PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
Fontaine, près Dijon, embrassa, avec ardeur, dès l'âge de 22 ans, la vie monastique et entraîna avec lui à Cîteaux ses cinq frères et plusieurs parents ou amis de sa noble famille. Il fonda bientôt à Clairvaux, dans le désert de la Vallée d'absinthe, un autre couvent, dont la règle austère devint celle d'un grand nombre de maisons créées par lui en France, en Espagne, en Italie et jusque dans la Suède et le Danemark. S. Bernard fut en même temps un apôtre merveilleux, combattant les hérésies, apaisant les schismes, dirigeant les conciles, conseillant les papes, négociant avec les princes ou les subjuguant par son autorité, suscitant des armées de croisés : il fut longtemps le chef véritable du monde chrétien. Il fit condamner Abélard au concile de Sens; il s'éleva aussi contre les erreurs de Pierre de Bruys, d'Arnaud de Brescia, de Gilbert de la Porrée. Il prêcha, à Vézelay (1140), la 2e croisade et parcourut la France et l'Allemagne. En même temps, il empêchait le massacre des Juifs. Le mauvais succès de la croisade lui attira bientôt d'amers reproches, auxquels il répondit dans une Apologie ou Défense. Il mourut peu après (1153), épuisé de travaux et d'austérités, et fut canonisé par Alexandre III. Sa fête est le 20 août. On a de lui plus de 400 Lettres, 340 Sermons, 12 traités théologiques ou moraux. Mais on n'a pas ses harangues pour la croisade ni ses sermons en langue vulgaire, qui seuls pourraient nous donner l'idée juste de son éloquence. (V. abbé Vacandard, Vie de S. Bernard, 1895, 2 vol. ; abbé Chomton, S. Bernard et le château de Fontaine-lez-Dijon, étude hist. et archéol., 1891 et suiv.).
Pierre le Vénérable, prieur de Vézelay, puis abbé de Cluny, aida S. Bernard à faire triompher en France le parti d'Innocent II contre l'antipape Anaclet. Il fit six voyages en Italie et parcourut aussi l'Espagne pour connaître les doctrines des Arabes. Il accueillit avec beaucoup de charité Abélard condamné au concile de Sens. Il mourut en 1156 (v. abbé Demimuid, Pierre le Vénérable ou la vie et V influence monastique au XIIe siècle, 18952e éd.).
Thomas Becket (saint), archevêque de Cantorbéry, né à Londres, d'une famille anglo-saxonne, étudia à Oxford, à Paris, à Bologne et, après une jeunesse donnée au monde, se voua tout à coup à l'état ecclésiastique. Henri II l'éleva malgré lui aux plus grands honneurs et finalement au siège de Cantorbéry (1162). Mais alors le saint archevêque ayant dû s'opposer aux prétentions du roi et rejeter notamment les statuts de Clarendon (1164), condamnés à Rome, fut tenu pour rebelle et coupable de haute trahison. Il se réfugia auprès de Louis VII, roi de France, qui parvint à le réconcilier avec Henri II. Mais de nouveaux troubles signalèrent son retour à Cantorbéry, et le roi, qui était alors en France, ayant paru désirer être débarrassé de lui, quatre chevaliers vinrent l'assassiner au pied de l'autel (1170). Henri II, excommunié, désavoua les meurtriers et fit amende honorable sur le tombeau du saint. Alexandre III le canonisa en 1173.
Jean de Matha (saint), né près de Barcelonnette (Provence), en 1161, fonda l'ordre de la Trinité pour la rédemption des captifs (1199). La première maison de cet ordre fut créée à Cerfroy, près de Meaux. Jean de Matha fit lui-même deux voyages en Barbarie, d'où il ramena beaucoup de prisonniers. Ses disciples ou Pères de la Merci portèrent en France le nom de Mathurins. (Sa Vie a été écrite en 1865 par le P. Callixte). (Schisme, hérésie.)
Michel Cerularius, patriarche de Constantinople, succéda au patriarche Alexis en 1043, fut excommunié par le pape Léon IX et consomma le schisme d'Orient. Il eut une part à la révolution qui donna le trône à Isaac Comnène et n'en mourut pas moins en exil, en 1058.
Bérenger de Tours, célèbre surtout par les condamnations qu'il encourut, fit ses premières études sous son oncle Gauthier, trésorier de Saint- Martin de Tours. Il vint à l'école de Chartres en l'an 1020 et l'an 1025 et attira l'attention de Fulbert et de ses disciples. On raconte qu'il montrait beaucoup de suffisance et que Fulbert, qui éprouvait déjà des inquiétudes à son sujet, le prenait parfois à part, avec quelques amis, pour lui recommander de marcher toujours dans la voie droite des Pères. De Chartres Bérenger se rendit à Angers, où il remplissait les fonctions d'archidiacre en 1040. Peu après, il était écolâtre de Tours, sans cesser d'être archidiacre d'Angers, où l'évêque, qui était son ancien élève, le maintint dans cette dignité. Sa réputation s'étendait déjà beaucoup ; il rivalisait avec Lanfranc, qui réunissait, selon Guitmond, plus d'élèves que lui et l'avait vaincu dans une dispute philosophique. Bérenger, qui excellait, paraît-il, dans la médecine, commença de mépriser ouvertement les arts libéraux et de chercher dans l'Ecriture et les Pères des doctrines nouvelles et curieuses. Vers 1046, il se mit à dogmatiser sur l'Eucharistie, n'admettant guère qu'une présence symbolique, et souleva les protestations de ses anciens condisciples. Il fut condamné dans plusieurs conciles (1050, 1055, 1859, 1078, etc.) et abjura plusieurs fois, car il retombait dans son erreur. Il mourut en paix avec l'Eglise, sans doute, car ses élèves lui consacrèrent de belles épitaphes et son tombeau fut longtemps honoré, (v. abbé Clerval, les Ecoles de Chartres au moyen àye, 1895).
Arnaud de Brescia, hérétique et réformateur révolutionnaire, né vers 1100 à Brescia, vint en France, où il suivit les leçons d'Abélard. De retour en Italie, il se fit moine, mais prétendit que les ecclésiastiques ne peuvent posséder aucun bien temporel sans être damnés, et excita des troubles dans plusieurs villes. Condamné par Innocent II, au concile de Latran (1139), il passa en Suisse, puis revint à Rome (1144), d'où il chassa les papes Luce II et Eugène 111 et établit une sorte de république, dont il fut maître pendant dix ans. Lorsque Adrien IV rentra à Rome, il se réfugia en Toscane, fut pris par l'empereur Frédéric et livré au préfet de Rome, qui le fit pendre et brûler (1155).
Pierre de Bruys. — Cet hérésiarque, qui fut brûlé à Saint-Gilles (Gard), en 1147, ranima le manichéisme dans le Languedoc et le Dauphiné, enseignant l'inutilité du baptême pour les enfants, condamnant le sacrifice de la messe, les prières et les aumônes pour les morts, faisant abattre les églises, etc.
Pierre de Vaux ou Valdo, riche marchand de Lyon, frappé de la mort subite de l'un de ses amis, renonça au monde, distribua ses biens aux pauvres et fonda la confrérie des Pauvres de Lyon, dits aussi Gueux de Lyon, Humiliés, Sabotés ou Insabotès. Ils sont mieux connus sous le nom de Vaudois. Valdo prétendait que tous les fidèles devaient connaître la Bible et que le ministère des prêtres était inutile. Très différents des Albigeois, qui vinrent un peu plus tard, les Vaudois se confondirent ensuite avec eux.
(Croisades).
Croisades. — On donne ce nom aux expéditions faites par les chrétiens pour enlever la Terre Sainte aux Musulmans. La première fut conduite par Godefroy de Bouillon (1096-1099); la 2e, par Conrad III et Louis VII (1147-1149); la 3e, par Frédéric Barberousse, Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion (1189-1192); la 4e, par Baudouin, comte de Flandre (1202-1204); la 5e, par Jean de Brienne (1217-1221); la 6e, par Frédéric II (1228- 1229) ; la 7e (1248-1254) et la 8e (1270), par saint Louis. Les croisades ne purent enlever que momentanément les saints lieux aux infidèles : mais du
HISTOIRE
moins elles suspendirent les progrès de l'islamisme, qui menaça longtemps d'envahir toute l'Europe; les nations chrétiennes comprirent mieux leurs intérêts communs; l'affranchissement des communes et des serfs en fut facilité; la navigation, le commerce, l'industrie, les arts et toutes les connaissances se développèrent, en même temps que l'Occident connaissait mieux l'Orient, qui était son berceau.
La l,e croisade fut décidée avec enthousiasme au concile de Clermont, convoqué par Urbain II, qui y assista (1195). Une foule de laïques et de clercs se croisèrent au cri de : Dieu le veut ! Mais le résultat ne répondit point d'abord aux espérances. Une avant-garde, dirigée par Pierre V Ermite et Gautier dit Sans avoir, échoua faute d'ordre et de discipline; les bandes commirent des excès sur leur passage et tombèrent sous les coups des Hongrois. L'armée proprement dite, formée de différents corps de milices féodales, commandés par Godefroy de Bouillon, son frère Baudouin, Hugues de Vermandois, les Normands Bohémond et Tancrède, Raymond de Toulouse, se réunit sous les murs de Constantinople. Les croisés passèrent alors en Asie, vainquirent deux fois le sultan d'Jconium, à Nicée et à Dorylée, vainquirent l'armée du sultan de Perse, parvinrent jusqu'à Jérusalem, qui tomba en leur pouvoir le vendredi 15 juillet 1099. — h" Histoire des Croisades a été écrite par Michaud.
Pierre l'Ermite, né à Amiens, vers 1050, d'une famille noble, ayant fait un pèlerinage en Palestine, fut indigné des mauvais traitements que les Turcs infligeaient aux chrétiens. 11 fut autorisé par Urbain II à prêcher la Croisade et dirigea une avant-garde, qui fut détruite. Il parvint néanmoins à Jérusalem. Sa mort eut lieu en 1115 (V. Edouard Jeannez, Pierre l'Ermite, moine au monastère forézien de St-Rigaud près de Charlieu 1896).
Godefroy de Bouillon, duc de Lorraine, prit la croix, à la voix de Pierre l'Ermite, et fut élu pour chef par la chevalerie française et allemande. A Constantinople, il déjoua les perfidies des Grecs et leur en imposa par sa fermeté et sa sagesse ; il prit ensuite la ville de Nicée, qu'il laissa à Alexis, s'empara d'Antioche et marcha victorieusement jusqu'à Jérusalem, dont il s'empara (1099). Proclamé roi, il ne voulut accepter que le titre de baron du Saint-Sépulcre, disant qu'il ne prendrait pas la couronne dans une ville où le Sauveur avait porté une couronne d'épines. Il organisa aussitôt le nouveau royaume, promulgua les lois appelées Assises de Jérusalem, secourut Tancrède, menacé par l'émir de Damas, et remporta la victoire d'Ascalon. 11 mourut à son retour à Jérusalem (1100), empoisonné, dit-on, par des fruits que lui avait offerts l'émir de Césarée.
Royaume de Jérusalem. — Fondé par Godefroy de Bouillon, ce royaume comprenait la Palestine et avait pour fiefs les principautés de Tibériade et d'Antioche, les comtés de Tripoli et d'Edesse, etc. Les infidèles le reconquirent presque en entier après la bataille de Tibériade (1187), et Saladin prit même Jérusalem. Les croisades suivantes ne rendirent pas la ville sainte. En 1229, Frédéric II se fit céder le royaume par le Soudan d'Egypte et se couronna de ses propres mains; mais il était excommunié; la trêve qu'il avait obtenue fut bientôt rompue, et Jérusalem retomba au pouvoir des infidèles en 1239. Après Godefroy de Bouillon, les rois de Jérusalem furent : Baudouin I, son frère (1100), Baudouin II, cousin des précédents (1118), Foulques V d'Anjou, gendre de Baudouin II (1131), Baudouin III, fils du précédent (1144), Amaury I, frère de Baudouin III (1163), Baudouin IV, fils d'Amaury (1174), Sibylle, fille d'Amaury I, puis Baudouin V, son fils (1185), Guy de Lusiynan. que Sibylle épousa en secondes noces (1186), Henri de Cliampayne,Tié\eTsll50,
qui avait pris une part glorieuse à la 38 croisade (1192), Amaury de Lusiynan (1197), Jean de Briennc (1209), Frédéric II, gendre du précédent (1229-1239). L'empereur d'Autriche-Hongrie prétend être l'héritier des derniers souverains. {Orient : Empire).
Romain III Aryyre. — L'empire d'Orient continuait à s'épuiser dans des dissensions intestines, des révolutions de palais ou de misérables disputes. Romain III, sénateur, fut choisi pour successeur et pour gendre par Constantin IX, régna d'abord heureusement (1028), mais ayant été vaincu par les Turcs (1030), devint cruel. Sa femme, Zoé, le fit assassiner dans un bain (1034).
Michel IV le Paphlagonien, complice de Zoé, succéda à Romain (1034). Pressé par le remords, il prit l'habit religieux et mourut peu après (1041). — Son neveu, Michel V, le Calfat, lui succéda, exila l'impératrice Zoé, mais fut renversé presque aussitôt. On lui creva les yeux et on l'enferma dans un monastère (1042).
Constantin X Monomaque ou le Gladiateur, régna alors avec Zoé, qui l'avait épousé (1042-1054). Elle mourut en 1052. Pendant qu'il se déshonorait par ses débauches ou luttait inutilement contre les Russes, les Serbes, les Normands d'Italie, la puissance des Turcs devenait menaçante. — Thèodora, sœur de Zoé, lui succéda et, pendant les deux ans qu'elle régna seule (1054-1056), mérita l'estime publique. Elle désigna pour successeur Michel VI Stratiotique ou le Guerrier. Avec elle s'éteignit la dynastie macédonienne. Michel VI, qui était un vieux général, mécontenta les officiers ; ils se révoltèrent et élurent Isaac Comnène. Michel abdiqua (1057).
Isaac I Comnène. — Les Comnènes prétendaient descendre d'un des ancêtres de Constantin. Cette famille a donné 6 empereurs à Constantinople (1057-1185), puis 10 à Trébizonde (1204-1462). Le premier, Isaac Comnène, ne régna que deux ans (1057-1059). Jl abdiqua en faveur de Constantin Ducas, qu'il avait adopté, et mourut dans un monastère (1061).
Constantin XI Ducas régna 8 ans (1059-1067) et mourut à 60 ans. Sous son règne, les Hongrois et les Turcs ravagèrent l'empire, les Normands achevèrent de s'emparer de la Calabre. Son fils, Michel VII Parapinace (ainsi nommé d'une fausse mesure, avec laquelle il faisait vendre le blé au peuple), disputa ensuite le trône, avec son frère Constantin XII, qui ne vécut que quelques mois, à Romain Dioycne, que sa mère Eudoxie avait épousé; il' régna seul, lorsque Romain eut été fait prisonnier par les Turcs (1071). Mais il fut détrôné par un de ses généraux, Nicéplwre Botoniate, qu'il avait outragé (1078). 11 fut enfermé dans un monastère et puis crééévêque d'Ephèse. Nicéplwre eut à combattre un compétiteur, Nicéphore Bryenne, dont Alexis Comnène le débarrassa. Menacé à son tour, Alexis se fit proclamer empereur et enferma Nicéphore dans un cloître (1081).
Alexis I Comnène, né à Constantinople, en 1048, était fils de Jean Comnène et neveu d'Isaac Comnène. Il remporta une victoire sur les Turcs, mais fut vaincu à Durazzo par Robert Guiscard. 11 prit parti pour Henri IV contre Grégoire Vil. Il pressa par ses ambassadeurs les princes latins à entreprendre la lrc croisade; mais il les trahit ensuite à Nicée, à Antioche, bien qu'il eût adopté (iodefroy de Bouillon. 11 profita de leur présente pour reprendre quelques villes sur les musulmans. Sa fille Anne Comnène a écrit son Histoire. 11 mourut en 1118.
Jean II Comnène, né en 1088, fils et successeur d'Alexis, eut un règne long et bienfaisant, signalé par quelques victoires sur les Turcs (Il 18-1 143). On le surnomma le Marc-Aurèle byzantin.