Chapitre Premier
De l'Ame : intelligence et ses actes.
Ame. Sa nature, son origine, son union avec le corps. — Le sage doit se connaître luimême. Or l'homme est composé d'une âme et d'un corps. La connaissance de l'âme s'offre la première. N ous étudierons dans cet article sa nature, son origine, son union avec le corps ; dans les articles suivants, ses facultés ou puissances, intellectuelles et sensibles, ses actes, ses états, etc.
Au sujet de la nature de l'âme, il faut d'abord reconnaître qu'elle est distincte du corps, qu'elle est une substance essentiellement simple, spirituelle et immortelle. La distinction de l'âme et du corps s'impose par là même qu'elle est le premier 'principe de rie dans les êtres vivants. Si, comme nous l'avons vu en parlant de la vie, le principe vital est distinct des forces physiques et chimiques, à combien plus forte raison l'âme humaine sera-t-elle distincte de ces forces inférieures, elle qui non seulement donne de vivre, mais encore de sentir et de comprendre. Elle est une force substantielle. Nous constatons, en outre, cette substantialité avec l'identité du sujet qui persiste en nous sous le flot continuel de pensées et de sentiments qui traverse notre conscience ; car nous nous retrouvons les mêmes, au fond, après plusieurs années et une longue vie. Il est absurde d'opposer radicalement le
moi phénoménal au moi nouménal : avec nos divers états qui changent et nos pensées qui s'écoulent, nous saisissons notre existence et notre substance qui demeurent. Descartes ne pouvait donc dire que l'essence de l'âme est dans la pensée. Il est vrai seulement que la pensée est le propre de l'âme humaine et (pie c'est par la pensée principalement qu'il nous est permis de la connaître. Or la pensée nous manifeste clairement la substantialité de l'âme, sa simplicité et sa spiritualité. L'âme est simple essentiellement puisqu'elle est le premier principe de vie et la forme substantielle dans l'homme. Elle est simple, en outre, parce qu'elle connaît ce qui est simple et que l'acte de la connaissance, raisonnement, conscience, etc., implique la simplicité. Pour qui le considère avec soin, il faut que tous nos actes et toutes nos facultés soient fondés sur une même essence indivisible.
Il y a plus, et c'est ici que l'âme humaine se sépare de toutes les âmes inférieures. Les actes d'intelligence qui lui sont propres sont immatériels et vraiment spirituels ; elle est donc spirituelle elle-même, et l'immortalité lui appartient. Considérons, en ett'et, l'objet de L'intelligence et la manière dont clic s'applique atout ce qu'elle connaît. Son objet propre c'est l'universel, c'est l'abstrait, ce sont les généralités, les genres, les espèces. Or ces objets sont immatériels en eux-mêmes, ils ne sont pas circonscrits dans le temps et dans l'espace :