PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
prieur de Cluny, cardinal et évêque d"Ostie (1078). Il s'opposa à l'antipape Guibert, soutint avec énergie la lutte contre Henri IV et prêcha la lre croisade au concile de Clermont (1095). Il a été déclaré Bienheureux.
Pascal II, né à Bieda (Toscane), élevé à Cluny, créé cardinal par Grégoire VII, pape de 1099 à 1118, lutta pendant son long pontificat contre les empereurs Henri IV et Henri V. Il décida Henri I d'Angleterre à laisser libres les élections ecclésiastiques, mais fut moins heureux avec l'Allemagne. Forcé par la faction impériale de quitter Rome, il n'y rentra que pour mourir. — Après lui, Gélase II, né à Gaëte, ne régna qu'un an (1118-1119).
Calixte II (Guy, fils du comte de Bourgogne), né à Quingey, près de Besançon, archevêque de Vienne, pape de 1 1 19 à 1 124, réduisit à la soumission l'antipape Grégoire VIII (1121), fit abattre les tours des Cenci et des Frangipani et réprima les brigandages. Il termina la querelle des Investitures par le concordat de Worms (1122), ratifié l'année suivante au concile général de Latran. En vertu de ce concordat, l'élection, avec l'investiture religieuse, appartint à l'Eglise ; et le prince n'y eut plus d'autre droit que celui d'y assister et de désigner, dans certains cas, le candidat à choisir. L'investiture temporelle dut être conférée non par la crosse et l'anneau (signes de juridiction spirituelle), mais par le sceptre.
Honoré II ou Honorais II (cardinal Lambert), né à Bologne, proclamé pape tumultuai rement par la faction des Frangipani, fut élu ensuite régulièrement par les cardinaux (1124) et régna jusqu'en
Innocent II, né à Rome, pape de 1130 à 1143, dut fuir [devant les partisans de l'antipape Pierre de Léon, qui avait pris le nom d'Anaclet, et se réfugia en France, où S. Bernard fit reconnaître son autorité. Il fut rétabli à Rome, par l'empereur Lothaire et l'y sacra en 1133. Son pontificat fut troublé par des guerres perpétuelles avec Roger de Sicile. Il condamna Abélard et Arnaud de Brescia et mourut au milieu d'une révolte des Romains. — Après lui, Cèlestin II, né dans les Etats de l'Eglise, régna peu de temps (1143-1144); — Luce ou Lucius II, né à Bologne, ne régna pas un an (1144- 1145). 11 vit les Romains soulevés contre lui et fut blessé mortellement en voulant rentrer dans Rome.
Eugène III, né à- Montemagno, près de Pise, pape de 1145 à 1153, avait été à Clairvaux disciple de S. Bernard, qui continua à lui donner de sages conseils. 11 eut à lutter contre l'hérétique Arnaud de Brescia, qui trois fois le chassa de Rome (1145, 1146, 1150). Le pape vécut en Italie, en France, en Allemagne et fit prêcher la 2e croisade. 11 a été déclaré Bienheureux. — Après lui, Anastase IV, né à Rome, régna un an et demi (1153- 1154).
Adrien IV, né en Angleterre, pape de 1154 à 1159, était né de parents pauvres. 11 devint abbé de Saint-Ruf, en Dauphiné, puis cardinal-évêque d'Albano, légat en Danemark et Norvège, et enfin pape. Il excommunia les partisans d'Arnaud de Brescia, qui fut livré au préfet de Rome et condamné au supplice. Il dut soutenir une lutte contre le roi des Deux-Sicilcs et résista aux empiétements de l'empereur Frédéric I.
Alexandre III, né à Sienne, eut un règne des plus longs(1159-1181) et des plus agités. Frédéric I lui opposa successivement trois antipapes. Soutenu par la ligne lombarde, formée sous ses auspices entre les villes d'Italie (1167), il fut le défenseurde la liberté italienne, le chef des Guelfes contre les Gibelins. Fugitif pendant de longues années, il obligea à la fin Frédéric à signer la paix de Venise (1177), par laquelle il reconnaissait l'indépendance
des villes et restituait au Saint-Siège les allodiaux de la comtesse Mathilde. Rappelé à Rome, l'année suivante, il exigea la restitution des droits de souveraineté. Au 11e concile général de Latran (1179), il fit porter un décret qui réservait aux seuls cardinaux l'élection du pape et exigeait, pour la validité de l'élection, les deux tiers des suffrages. Enfin il réserva au pape la canonisation des saints.
Luce III, né à Lucques, fut deux fois chassé de Rome par les Romains, qui voulurent l'engager dans une guerre avec les villes de Tibur et Tusculum, et mourut à Vérone (1181-1185). — Urbain III, né à Milan, mourut de douleur en apprenant la prise de Jérusalem par Saladin (1185-1187). — Grégoire VIII, né à Bénévent, ne régna pas deux mois. — Clément III, né à Rome, élu à Pise, rentra en 1 188 dans Rome. Il fit prêcher la 3e croisade (1187-1191).
Gélestin III, né à Rome et élu à un âge avancé, pape de 1 191 à 1 198, ne put ou ne sut pas empêcher les cruautés des Romains contre les habitants de Tusculum. Il excommnnia Henri VI, qui retenait prisonnier, au mépris de tout droit, Richard Cœurde-Lion (1194), cassa la sentence des évêques français qui avaient approuvé le divorce de Philippe Auguste (1196). Il approuva l'ordre des chevaliers Teutoniques.
(Evoques, docteurs, saints, etc.)
Fulbert de Chartres. — En parlant de Gerbert, devenu le pape Sylvestre II, nous avons déjà remarqué le développement des écoles monastiques et épiscopales, qui devinrent les Universités. Plusieurs des évêques suivants prirent une grande part à ce développement. Le pontificat de Fulbert, évêque de Chartres (1006-1028), marque l'âge d'or de l'école chartraine. Celle-ci brille au XIe siècle, comme celle de Reims au Xe et celle de Paris au XIIe, entre lesquelles elle prend place naturellement.
Fulbert était probablement originaire de Rome ou de l'Italie. Il nous apprend lui-même que sa famille était obscure et pauvre et qu'il fut élevé par l'Eglise. D'abord clerc et élève d'un évêque italien, il se rendit à Rome et fut attaché à la bibliothèque romaine. Peut-être connut-il alors le pape Jean IX, avec lequel il fut plus tard en correspondance. Peutêtre aussi rencontra-t-il Gerbert et le suivit-il à Reims, où nous le trouvons parmi ses disciples, avec d'autres prêtres romains : Théophylacte, Laurent Malfitain, Brazuit, Jean Gratien, qui furent les maîtres de Grégoire VII. A Reims, Fulbert étudia aussi avec Robert, roi de France, qui fut sous la direction de Gerbert, de 984 à 987. Il est probable que peu d'années après il se rendit à Chartres, où Héribrand, un autre de ses condisciples de Reims, faisait des cours sur Hippocrate et [la Concorde de Galien; il fut nommé maître et chancelier de l'école de Chartres vers l'an 1000. Elu évêque par la faveur du roi Robert (1006), il fut sacré par Léothéric, archevêque de Sens, un autre de ses condisciples de Reims. Signalons aussi ses relations avec Guillaume, duc d'Aquitaine, qui le nomma trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers. Elevé sur le siège de Chartres, Fulbert s'appliqua à remplir tous ses devoirs. Sa cathédrale ayant été incendiée en 1020, il en reconstruisit une nouvelle, qui fut détruite par un nouvel incendie en 1 194, mais dont il reste la crypte actuelle, que recouvre la cathédrale bâtie au XIIIe siècle. Malgré les préoccupations de sa charge, il ne suspendit pas son enseignement, qui tira de sa dignité un nouvel éclat. Fulbert a laissé des Sermons, dont plusieurs ne sont que des canevas ; des Poésies religieuses; des vers mnémotechniques composés pour les écoles sur la rhétorique, la philosophie, le comput, la morale pratique, etc.; trois traités contre les Juifs, 128 Lettres, toutes d'une grande utilité pour l'histoire. Mais c'est moins par les écrits qui lui ont survécu
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que par son enseignement, prolongé pendant une trentaine d'années, que Fulbert a exercé son influence. Rois, évêques, abbés le vénéraient, et une jeunesse d'élite accourait autour de lui et autour de Notre-Dame de Chartres de tous les points de l'horizon. Sa dévotion envers la Mère de Dieu était connue du monde entier : s'il n'institua pas, comme on l'a dit, la fête de la Nativité, il lui donna dans tout l'Occident un éclat nouveau (t. abbé Clerval, les Ecoles de Chartres au moyen âge, 1895).
Ive ou Yves (saint), mort en 1115, illustra le siège et l'école de Chartres, comme l'avait fait Fulbert un siècle auparavant. Né aux environs de Beauvais d'une famille noble, quoiqu'il dise le contraire par humilité, il fut envoyé à Paris pour y étudier la philosophie et y connut Roscelin. De là il se rendit à l'abbaye du Bec, où Lanfranc enseignait encore et où il connut S. Anselme, le futur archevêque de Cantorbéry, qui devait plus tard le visiter plusieurs fois à Chartres. Ive professa au Bec pendant trois ou quatre ans, puis devint chanoine delà collégiale de Nesles, en Picardie. Il fut préposé ensuite au monastère de Saint-Quentin, que î'évêque de Beauvais venait de bâtir dans cette ville. Des étudiants distingués affluèrent auprès de lui. Parmi eux, Jean, romain de naissance, qui passa de Saint- Quentin au Bec et devint plus tard évêque de Tusculum et légat du pape. Ive enseignait moins la philosophie que la théologie, les belles-lettres, l'Ecriture sainte et surtout le droit. Il est même l'auteur d'un recueil canonique qui porte son nom : Décret d'Yi^es de Chartres, qui est postérieur à celui de Burchard etantérieur à celui de Gratien. Après vingt ans d'enseignement, il fut demandé par le clergé de Chartres pour occuper le siège de cette ville. A Chartres, il rebâtit les écoles, établit la discipline parmi les étudiants, qui venaient de tous pays ; il fonda ou réforma plusieurs monastères, qui devinrent des centres d'études.
Pierre Damien (saint), docteur de l'Eglise, né à Ravenne, vers 988, d'une famille pauvre, mort à Faenza en 1072, fut élevé par son frère, archidiacre de Ravenne, et devint abbé du monastère de Fontavellana (1041), puis cardinal-évêque d'Ostie. Après avoir rendu de grands services à divers papes, il résigna ses hautes dignités et voulut mourir dans la retraite. Il avait fait un voyage à Cluny en 1063. 11 se distingua parmi les théologiens qui stigmatisèrent les erreurs de son temps et s'attachèrent à défendre le dépôt de la foi. Frappé des dangers que fait courir une philosophie téméraire, il voulait mieux subordonner la science profane à la science divine. Sa fête est le 23 févr.
Lanfranc, né à Pavie (1005), d'une famille municipale, émigra en France avec quelques disciples, devint moine (1042) et prieur de l'abbaye du Bec, en Normandie, puis abbé de Saint-Etienne de Caen ; il refusa l'archevêché de Rouen, mais dut accepter de Guillaume Ier celui de Cantorbéry. Lanfranc contribua à relever les études clans les monastères. Il fut le maître de S. Anselme et de S. Yves de Chartres. De son temps et après lui, l'école du Bec devint très florissante et la bibliothèque du monastère s'enrichit de précieux ouvrages. Lanfranc mourut en 1089. Il fut l'un des adversaires les plus résolus de Bérenger de Tours, dont il avait été d'abord l'ami.
Anselme (saint) était né à Aoste (1003). Il prit l'habit monastique à l'abbaye du Bec, sous la discipline de Lanfranc, auquel il succéda à la tête de l'école du Bec, puis sur le siège de Cantorbéry, où il mourut en 1 109. Anselme avait reçu d'excellents exemples de sa mère Ermenburge et, sous la direction de Lanfranc, il ne tarda pas à exceller dans la science comme dans la piété. C'est avec raison qu'on l'a regardé comme l'un des principaux ancêtres de la scolastique. Il contribua puissamment à la former
par son enseignement et ses nombreux ouvrages, ascétiques, théologiques et philosophiques. Ceux qui qui nous intéressent le plus sont : le Monologium et le Proslogium seu fîdes quœrens intellectum, le traité du Libre arbitre, celui de la Vérité, ceux de la Trinité et de l'Incarnation, où il réfute les erreurs dogmatiques de Roscelin et d'Abélard, conséquences du nominalisme (v. le P. Ragey, Vie de S. Anselme).
Pierre Lombard (mort en 1160), ainsi nommé du pays de sa naissance (Novare, en Lombardie), était d'une famille pauvre et obscure. Venu en France et recommandé à saint Bernard, il fut envoyé par lui à l'école de Reims. Pierre Lombard préféra plus tard celle de Paris et y enseigna à son tour la théologie. Philippe-Auguste le distingua et le désigna pour le siège de Paris, en 1159. Pierre Lombard fut le premier, dit-on, qui porta le titre de Docteur en théologie. Mais il est connu surtout sous le titre de Maître des sentences, à cause des quatre livres des Sentences qu'il composa et qui devinrent le texte habituel des leçons de théologie dans les écoles.
Gratien, le plus célèbre canoniste du moyen âge, vivait au monastère bénédictin de Saint-Félix à Bologne. Sa vie est mal connue. Des légendes en font un frère de Pierre Lombard ou un évêque de Chiusi. Mais il a été rendu célèbre par son Décret, qu'il entreprit en 1127 et qu'il publia en 1141 sous ce titre : Concordantia discordantium canonum. Les Décrets précédents (ceux de Burchard et d'Yves de Chartres) avaient été composés en suivant l'ordre des papes et des conciles. Gratien introduisit une division méthodique : personnes, choses, jugements.
Sully. — C'est le nom de deux évêques qui se succédèrent sur le siège de Paris. Maurice de Sully, né à Sully-sur-Loire d'une famille obscure, devint évêque de Paris en 1160. Il est célèbre par la réédification de Notre-Dame, dont le pape Alexandre III posa la première pierre (1163). On a de lui des Sermons. — Eudes ou Odon de Sully, d'une illustre famille, succéda à Maurice et fonda le Porrois, qui devint plus tard Port-Royal. (Saints, fondateurs d'ordres.)
Romuald (saint), né à Ravenne, de la famille des Onesti, se voua à 20 ans à la vie religieuse et solitaire et fonda l'ordre des Camaldules. Il fut honoré de l'estime des empereurs Othon III et Henri IL II mourut en 1027 et âgé, dit-on, de 120 ans. Sa fête est le 7 févr.
Bruno (saint), fondateur de l'ordre des Chartreux, naquit à Cologne, vers 1030. Il refusa l'archevêché de Reims et se retira en 1804 au désert de la Grande Chartreuse, près Grenoble. Le pape Urbain II, son ancien disciple, l'appela à Rome en 1089, pour s'éclairer de ses conseils; mais il ne put lui faire accepter aucune dignité. Bruno alla finir ses jours au monastère de Squillace, en Calabre, où il mourut en 1101. Il fut canonisé en 1514. Sa fête est le 6 octobre. Lesueur a peint les principaux faits de sa vie.
Norbert (saint), né d'une famille illustre du comté de Clèves, mena d'abord une vie vie dissipée et fastueuse; mais, ayant failli périr dans un orage, il se convertit, reçut les ordres, prêcha en France, dans le Hainaut et le Brabant, puis fonda, en 1120, à Prémontré, près de Laon, un ordre de chanoines réguliers, qui se répandit bientôt dans toute l'Europe. En 1126, il fut nommé malgré lui archevêque de Magdebourg et rendit de grands services à l'Eglise. D'accord avec S. Bernard, il contribua à mettre fin au schisme qui suivit la mort d'Honoré II ; il gagna l'empereur Lothaire à la cause d'Innocent IL II mourut en 1134 et fut canonisé en 15*2 Sa fête est le 6 juin.
Bernard (saint), né en 1091, au village de