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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

ne le relâcha que moyennant une rançon de250,000 marcs d'argent. Pendant ce temps, son frère Jean sans Terre avait essayé de le supplanter. Revenu en Angleterre, il anéantit le parti de son frère (1194) et lit une guerre à Philippe Auguste, qui avait tenté de prendre la Normandie. 11 mourut en guerroyant contre le vicomte de Limoges, au siège du château de Chalus, où une flèche lui perça l'épaule. Jean sans Terre lui succéda.

(Anglo-Saxons.)

Robin-Hood. — Guillaume le Conquérant avait mis Jiors la loi les Anglo-Saxons insoumis, qui s'étaient réfugiés dans les forêts et s'adonnaient souvent au braconnage. Le chef le plus fameux de ces outlaics ou proscrits fut Robin-Hood, qui vivait au temps de Richard Cœur-de-Lion. Avec ses francsarchers, il se cachait dans les forêts du Nottingham et apparaissait â l'improviste pour accomplir ses exploits. 11 a été célébré dans un grand nombre de ballades anglaises.

(Ecosse.)

Donald. — Nom de plusieurs roi d'Ecosse, dont le plus ancien aurait vécu au IIe et IIIe siècle et aurait été le premier roi chrétien de son pays. — Donald VII ou Duncan I, qui régna de 1023 à 1040, repoussa les attaques de Suénon, roi de Norvège, et fut assassiné par Macbeth. Celui-ci, après 17 ans d'usurpation, fut renversé et tué par Malco/m III, fils de Duncan, qui lui succéda. Le nom et les forfaits de Macbeth sont devenus célèbres depuis le drame terrible et étrange qu'ils ont inspiré à Shakespeare.

(Espagne. Portugal.)

Ferdinand. — Nom de plusieurs rois de Castille, de Léon, d'Aragon. — Ferdinand I le Grand, reconnu roi deCastillle en 1033, du vivant de Sanehe III, son père, roi de Navarre, s'empara du royaume de Léon (1037), soumit les rois de Tolède, de Saragosse et de Séville, repoussa les Maures, leur prit Coïmbre, etc. On lui reproche ses cruautés. Il tua Garcias IV, roi de Navarre, son frère, dans une bataille, près de Burgos. 11 partagea ses Etats entre ses trois fils et mourut en 1065.

Le Gid, de son vrai nom Rodrigue Diaz de Bwar, né à Burgos, vers 1030 et mort à Valence en 1099, accomplit ses exploits, célébrés et embellis ensuite par les romanciers, sous les règnes de Ferdinand, Sanehe II et Alphonse VI, rois de Castille. Il s'attacha à Sanehe II, roi de Castille, en guerre avec son frère Alphonse, roi de Léon. Celui-ci ayant succédé à Sanehe, qui avait été assassiné, Le Cid fut disgracié. Mais, avec ses vassaux et ses compagnons, il se signala contre les Maures, prit Tolède (1085) et Valence (1094). Le roi lui rendit ses faveurs. Le nom de Cid ou Seid, qui signifie Seigneur, lui fut donné, dans une circonstance, par les ambassadeurs de cinq rois maures qu'il avait vaincus : le titre lui resta. On l'a surnommé aussi Campeador, mot qui paraît signifier héros des camps. D'après la légende, Le Cid aurait aimé Chimène, fille du comte Gormaz, avec lequel il aurait été forcé de se battre en duel. De là une des plus belles tragédies de Corneille, sans parler d'oeuvres poétiques plus anciennes.

Alphonse. — Nom de divers rois des Asturies, de Léon, de Castille, d'Aragon. Alphonse VI, roi de Galice, de Léon et de Castille (1065-1109), fils de Ferdinand I, hérita le royaume de Léon, à la mort de son père; mais il en fut dépouillé par son frère Sanehe, roi de Castille (1068). A la mort de celui-ci, qui périt assassiné, il lui succéda, après avoir juré qu'il était innocent de ce meurtre. 11 remporta d'abord de grands avantages sur les Maures, grâce surtout au concours du Cid, et fit de Tolède sa capitale. Mais, ayant pris le parti des Almohades contre les Almoravides, il s'attira des revers, perdit son fils unique à la bataille d'Uclès

(1 108) et mourut de chagrin. 11 avait donné le Portugal à son gendre Henri de Bourgogne.

Alphonse VII de Castille, le même qu'Alphonse I. le Batailleur, roi d'Aragon et de Navarre (1104-1134), épousa Urraque, fille et héritière d'Alphonse VI, roi de Castille. A la mort de son beau-père, il voulut joindre la Castille à ses Etats ; mais Urraque s'y opposa par les armes, l'obligea à y renoncer et divorça. Alphonse ne cessa de guerroyer contre les Maures d'Espagne et d'Afrique, prit Saragosse, en 1118, et y établit sa résidence. Vaincu à Fraga, en Catalogne, il en mourut de chagrin.

(Philosophes, etc).

Roscelin. — A cette époque, l'histoire de la philosophie est toute remplie des luttes du nominalisme et du réalisme. Roscelin, mort après 1121, est le premier nominaliste bien connu ; mais il aurait été lui-même le disciple de Jean le Sophiste, médecin de l'école de Chartres. Avec Bérenger de Tours, qui, lui aussi, avait étudié à Chartres, il aurait professé une sorte d'aristotélisme opposé au platonisme de Fulbert. L'école chartraine aurait donc été le berceau du nominalisme. Quoi qu'il en soit, Jean Roscelin, né en Bretagne, fut chanoine de Compiègne et y enseigna. 11 enseigna aussi, paraît-il, à Paris. Condamné au concile de Soissons (1092) pour son nominalisme, il sollicita vainement de S. Ive, d'entrer au chapitre de Chartres. Il mourut dans un âge avancé. On le surnomma le fondateur du Nouveau Lycée (Novi Lycœi conditor), à cause de sa connaissance du péripatétisme et du succès de son enseignement. On n'a conservé aucun de ses ouvrages.

Abélard. — Mais le nominaliste le plus célèbre de cette époque est Abélard (1079-1 142), né àPalais, près de Nantes, d'une famille noble. 11 préféra la dialectique à l'épée et étudia sous Roscelin, puis à Paris, sous Guillaume de Champeaux, archidiacre de Notre-Dame, qui dirigeait l'école du cloître. Il s'en sépara sur la question des universaux et le combattit avec un grand succès ; il ouvrit môme une école rivale aux portes de Paris, sur la montagne Sainte-Geneviève. Il s'appliqua ensuite à la théologie et suivit les leçons d'Anselme de Laon ; mais il se sépara de ce maître comme des autres et ouvrit encore une école rivale. Obligé de revenir à Paris, il n'y retrouva plus ses concurrents, et enseigna avec un suceès prodigieux. Il réunissait autour de sa chaire jusqu'à cinq mille auditeurs. Parmi eux il put compter le fameux Arnaud de Brescia. C'est ici que se placent ses égarements avec Héloïse, qu'il s'était chargé d'instruire et qu'il séduisit; leur fuite en Bretagne, la naissance d'Astrolabe, puis la vengeance du chanoine Fulbert, oncle d'Héloïse. Abélard sortit mutilé et honteux de cette triste aventure et se retira au monastère de Saint-Denis, pendant qu'Héloïse se retirait à celui d'Argenteuil. Elle y mourut en 1164, mais ne sut se reprendre que bien tard. Peu après son malheur, Abélard enseigna de nouveau à l'école monastique de Saint-Ayeul de Provins ; mais ses hardiesses théologiques soulevèrent de vives oppositions. Il fut condamné, au concile de Soissons (1121), à brûler son Introduction à la théologie et à être enfermé au monastère de Saint-Médard. Rendu à la liberté, il enseigna, écrivit et souleva de nouvelles oppositions, surtout celle de saint Bernard, qui, n'ayant pu obtenir de rétractation, le cita au concile de Sens, où siégeaLouis VII lui-même (1140). Abélard n'osa même pas se défendre ; il fut condamné et vit sa sentence encore aggravée par Innocent II. Réfugié à Cluny, auprès de Pierre le Vénérable, il se soumit et se réconcilia avec saint Bernard. Sa vie se termina dans les pratiques de la pénitence, au prieuré de Saint-Marcel, près Chalon-sur-Saône. On a cherché non seulement à poétiser ses aventures, mais encore à les justifier:

il ne faut pas oublier que, de son propre aveu, il se laissa égarer par son orgueil et ses passions .

Sans parler de l'Histoire de ses malheurs, sorte d'autobiographie, on a de lui une Théologie chrétienne ou Commentaire sur les six jours de la création, un recueil, le Sic et non, où sont mises en présence des citations des Pères qui semblent contradictoires. Cet ouvrage annonce en quelque manière les Livres des sentences de Pierre Lombard, et la Somme de S. Thomas, où les objections et les réponses sont exposées parallèlement avec la doctrine.

Guillaume de Ghampeaux (morten 1121), né à Champeaux, près Melun, étudia à Paris sous Anselme de Laon, et y enseigna à son tour. Il eut pour auditeur et pour contradicteur Abélard. A la suite de ces disputes, où Abélard eut l'avantage, Guillaume se retira près la chapelle de Saint- Victor (1108), où il reprit son enseignement. Il devint un peu plus tard évoque de Châlons-sur-Marne (1112). Ami de saint Bernard, il s'opposa aux erreurs du nominalisme ; mais lui-même parait avoir exagéré d'abord les droits du réalisme, en affirmant par exemple, ce qui est vrai à certains égards, que les individus d'une même espèce ne diffèrent entre eux que par les accidents.

Gilbert de la Porrée (vers 1070-1154). — Si Guillaume de Champeaux hésita entre le réalisme et le nominalisme, d'autres, vers le même temps et un peu plus tard, poussèrent plus loin encore les concessions aux théories platoniciennes, toujours vivantes sous le péripatétisme des écoles. L'un de ceux qui s'en inspira le plus fut Gilbert, qui étudia sous Bernard de Chartres et Anselme de Laon, puis enseigna avec éclat, à Paris, la dialectique et la théologie, et devint évêque de Poitiers (1142). 11 crut pouvoir affirmer que les essences existent séparément et que les individus n'en sont que des empreintes ou s'ujillutions. Ce réalisme entraînait, en théologie, de graves erreurs. Gilbert assista au concile de Sens, où fut condamné Abélard; et l'on raconte que celui-ci l'apostropha de ce vers d'Horace : Nam tua res agitur, paries quum proximus ardet. Gilbert, en effet, fut poursuivi à son tour par saint Bernard et condamné au concile de Reims (1148) 11 se soumit sincèrement.

Hugues de Saint- Victor. — Le réalisme exagéré et le néo-platonisme favorisèrent l'apparition du mysticisme et même le retour du panthéisme. Le mysticisme fut noblement professé par l'école de Saint Victor, â la tête de laquelle se placent Hugues et Richard. Hugues naquit d'une famille noble, probablement en Saxe. Il étudia avec ardeur au monastère de Saint-Pancrace d'Hamerlève, où accouraient des écoliers de toute l'Allemagne, et y prit bientôt l'habit religieux des chanoines de Saint-Augustin. Les troubles de la guerre le déterminèrent à quitter la Saxe et à passer en France. Après avoir visité Saint- Victor de Marseille, il entra à l'abbaye de Saint-Viclor de Paris (1115 à 1118), où il prit rang bientôt parmi les maîtres. En 1133, il fut préposé à l'école, qui, sous sa direction, jeta un vif éclat. On le surnomma le Maître par excellence (Didascalus) et un second saint Augustin. Il mourut en odeur de sainteté.

Comme tous les mystiques, il insista sur la faiblesse et l'impuissance pratiques de la raison dépourvue de la ^ràce et trop souvent égarée par l'orgueil. 11 estimait que le sage doit s'attacher à contempler les essences cachées des choses apparentes et les causes invisibles des effets visibles, ajoutant qu'on arrive à cette contemplation non point par l'observation extérieure, mais bien plutôt par le recueillement de l'âme et le retour sur soimême, surtout par l'humilité de l'âme et la grâce de Dieu. Hugues assigna divers degrés â cette contemplation supérieure, qui se fait, d'après lui, â la

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lumière de Dieu. On a de lui de nombreux ouvrages, plusieurs fois édités. Ils portent surtout sur les sciences sacrées. Comme tous les maîtres de ce temps, il enseignait les sept arts libéraux, puis les sciences sacrées, l'Ecriture et les Pères; il y ajoutait la poésie et l'histoire. (V. abbé Mignon, les Origines de la Scolastique et Hugues de Saint- Victor.)

Richard de Saint- Victor (mort vers 1173), Ecossais d'origine, disciple d'Hugues et ami de S. Bernard, qui le consultait fréquemment, développa le même mysticisme dans ses traités, qui exercèrent une grande influence. Cette doctrine souriait aux âmes méditatives et pieuses ; elle se prévalait de la destinée surnaturelle de l'homme et des dons extraordinaires qu'il peut recevoir, même en cette vie; et puis elle était justifiée en quelque sorte par les excès du rationalisme de ce temps, représenté par Abélard, Amaury de Chartres, etc., qui osaient élever la philosophie à la hauteur de l'Evangile. Bien des esprits, fatigués des discussions d'école et de l'impuissance pratique de la raison laissée à ses propres forces, fut-ce la raison d'un Aristote et d'un Platon, se retournaient vers la religion et disaient déjà, bien avant l'auteur de Y Imitation : Mieux vaut éprouver la componction que d'en savoir la définition.

Amaury de Chartres. — A côté de l'école .mystique, il faut signaler l'école panthéiste, représentée par Amaury de Chartres et David de Dinan. Le premier, né près de Chartres, fréquenta les écoles de Paris et s'éleva au rang des maîtres, parmi lesquels il brilla par sa dialectique et ses connaissances. Après sa condamnation par Innocent III, en 1204, il se retira dans un monastère et y mourut. Son tombeau fut ouvert en 1209 et ses cendres furent jetées au vent. On s'explique cette rigueur, si l'on songe quelesdisciples d'Amaury (les Amauriciens) tirèrent les pires conséquences dogmatiques et morales de ses principes, niant la résurrection, l'autre vie et rejetant toutes les pratiques du culte.

David de Dinan ou Dinant (on ne sait pas, en effet, s'il est né en France ou en Belgique), mort probablement avant L209, professa, paraît-il, un panthéisme non moins absolu, mais sous une forme matérialiste, si l'on en juge par certaines indications de saint Thomas et d'Albert le Grand, qui durent réfuter ses disciples. David de Dinan, en effet, aurait assimilé Dieu à la matière première (ou plutôt à la matière primitive), dont tout a été fait, et il aurait regardé comme de purs phénomènes, de simples apparences, tout ce qui survient à cette réalité fondamentale. Cette conclusion insensée provenait d'une grave erreur métaphysique, de la confusion du premier principe passif des choses sensibles et du premier principe efficient. Les écrits de David de Dinan furent condamnés au concile de Paris (1200) et détruits avec ceux d'Amaury, dont il a été regardé comme le disciple. Mais son véritable initiateur paraît avoir été Gundisalvi ou Gonzalez, qui fit connaître les œuvres des philosophes arabes et en particulier d'Avicebron.

Jean de Salisbury. — Parmi les éclectiques de ce temps, on peut citer Jean de Salisbury (1110- 1 180), qui vint de bonne heure étudier â Paris, vers 1136. 11 eut pour maîtres Abélard, Guillaume de Conches, Adam du Petit-Pont, Gilbert de la Porrée, etc. Obligé, à cause de sa pauvreté, de quitter Paris, il devint chapelain de Pierre de Celles, abbé de Moûtier (dioc. de Troycs) ; puis, il retourna en Angleterre, fut agréé de Thomas Becket, qui le chargea de missions importantes à Rome; il faillit partager le martyre du saint archevêque et contribua plus tard à sa canonisation. Lui-même mourut évêque de Chartres, après quatre ans d'épiscopat. C'est grâce â lui surtout que nous connaissons les philosophes et les doctrines de ce temps.

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