PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
périt dans la guerre de Flandre, à la bataille de Courtray (1302).
Nogaret. — Guillaume de Nogaret, qui avait professé le droit à Montpellier (1291-93), devint l'un des conseillers et des agents de Philippe le Bel (1296), qui l'envoya en Italie en 1303. Avec Sciarra Colonna, il s'empara de la personne du pape, à Anagni, après une lutte sanglante. Plus tard il se vanta d'avoir sauvé la vie du pape dans cette circonstance. Mais Benoît XI, qui avait été témoin de l'attentat, l'excepta seul de l'amnistie accordée aux agents du roi, Peut-être Nogaret contribua-t-il à l'empoisonnement de ce pape, qui se montra toujours inflexible envers lui. En 1307, il fit arrêter les Templiers de Paris en qualité de garde des sceaux. 11 parvint k se faire absoudre au tribunal de Clément V, à Avignon (1310-11) et jouit jusqu'à sa mort (1313) de la faveur royale.
Jacques de Molay, né dans le Jura, vers 1244, entré dans l'ordre des Templiers vers 12G5, en fut le dernier grand maître Rappelé d'Orient en France, vers 1305, par le pape Clément V, il fut d'abord bien accueilli; mais, en 1307, il fut arrêté à l'improviste avec tous les Templiers et accusé des crimes les plus odieux. Mis à la torture, il fit quelques aveux qu'il rétracta ensuite. Condamné à mort, il fut brûlé vif, le 18 mars 1314, à la pointe de l'île de la Cité, à Paris (Pont-Neuf|. On rapporte qu'en mourant, il cita au tribunal de Dieu le roi et le pape, qui, en effet, moururent peu après.
Guy de Dampierre, comte de Flandre et marquis de Namur, avait accompagné S. Louis en Afrique (1270). Ayant marié sa fille au roi d'Angleterre, Edouard, sans l'autorisation de son suzerain, Philippe le Bel, celui-ci lui déclara la guerre, le vainquit à Fûmes (1297) et s'empara de la plus grande partie de la Flandre. Guy vint alors implorer la clémence du roi, qui le retint prisonnier. 11 mourut à Pontoise, en 1305.
(Guerre des Albigeois.)
Pierre de Castelnau, qui fut envoyé par Innocent 111 comme légat extraordinaire dans le midi de la France, pour rechercher les hérétiques albigeois et s'opposer aux progrès de l'hérésie, était religieux de Cîteaux et archidiacre de Maguelonne. Il fut accompagné de S. Dominique, qui put constater l'insuffisance des moyens employés par le dévoué légat. Celui-ci finit par être massacré sur les terres du comte de Toulouse, Raymond VI (1208). Ce fut l'origine de la guerre des Albigeois.
Raymond VI, comte de Toulouse, né en 1156, favorisa l'hérésie des Albigeois et fut accusé du meurtre de Pierre de Castelnau. 11 fut excommunié et dépouillé de ses Etats par Simon de Montfort, chef de la croisade dirigée contre les Albigeois. Mais il put rentrer ensuite dans ses Etats et s'y maintint jusqu'à sa mort (1222). Bien que marié 5 fois, il ne laissait que deux enfants légitimes, Raymond VII et Constance, mariée à SancheVIII roi de Navarre.
Raymond VIII, dernier comte de Toulouse, né à Beaucaire en 1 197, favorisa lui aussi l'hérésie albigeoise et fut excommunié deux fois. Il finit par se réconcilier avec le pape et avec le roi de France (1229). Il abandonna à Blanche de Castille, régente de France, le bas Languedoc et mourut à Millau (1249), laissant le reste de ses Etats àsa fille Jeanne, qu'il dut marier à Alphonse, comte de Poitiers, frère de S. Louis (1237). A la mort d'Alphonse de Poitiers (1271), son vaste héritage fut réuni à la couronne.
Simon de Montfort, d'abord baron, puis comte de Montfort, né vers 1160, d'une famille originaire de Montfort-l'Amaury, prit part d'abord à la croisade de 1 199 prêchée par Foulques de Neuilly ; mais il se sépara des croisés, à Zara, quand ceux-ci se proposèrent d'attaquer l'empire de Constanti-
nople, au lieu d'aller en Palestine. Avec quelques compagnons, Simon fit un pèlerinage dans cette dernière contrée et s'y distingua contre les musulmans. A son retour, il fut élu chef de la croisade contre les Albigeois (1208), prit Béziers, Carcassonne, battit à Muret (1213) Pierre II, roi d'Aragon, allié des Albigeois, dépouilla Raymond de Toulouse et fut investi de son comté. Il périt en assiégeant Toulouse, qui s'était révoltée (1218). On le surnomma le Maccabce de son siècle. — Son fils aîné, Amaury, ne put conserver le comté de Toulouse et céda ses droits à Louis VIII, roi de France; il fut fait connétable en 1231. Il mourut au retour d'une expédition en Terre Sainte ( 1241 ). — Un autre Simon de Montfort, frère du précédent et 3e fils du vainqueur de Muret, né vers 1213, devint comte de Leicester et joua un grand rôle en Angleterre, où il devint le beau-frère de Henri III. 11 combattit avec celui-ci contre S. Louis àTaillebourg (1242), devint gouverneur de la Gascogne, puis fut mis à la tête de la coalition des barons anglais qui imposèrent à Henri III les Provisions d'Oxford (1258). Il fut tué à la bataille d'Evesham (1265), où triompha le parti royaliste.
(Espagne.)
Pierre. — Ce nom fut porté par 4 rois d'Aragon, etc. Pierre II succéda à son père Alphonse II (1196-1213), chassa les Vaudois de ses Etats, s'allia au r«,i de Castille contre le roi de Navarre, puis, avec eux, vainquit les Almohades à las Navas de Tolosa (1212). Il soutint ensuite les Albigeois contre Simon de Montfort et fut tué à Muret (1213). — Pierre III, dit le Grand, né en 1239, succéda à Jacques I son père (1276-1285), se fit proclamerroi des Deux-Siciles après les Vêpres siciliennes (1282), fut excommunié par le pape Martin IV et d,ut défendre ses propres Etats contre Charles de Valois.
Jacques ou Jayme, nom de 2 rois d'Aragon, de plusieurs rois de Majorque, etc. Jacques I, roi d'Aragon, surnommé le Conquérant ou le Belliqueux, né à Montpellier en 1206, régna en 1213, conquit sur les Maures le royaume de Valence et les Baléares (1229), traita avec S. Louis (1258) qui, par le traité de Corbeil, renonça aux comtés de Barcelone et de Roussillon et à la seigneurie de Montpellier. Il mourut en 1276, laissant deux fils : Pierre III, qui régna en Aragon, et Jacques I roi de Majorque. — Jacques II, roi d'Aragon, fils de Pierre III, avait d'abord gouverné la Sicile pour son père ; il succéda à son frère aîné, Alphonse III, comme roi d'Aragon, en 1291. Il mourut en 1327, après avoir confirmé en 1325 les privilèges des Aragonais.
Alphonse X, dit F Astronome et le Sage (ou le Savant), roi de Léon et de Castille, succéda à son père Ferdinand en 1252, fut appelé à l'empire d'Allemagne par un parti de seigneurs allemands (1257), mais ne put jamais faire valoir ses droits. Son héritier présomptif, D. Fernando de la Cerda, étant mort, la Castille se déclara pour don Sanche, second fils du roi, au préjudice des infants de la Cerda, qui, malgré l'appui du roi de France, ne purent être rétablis sur le trône. Alphonse mourut en 1284. Il avait cultivé beaucoup les sciences arabes et donné à ses sujets un recueil de lois, en 1200, intitulé les Sept Parties. Il fit dresser les tables astronomiques dites Tables Alphonsines et composer une Chronique d'Espagne. Il est aussi l'auteur de poésies.
(Italie.)
Grimaldi. — Cette famille génoise, qui régna sur la principauté de Monaco, dont elle avait chassé les Sarrasins (968), occupa pendant plusieurs siècles les plus hautes dignités de Gênes. Avec les Fieschi, les Grimaldi étaient à la tête du parti guelfe. Ils acquirenl des fiefs considérables dans le royaume
HISTOIRE : XIII0 SIECLE
de Naples et en France, où ils possédèrent le duché de Valentinois. Un membre de cette famille, Renier ou Raimond Grimaldi. amiral de France sous Philippe le Bel, dissipa la flotte du comte de Flandre sur les côtes de Zélande (1304).
Fiesque. — Cette illustre famille génoise possédait, dès '.J'J4, le comté de Lavagna. Elle donna à l'Eglise 2 papes (Innocent IV et Adrien V), 30 cardinaux, plus de 300 prélats. Au XIIIe siècle, elle fut expulsée avec les Grimaldi (1296) par les Doria et les Spinola, qui étaient Gibelins. Mais les Doria et les Spinola se divisèrent ensuite, et le peuple fatigué exclut du pouvoir les familles nobles (1339).
Dandolo. — Cette illustre famille de Venise fournit plusieurs doges à la République. Le plus connu, est Henri Dandolo, élu doge en 1192, à l'âge de 82 ans, l'un des principaux chefs de la 4e croisade (1202-1204). 11 fit prendre Zaraparles croisés au profit de Venise et les détermina à attaquer Constantinople, dont ils s'emparèrent. 11 obtint pour Venise un quartier de cette ville, les Cyclades, les Sporades, une partie de la Morée,etc.,et fit apporter à Venise une foule de chefs-d'œuvre.
Gradenigo. — Nom de plusieurs doges de Venise. Le premier, Pierre Gradenigo, doge de 1289 à 1311, fut élu par l'aristocratie, malgré le peuple, qui avait proclamé Jacques Tiépolo. 11 soutint contre les Génois une guerre malheureuse ( 1293- 1299), enleva au peuple le droit d'élection, organisa le grand conseil, déjoua plusieurs conspirations, créa le Livre d'or, qui consacra les prétentions de l'aristocratie, etc.
Maison d'Esté. — Cette illustre famille, ainsi nommée de la ville d'Esté, près de Padoue, régna sur Padoue, Modène, Ferrare, Reggio, etc., fut la tige de plusieurs branches, entre autres celle des ducs de Brunswick, qui a régné sur le Hanovre et règne encore sur l'Agleterre (v. Henri le Lion).
Gapulets et Montaigus. — L'inimitié réciproque de ces deux familles gibelines de Vérone est devenue proverbiale. L'histoire de Roméo et Juliette empruntée à leurs rivalités a été mise en nouvelle italienne par Bandello, en 1554, et portée sur la scène par Shakespeare. Les Véronais, qui la regardent comme véridique, la rapportent à l'année 1303. Roméo et Juliette furent les tristes victimes de la haine de leurs familles.
Délia Scala. — Les Délia Scala étaient une famille gibeline de Vérone au XIRe et XIVe siècle. Le membre le plus illustre, Cane I le Grand, prit Padoue, Vicence, Feltre, etc., et fut capitaine de la ligue gibeline de la Lombardie. Dante trouva asile auprès de lui. Il mourut en 1329.
Visconti. — Cette famille illustre de Milan donna pendant deux siècles des princes et des maîtres à cette ville. Les Visconti étaient à la tête du parti gibelin. Les plus célèbres furent Mathieu et Galêas Visconti (v. XIVe siècle). Cette famille s'allia ensuite aux Sforsa, qui la remplacèrent.
Ugolin appartenait à une famille puissante de Pise, qui soutint d'abord le peuple contre l'aristocratie, puis se déclara pour les empereurs et fut à la tête du parti gibelin. Ugolin tenta de se rapprocher des Visconti pour asservir son pays ; mais ses menées furent découvertes (1274) et il fut banni. Aidé des Florentins et des Lucquois, il força les Pisans à le rappeler et leur imposa son autorité. Mais les Pisans se révoltèrent en 1288, le prirent dans son palais, avec trois de ses fils et un de ses petits-fils ; on les enferma dans une tour près de la ville, où on les laissa mourir de faim. Dante a décrit et immortalisé son supplice.
Strozzi. — Cette illustre famille florentine se distingua dans les lettres et les sciences non moins que dans la politique et la guerre. Elle servit la cause des guelfes, mais résista vainement à la famille des Médicis (v. ce nom), du parti gibelin, à laquelle
d'ailleurs elle s'était alliée. Plusieurs Strozzis servirent la France au XVIe siècle.
Colonna. — La famille des Colonna, originaire du bourg de Colonna, près de Rome, est célèbre par ses luttes contre les Orsini. Elle a fourni, entre autres personnages célèbres, sans parler du pape Martin V : jEgidius Colonna ou Gilles de Rome, qui brilla parmi les professeurs de théologie de l'Université de Paris et devint général des Augustins, puis archevêque de Bourges (1295). Il fut chargé de l'éducation de Philippe le Bel et on lui a attribué le De rejimine principum, dont le commencement est de S. Thomas. — Jacques Colonna, créé cardinal par Nicolas III et son frère Sciarra Colonna, qui furent proscrits par Boniface VIII. Ce fut, dit-on, Sciarra Colonna qui osa souffleter le pape avec son gantelet de fer, à Anagni (1303). — Leur frère Etienne se rattacha au parti guelfe, que sa famille avait combattu.
Orsini ou des Ursins. — Cette famille illustre des Etats romains, rivale des Colonna, soutenait, avec les guelfes, la cause des papes et celle de l'indépendance italienne. Elle donna un pape, pendant le XIIIe siècle : Jean-Gaétan, qui devint Nicolas III, et un autre, pendant le XVIIIe siècle : Pierre-François, qui prit le nom d'Innocent XIII. (Allemagne.)
Frédéric II. — Avec cet empereur, la lutte de . l'empire et de la papauté continue et s'aggrave même encore. Fils de Henri VI et de Constance de Sicile, Frédéric fut élevé par les soins du pape Innocent III, qui était son tuteur et qui l'opposa, en 1212, à Othon IV, à condition qu'il abandonnerait les Deux-Siciles. Mais Frédéric éluda ses promesses, s'établit à Naples, y créa une université et s'entoura de Sarrasins. Excommunié par Grégoire IX, il entreprit néanmoins une croisade et alla jusqu'à Jérusalem, que les musulmans lui abandonnèrent (1228). A son retour, il vainquit Jean de Brienne , son beau-père, signa avec le pape la paix de San Germano (1231), réprima en Allemagne la révolte de son fils Henri ( 1235), puis attaqua la ligue lombarde et l'écrasa à Corte-Nuova (1237). Il fut excommunié de nouveau par Grégoire IX, puis par Innocent IV, qui le déposa au concile général de Lyon (1245). A partir de ce moment, sa puissance déclina rapidement. Il eut à lutter, en Allemagne, contre ses rivaux, Henri Raspon et Guillaume de Hollande ; les Italiens le vainquirent, et il mourut à Fiorentino, dans la Pouille, en 1250. Plus italien qu'allemand et initié à toutes les connaissances de son temps, Frédéric ne fut pas seulement un monarque, mais encore un lettré et un philosophe. Il joua un rôle équivoque et même pernicieux dans le contact que prenait à cette époque la philosophie chrétienne et scolastique avec la philosophie orientale, incrédule ou superstitieuse. Grâce à la protection qu'il accorda aux Arabes, aux Juifs, aux incrédules, l'averroïsme se répandit parmi les Latins et fit trop sentir son influence, même à des docteurs orthodoxes. On a prétendu que deux fils d'Averroès avaient vécu à la cour de Frédéric. Ce qui est certain, c'est que, selon le témoignage de Renan, la cour de Frédéric et plus tard celle de Manfred devinrent un centre actif de culture arabe et d'inditt'érentisme religieux. Frédéric entretenait aussi des relations avec le médecin arabe Taki-Eddim, le Juif de Tolède Juda Cohen, le philosophe arabe lbn-Sabin, qui inclinait au matérialisme et à l'incrédulité complète. Aussi n'est-il pas étonnant que Frédéric ait été regardé comme l'inspirateur, sinon l'auteur, du livre aussi fameux que scandaleux intitulé De tribus impostoribus, où Moïse et Jésus-Christ étaient comptés avec Mahomet parmi les imposteurs, et que Grégoire IX ait écrit de lui : « Il se félicite d'être appelé le précurseur de l'Antéchrist. » On attribue encore à Frédéric, entre autres ouvrages, une série de Questions philo-