PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
gardes particuliers de Néron, il supporta son état et les grossièretés de son maître avec une grande force d'âme.- Un jour qu'Epaphrodite le frappait brutalement, au point qu'il lui rompit la jambe, Epictète se borna à lui dire : « Je vous avais bien dit que vous la casseriez. » Une autre fois qu'or lui avait volé sa lampe de fer : « Le voleur sera bien attrapé demain, s'il revient, dit-il, car il n'en trouvera qu'une de terre. » Cette lampe de terre devint aussi célèbre que l'écuelle de Diogène ; elle fut vendue, à la mort du philosophe, 3.000 drachmes. Affranchi, à la mort de son maître, et chassé de Rome avec les autres philosophes, sous Domitien (90), il se retira en Epire, à Nicopolis, où il enseigna le stoïcisme, plutôt par sa vie et son exemple que par ses leçons. Son précepte favori était : « Supporte et abstiens-toi. » Anytus et Mélitus, disait-il encore, peuvent me tuer ; mais ils ne peuvent me nuire. Qui n'est pas maître de soi, lut-il maître du monde, est un esclave. On a dit que « le stoïcisme n'est que l'héroïsme romain réduit en système » : Epictète est peut-être celui qui a le mieux justifié dans sa conduite cette définition. Son stoïcisme est celui de Cléanthe, mais amélioré encore et moins gâté par l'ostentation. — La Vie et la mort a" Epictète, comme aussi le fameux Manuel qui porte son nom, sont dus à son disciple Arrien . On a supposé qu'Epi ctète, de même que Socrate, avait beaucoup enseigné, mais qu'il n'avait lui-même rien écrit.
Arrien (IP s.), de Nicomédie (Bithynie), servit d'abord dans l'armée romaine et devint même préfet de la Cappadoce. Il écrivit sur l'histoire (Expédition d'Alexandre ; Histoire de l'Inde), sur la navigation et sur l'art militaire. Comme philosophe, il composa le Manuel ou VEnchiridion d'Epictète, résumé de la morale du maître. Il avait recueilli aussi en huit livres les leçons d'Epictète à Nicopolis ; quatre de ces livres sont perdus.
Ammonius Saccas ou le Portefaix est regardé comme le fondateur de l'école d'Alexandrie (193-529), qui fut en guerre perpétuelle avec le christianisme. Les maîtres de cette école prirent le nom d'éclectiques. Ammonius serait né de parents chrétiens et aurait d'abord professé le christianisme, puis apostasie, au dire de Porphyre, cité parEusèbe. Il eut pour disciples Hérennius, Longin, Origène le païen et surtout Plotin, à qui l'école dut principalement sa fortune.
Plotin naquit à Lycopolis (205-270), ville d'Egypte. Après avoir écouté pendant onze ans les leçons d'Ammonius, il voyagea en Orient, puis vint à Rome, où il enseigna avec un tel succès qu'il fut sur le point d'obtenir de l'empereur Gallien les moyens de fonder, en Campanie, une république de Platon. Versé dans toutes les connaissances de son temps et doué d'une grande éloquence, il propagea son platonisme mystique et panthéistique, si contraire à celui des Pères de l'Eglise.
Porphyre (233-304) donna à la doctrine de Plotin un caractère plus philosophique. On le surnomma le Philosophe, tandis que ses émules étaient qualifiés de merveilleux et de divins. Porphyre était de Phénicie et s'appelait Mal chus (roi, en syrien), d'où le nom grec de Phorphyre (porphyrios, purjmratus) . Il écouta Origène le païen, disciple d'Ammonius, séjourna à Athènes, où il entendit Longin, et visita Rome de bonne heure. Il y suivit les leçons de Plotin, de262 à 266, après l'avoir d'abord combattu. A cette époque, il fut obsédé de l'idée de suicide, et n'y résista que par les conseils de son maître, qui l'envoya en Sicile. A la mort de Plotin, il eut la direction de l'école et obtint un grand crédit, qu'il employa trop souvent contre les chrétiens. Il dirigea contre eux un fameux réquisitoire (290-300), qui donna, pour ainsi dire, le signal des dernières et des plus san-
glantes persécutions. Toutes sortes d'objections contre les Livres saints y sont accumulées avec un art consommé. Il mourut à un âge avancé, au moment où le triomphe du christianisme était proche.
On doit à Porphyie une Vie de Plotin, dont il modifia les doctrines, Ylsagoge ou Introduction aux catégories d'Aristote, qui servit de point de départ aux disputes des réalistes etdesnominalistes, au moyen âge ; une Vie de Pythagore ; unTraité de l'abstinence de la chair des animaux (Porphyre était un propagateur de la morale pythagoricienne); une Lettre à Anébon, prêtre égyptien, sur la théurgie. Outre les idées communes de son école, Porphyre a professé une sorte de pessimisme analogue à celui de Schopenhauer. La vie que nous menons dans le corps, disait-il, n'est qu'une illusion magique. Il vaudrait mieux renoncer au mariage pour beaucoup de raisons et surtout parce que, en engendrant de nouveaux êtres, on continue d'enchaîner les puissances spirituelles à la matière.
Sextus Empiricus. à qui principalement le pyrrhonisme doit d'être connu, ftorissait au commencement du IIIe siècle de l'ère chrétienne. Il compila toute la doctrine de l'école. Tous ses ouvrages de médecine ont été perdus, mais il reste, de ses ouvrages de philosophie, les Hypotyposes pyr ri ioniennes, en trois livres, où le pyrrhonisme est exposé et défendu par tous les moyens, et un ouvrage Contre les mathématiciens, où il fait le procès à toutes les sciences : astronomie, logique, morale, arithmétique, etc. Il y conteste aussi l'existence de Dieu par cette mauvaise raison, si souvent répétée depuis, que la Providence de Dieu est incompatible avec l'existence du mal. (Jurisconsultes.)
Capiton et Labéon. — Ces deux jurisconsultes romains, contemporains d'Auguste et de Tibère, sont célèbres par leur rivalité. Capiton fut consul l'an 4 ap. J.-C. et mis à la tête du service des eaux, l'an 12; il mourut en 21. Très versé dans le droit religieux, il fut le fondateur de l'école des Proculéiens, rivale de celle des Sabiniens. On a opposé sa servilité à l'indépendance de Labéon. Celui-ci était ennemi d'Auguste et a été raillé par Horace. Il reste quelques fragments de ses ouvrages dans les Pandectes.
Sabinus, disciple de Capiton, donna son nom à l'école des Sabiniens. Il obtint de l'empereur la permission de donner des consultations publiques. Le Digeste de Justinien contient beaucoup de fragments de ses écrits.
Salvius Julianus. — Ce jurisconsulte romain fut chargé par Adrien (131) de faire un extrait des édits perpétuels rendus par les préteurs romains, édits dont la base était toujours la loi des XII Tables. Cet extrait prit lui-même le nom à'èdit perpétuel. Adrien en décréta la perpétuité en défendant aux préteurs de ne plus rien édicter. Il en reste des fragments.
Gaïus ou Caïus. — Ce jurisconsulte, contemporain de Caracalla ou d'Adrien, écrivit des Institutes, qui servirent à la composition de celles de Justinien. Longtemps on n'en possédaqu'un abrégé ; mais Niebuhr découvrit (1816) l'ouvrage même dans un palimpseste de Vérone. Gaïus avait commenté la loi des XII Tables. Il y a 536 fragments de lui dans le Digeste.
Papinien était peut-être de Phénicie, comme Septime-Sévère, dont il fut le condisciple et qui le créa magister libellorum, puis préfet du prétoire. Il fut mis à mort par Caracalla, pour avoir refusé de faire l'apologie du meurtre de Géta. Aucun des ouvrages de cejurisconsulte ne nous est parvenu en entier ; mais il en existe 591 fragments dans le Digeste, 43 dans les fragments du Vatican, 1 dans
HISTOIRE
la loi romaine des Wisigoths. Il avait composé 37 livres de Questions et 19 livres de Réponses.
Paulus, né à Padoue ou à Tyr, fut assesseur de Papinien et nommé, à son tour, préfet du prétoire par Alexandre Sévère. Il écrivit plus de 80 ouvrages, entre autres un Commentaire sur l'Edit du préteur. On compte plus de 2,000 extraits de ses œuvres dans le Dit/este.
Ulpien, né à Tyr, fut, avec Paul, assesseur de Papinien et devint préfet du prétoire en 222. Les prétoriens l'assassinèrent en 228. Il commenta Sabinus et l'Edit du préteur. On a presque en entier son Liber singularis regu/arum. On compte jusqu'à 2,462 fragments de ses œuvres dans le Digeste.
(Rhéteurs et écrivains, poètes, etc.)
Afer. — Domitius Afer, né à Nîmes (16 av. J.-C. — 50 après) se distingua à Rome parmi les orateurs et les avocats célèbres de l'époque; mais il se concilia les faveurs impériales par des flatteries et des délations, qui le déshonorent.
Quintilien, né en Espagne vers 4?, étudia dans sa jeunesse à Rouie. Il ouvrit une école qui attira pendant vingt ans beaucoup d'auditeurs, parmi lesquels Pline le Jeune. Domitien le fit consul et le chargea de l'éducation de ses petits-neveux. Son ouvrage De l'éducation de l'orateur (De institutione oratoria), en 12 livres, est le plus remarquable et le plus complet que les anciens nous aient laissé sur cette matière. (V. les Histoires de la littérature romaine : Pierron, etc.).
Dion Chrysostome, né à Pruse (Bithynie), vers l'an 30. fit admirer son éloquence à Rome et dans tout l'empire. Consulté par Vespasien, en Syrie, il lui conseilla, dit-on, de rétablir la république. Poursuivi comme conspirateur sous Domitien, il se cachait, déguisé en mendiant, dans le camp de l'armée du Danube, lorsque parvint la nouvelle de la mort de l'empereur. Dion se fit reconnaître, harangua les troupes et fit proclamer Nerva. Il jouit des faveurs de Nerva et de Trajan. On a de lui 80 discours. Comme philosophe, il est compté parmi les sophistes.
Verrius Flaccus, affranchi, ouvrit à Rome, au temps d'Auguste, une célèbre école de grammaire. Auguste lui confia l'éducation de ses deux petitsfils, Caïus etLucius Agrippa. Il mourut très vieux, sous Tibère. Son ouvrage le plus fameux est le De verborum significatu, sorte de lexique latin, que nous ne connaissons que par l'abrégé de Festus et l'abrégé que Paul Diacre fit de celui de Festus.
Hérode-Atticus. — Ce rhéteur grec, né à Marathon, enseigna avec éclat à Athènes et jouit d'une telle réputation qu'Antonin le donna pour précepteur à ses fils adoptifs, Marc-Aurèle et L. Vérus. Préfet d'Asie, en 125, et consul en 143, il embellit Athènes et se distingua par ses libéralités.
Athénée, originaire de Naucratis (Egypte), enseigna la rhétorique et la grammaire, à la fin du IIe siècle et au commencement du IIIe. Son ouvrage, le Banquet des sophistes, dont il reste une bonne partie, est rempli de curieux renseignements. Athénée cite [dus de 1,500 ouvrages perdus aujourd'hui.
Fronton. — Ce rhéteur latin fut un des maîtres de Marc-Aurèle, qui se montra reconnaissant et le fit consul en 143. On lui attribue un traité De vocabulorvm differentiis. Ce qui reste de lui, notamment sa correspondance avec Marc-Aurèle, fut trouvé dans des palimpsestes par le cardinal Mai.
Longin. — Ce rhéteur grec était syrien de naissance. Il suivit, à Alexandrie, les leçons de Plotin et ouvrit une école, à Athènes. Appelé à Palmyre par Zénobie, il devint son premier ministre, en même temps que son maître. Mais cette gloire lui coûta cher; car, à la prise de Palmyre, Aurélien le con-
damna au supplice (273). On lui a attribué longtemps leTraité du sublime; mais on doute aujourd'hui qu'il en soit l'auteur. Comme philosophe, Longin enseigna le néo-platonisme alexandrin.
Pétrone fut un des favoris de Néron. Soupçonné d'avoir pris part au complot de Pison, il fut arrêté et contraint de s'ouvrir les veines à Cumes (67). On lui a attribué le Satyricon, sorte de roman licencieux et comique, où se trouve dépeinte la société corrompue de cette époque.
Pline le Jeune était neveu et fils adoptif de Pline l'Ancien. Il naquit à Côme (62-113), étudia sous Quintilien, brilla au barreau, fut consul sous Trajan (100), proconsul en Bithynie etdans le Pont, et se montra indulgent envers les chrétiens. On a conservé de lui le Panégyrique de Trajan et des Lettres en 10 livres.
Lucien, né à Samosate (120-200), se distingua parmi les rhéteurs et les sophistes de son temps. Mais il s'adonna aussi à des études plus sérieuses. Ses Dialogues des morts ne sont pas indignes d'un moraliste. Il penchait vers l'épicurisme. En religion et en métaphysique, il se montra sceptique et railleur, comme en témoignent ses satires : Jupiter confondu; Jupiter tragédien; Assemblée des dieux. Son bon sens se révoltait contre toutes ces fables de l'Olympe, comme aussi contre la magie, l'astrologie et autres superstitions qui rongeaient le .paganisme expirant; mais il ne discerna point la religion nouvelle qui avait frappé le paganisme au cœur. Lucien n'a connu que bien imparfaitement les chrétiens ; car il les confond avec les Juifs. On le voit par ce témoignage précieux, d'autant plus remarquable qu'il est inconscient : « Ces malheureux, dit-il, croient qu'ils sont immortels^ et qu'ils vivront éternellement... Leur premier législateur leur a persuadé qu'ils étaient tous frères. » L'héroïque charité et l'inaltérable confiance des premiers chrétiens auraient dû lui inspirer quelque respect et mieux fixer son attention. (V. Croiset, La vie et les œuvres de Lucien, 1882.) (Poètes. :
Virgile, le plus grand des poètes latins, naquit en 70 av. J.-C, à Andes, près Mantoue, étudia à Milan et à Naples et cultiva beaucoup les lettres grecques. Sa Ire églogue lui valut la protection de Pollion et de Mécène, qui lui firent rendre les biens de son père. Virgile en remercia Octave dans une nouvelle églogue (la lre des éditions). Sur l'invitation de Mécène, il composa les Géorgiques. Son œuvre capitale fut l'Enéide, poème épique et national, qu'il se proposait d'achever dans un voyage en Grèce ; mais il mourut à Brindes (Calabre), en l'an 19 av. J.-C. Virgile avait ordonné, en mourant, de brûler son poème inachevé, qui lui avait coûté 12 années de travail ; mais Auguste s'y opposa. Selon son désir, son corps fut enseveli à Pouzzoles, près de Naples. Virgile vécut dans l'intimité d'Horace.
Horace, né en Apulie, en 65 av. J.-C, était fils d'un affranchi, qui s'imposa de grands sacrifices pour le faire étudier. Horace fréquenta les écoles de Rome et d'Athènes. Dans la guerre civile, il prit parti pour Brutus et se trouva dans la déroute de Philippes. Vers 41, il publia ses Satires et fut présenté parVarius et Virgile à Mécène, qui lui donna une villa dans la Sabine (33). Octave voulait l'élever aux honneurs ; mais il ne put vaincre ses résistances. Horace mourut quelques semaines après Mécène (^!av. J.-C) et fut enseveli près de lui. Comme philosophe, Horace est épicurien. Comme poète, il est un des plus beaux génies de l'antiquité. On a de lui des Odes, des Epodes, des Satires et un Art poétique, imité parBoileau.
Phèdre. — Ce fabuliste latin, né en Macédoine, fut esclave à Rome, puis affranchi d'Auguste. Il tomba en disgrâce pour avoir froissé quelque grand