvent célébré par les plus grands artistes et les plus grands orateurs. Sa fête est le 21 janvier. (V. Mme de Belloc, Sainte Agnès et son siècle, 1893.)

Lucie (sainte). — On lit, dans la légende du bréviaire, que Lucie, vierge de Syracuse, vint à Catane, avec sa mère, Eutychie, malade, pour vénérer les reliques de sainte Agathe et demander par l'intercession de cette sainte, la guérison de sa mère. L'ayant obtenue, elle distribua sa dot aux pauvres, fut dénoncée comme chrétienne par celui que ses parents lui avaient choisi malgré elle pour fiancé et fut égorgée après avoir subi divers supplices, avec un merveilleux courage (304). Elle prédit, en mourant, que la persécution touchait à sa fin. Sa fête est le 13 décembre. (V. abbé Martelly, Histoire et culte de sainte Lucie, 1897.)

Cosme et Damien (saints). — Ces deux frères, nés en Arabie, exerçaient la médecine en Cilicie, non point pour des motifs de lucre, mais gratuitement et par pure charité. Ils furent martyrisés sous Dioclétien, probablement en 303. Leur fête est le 27 sept. Ils sont les patrons des chirurgiens.

George (saint) était un soldat cappadocien, qui souffrit le martyre sous Dioclétien. Mais les événements de sa vie appartiennent plus à la légende qu'à l'histoire. Il eut à lutter contre un magicien et un terrible dragon. On le représente armé d'une lance et transperçant le monstre. Sa fête est le 23 avril. 11 est honoré surtout en Russie, en Angleterre et à Gênes. Les armuriers l'ont choisi pour patron.

Barbe (sainte), vierge et martyre, était la fille de Dioscore, riche païen de Nicomédie, qui, ne pouvant tolérer la conversion de sa fille au christianisme, la dénonça au magistrat et fut même son propre bourreau. Il fut frappé de la foudre. Elle souffrit sous Galère (vers 306), ou peut-être sous Maximin (vers 235). S,e Barbe est la patronne des artilleurs. Sa fête est le 4 décembre.

Catherine (sainte) d'Alexandrie, vierge et martyre, était fort versée dans les connaissances cultivées de son temps et confondit les philosophes qu'on lui avait envoyés pour la détacher de la foi. Elle souffrit sous Maximin Daïa. On la représente appuyée sur ^une roue sanglante, qui fut l'instrument de son supplice. Sa fête est le 25 nov. (Hérétiques.)

Simon, surnommé le Magicien, était de Samarie et disciple de Dosithée, un faux Messie. Il se fit baptiser et offrit de l'argent à S. Pierre pour

recevoir les dons du Saint-Esprit (de là l'origine de la simonie) ; mais il fut maudit par l'apôtre. Ses prestiges surpassèrent ceux de son maître; il se fit adorer comme un dieu par les Samaritains. Une courtisane, nommée Hélène, l'aidait dans ses opérations magiques. Une tradition le fait venir à Rome, où il aurait lutté contre S. Pierre et devant Néron. S'étant élevé dans les airs, il aurait été ensuite précipité, à la prière de l'apôtre. Ce qui est certain, c'est qu'il combattit la doctrine évangélique sur l'origine du monde et sur la Providence.

Gérinthe, contemporain de Simon et chef d'une autre secte, était lui aussi originaire de Palestine ; il séjourna en Egypte. Il divisait la personne de J.-C. et n'admettait pas que Dieu eût souffert et se fût immolé : c'était le docétisme. S. Jean écrivit son Evangile contre ces erreurs. Cérinthe regardait le monde comme l'œuvre d'un esprit ou cov inférieur; il partageait aussi, paraîtil, les idées des millénaristes.

Nicolas était un diacre de Jérusalem. Sa secte ne respectait pas les lois évangéhques du mariage, usait des viandes des victimes offertes aux idoles, etc. S. Jean, dans l'Apocalypse (II), dénonce cette doctrine et ses partisans, qui se sont confondus avec les gnostiques.

Basiiide. — Cet hérétique, Syrien de naissance, .s'établit à Alexandrie, dans la première moitié du deuxième siècle. Il se rattache, d'une part, aux chrétiens, par Glaucias, disciple de S. Pierre, et, d'autre part, aux cabalistes. Les Basilidiens s'adonnèrent beaucoup à la magie; ils en vinrent à enseigner que les parfaits ne sont soumis à aucune loi : de là une immoralité profonde, l'une des causes de leur ruine. Leur secte se propagea jusqu'en Espagne et il en existait encore des restes au Ve siècle.

Valentin. — Après Basiiide, Valentin se déclara chef de secte. Il se rattachait de quelque manière aux chrétiens par Théodas, disciple de S. Paul. Il accommoda à ses propres vues la théorie de l'émanation. Cette secte se propagea beaucoup et vécut longtemps. Irénée la combattit à Lyon et elle n'avait pas tout à fait disparu au temps d'Agobard.

Cerdon. Marcion. — Cerdon était de Judée. Il prétendait épurer le christianisme, rejetait ou admettait à son gré certains textes. Il vint à Rome, en 139, ety enseigna mystérieusement. Ses disciples se confondirent un peu plus tard avec ceux de Marcion. — Ce dernier (IIe s.) était de Sinope (Asie Mineure). Entré dans les ordres, il fut chassé de l'Eglise pour son inconduite. Il s'attacha à mettre en contradiction le judaïsme et le christianisme, l'Ancien et le Nouveau Testament. Il expliquait le monde par un démiurge, agissant sur la matière, et attribuait l'âme et le corps de l'homme à deux principes ennemis. En morale, il interdisait absolument le mariage. Entre sa doctrine et celle de Manôs, il y avait peu de différence.

Aquila était un architecte, natif de Sinope (Pont), qui fut chargé par l'empereur Adrien, dont il était parent, de rebâtir le temple de Jérusalem. Il embrassa alors le judaïsme et étudia sous le rabbin Akiba; puis il se fit chrétien, mais revint définitivement au judaïsme. Il donna, vers 138, une version grecque de la Bible, que les Juifs ont préférée à celle des Septante.

Montanus. — Cet hérésiarque, né en Phrygie, se fit passer pour prophète et thaumaturge et gagna beaucoup de disciples, parmi lesquels Sabellius et Tertullien, qui se sépara ensuite de lui. Les Montanistes se répandirent en Asie et en Afrique. Ils pratiquaient des jeûnes extraordinaires, proscrivaient les secondes noces et prétendaient régénérer l'Eglise. On pense que Montanus mourut vers 212.

Sabellius. — Cet hérésiarque niait la distinction des trois personnes divines : il ne voyait entre

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