PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
délégués auprès du pape Alexandre IV, pour soutenir la cause des religieux, furent, pour les Dominicains : Humbert de Romans, leur général, Albert le Grand et Thomas d'Aquin ; pour les Franciscains : Bonaventure et Bertrand d'Aquitaine. Ils gagnèrent leur cause et l'écrit de Guillaume de Saint- Amour : le Livre des périls des dernier* temps, où les religieux étaient odieusement attaqués, fut sévèrement condamné le 5 octobre 1256. L'année suivante, Bonaventure devint général de son ordre. Il fut fait cardinal et évêque d'Ostie, en 1273, et mourut en 1274 au concile général de Lyon, dont il était la lumière, On lui rendit les plus grands honneurs. Sa fête est le 14 juillet. Parmi ses œuvres, il faut citer, après ses Commentaires sur Pierre Lombard, qui sont regardés comme son œuvre la plus remarquable (1248-57) : le Breviloquium, sorte de Somme très abrégée, Yltinerarium mentis in Deum, le De reductione artium ad theolagiam ; parmi les œuvres ascétiques : Biblia pauperum, Méditations de la vie de Jésus-Christ, le Traité de la pauvreté de Jésus-Christ, où est justifiée la vie religieuse.
S. Thomas d'Aquin. — Mais le docteur le plus célèbre du XIIIe siècle fut Thomas d'Aquin. Né en 1227 ou 1225, en Italie, d'une famille illustre, alliée aux familles régnantes de Sicile, de France, d'Aragon, d'Allemagne, Thomas fut élevé par les bénédictins du Mont-Cassin et étudia à l'université de Naples; puis, à 17 ans, il embrassa la vie religieuse dans l'ordre de Saint-Dominique, avec une décision rare, qui sut triompher des oppositions et des embûches les plus périlleuses, dressées par sa famille. Devenu le disciple et le compagnon d'Albert le Grand à Cologne et à Paris, il reçut, en 1257, dans l'université déjà fameuse de cette ville, le titre de Docteur, auquel il refusa toujours d'en ajouter d'autres, et se distingua tout jeune encore parmi les maîtres de l'enseignement.
A ce moment l'Université de Paris plaidait devant le pape contre les Ordres mendiants, qu'elle voulait priver du droit d'enseigner. Or l'un des avocats des 'religieux fut le Frère Thomas, dont les mérites exceptionnels épargnèrent à l'Université une criante injustice, et aux Ordres mendiants la plus 'grave injure. Après avoir enseigné à Paris, Thomas se fit entendre dans les principales chaires d'Italie. Sa vie si courte, puisqu'elle n'atteignit que 47 ou 49 ans, fut si bien remplie que ses œuvres ne comptent pas moins d'une vingtaine de volumes in-4". Il mourut à Fossa-Nova, en se rendant au concile de Lyon, convoqué par Grégoire X. Saint Thomas est l'auteur de l'office du Saint-Sacrement (Pange lingua, Lauda Sion, etc.), aussi remarquable par la profonde théologie que par la tendre piété qui l'ont inspiré. Son œuvre capitale est la Somme thèologique, fruit de sa maturité, qu'il laissa inachevée. Près de cette œuvre, mais au-dessous, il faut placer la Somme contre les Gentils. C'est dans la première qu'on trouve, mieux que dans ses commentaires et partout ailleurs, la pensée personnelle et définitive du Maître. C'est là aussi que sa méthode admirable se présente sous sa forme la mieux arrêtée et la plus parfaite. Llle rappelle celle des scolastiques précédents, comme aussi celle de l'école de Socrate ; mais elle résume tous leurs avantages d'une manière neuve et originale. Saint Thomas, en effet, divise chaque traité en un certain nombre de questions, en commençant par celles dont la solution éclairera toutes les autres; puis, dans chaque question, il distingue un certain nombre de points à traiter distinctement, en commençant toujours par les principaux. Chacun de ces points est donc l'objet d'une question particulière ou article, ordinairement peu étendu, fort précis et toujours distribué de la même manière, c'est-à-dire en trois parties : d'abord les ob-
jections, ou plutôt les doutes, les hypothèses, diverses solutions proposées et qu'il s'agit de discuter ; — ensuite le corps de l'article ou la solution de la question ; — enfin, la solution des difficultés, l'explication et la conciliation des textes allégués. Les objections et les réponses, l'examen des solutions hâtives ou des opinions provisoires, nous rappellent les procédés socratiques et surtout la méthode syllogistique, si cultivée au moyen âge ; le corps de l'article nous rappelle l'enseignement magistral et la forme didactique d'Aristote (v. abbé Didiot, le DT Angélique S. Thomas d'Aquin, 18(.)4, 2e éd.).
S. Pierre Nolasque, fondateur d'un ordre de la Rédemption des captifs, naquit en Languedoc (1189) et prit part à la croisade contre les Albigeois. Après la bataille de Muret, où fut tué Pierre II d'Aragon (1213), il fut chargé de l'éducation du fils de ce prince. Il le suivit en Espagne, en 1215, et se voua dès lors à la rédemption des captifs. L'ordre de la Merci fut fondé à Barcelone en 1223. Son fondateur mourut en 1256. Sa fête est le 31 janvier.
Haudri — Etienne Haudri ou Haudry était secrétaire de S. Louis, qu'il suivit en Terre Sainte. Sa femme, l'ayant cru mort, se consacra à la vie religieuse dans une maison qui lui appartenait. Elle fut relevée de ses vœux au retour de son mari, mais celui-ci n'en fonda pas moins l'ordre des Havdriettes, en abandonnant la maison à 12 religieuses pauvres, avec les biens nécessaires à leur entretien. L'ordre sui-zait la règle de Saint-Augustin et se répandit en France. Il s'établit à Paris et prit le nom de Y Assomption, d'une église qui lui fut donnée (1622).
S. Roch, né à Montpellier vers 1295, d'une famille riche, distribua son bien aux pauvres et partit en pèlerinage à 20 ans pour l'Italie, alors ravagée par la peste. Il soigna et guérit un grand nombre de malades, surtout à Rome. Lui même fut atteint par le fléau, à Plaisance, et il allait périr sans secours, quand il fut découvert par un chien, dont le maître le recueillit. De retour dans sa patrie, il fut pris pour un espion et jeté en prison, où il mourut (1327). S. Roch est invoqué surtout par les pestiférés. Sa fête est le 16 août. (Etats : France, etc.)
Louis VIII, dit le Lion, né en 1187, succéda à son père Philippe-Auguste, en 1223, s'empara sur les Anglais du Poitou, du Limousin, du Périgord, de la Saintonge, etc., fit la guerre à Raymond VII, comte de Toulouse, et aux Albigeois, prit Avignon et se préparait à achever de soumettre le Languedoc, quand il mourut à Montpensier (Auvergne), en 1226. Avant son avènement au trône de France, il avait été quelque temps proclamé roi d'Angleterre par les barons révoltés ; mais, à la mort de Jean sans Terre, ceux-ci se rallièrent à Henri 111. 11 avait épousé Blanche de Castille, qui lui donna onze enfants. (V. Petit-Dutaillis, Etude sur la vie et le règne de Louis VIII, 1894).
Blanche de Castille, qui fut la mère de S. Louis, était fille du roi de Castille, Alphonse IX. Elle éleva son fils dans les sentiments d'une vraie et solide piété. Elle administra le royaume avec beaucoup de sagesse et de fermeté, pendant la minorité de son fils et pendant sa première croisade (v. Elie Berger, Histoire de Blanche de Castille, 1895).
S. Louis, fils de Louis VIII et de Blanche, né à Poissy en 1215, succéda à son père sous la tutelle de sa mère. A sa majorité, en 1236, il réprima la révolte du comte de La Marche et battit le roi d'Angleterre, allié du comte, à Taillebourg et à Saintes (1242). Au cours d'une maladie qui faillit l'emporter, en 1244, il fit vœu d'aller combattre les infidèles. Il s'embarqua, en effet, à Aiguës-Mortes, en 1248, débarqua en Egypte, prit Damiette et
HISTOIRE : XIIIe SIECLE
battit les musulmans (1250) ; mais vaincu par les maladies et la disette, il tomba, avec deux de ses frères, au pouvoir des infidèles, qui ne leur rendirent la liberté qu'au prix de 800.000 besants d'or. Dans sa captivité, il montra une grandeur d'âme qui fit l'admiration des infidèles. Il passa ensuite en Palestine et y resta encore quatre ans, faisant fortifier les places qui restaient encore aux chrétiens et rachetant les captifs. Il en délivra ainsi plus de 10.000. Cédant enfin aux instances de sa mère, régente pendant son absence, il rentra dans son royaume, qu'il gouverna sagement, abolit les duels judiciaires, etc., conclut des traités de paix avec le roi d'Aragon et le roi d'Angleterre, en s'inspirant uniquement des principes de la justice. En 1270, il entreprit une nouvelle croisade, débarqua près de Tunis, remporta quelques avantages sur les infidèles, mais mourut bieutôt de la peste, en adressant les plus sages recommandations à son fils. Modèle de droiture et de justice autant que de piété, S. Louis fut deux fois choisi pour arbitre : une première fois entre Grégoire IX et l'empereur Frédéric ; une seconde fois, entre le roi d'Angleterre et ses barons. Aucun souverain ne fut plus aimé et plus vénéré de ses sujets, qui goûtèrent les bienfaits de la paix et d'un sage gouvernement, pendant que leur roi guerroyait au dehors pour la défense de la chrétienté. S. Louis fut canonisé en 1297. Sa fête est le 25 août. (V. Lecoy de la Marche, la France sous S. Louis et sous Philippe le Hardi ; Wallon, S. Louis et son temps.
Marguerite de Provence, fille aînée de Raymond Bérenger IV, comte de Provence, née en 1221, épousa Louis IX en 1234. Elle l'accompagna dans la première croisade et déploya un grand courage, lorsque le roi eut été fait prisonnier. Elle encouragea les croisés à résister dans Damiette, qui ne fut abandonnée aux musulmans qu'après la délivrance du roi. Elle mourut en 1295. Elle était tante d'Edouard I, roi d'Angleterre.
Pastoureaux. — On donna ce nom à des troupes de pâtres et d'aventuriers qui se formèrent en France à diverses époques, en particulier en 1250, sous prétexte d'aller délivrer le roi prisonnier des musulmans. Ils eurent alors à leur tête un certain moine hongrois, Job ou Jacob. Ennemis de toute suprématie, les pastoureaux dévastaient les châteaux et les églises. Ils furent dispersés ou détruits dans le Berry et près de Heaucaire (1251). D'autres pastoureaux apparurent de même en 1317.
Etienne Boileau, né à Angers et mort vers 1269, fut prévôt de Paris sous S. Louis. Non seulement il maintint dans sa capitale une excellente police et doubla les revenus de la couronne, mais il codifia encore les règlements des corporations de métiers alors existantes. De là son Livre des métiers, rédigé entre 1261 et 1269, où il mit en ordre les usages traditionnels, après avoir fait approuver sa rédaction par les bourgeois les plus compétents et les plus anciens.
Robert de Sorbon, né en 1201, à Sorbon, près de Rethel, et mort en 1274, fut chapelain et confesseur de S. Louis, devint chanoine de Cambrai, puis de Paris, et fonda la Société de Sorbonne (entre 1242 et 1257), qui fut d'abord un simple collège, mais devint la célèbre faculté de théologie de Paris. Robert se proposait, par cette fondation, de relever l'enseignement de la théologie et aussi d'assurer aux maîtres et aux élèves une habitation convenable. Louis IX confirma cette fondation en
Raoul d'Harcourt, chanoine de Paris, archidiacre de Rouen et de Coutanees, fut conseiller de Philippe le Bel. Il fonda â Paris, en 1280, le collège d'Harcourt (emplacement actuel du lycée Saint- Louis). La maison d'Harcourt tirait son nom du bourg d'Harcourt (Eure), et elle avait pour fonda-
teur Bernard le Danois, parent du fameux Rollon.
Charles d'Anjou, un des frères de S. Louis, d'abord comte d'Anjou et de Provence, devint roi de Naples, en 1264. Il avait suivi son frère en Egyyte et partagé sa captivité (1250). En Sicile, il ne sut établir son autorité et perdit cette île à la suite des Vêpres siciliennes (1282), où tous les Français qui se trouvaient dans Palerme furent massacrés. Il mourut en 1285.
Jean de Procida, seigneur de l'île de Procida, fut le principal instigateur des Vêpres siciliennes. Habile médecin, il s'était concilié la faveur de l'empereur Frédéric, puis de Conrad et de Mainfroi. Banni de Naples et dépouillé par Charles d'Anjou, il médita de se venger en appelant au trône des Deux-Siciles Pierre III d'Aragon. Déguisé en moine, il parcourut la Sicile et organisa, dit-on, la conspiration qui aboutit au massacre connu sous le nom de Vêpres siciliennes. Il mourut vers 1300.
René de Beauvau accompagna Charles d'Anjou et l'aida à conquérir le royaume de Naples (1264) ; il gagna la bataille de Bénévent et fut fait connétable. La maison de Beauvau, originaire de l'Anjou, fut naturalisée ensuite en Lorraine.
Robert de Clermont, né en 1256 et mort en 1318, était le 6e fils de S. Louis. 11 épousa, en 1272, Béatrix, héritière de Bourbon, et devint ainsi la tige de la maison de Bourbon, qui monta sur le trône avec Henri IV.
Bourbons. — Cette famille princière, issue de Robert de Clermont, compte plusieurs branches. La branche aînée a fourni des ducs qui se signalèrent sous Charles V, Charles VI et Charles Vil : le connétable de Bourbon, etc. La branche cadette parvint au trône avec Henri IV, fils d'Antoine de Bourbon. Une 3e branche, les Bourbons-Orléans, descend de Philippe, fils de Louis XIII et frère de Louis XIV ; elle est arrivée à la régence sous Louis XV, avec Philippe d'Orléans, et au trône avec Louis-Philippe. — De Philippe V, petit-fils de Louis XIV, descendent les Bourbons d'Espagne, du royaume de Naples et du duché de Parme.
Philippe III le Hardi, né en 1245, avait accompagné Louis IX sur les côtes de Tunis. Reconnu roi après la mort de son père, il remporta quelques avantages sur les musulmans et se hâta de rentrer en France. Il maintint avec énergie les droits de la couronne. Après le massacre des Vêpres siciliennes (1282), il fit la guerre à Pierre III d'Aragon et soumit une partie de la Catalogne. Arrêté par la maladie, il vint mourir à Perpignan.
Philippe IV le Bel succéda à son père Philippe le Hardi, â l'âge de 17 ans. Il traita avec le roi d'Aragon et fit une guerre heureuse contre le comte de Flandre, que soutenait le roi d'Angleterre. Survinrent ses violents démêlés avec Boniface VIII, qui lança contre lui plusieurs bulles, l'excommunia et mit le royaume en interdit. Philippe convoqua les Etats généraux ( 1302) pour appuyer sa résistance. Excommunié une seconde fois, il envoya Nogaret en Italie, qui exerça des violences odieuses sur la personne du pape. En même temps Philippe soumettait les Flamands, qui s'étaient révoltés. Les successeurs de Boniface VIII se montrèrent plus indulgents envers lui. Clément V (Bertrand de Got), pape français, transporta même son siège à Avignon. Au concile de Vienne (1312), Philippe obtint l'abolition de l'ordre des Templiers et s'empara de leurs biens. 11 mourut deux ans après (1314). Philippe est le premier qui ait porté le titre de roi de France et de Navarre. Il ('tait devenu roi de Navarre par son mariage avec la reine Jeanne. Il ajouta encore au domaine royal la Champagne, la ville de Lyon, etc.
Pierre Flotte, légiste, né vers 1250, devint chancelier de Philippe le Bel, qu'il aida de toute son énergie dans la lutte contre Boniface VIII. Il