‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 573 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

elles d'autre différence que celle qui existe entre les opérations d'un même être. Il fut condamné en 261. S. Epiphane dit que les partisans de Sabellius étaient répandus autour de Rome et en Mésopotamie. Mais la secte paraissait anéantie au commencement du Ve siècle.

Novatien, premier des antipapes, fut en même temps un hérésiarque. Il prétendait que l'Eglise ne pouvait absoudre ceux qui avaient sacrifié aux idoles. Affectant un grand zèle, il tenta de supplanter le pape S. Corneille, contre lequel il fut élu par ses partisans (251), qui prirent le nom de cathares, purs. S. Cyprien et deux conciles rejetèrent son élection. Lesnovatiens entrèrent ensuite dans d'autres sectes.

Manès ou Manichée naquit vers 240, dans l'Arabie Heureuse, alors province de Perse, peut-être d'une famille de mages. Peut-être aussi fut-il élevé dans le christianisme et ordonné prêtre. Quoi qu'il en soit, Manès combina les idées chrétiennes avec les idées et les superstitions orientales, surtout celles des Perses. D'abord protégé par les rois de Perse Sapor et Varades, il fut condamné au supplice par ce dernier vers 277. Manès paraît avoir admis deux premiers principes éternels : Dieu et la matière, celle-ci principe du mal. Cette doctrine entraîne, comme conséquence, que la matière ou l'esprit du mal est un dieu égal au premier; mais Manès ne paraît pas avoir enseigné formellement cette erreur. Sa doctrine sur ce point se rapprocherait donc de celle de Platon et de nombre d'anciens philosophes ; mais il y ajoute que la matière est non seulement le principe passif du mal ou la limite du bien, mais encore un principe actif et particulièrement puissant. A cette erreur philosophique les manichéens joignaient des erreurs religieuses non moins graves : ils rejetaient l'Ancien Testament et choisissaient dans le Nouveau ce qui s'accordait avec leurs opinions ; ils comptaient comme de véritables prophètes Orphée, Zoroastre et d'autres sages du paganisme ; de plus ils tombèrent dans les autres erreurs et superstitions des gnostiques. Leur secte changeasouvent de forme et vécut longtemps ; elle séduisit la jeunesse d'Augustin ; nous la retrouvons plus tard au moyen âge, chez les Cathares et les Albigeois, et aujourd'hui encore chez les Bogomiles, secte de slaves méridionaux.

Celse était un philosophe épicurien qui vivait sous Trajan et ses successeurs (II s.). Il attaqua le christianisme par le raisonnement et la raillerie dans un ouvrage intitulé Discours véritable, qu'Origène s'appliqua à réfuter. Nous n'avons de cet écrit de Celse que les extraits conservés dans la réfutation d'Origène.

Apollonius de Tyane (Asie Mineure) a été regardé comme « le dernier prophète ou plutôt la dernière idole du paganisme expirant. » Il fut le contemporain de J.-C, à qui les défenseurs du paganisme essayèrent de l'opposer. Ses concitoyens lui élevèrent un temple et on plaça sa statue parmi celles des dieux. La vie d'Apollonius est plus légendaire qu'historique. Le rhéteur Philostrate ne l'a écrite que 120 ans après, sur le désir de l'impératrice Julie, et il ne paraît pas avoir puisé à des sources authentiques Voici cependant ce qu'il raconte de plus plausible. Apollonius naquit à Tyane d'une famille riche et honorée ; il étudia de bonne heure, à Tarse, la grammaire et la rhétorique ; il connut, par le philosophe Euxène d'Héraclée, le système de Pythagore et s'en éprit au point qu'il se soumit scrupuleusement aux règles austères des anciens pythagoriciens, s'abstenant de viande et de vin, gardant la continence, observant même la retraite et le silence pendant cinq ans. Il voyagea ensuite en Orient, fréquenta longtemps les mages de Babylone, visita les gymnosophistes et les brahmanes de l'Inde, puis voyagea en Ethiopie,

en Grèce et en Italie, partout s'instruisant et partout honoré. Il y a loin, comme on le voit, de cet apostolat à celui des apôtres et surtout à la vie, à la passion et à la mort de l'Homme-Dieu. Apollonius parvint à un âge avancé et sa fin fut enveloppée de mystère. On pense qu'il mourut à Ephèse. (Histoire politique : empire romain.)

Empire romain. — L'histoire profane, à cette époque, se confond ou à peu près avec celle de l' Empire romain, créé par Auguste, l'an 29 av. J.-C. Il fut divisé, à la mort de Théodose (395) en Empire d'Occident et Empire d'Orient. Le 1er durad'Honorius à Romulus Augustule (395-476). Le 2e ou Bas-Empire dura d'Arcadius à la prise de Constantinople (395-1453). Les empereurs régnèrent seuls ou à peu près, depuis Auguste jusqu'à Dioelétien. Ce furent : Tibère (14-37), Caligula (37-41), Claude (41-54), Néron (54-68), Galba (68), Othon (6!)), Vitellius (69), Vespasien (69-79), Titus (79-81), Domitien (81-96), Nerva (96-98), Trajan (98-117), Adrien (117-138), Antonin le Pieux (138- ICI), Marc-Aurèle (161-180), Commode (180-193), Pertinax (193), Didius Julianus (193), Septime- Sévère (193-211), Caracalla (211-217), Macrin (217-218), Héliogabale (218-222), Alexandre- Sévère (222-235), Maximin (235-237), les Gordiens, etc. (23K-244), Philippe dit Y Arabe (244- 249), Déce (249-251), Gallus (251-253), Emilien (253), Valérien (253-260), Callien (260-268), Claude II (268-270), Aurélien (270-275), Tacite (275), Florien (276), Probus (276-282), Carus, etc. (282-284), Dioelétien (284-305), qui partagea l'empire entre deux Augustes et deux Césars.

Auguste. — Ce fut le nom que prit Octave après s'être défait de ses ennemis ou de ses rivaux (t. la série précédente). Use fit donner par le sénat et le peuple tous les titres et tous les pouvoirs (empereur, pontife suprême, tribun eteonsul à vie, etc.) et fonda ainsi la monarchie la plus absolue, sous les apparences de la république. Il fut cruel tant que son intérêt l'exigea, mais il se montra ensuite doux et magnanime. Il protégea les lettres et mérita de donner son nom à son siècle. Agrippa et Mécène contribuèrent beaucoup à l'éclat de son règne, qui dura de 2'.) av. J.-C. à 14 ap. Il mourut à Noie, à l'âge de 76 ans. Dégoûté du pouvoir, il aurait abdiqué, dit-on, sans les conseils de Mécène. Il avait fixé les limites de son empire à l'Euphrate, au Danube et au Rhin.

Agrippa, général romain, contribua beaucoup à la victoire décisive d'Actium. Ami d'Auguste, il lui conseilla, dit-on, d'abdiquer et de rétablir la république ; mais l'avis contraire de Mécène prévalut. Il épousa Julie, fille de l'empereur, qui l'adopta et le désigna pour son successeur. Mais Agrippa mourut l'an 12 av. J.-C, à l'âge de 51 ans, au retour d'une expédition en Pannonie. A Rome, il fit construire le Panthéon et plusieurs aqueducs. Ses trois fils, adoptés par Auguste, périrent tous de mort tragique. Sa fille Agrippine épousa Germanicus.

Mécène, favori d'Auguste, avec lequel il s'était lié dans les écoles grecques, était d'une noble famille étrusque. Il refusa de grands honneurs et usa de son crédit pour protéger les meilleurs poètes de ce temps : Virgile, Horace, etc. Son nom est resté comme synonyme de protecteur des lettres. On n'a de lui que quelques fragments de poésie, en style précieux. 11 mourut l'an 9 av. J.-C, à l'âge de 60 ans.

Varus, général romain, célèbre par le désastre où il périt, en Germanie, avait été consul l'an 12. puis proconsul de Syrie. Gouverneur de Germanie, il se laissa attirer par Arminius, qui feignait d'être son allié, dans les défilés de Teutoburg, où l'armée romaine, composée de 3 légions, fut massacrée (9 av. J.-C). On raconte qu'Auguste, mis au dé-

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sespoir par cette nouvelle, s'écriait souvent : « Varus, rends-rnoi mes légions ! »

Tibère, né en 42, était fils de Tibérius Nero et de Livie, qui divorça pour épouser Octave. Désigné à regret par Auguste pour son héritier (13), il se montra défiant et cruel. Il fit tuer Posthume, le seul survivant des fils d'Agrippa, et empoisonner Germanicus, qui était aimé de l'armée; le fils aîné de Germanicus ne tarda pas à périr. L'un des ministres des volontés de Tibère fut Séjan, préfet du prétoire, qui, à son tour, fut arrêté et mis à mort comme conspirateur (31). Retiré à Caprée, d'où il gouvernait l'empire, Tibère y mourut dans la débauche (37).

Caligv.la. fils de Germanicus et d'Agrippine et petit-neveu de Tibère, lui succéda à l'âge de 25 ans. Son règne fut d'abord réparateur et bienfaisant; mais, après une maladie, qui troubla peutêtre sa raison, il se livra à tous les excès, voulant être adoré comme un dieu, créant son cheval consul, faisant périr les meilleurs citoyens pour s'emparer de leurs biens, souhaitant que le peuple romain n'eût qu'une tête pour la trancher d'un seul coup. II fut tué par Chréréas, tribun de la garde prétorienne (41).

Claude, fils de Drusus et frère de Tibère, né à Lyon (10 av. J.-C), fut proclamé empereur parles prétoriens, après le meurtre de son neveu. Son règne dura 13 ans. Il reçut le titre de Britannicus, pour la soumission de la Bretagne méridionale. Dans son discours prononcé à Lyon, il reconnut les services rendus à l'empire par les Gaulois et accorda à une partie de la Gaule le droit de cité. Mais il se laissa dominer par sa femme Messaline, célèbre par ses désordres, et par des affranchis : Polybe, Narcisse, Pallas, qui abusèrent de l'autorité qu'il leur laissait. Lorsqu'il eut fait périr Messaline (48), il épousa Agrippine, qui lui fit adopter Néron, au préjudice de Britannicus, et peut-être l'empoisonna (54).

Néron était fils de Domitius Ahenobardus et d'Agrippine. Il naquit à Antium (37), eut pour précepteurs Burrhus et Sénèque, fut adopté par Claude, grâce aux intrigues d'Agrippine, et monta sur le trône à 18 ans. Après avoir montré beaucoup de douceur et de déférence pour sa mère pendant les premières années, il se livra à ses passions, fit empoisonner Britannicus et poignarder Agrippine. Ses folies et ses cruautés n'eurent dès lors plus de frein. Il répudia Octavie et épousa Poppée, que, dans un accès de colère, il tua d'un coup de pied. Il déchaîna la lre persécution contre les chrétiens, qu'il accusa d'être les auteurs d'un grand incendie qui avait dévoré une partie de Rome, et beaucoup périrent dans d'épouvantables tortures. Pison ayant conspiré contre lui, il le fit périr, ainsi que Sénèque, Lucain, Pétrone, Thraséas, Corbulon. Puis il parcourut la Grèce en poète, en musicien et en histrion, et se fit décerner 1.800 couronnes. La révolte mit fin à ses orgies. Vindex, en Gaule, fut vaincu par les lieutenants de Néron ; mais Galba, en Espagne, fut proclamé par les prétoriens. Le dernier mot de Néron, en essayant de se poignarder, fut celui-ci : « Quel artiste le monde va perdre ! » Avec lui, disparaissait la maison des Césars, pendant que S. Pierre et S. Paul souffraient le martyre (67) et jetaient les fondements de l'Eglise romaine (v. Allard, Le christianisme et Vempire romain, de Néron à Thèodose, 1897 ; Edm. Le Blant, Les persécutions et le* martyrs aux premiers air des de notre ère, 1893).

Vespasien, né l'an 7 ap. J.-C, était fils d'un publicain. Il commandait l'armée de Judée et assiégeait déjà Jérusalem, lorsqu'il fut proclamé empereur par l'armée d'Orient, à la mort de Galba (09). Il envoya en Italie deux de ses lieutenants, qui vainquirent Vitellius, son compétiteur ; puis, lais-

sant à son fils Titus le soin d'achever le siège de Jérusalem, il vint à Rome se faire reconnaître empereur. Pendant son règne, qui dura 10 ans, la Bretagne, qui s'était révoltée, fut contenue par Agricola, qui en acheva la conquête ; les Gaulois Civilis et Sabinus furent défaits par Céréalis. Vespasien rebâtit le Capitole, brûlé sous Néron ; il commença le Colisée, etc. On lui attribue cette parole : « Un empereur doit mourir debout. »

Sabinus et Eponine. — Sabinus était un Gaulois du pays de Langres (Lingons), qui se révolta contre les Romains, au commencement du règne de Vespasien, et s'allia avec Civilis, chef des Bataves. Ils furent vaincus par les Séquanes et autres partisans des Romains, commandés par Céréalis. Sabinus se réfugia dans un souterrain, où sa femme Eponine, modèle de piété conjugale, parvint aie tenir caché pendant 9 ans. Elle ne voulut pas survivre à son époux, à qui Vespasien refusa de faire grâce.

Velléda, prophétesse germaine au temps de Vespasien, exerçait une grande influence sur les tribus de sa nation. Elle contribua à l'insurrection des Bataves, commandés par Civilis. L'insurrection ayant échoué, elle leur fit déposer les armes et aida le général romain Céréalis à pacifier le pays (70). Ayant provoqué une autre insurrection un peu plus tard, elle fut prise par Rutilius Gallicus et conduite à Rome.

Galgacus était le chef des Calédoniens, qui résistèrent longtemps à l'armée romaine, commandée par Agricola. Celui-ci les refoula de tout le pays et les accula àStone-Haven,àplus de 120 kilomètres au N. d'Edimbourg, où ils furent écrasés, en 84.

Titus, fils aîné et successeur de Vespasien, naquit en 40, fut tribun militaire en Germanie et en Grande-Bretagne et suivit son père en Judée. Chargé d'achever la guerre contre les Juifs, qui s'étaient révoltés et étaient assiégés dans Jérusalem (69), il s'empara de cette ville (8 sept. 70), qui subit toutes les horreurs de la famine et d'une prise d'assaut et fut ruinée de fond en comble, selon la prophétie de J.-C. et de Daniel. On voit encore à Rome un arc de triomphe élevé en mémoire de cette guerre. Après avoir été associé à l'empire, Titus succéda à son père, mais ne régna que 27 mois. On le surnomma les Délices du genre ha main. On lui attribue cette parole, après une journée où il n'avait pu accorder de bienfaits : « Mes amis, j'ai perdu ma journée ». Son attachement pour Bérénice, sœur du roi de Judée, Hérode-Agrippa, avait cependant déplu aux Romains.

Domitien, frère de Titus, né en 51, lui succéda, après l'avoir peut-être empoisonné (81). Il régna avec cruauté et mérita le surnom de Néron chauve. Sous son règne, les chrétiens subirent souvent toutes sortes de violences (2e persécution). Il périt assassiné en 96 (v. Gsell, lissai sur le règne de l'empereur Domitien, 1893, thèse).

Nerva, né en Ombrie, en 25, etfilsdu jurisconsulte Coccéius, fut proclamé empereur à la mort de Domitien. Il régna avec justice et modération, consultant le sénat sur toutes les affaires. Il adopta Trajan et mourut en 98.

Trajan, né en 53 en Espagne, était fils d'un soldat de fortune. Il se distingua dans les armées et l'administration. Quand Nerva l'adopta, il était à Cologne (Colonia Agrippina), sur le Rhin. Après avoir assuré la paix sur ces frontières, il vint à Rome (99), puis entreprit bientôt des guerres de conquête, qui furent heureuses, en Dacie, en Arabie, contre les Parthes, etc. Il mourut à Sélinonte en 117. Son administration a été louée. Il fit construire des monuments remarquables. Son règne a été néanmoins déshonoré par une persécution (la 3°) contre les chrétiens, dans laquelle S. Ignace fut livré aux bêtes.

Adrien, né en Espagne, en 76, cousin et fils adoptif de Trajan, était gouverneur de Syrie quand il monta sur le trône (117). Il renonça à étendre l'empire au delà de l'Euphrate, fit construire des forteresses sur le Danube et parcourut toutes les provinces : la Gaule (118), où il ordonna peut-être de bâtir le pont du Gard et les arènes de Nîmes ; la Grande-Bretagne, où il fit construire un mur de défense au Sud de la Calédonie ; l'Espagne, l'Afrique où il donna son nom à la nouvelle Carthage. Il séjourna à Rome (121), puis visita l'Orient et la Grèce, revint à Rome (126), repassa en Afrique, puis en Grèce (129), où il fît restaurer beaucoup de monuments ; visita l'Orient, Palmyre, la Palestine, l'Egypte, etc. A Rome, où il revint ensuite, il éleva un mausolée (auj. château Saint- Ange), un pont, etc. Dans sa villa de Tibur, il réunit de riches collections. Sous son règne, les Juifs se révoltèrent deux fois. La seconde révolte, suscitée par Barcochébas (ou Bar-Cochba), faux prophète, qui se donnait pour le Messie, fut noyée dans le sang (135). Adrien ordonna d'élever un temple païen à la place de l'ancien temple de Jérusalem et donna à la ville le nom d'/Elia Capitolina. Il mourut en 138, après Vérus, qu'il avait adopté. C'est à Adrien que S. Aristide et S. Quadrat, d'Athènes, adressèrent leurs Apologies. Mais, au lieu d'embrasser la foi, Adrien se livra, dit-on, à la magie et se laissa gouverner à la fin de sa vie par son favori Antinous, qu'il divinisa même après sa mort (132). Ce culte singulier dura jusqu'au temps de Valentinien.

Antonin le Pieux, né à Lanuvium, en 86, fut adopté par Adrien et lui succéda (138-161). C'est sous son règne, qui fut long et pacifique, que S. Justin composa ses Apologies, l'une adressée à l'empereur et l'autre au sénat. Les persécutions contre les chrétiens furent suspendues, mais elles furent reprises avec une nouvelle fureur sous Marc-Aurèle (V. Lacour-Gayet, Antonin le Pieux et son temps).

Marc-Aurèle, dit le Philosophe, né à Rome en 121, d'une famille illustre, fut distingué par Adrien, qui le nomma préfet de Rome et le fit adopter par Antonin, auquel il succéda, en effet (101-180). Comme empereur, Marc-Aurèle sut défendre l'empire contre les barbares et réprimer les révoltes. Mais le stoïcisme dont il faisait profession ne l'empêcha pas d'exercer ou de laisser exercer contre les chrétiens les plus sanglantes persécutions, notamment celle de Lyon, où périt S. Pothin. On a de lui des Pensées et sa correspondance avec Fronton, l'un de ses anciens maîtres. Il toléra les désordres de l'impératrice Faustine et laissa le trône à son fils Commode, qui fut un monstre de cruauté. La persécution qui eut lieu sous son règne est comptée comme la 4e (V. P. Allard, les Persécutions et le nombre des martyrs).

Commode, fils de Marc-Aurèle et de Faustine, monta sur le trône, à l'âge de 20 ans, et s'entoura d'hommes corrompus. Il traita honteusement avec les Quades et les Marcomans et admit les barbares dans les armées romaines. Après avoir fait périr une de ses sœurs, Lucilla, sa femme, Crispina, le jurisconsulte Salvius Julianus et un grand nombre de sénateurs, il fut lui-même empoisonné par une de ses femmes, Marcia, qu'il avait proscrite. Commode était d'une taille et d'une force herculéennes. Il descendit 700 fois dans le cirque, où il se plaisait à assommer, avec une massue, des hommes désarmés.

Didius Julianus. — Après Commode, Pertinax ne fit que passer sur le trône, où il fut assassiné. Alors Didius Julianus, né en 133 à Milan, acheta l'empire mis à l'encan par les prétoriens, à qui ces changements de maître apportaient de véritables fortunes. Mais il régna moins de trois mois et fut tué par ses soldats (193).

Septime-Sévère, qui commandait les légions de Pannonie, était natif d'Afrique. Il fut proclamé empereur en même temps que Didius Julianus, Pescennius Niger et Albinus. Bientôt débarrassé du premier, il vainquit le second, en Asie, avec l'aide d'Albinus. Il se tourna ensuite contre ce dernier, l'atteignit en Gaule et le vainquit près de Lyon (197). Cette ville qui avait soutenu Albinus, sentit alors le poids de la colère de son nouveau maître. Au reste, Septime-Sévère sut défendre l'empire contre les barbares et remporta de grands succès en Orient. Avec l'aide des jurisconsultes il réforma la législation; il fit construire des monuments, protégea les lettres et les arts. Mais il exerça une sanglante persécution contre les chrétiens (la 5e), dans laquelle fut enveloppé S. Irénée. Il mourut à York en 211. Son dernier ordre à l'armée fut : « Travaillons ».

Caracalla, né à Lyon en 188, succéda à son père, avec son frère Géta, qu'il poignarda bientôt dans les bras de leur mère. Il se livra ensuite à toutes les folies et toutes les cruautés, jusqu'à ce qu'il fut tué par Macrin, préfet du prétoire (217), qui ne fit que passer sur le trône. Sous le règne de Caracalla on éleva à Rome les Thermes dits de Caracalla, et le droit de cité fut accordé à tous les hommes libres domiciliés dans l'Empire.

Héliogabale passait pour fils de Caracalla et était grand prêtre d'Elagabal, dieu-Soleil, à Emèse (Syrie). Proclamé empereur au camp d'Emèse i218), il vainquit Macrin et vint régner à Rome, où il commit toutes sortes de folies, dédiant des temples à la pierre noire, qu'il avait apportée d'Emèse, s'habillant en femme et créant un sénat de femmes, dont sa mère eut la présidence. Sur le conseil de sa mère, il adopta son cousin Alexandre-Sévère ; mais il voulait le faire périr, quand il fut tué lui-même par les prétoriens (222).

Alexandre-Sévère, né vers 209 en Phénicie, était fils de Julia Mammée, qui l'éleva avec soin. Proclamé empereur à 14 ans, il prit pour préfet du prétoire le jurisconsulte Ulpien, régna avec une modération dont les chrétiens profitèrent. Sa tolérance lui fit placer les images d'Abraham et de Jésus parmi celles des dieux du paganisme. Il fit une expédition contre les Perses (232) et se préparait à attaquer les Germains, quand il fut tué par ses soldats, mécontents de sa sévérité (235). Maximin le Thrace, qui avait provoqué le meurtre, eut alors pour compétiteurs à l'empire les deux Gordiens, proclamés en Afrique, mais qu'il fit assassiner, puis Maxime-Pupien et Balbin, nommés par le sénat. Il marcha contre eux et fut tué par ses soldats sous les murs d'Aquilée (237) Sous Maximin eut lieu la 6e persécution.

Philippe, dit Y Arabe, né dans l'Idumée, s'éleva par sa valeur aux premiers grades de l'armée et fut proclamé empereur (244), après le meurtre du 3e Gordien, en Mésopotamie. A Rome, il célébra avec magnificence le millième anniversaire de la fondation de la ville (247). Il fut bientôt supplanté par Dèce, qu'il avait envoyé contre un autre usurpateur. On a supposé que cet empereur était chrétien.

Dèce, né en 201, en Pannonie, vainquit et tua Philippe à Vérone (249) et fut reconnu empereur à Rome. Dès la première année de son règne, il ordonna une persécution des plus sanglantes (la7e) contre les chrétiens. Il arrêta plusieurs fois l'invasion desGothset fut tué dans un combat contre ces barbares (251). Gallus, qui lui succéda, fut tué par ses soldats en 253.

Valérien, né vers 190, s'éleva par son mérite aux plus hauts grades de l'armée et fut proclamé empereur par les légions de Gaule et de Germanie (253). Il s'associa son fils Gallien, qui régna jusqu'en 268. Après des succès contre les Goths et

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Odénat, il marcha contre Sapor, roi de Perse, qui l'ayant vaincu et pris à Edesse, le fit périr dans les tortures (260). Valérien avait ordonné la 8e persécution contre les chrétiens (257).

Odénat. — C'est le nom de plusieurs princes de Palmyre. Le plus puissant fut Odénat II. D'abord allié de Sapor contre les Romains, il se tourna contre Sapor et le battit à Ctésiphon. Gallien l'associa à l'empire et lui donna le titre d'Auguste. Mais Zénobie, sa femme, le fit assassiner à Emèse (266).

Zénobie était fille d'un prince arabe de la Mésopotamie. Elle s'empara du pouvoir, se proclama reine de l'Orient et étendit son empire de l'Euphrate à la Méditerranée ; elle tenta même la conquête de l'Egypte. Aurélien l'assiégea dans Palmyre et la fit prisonnière. Après l'avoir fait figurer chargée de chaînes d'or à son triomphe, à Rome (273), il lui assigna pour résidence une magnifique villa à Tibur. Mais Palmyre, qui était devenue une des plus belles villes de l'Orient, n'en était pas moins détruite.

Aurélien, né à Sirmium (Pannonie), en 212, était fils d'un paysan. Il s'éleva aux plus hauts grades dans l'armée, fut désigné par Claude II pour son successeur et régna en 270. Il vainquit les Goths, les Sarmates, Zénobie et un usurpateur, Tetricus, qui était maître des Gaules depuis plusieurs années (274). Reçu en triomphateur à Rome, il se signalait par d'utiles réformes, quand il fut assassiné par un de ses affranchis. Son successeur, Tacite, ne fit que passer sur le trône.

Probus, né à Sirmium, en 232, était fils d'un tribun militaire. Il fut proclamé empereur par les légions de Syrie, à la mort de Tacite. Florien, frère de Tacite, que le Sénat essaya de lui opposer, ne vécut que deux mois. Probus repoussa les Sarmates, les Germains, etc., et triompha à Rome en 281. L'année suivante, il fut assassiné par les soldats, qu'il employait pendant la paix à des travaux d'utilité publique. Après lui, Carus et Numêrien ne régnèrent que deux ans (282-284).

Dioclétien, né en Dalmatie, en 245, s'éleva aux plus hauts grades dans l'armée. Il tua de sa main Aper, meurtrier de Numêrien (284) et se fit proclamer empereur à Nicomédie, malgré l'opposition de Carin, frère de Numêrien. En 286, il s'associa Maximien-Hercule, qu'il envoya contre les Bagaudes et les Bretons révoltés. En 293, Dioclétien divisa l'empire en 4 parties, auxquelles il préposa deux Augustes et deux Césars. Les deux Augustes furent Dioclétien et Maximien ; les deux Césars, Galère et Constance, celui-ci en Occident et celui-là en Orient. Cette division paraissait nécessaire pour défendre l'empire, menacé de tous côtés par les barbares. Dioclétien introduisit à la cour impériale un cérémonial tout oriental : l'empereur porta désormais un diadème, on ne put lui parler qu'à genoux et à la 3e personne. Le nombre des provinces fut porté de 87 à 120, etc. Poussé par Galère, Dioclétien lança contre les chrétiens un édit de persécution (303). Deux ans après, il abdiqua et alla mourir à Salone (V. Paul Allard, la Persécution de Dioclétien et le triomphe de l'Eglise).

Bagaudes. — Ces paysans gaulois se révoltèrent contre les Romains vers 270 ; ils prirent et saccagèrent Autun. Aurélien et Probus les continrent ; mais ils reprirent les armes sous Dioclétien. Maximien les réduisit en 285.

(Perse, royaume d' Edesse.)

Sapor. — En Perse, la dynastie des Sassanides succéda à celle des Arsacides ou rois parthes et régna 400 ans (226-652). Plusieurs princes de cette dynastie portèrent le nom de Sapor. Sapor I, qui vainquit Valérien, était fils d'Artaxerxès I ou Ardechyr, lui-même fils de Sassan. Son fils, Hormisdas I, lui succéda.

Abgar. — Plusieurs rois de ce nom auraient régné à Edesse. L'un d'eux, contemporain do N.-S. J.-C, lui aurait envoyé des lettres pour le prier de venir le guérir de la lèpre. Jésus lui répondit qu'après son ascension un de ses disciples le guérirait. Et, en effet, un des 70 disciples, Thaddée, se rendit à Edesse, guérit Abgar et le baptisa. Cette légende a été conservée par Eusèbe de Césarée. (Philosophes, etc.)

Philon, le Juif, naquit à Alexandrie, vers 30 av. J.-C. et fiorissait par conséquent au temps de N.-S. Il vécut, dit-on, jusqu'à cent ans, et fut envoyé à Rome, auprès de Caligula, pour réclamer justice au nom de la communauté juive d'Alexandrie, qui était fort nombreuse ; mais il n'obtint rien et dut s'estimer heureux de revenir sain et sauf. Plusieurs écrivains ecclésiastiques, entre autres S. Jérôme, ont rapporté que Philon retourna à Rome à la fin de sa vie et se fit chrétien. Photius ajoute qu'il se rétracta aussitôt après. Philon a été surnommé le Platon juif ou le Platonicien. Il nous reste sous son nom jusqu'à 58 traités. On connaît le dicton : « Ou Philon imite Platon, ou Platon imite Philon. » Ses idées sont un mélange hétérogène des doctrines judaïques et des doctrines platoniciennes (V. Edouard Herriot, Philon le Juif, Essai sur l'école juive d'Alexandrie, 1898).

Sénèque. — Le philosophe romain le plus cé- ' lèbre du Ier siècle est Sénèque, né à Cordoue (3 av. J.-C), d'un chevalier romain fort lettré, Sénèque le rhéteur. Il vint de bonne heure à Rome, avec son père, et plaida avec un tel succès qu'il fut jalousé par Caligula et faillit payer de sa tête son éloquence. Il s'adonna alors à la philosophie et imita même l'austérité de son maître Sotion, autant du moins que le lui permit la faiblesse de sa constitution. Après la mort de Caligula, il ouvrit une école et commença à publier ses ouvrages, mais il tenta en même temps de jouer un rôle politique. Exilé en Corse par l'empereur Claude (41), il y écrivit ses deux Consolations : la première, fort digne, à sa mère Helvia; la seconde, deux ans après, à l'affranchi Polybe et pleine de basses flatteries, qui ne lui obtinrent pas sa grâce. Il ne fut rappelé que l'an 47 par Agrippine, qui le fit nommer préteur et précepteur de Néron. Sénèque n'oublia que trop ce bienfait : en lui le courtisan continua à déshonorer le philosophe. Il écrivit une satire contre Claude (Apokolokyntosis ou Métamorphose de Claude en citrouille), après avoir écrit son panégyrique, que devait prononcer Néron. Secondé par Burrhus, il espéra un moment avoir donné un digne prince à l'empire, mais il s'aperçut bientôt de son erreur et montra une déplorable faiblesse, qui alla jusqu'à louer Néron d'avoir tué sa mère Agrippine. Après la mort de Burrhus, il fut supplanté auprès de l'empereur par d'indignes favoris. Ce fut en vain qu'il demanda à se retirer de la cour, en laissant au prince toutes ses richesses, qu'on lui reprochait ; ce fut en vain qu'il renonça à son luxe et qu'il vécut de préférence à la campagne, avec sa seconde femme Pauline : il fut impliqué dans la conspiration de Pison, et l'empereur lui envoya l'ordre de s'ouvrir les veines (65). Il obéit et mourut n§n sans courage, dans des circonstances qui rappellent, quoique de loin, celles de la mort de Socrate.

Les ouvrages qui nous restent de Sénèque sont, outre de nombreuses lettres et les écrits déjà signalés : de la Colère ; de la Providence ; de la Constance du sage ; du Repos du sage ; de la Tranquillité d'âme; de laCléyncnce ; de la Vie heureuse; de la Brièveté de la Vie ; des Bienfaits; enfin Sept livres de Questions naturelles.

Epictète. — Le philosophe dont l'école stoïcienne s'enorgueillit le plus est Epictète, né à Hiérapolis (Phrygie). Esclave d'Epaphrodite, un des

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