PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
Manuel I Comnène, fils de Jean, régna (1 143- 11SO) au détriment de son frère aîné Isaac. 11 trahit les croisés conduits par Conrad et Louis le Jeune (1147). Roger, roi de Sicile, envahit alors la Grèce, pilla Thèbes et Corinthe. Manuel fit la guerre aux Turcs, aux Hongrois, aux Serbes, avec divers succès, fut insulté impunément par les Vénitiens. — Son fils Alexis II lui succéda à l'âge de 12 ans (1180) ; mais il fut bientôt supplanté par son régent Andronic (1183).
Andronic I Comnène, né en 1110, était petit fils d'Alexis I. Ayant passé une grande partie de sa vie en exil, il réussit à rentrer à la cour et à se faire agréer pour tuteur et collègue d'Alexis II, dont il se débarrassa. Il se livra ensuite à ses instincts de cruauté, qui provoquèrent une révolte. Détrôné, il fut livré au peuple, qui le pendit (1185). C'est le dernier Comnène qui ait régné à Constantinople.
Isaac II V Art <je fut proclamé empereur au moment où Andronic le faisait traîner au supplice (1 185). A son tour, il devint odieux au peuple et fut détrôné par son frère Alexis III (1195), qui lui fit crever les yeux. Rétabli par les croisés en 1203, il fut détrôné de nouveau par Alexis IV Ducas et mourut peut après.
Alexis III, l'Ange, détrôna son frère (1195) et fit une paix honteuse avec les Bulgares et les Turcs. Il fut détrôné à son tour par son neveu Alexis IV le Jeune, qui avait appelé les croisés à son secours. Ceux-ci s'emparèrent de Constantinople (1203): Alexis III, après avoir erré de ville en ville, fut arrêté en Asie, par son gendre Th. Lascaris, qui l'enferma dans un monastère, où il mourut (1210). — Alexis IV fut placé sur le trône par les Croisés, avec Isaac l'Ange. Mais, après six mois de règne, il fut renversé et étranglé par Alexis V Ducas, dit Murzuphle (aux sourcils épais). Alors les Croisés fondèrent l'empire latin de Constantinople (1204), dont le premier empereur fut Baudouin. Alexis V eut les yeux crevés et fut précipité du haut d'une colonne.
(Musulmans.) Seldjoucides. — Les Turcs seldjoucides embrassèrent de bonne heure l'islamisme et entrèrent en grand nombre dans la garde des califes. Leurs chefs les plus célèbres furent Togrul Bey (vers 1040), petit-fils de Seldjouk, et Alp-Arslan (le Brave Lion), neveu de Togrul, qui fit de grandes conquêtes vers la fin du XIe siècle. L'empire seldjoucide s'étendait alors de la Caspienne à la Méditerranée et descendait jusqu'au Yémen : il comprenait les villes de Mossoul, Bagdad, Hérat, Balk, Ispahan, Nicha pour. Cet empire fut affaibli ensuite par ses longues luttes avec les Croisés et ses querelles intestines.
Soliman. — Ce nom a été porté par le chef de la dynastie des sultans seldjoucides deKonieh (anc. Iconium). Chargé de soumettre l'Asie Mineure et la Syrie, il fit des conquêtes pour son propre compte, s'empara de Konieh en 1074, d'Antioche en 1084, mais il fut vaincu à Alep par le prince de Damas et se tua (1085).
Assassins. — Cette secte d'ismaéliens fanatiques, dépendante d'abord de l'iman du Caire, a joué un grand rôle au sein de l'islam. Un de leurs premiers chefs fut le Persan Hassan (ou Haean) bon Sabbah, qui s'empara du château d'Alamout, au sud de la Caspienne, dont il fit sa capitale (fin du XIe siècle). Les imans d'Alamout fondèrent des colonies au loin, se rendirent indépendants et firent bientôt trembler tout l'Orient. En 1 126, leurs fidèles s'emparèrent du château de Panéas, en Syrie, firent du Liban leur repaire et terrorisèrent les contrées environnantes. C'est dans ce groupe que vécut, à la fin du XIIe siècle, Aladin ou le Vieux de la Montagne, célèbre chez les Croisés. Son vrai nom ('tait Raschid-ad-Din Sinam. Il s'éleva au premier rang de
la secte à force d'habileté et de crimes et se fit même passer pour dieu. Sa doctrine était fondée sur la métempsycose. Il lutta contre Saladin, Nour-ed-Din, fit assassiner Conrad de Montferrat, etc. Le 8e et dernier des imans ou grands maîtres d'Alamout fut tué, à l'invasion mongole, en 1256. Ceux du Liban furent plus tard réduits à l'impuissance. Mais la secte des Assassins ne serait pas éteinte, paraît-il : l'iman actuel des Ismaéliens serait à Bombay.
Nour-ed-Din, dit Noradin par les Francs, sultan de Syrie et d'Egypte, régna à Alep à partir de 1145, tandis que son frère régnait à Mossoul. Ensemble ils luttèrent contre les chrétiens de la 2e croisade. Son règne fut brillant. Il mourut à 58 ans, à Damas, au moment où il s'apprêtait à marcher contre Saladin.
Saladin, né en 1137 et fils d'un Kurde nommé Ayoub, se signala contre les Croisés, servit Noured-Din en Egypte, devint vizir du dernier calife fatimite et mit fin au califat d'Egypte (1171). Profitant de la mort de Nour-ed-Din et de la minorité de son fils, il s'empara de la Syrie. Vaincu par les chrétiens à Ramleh (1 178), il vainquit à son tour Gui de Lusi.anan, notamment à Tibériade (1187), où il le fit prisonnier, et s'empara de Jérusalem. La chute de la ville sainte détermina la 3e croisade. Les Croisés, parmi lesquels se distingua surtout Richard Cœurde-Lion , prirent Saint-Jean-d'Acre, Césarée, Jaffa, mais ils ne purent maintenir ces conquêtes. Saladin mourut en 1193, estimé des chrétiens eux-mêmes.
Almoravides. Almohades. — En Occident et en Espagne, en particulier, deux dynasties rivales régnèrent successivement dans le monde musulman. Les Almoravides (ou les Religieux, les Marabouts) soumirent, vers 1050, Fez et le Maroc, puis le sud de l'Espagne, vers la fin du XIe siècle. Ils avaient été suscités par un madhi, qui apparut sur les confins du Maroc et du Sénégal. Ils furent supplantés par les Almohades (ou Unitaires), qui les chassèrent du Maroc (1120-1129) et de l'Espagne (1130-1163). — Une Histoire des Almohades trad. de l'arabe par Fagnan, a été publiée à Alger, en
(France.)
Robert II le Pieux, fils de Hugues Capet, fut associé par son père à la couronne, dès 988, et régna jusqu'en 1031. Il fut excommunié en 998 par le pape, pour avoir épousé Berthe de Bourgogne, sa parente. Il épousa ensuite Constance de Toulouse, dont il eut beaucoup à souffrir, ainsi que de ses enfants, qui se révoltèrent. Il ne put empêcher l'empereur Conrad II de faire valoir ses prétentions sur le royaume d'Arles. Sous son règne, la France fut désolée par des famines et les guerres féodales. Bien qu'il ait encouru une excommunication, Robert était pieux et pacifique. Il avait été élève de Gerbert. Il composa pour l'Eglise des hymnes, qui ont fait partie de la liturgie.
Maison de Bourgogne : Robert le Vieux.
— Robert le Pieux hérita le duché de Bourgogne de son oncle Henri, frère de Hugues Capet. Mais le duché de Bourgogne fut séparé de nouveau de la France, à la mort de Robert le Pieux, et, attribué au second de ses fils, Robert leVieux (1032), qui fut la tige d'une première maison capétienne de Bourgogne, qui finit en 1361. Une seconde maison de Bourgogne, issue de Jean le Bon, ne compta que 4 ducs : Philippe le Hardi (1363), Jean sans Peur (1404), Philippe le Bon (1419), et Charles le Téméraire (1467-1477).
Henri I, fils aîné de Robert II, né en 1005, fut associé à la couronne en 1027 et succéda à son père comme roi de France en 1031. Les guerres féodales continuèrent â désoler la France et une famine dura trois ans. Cependant l'Eglise imposa aux seigneurs la fameuse Trêve ou Paix de Dieu. Etablie peutêtre dès 988, cette Trêve fut rétablie tout au moins
HISTOIRE
en 1041. Toute hostilité était interdite du mercredi soir au lundi matin, pendant les jours consacrés au service divin et pendant certaines périodes comme depuis l'Avent jusqu'à l'Epiphanie, depuis la Quinquagésime jusqu'à la Pentecôte, pendant lesQuatre- Temps et les grandes fêtes. De plus, les églises, les cloîtres, l'intérieur des villages, les moulins, etc., étaient mis sous la protection de la paix de Dieu. Henri I mourut en 1060. Il avait épousé Anne, fille du grand- duc de Russie, Iaroslav.
Philippe I, roi de France (10G0-11O8), né en 1053, fut sacré à Reims du vivant de son père et eut pour tuteur Baudouin V, comte de Flandre. Il soutint Robert Courte-Heuse révolté contre Guillaume le Conquérant ( 1074-1077). Ayant répudié sa femme légitime Berthe pour enlever et épouser Bertrade, femme du comte d'Anjou, il fut excommunié par Urbain II, au concile de Clermont (1095) et dut se soumettre après dix ans d'égarements. 11 associa au trône son fils Louis, en 1100, et mourut en 1108. Il avait réuni au domaine royal le Yexin et Bourges. De son temps les Normands conquirent l'Angleterre et eut lieu la lre croisade. Il resta étranger à ces grands événements.
Louis VI, dit le Gros et l'Eveillé, le Batailleur, fils de Philippe I et de Berthe de Hollande, dut lutter contre Bertrade sa marâtre, qui essaya de l'empoisonner. Il régna de 1 108 à 1 137. Soutenu par l'Eglise, il donna à la royauté son véritable caractère, celui de défenseur de l'ordre et de la justice. Il favorisa les communes et combattit la féodalité. Lorsque l'empereur d'Allemagne, Henri V, menaça la France (1124), Louis réunit une grande armée sous l'oriflamme, devenue la bannière royale.
Louis VII, le Jeune, né en 1120, épousa Eléonnre de Guyenne avant de succéder à son père, en 1137, et mourut en 1180. Au cours d'une guerre qu'il fit à Thibaut, comte de Champagne, 1,300 personnes périrent dans l'église de Vitry, qui fut brûlée. Pour expier ce crime, il se croisa en 1147, à Vézelay ; mais, après avoir fait inutilement le siège de Damas, il revint en France (1149). Peu après, il répudia Eléonore de Guyenne et épousa Alix de Champagne. Eléonore porta alors son immense héritage dans la maison des Plantagenets, par son mariage avec Henri Plantagenet, qui devint roi d'Angleterre, sous le nom d'Henri IL II reçut à sa cour Thomas Becket, persécuté par ce dernier.
Suger, né vers 1082, d'une famille de laboureurs libres, fut élevé à l'abbaye de Saint-Denis avec Louis VI, dont il devint le ministre. Elu abbé en 1122, il éleva la basilique. Ministre de Louis VII, comme il l'avait été de Louis VI, il fut régent du royaume pendant la 2e croisade et mérita le titre de Père de la patrie. Il mourut en 1152. Il avait blâmé le divorce de Louis VII.
Philippe II, dit Philippe- Auguste, parce qu'il était né au mois d'août (augustus), n'avait que 15 ans lorsqu'il succéda à son père (1180). Il épousa d'abord Isabelle de Hainaut, qui lui apporta en dot le comté d'Artois, lutta avec avantage contre le roi d'Angleterre Henri II, puis s'unit avec son successeur Richard Cœur-de-Lion (1189). Ensemble ils entreprirent la 3e croisade, pour délivrer Jérusalem, que venait de prendre Saladin (1187). Mais les deux princes ne tardèrent pas à avoir des démêlés violents. Après s'être distingué à la prise de Saint-Jeand'Acre (1191), Philippe rentra promptement en France. Au retour de Richard, la guerre éclata entre les deux rois. Lorsque Jean sans Terre eut succédé à Richard (1199), Philippe cita ce prince à comparaître devant la Cour des Pairs, pour répondre au sujet du meurtre de son neveu, Arthur de Bretagne (1203). Jean, ayant refusé de comparaître, Philippe confisqua les fiefs qu'il possédait en France : la Normandie, le Maine, la Touraine, l'Anjou, le Poitou. Il eut à combattre ensuite le comte de Flandre
et l'empereur Othon IV, contre lesquels il gagna la célèbre bataille de Bouvines ( 1214i . Philippe- Auguste est un des princes qui ont le plus contribué à fonder l'unité française. Sous son règne, la célèbre Université de Paris fut créée, organisée et dotée de privilèges étendus (1200) ; des ordonnances importantes furent promulguées sur la constitution et l'administration des communes. Philippe avait épousé en secondes noces Ingeburge, princesse danoise, qu'il répudia ensuite pour épouser Agnès de Mèranie. Excommunié pour ce fait en 1199,^ il reprit Ingeburge, et l'excommunication fut levée. (Normands.)
Robert I le Diable ou le Magnifique, 6e duc de Normandie (1027-1035), succéda à son frère Richard III, dut réprimer plusieurs révoltes, soutint Henri I, roi de France, contre son frère Robert, qui reçut la Bourgogne, fit un pèlerinage à Jérusalem et mourut au retour, à Nicée. Sa vie a été embellie ou dénaturée par une foule de légendes. Il fut le père de Guillaume le Conquérant, qui conquit l'Angleterre (v. plus bas).
Robert Guiscard. c'est-à-dire l'Avisé, un des 12 fils de Tancrède de Hauteville, gentilhomme normand, vint prendre part aux conquêtes de ses frères, dans les Deux-Siciles. Il s'empara de la Calabre et fit même prisonnier le pape Léon IX, à Civitella C1053): il conquit les principautés de Salerne et de Bénévent. les provinces grecques du sud de l'Italie, prit Corfou, Durazzo, etc. : il délivra Grégoire VII, assiégé dans Rome par Henri IV, et mourut dans une expédition contre les Grecs (1085). — Bnhémond, prince de Tarente, qui prit une part si brillante à la lre croisade, était son fils; et Tancrède, qui accompagna Bohémond et a été célébré par le Tasse, était son neveu.
Roger I, 12e fils de Tancrède de Hauteville, seconda Robert Guiscard ; il se rendit maître de toute la Sicile (1090), après de longues luttes contre les Sarrasins. Il reçut d'Urbain II le titre de légat apostolique et mourut en 1101.
Roger II, fils et successeur de Roger 1, né en 1097, mort en 1154. fut placé sous la tutelle de sa mère, Adélaïde de Montferrat. En 1127, il hérita de son cousin Guillaume l'Italie méridionale. En 1130, il se fit couronner roi des Deux-Siciles, à Palerme, par l'antipape Anaclet, son beau-frère. Innocent II reconnut plus tard sa souveraineté.
(Allemagne.)
Henri II le Saint ou le Boiteux, arrière-petitfils de Henri I l'Oiseleur, fut le dernier empereur de la maison de Saxe. Né en 972, roi de Bavière en 995, il monta sur le trône d'Allemagne après son cousin Othon III (1002) et fut couronné empereur à Rome en 1014. Il mourut en 1024. 11 lutta avec succès contre les Slaves et les Hongrois et contre les grands vassaux, qm voulaient s'affranchir. Il réunit la Bohême à l'Empire. Sa piété admirable l'a fait canoniser. Sa fête est le 15 juillet.
Conrad II le Salinue. fils de Henri, duc de Franconie, fut élu roi de Germanie, en 1024, à la mort de Henri II, et mourut en 1039. Il dut résister longtemps aux princes de la maison de Saxe : il acquit le royaume d'Arles par la donation de Rodolphe III ; il fit une expédition en Italie et fut couronné empereur en 1027.
Henri III, le Noir, fils et successeur de Conrad II, né en 1017 et mort en 1056, passa en Italie et arracha l'abdication de Grégoire VI, après avoir réuni un concile à Sutri. Il fit nommer successivement 3 papes allemands : Clément II (1046), Damase II (1048) et Léon IX (1049).
Henri IV, fils de Henri III, lui succéda à l'âge de 6 ans. Il secoua, dès qu'il eut atteint sa majorité, l'autorité de ses tuteurs, qui avaient d'ailleurs imposé leur tutelle et en avaient abusé. Coupable, à son tour, d'une foule d'excès, il fut cité à compa-