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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

On lui doit aussi la biographie de son protecteur et celle de S. Anselme. Comme philosophe, il est l'auteur du Polycraticus, ou De nugis curialium, qui a pour objet les mœurs de la cour et du monde (1155), et du Mètalogicus (1159), qui est un plaidoyer en faveur des anciennes études classiques et un pamphlet contre leurs détracteurs. Jean de Salisbury s'élève énergiquement contre l'abus des subtilités, le verbiage scolastique et les disputes stériles ; il préfère à ces vains raisonnements, à cet étalage de philosophie, la méditation et la connaissance des Ecritures, sources de la vraie sagesse.

(Philosophes et savants arabes, juifs.) Avicenne. — A ce moment de l'histoire, la science florissait dans le monde musulman, héritier des écoles chrétiennes d'Orient et aussi de celles d'Espagne. Mais le fanatisme du Coran devait détruire ensuite tous ces germes de civilisation. — Avicenne (980-1037) ou Ibn-Sina, le plus célèbre des médecins arabes, naquit près de Boukhara, en Perse (anc. Transoxiane). Son pèreétait gouverneur d'une ville. A dix ans, il savait le Coran, les principes du droit musulman et la grammaire ; il étudia la médecine sous un maître chrétien. A dix-sept ans, sa réputation comme médecin était déjà telle qu'il se voyait recherché et comblé par les princes de l'Orient. Aux sciences médicales, il joignit toutes les autres, étudia VIsagoge de Porphyre, les Mathématiques d'Euclide, YAlmageste de Ptolémée ; à vingt-deux ans, il avait déjà écrit plusieurs traités philosophiques. Son activité ne se ralentit pas et, bien qu'il menât la vie la plus agitée, il composa plus de cent ouvrages, dont plusieurs très considérables ; la plupart ont été conservés. Son Canon de Médecine a servi longtemps de texte dans les écoles médicales ; sa classification des sciences mérite aussi d'être remarquée. Il mourut à 57 ans en donnant des témoignages de religion et de pénitence, après une vie traversée par bien des vicissitudes et des fautes.

Algazel (1058-1111) ou Al-Gazali et Gazzali, le plus célèbre théologien musulman, étudia à Tous (Khorassan), où il était né, puis à Nisabour ; il dirigea une école à Bagdad, sous la protection du vizir, fit le pèlerinage de La Mecque, brilla dans les chaires de Damas, de Jérusalem, d'Alexandrie, et s'efforça de montrer la supériorité de l'islamisme, en même temps que de le défendre contre le rationalisme des philosophes. Aussi fut-il célébré comme V Ornement de la religion et le Témoin de l'islamisme. De retour à Tous, il mena la vie contemplative des soufis, puis dirigea de nouveau le collège de Bagdad ; mais il finit sa vie dans la solitude, et fut même le fondateur d'un monastère.

Avempace (mort en 1138). — Discréditée ou chassée de l'Orient par Algazel, la philosophie arabe, avec le péripatétisme, se réfugia en Espagne et y fleurit mieux que jamais. Le premier philosophe à signaler est Ibn-Bàdja, connu des scolastiques sous le nom d'Avempace. 11 naquit à Saragosse, publia à Séville (1118) quelques traités de logique, habita Grenade et Fez, où il mourut, à un âge peu avancé et ayant encore peu écrit. On a prétendu qu'il avait été empoisonné par des médecins jaloux.

Averroès. — Mais le plus célèbre des philosophes arabes est Averroès (1126-1198) ou lbn- Roschd. Il naquit à Cordoue, d'une noble famille. Son aïeul avait été le plus grand jurisconsulte de son temps. 11 étudia lui aussi, avec succès, la théologie positive et la jurisprudence et exerça même les fonctions laborieuses de cadi ou juge, à Séville et à Cordoue ; mais il brilla surtout dans la philosophie, la médecine et les mathématiques et se mit au premier rang des commentateurs arabes d'Aristote. Averroès ne savait pas le grec ni le syriaque : il n'est donc pas le premier traducteur arabe d'Aris-

tote. Honoré longtemps des faveurs du calife almohade Yousouf et de son fils Almanzor, il fut disgracié ensuite, à cause de son hétérodoxie et peut-être aussi de ses idées politiques. Néanmoins, il rentra en grâce et mourut au Maroc, dans un âge très avancé ; ses restes furent rapportés à Cordoue.

Les ouvrages d'Averroès sont très nombreux et intéressent toutes les sciences. Il s'attacha particulièrement à réfuter le scepticisme philosophique d'Algazel et lui opposa un ouvrage intitulé : Réfutation des réfutations. (On a aussi traduit le titre arabe : Destruction des destructions). Mais le fanatisme des Almohades ne s'accommoda pas d'une philosophie qui s'affranchissait du Coran : toutes les œuvres d'Averroès et des autres philosophes indépendants furent détruites. C'est grâce seulement aux écoles juives ou chrétiennes que l'on possède encore la plupart de ses ouvrages. Cependant Averroès tenait à passer pour bon musulman : il composa même deux traités pour démontrer que le Coran et la philosophie enseignent les mêmes vérités ; mais il interprétait le Coran d'une manière toute rationaliste, en laissait l'anthropmorphisme aux enfants et combattait les sectes orthodoxes. Il n'admettait pas que les soufis ou contemplatifs musulmans employassent le vrai moyen de s'unir à l'intellect actif. Ce problème de l'union ou de la co7ijonction de l'âme avec l'intellect actif ou supérieur, avait préoccupé et préoccupait tous les penseurs arabes. Gazali et les autres croyants fanatiques l'expliquaient volontiers par une sorte d'exaltation mystique. Mais Averroès leur opposa sa théorie rationaliste de l'intellect séparé (monopsychisme), qu'il crut trouver dans Aristote, et qui est le point capital de l'averroïsme. Ce système corrupteur du péripatétisme fut combattu et réfuté par les plus grands scolastiques, notamment par S. Thomas, qui dit de son auteur, avec une sorte d'indignation : Non tam peripateticus qunm peripatetica' philosophiœ dépravât'))'.

Maimonide (1135-1204). — Le plus célèbre des philosophes juifs du XIIe siècle est Mosès-Ben- Mahnoum ou Maimonide, né à Cordoue. Il étudia sous un Arabe, disciple d'Avempace, mais non sous Averroès, dont il ne connut les œuvres que plus tard. Son père était un talmudiste distingué. Maimonide avait 13 ans, lorsque Cordoue fut conquis par les Almohades, qui détruisirent les églises et les synagogues. Beaucoup de Juifs, ne pouvant fuir la persécution, adoptèrent l'islamisme extérieurement, et c'est le parti auquel se résigna Maimonide pendant 16 ou 17 ans ; puis il émigra au Maroc et en Egypte et s'établit au Caire, où il fit le commerce des pierreries et donna, avec succès, des leçons de philosophie et de médecine. Il fut protégé ensuite par le ministre de Saladin et admis à la cour comme médecin ; sa réputation était grande et il était fort couru. Des ennemis le dénoncèrent comme ayant renié le mahométisme pour retourner au judaïsme ; mais son protecteur le sauva. Son ouvrage principal est le Guide des égarés, traduit en latin au commencement du XVIe siècle : c'est une source abondante pour l'histoire de la philosophie.

(Artiste.) Gui ou Guido d'Arezzo ou Gui l'Arètin, né vers 995 à Arezzo, mort en 1050, enseignait la musique à l'abbaye bénédictine de Pomposa (duché de Ferrare), où il était religieux. S'il n'est pas précisément l'inventeur de la gamme, il simplifia du moins la méthode d'enseignement musical et désigna le premier les notes de la gamme par les noms actuels : ut, ré. mi, etc. (syllabes initiales des vers de l'hymne de S. Jean-Baptiste).

(Poètes, trouvères...) Théroulde. — Ce trouvère, qui vivait au XIe siècle, est regardé comme l'auteur de la fa-

HISTOIRE : XIIIe SIÈCLE

meuse Chanson de Roland, poème principal du cycle carolingien. Ce qui le fait présumer, c'est le dernier vers de cette Chanson : « Ci fait la geste que Turoldus declinet ».

Blondel — D'après la légende, ce trouvère du XIIe siècle, natif de Nesle, en Picardie, s'attacha à Richard Cœur-dc-Lion et devint son ami. 11 aurait découvert la prison où était renfermé Richard, pendant sa captivité d'Autriche, en chantant sous la fenêtre de sa prison une romance qu'ils avaient composée ensemble.

Bertrand de Born, vicomte de Hautefort (Périgord), guerrier et troubadour du XIIe siècle, fut lié avec les fils de Henri II, roi d'Angleterre, qu'il excita contre leur père. Il reste de lui et de son fils, qui périt à Bouvines, quelques sirventcs, qui peignent les mœurs du temps.

Chrestien de Troyes, mort en 1195, vivait à la cour du comte de Flandre, Philippe d'Alsace, qui fut tué au siège de Saint-Jean-d'Acre. 11 est l'auteur de plusieurs romans, qui appartiennent au cycle de la Table Ronde : Lancelot du Lac ou la Charrette (terminé parGodefroy deLeignies), Percerai le Gallois, le Chevalier au lion, etc. — M. Foerster a donné une belle édition des œuvres de Chrestien de Troyes et édité à part ses poèmes principaux (Halle, 1896).

Robert Wace, trouvère anglo-normand, né à Jersey vers 1100 et mort vers 1180, vécut à la cour de Henri Plantagenet, puis devint chanoine de Bayeux. On a de lui deux poèmes importants : le Roman de Brut, recueil de traditions galloises, composé vers 1115, et le Roman de Rou (Rollon), histoire des conquêtes normandes.

(Chroniqueurs, historiens.)

Raoul Glaber, c'est-à-dire le Chauve, né en Bourgogne, fut moine à Saint-Léger de Champeaux.

11 en fut chassé, erra de monastère en monastère jusqu'à ce que l'abbé de Saint-Bénigne de Dijon le prît sous sa protection. Sur ses conseils, Raoul commença son Histoire, qu'il acheva à Cluny, où il mourut en 1050.

Adhémar de Chabannes, moine limousin, né en 988, mort dans un pèlerinage en Terre Sainte (1034), a écrit une Chronique, qui s'étend de Pharamond à l'année 1028. Le dernier livre (le 3e) seul est original et a une importance historique.

Guillaume de Tyr, archevêque de Tyr, né à Jérusalem, vers 1127, étudia en Occident et, à son retour à Jérusalem, jouit de la confiance du roi Amaury, qui le fit précepteur de son fils Baudouin, le chargea de diverses missions à Constantinople et à Rome. Il devint archevêque de Tyr en 1 174, assista au concile de Latran (1177). En 1188, il prêcha une croisade en Europe et mourut vers 1193. On a de lui une Histoire des croisades (Historia bclli sacri...) dont la dernière partie, de 1144 à 1184, est vraiment précieuse. Guillaume avait écrit aussi une Histoire des Arabes, qui est perdue.

Saxo Grammaticus, historien danois, mort vers 1204, était prévôt de Roskild et secrétaire de l'archevêque de Lund. On lui doit une Histoire du Danemark, auquel il assigne une origine très ancienne (1038 av. J.-C). Mais les traditions populaires, les chants des scaldes, etc. sur lesquels il ■ s'appuie le plus souvent n'offrent pas la certitude désirable.

Anne Comnène, fille d'Alexis Comnène, empereur d'Orient, née en 1083, morte en 1 148, épousa Nicéphore Bryenne, qu'elle ne put mettre sur le trône. Elle vécut alors dans la retraite et écrivit la Vie d'Alexis, son père, où elle raconte l'histoire de la lre croisade.

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