PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
complète de ses Œuvres (Montreuil-sur-Mer, 1806. T. I, in— 1). L'ouvrage entier en comprendra 4s.
Torquemada (Jean de), de la même famille que le célèbre inquisiteur, et dominicain comme lui, naquit à Yalladolid (1388-1468), brilla au concile de Bâle (1431-1437) comme théologien du pape, qui lui donna le titre de Défenseur de la foi. 11 contribua à la condamnation des erreurs de Wiclef et de Jean Huss et au maintien de la France dans l'obédience d'Eugène IV. 11 fut fait évèque de Palestrina et devint cardinal. On a de lui des ouvrages de théologie et des Commentaires sur le Décret de Gratien.
Tostat. — Les écrits de Tostat, qui devint évèque d'Avila, reflètent comme ceux du précédent, la science ecclésiastique et philosophique de ce temps. 11 est vrai que Tostat se montre téméraire en théologie et soutient quelques propositions contraires au dogme de la rémission des péchés et à la supériorité du pape sur les conciles et les docteurs. Il fut, pour ces erreurs, combattu par Jean de Torquemada et obligé de s'expliquer devant Eugène IV. Mais Tostat est plus exact en philosophie; s'il combat les opinions de saint Thomas, c'est sur des points accessoires, par exemple quand il soutient qu'il n'y a pas de différence réelle entre l'intellect agent et l'intellect patient.
Dominique de Flandre, qui florissait vers 1470, appartenait à l'ordre des Frères Prêcheurs. 11 enseigna pendant plusieurs années la philosophie à Bologne, où il jouit d'une grande célébrité. On raconte qu'il répondit victorieusement dans une discussion publique au fameux Jean Argyropile. On peut le citer à côté de Capreolus, du Rouergue, qui commenta les Sentences (XIVe s. fin), et des meilleurs thomistes.
Nicolas de Orbellis, mort en 1455, continua les traditions du scotisme. Né dans l'Anjou et devenu franciscain, il montra un grand zèle pour la doctrine du Docteur subtil. Son Commentaire des Sentences devint le Manuel des écoles franciscaines de ce temps; il servait d'introduction aux ouvrages de Scot. Il est aussi l'auteur de diverses gloses et d'une petite Somme (Sum nnilu) sur la Loyique de Pierre d'Espagne, autre ouvrage classique qui fut longtemps en honneur dans les écoles.
Nicolas de Cusa, fils d'un pêcheur, naquit à Cusa (Trêves), aux bords de la Moselle (1401-1464), étudia dans les universités allemandes, prit le doctorat en droit canon à Padoue, fut doyen de Coblentz, évèque de Brixen et cardinal. De même que Gerson, il travailla beaucoup à la réforme du clergé et au rétablissement de l'unité ecclésiastique ; il se distingua au concile de Bâle, où il figura comme archidiacre de Liège, et publia son livre de Concordia catholica, où il se montre favorable au pouvoir du Concile. Admirateur de saint Thomas, il ordonna que son clergé s'instruisît dans les ouvrages de ce maître touchant les articles de foi et les sacrements. Mais Nicolas de Cusa n'en fut pas moins ouvert aux idées de toutes les écoles et des auteurs les plus divers. Ses ouvrages, en effet, attestent, avec de l'originalité, une grande lecture et des connaissances universelles. Malheureusement son éclectisme et son érudition manquent de discernement.
En mathématiques et en sciences physiques, il fut plus heureux. On lui doit des projets de réforme du calendrier; il tssaya de ressusciter l'hypothèse pythagoricienne du mouvement de la terre autour du soleil, hypothèse qui fut confirmée par Copernic un peu plus tard. Mais il prétendit prédire la fin du monde pour 1734. Bref, considéré comme savant et aussi comme philosophe syncrétiste, chez lequel se mêlent de nouveau toutes les idées an-
ciennes, sans parvenir à s'organiser, Nicolas de Cusa peut être regardé comme un précurseur de la Renaissance.
Olivier Maillard (1440-1503), franciscain, né en Bretagne, docteur en Sorbonne et professeur de théologie, devint prédicateur de Louis XI. Ses sermons, en langage macaronique, sont un monument curieux de cette époque. Il y invective avec violence toutes les classes de la société.
Savonarole (1452-1498), dominicain, est peutêtre le personnage le plus extraordinaire de cette époque. Né à Ferrare, il joua à Florence un rôle retentissant, qui fut mal compris de ses contemporains. Excommunié par Alexandre VI Borgia, poursuivi par ses ennemis politiques et abandonné par le peuple, il fut mis à la torture et brûlé. Savonarole se montra également hostile aux subtilités inutiles de certains philosophes et à la littérature superficielle des humanistes de la Renaissance, qui, par amour d'une certaine forme de la pensée, en arrivaient à mépriser la sainte Ecriture et àjse prévaloir de leur ignorance et de leur incrédulité railleuse comme d'une souveraine science. La dictature religieuse qu'il exerça un moment à Florence, avait pour but de réaliser ces sublimes paroles gravées autrefois sur la façade du palais public : Jésus Christus rex Florentinorum. Elle fut donc naturellement une réaction contre l'influence des Médicis et des Académiciens. Il reprochait aux Florentins de boire dans la coupe des réprouvés, c'est-à-dire « aux sources corrompues de l'antiquité païenne ». Mais, en réalité, Savonarole savait tirer des auteurs païens ce qu'ils contiennent de juste etjde bien. « .Ses Paroles sur Fart, récemment publiées par M. Gruyer, dit à ce sujet M. Huit, attestent à quel point il avait subi lui aussi l'influence de l'esthétique idéale du Banquet » (V. le P. Bayonne, O. P., Kiude sur Jérôme Savonarole d'après de nouveaux documents, 1879).
Gajetan (1469-1534). — Le cardinal Cajetan, ainsi nommé de Gaëte, sa patrie, s'appelait Thomas de Vio. Entré à 16 ans chez les dominicains, il montra un talent égal à son zèle pour l'étude. A 26 ans, il soutenait solennellement des thèses devant le duc de Ferrare et Pic de la Mirandole, et répondait avec tant de bonheur que Pic lui-même, dont il avait résolu toutes les solutions, l'embrassa avec effusion et demanda qu'il fût créé sur-le-champ maître en théologie ; ce qui fut fait. Cajetan professa à Pavie, fut procureur de son ordre en 1500, général en 1508, cardinal en 1517. Envoyé en Allemagne, l'année suivante, pour ramener Luther à l'Eglise, il échoua : le diplomate fut au-dessous du philosophe. Cajetan s'est distingué surtout comme commentateur de S. Thomas.
Le Ferrarais (1474-1528). — Il en est de même du Ferrarais, de son vrai nom François Sylvestre, né à Ferrare. 11 mourut à Rennes, au cours de sa visite des provinces françaises de son ordre, dont il était maître général. Il commenta Aristote et S. Thomas. Son œuvre la plus remarquable est un Commentaire de la Somme contre les Gentils, que Léon XIII a ordonné de rééditer avec les Œuvres de l'Ange de l'Ecole.
(Hellénistes, platoniciens.) Lascaris (Constantin) fut un des Grecs qui contribuèrent à la renaissance des lettres en Europe. Venu en Italie en 1454, après la chute de Constantinople, il enseigna le grec à Milan, où il avait été appelé par François Sforza, puis à Rome, où il vécut dans le palais de Bessarion, et à Naples, où l'appela le roi Ferdinand. 11 mourut à Messine en 1493. On a de lui une Grammaire (jrecque, etc.
Pléthon, mort en 1452. — Contrairement à certains scolastiques qui abusaient de l'autorité d'Aristote, les premiers lettrés de la Renaissance exalté-
HISTOIRE : XVe SIÈCLE
rent le nom de Platon et sa doctrine, ou plutôt le néo-platonisme. Le premier auteur de ce mouvement platonicien, qui se développa surtout en Italie, fut le Grec Georges Gemistus, surnommé Plêthon, né à Constantinople vers 1375. Venu au concile de Florence, en 1438, avec Bessarion et Gaza, il [s'opposa d'abord à laVéunion des deux Eglises, grecque et latine; mais il se rallia plus tard à l'Eglise romaine. A Florence, il exposa devant un public d'élite et avec le plus grand succès ses idées p*hilosophiques, attaquant vivement la théologie et la morale d'Aristote. On lui prête cette parole : « Entre Aristote et Platon il faut choisir. » Son ouvrage de la Différence dn platonisme et du pèripatètisme fut le signal de vives polémiques et de la renaissance des études grecques. Si Ton en juge par quelques pages du Traite des lois, condamné à la destruction par'Gennade, patriarche de Constantinople (Scholari, ou Scholarius), Plêthon aurait substitué, pour ainsi dire, à l'Evangile une sorte de mysticisme alexandrin. Quoi qu'il en soit, il inspira son enthousiasme à ses auditeurs, surtout à Cosme de Médicis, duc de Toscane, à son fils et à son neveu. Cosme résolut de fonder Y Académie platonicienne de Florence, qui devint si célèbre et dont Marsile Ficin fut la lumière. Plêthon mourut en 1452, à un âge avancé et jouissant d'une immense réputation (v. Huit, le Platonisme à la Renaissance).
Bessarion (1395-1472). — Sans pousser aussi loin l'enthousiasme pour Platon, Bessarion continua les mêmes enseignements. Né à Trébizonde et d'abord moine basilien, puis archevêque de Nicée et délégué de l'empereur Paléologue au concile de Ferrare, il se prononça pour les Latins et gagna l'empereur, fut créé cardinal et se fixa en Italie, où sa maison devint une sorte d'académie. Les papes honorèrent celui qu'on avait justement surnommé « le plus Latin des Grecs et le plus Grec des Latins » ; il fut même deux fois sur le point d'être élu par le Sacré Collège. 11 estaya de concilier Platon et Aristote ou plutôt leurs partisans, qui luttaient avec acharnement ; mais la nature de son esprit l'inclinait plutôt vers le premier, pour lequel il professait une grande admiration. On lui doit la traduction des Mémorables de Xénophon, de la Métaphysique d'Aristote, de fragments métaphysiques de Théophraste. Il défendit Platon contre les attaques de Georges de Trébizonde.
Marsile Ficin (1433-1499). — Mais le platonicien le plus remarquable du XVe siècle est Marsile Ficin, « âme platonicienne dans un corps socratique », comme disaient ses amis. Son père, premier médecin de Cosme, le destinait à la médecine ; mais le duc aima mieux que le jeune homme s'appliquât aux lettres grecques, sous la direction de Pléthon. Il lui prodigua tous les moyens de s'instruire et le préposa kY Académie de Florence, qui jeta le plus vif éclat, mais ne survécut guère à ses fondateurs. Ficin a rendu de grands services aux lettres en traduisant les principaux ouvrages de la philosophie platonicienne. Grâce à lui, les Latins possédèrent pour la première fois toute l'œuvre de Platon, comme ils possédaient depuis deux ou trois siècles toute l'œuvre d'Aristote. L'édition princeps de cette traduction parut vers 1483 : elle était dédiée à Laurent de Médicis. Cousin a reproché au traducteur de manquer de critique ; mais il était difficile de mieux réussir dans cette entreprise, à cette époque. Ficin attribuait le Parménide à Platon et pensait même que le fondateur de l'Académie s'y était surpassé. C'est dire que Ficin interprétait la doctrine platonicienne comme les alexandrins. On lui a reproché, avec raison, de manquer de véritable esprit philosophique et de n'avoir qu'une doctrine d'emprunt. Il s'attacha, avec un certain succès, à se garder des plus graves exa-
gérations, tout en professant une admiration outrée pour Platon, auquel il rendait une sorte de culte. Chargé, comme prêtre, à 42 ans, de la direction de deux églises de Florence, il allait jusqu'à recommander du haut de la chaire la lecture du philosophe grec, et s'efforça même, dit-on, de lui faire des emprunts liturgiques.
Jean Pic de la Mirandole (1463-1494) apprit le droit à Bologne, puis étudia sous Marsile Ficin, qui l'adopta, pour ainsi dire. Il ne voulut rien ignorer de ce qu'enseignaient les théologiens et les philosophes de son temps, sans en excepter la méthode de Lulle, et devint un phénomène d'érudition et de science précoce. A 23 ans (en 1486), il provoquait à Rome tous les savants de l'Europe, s'ofirant à payer leur voyage et à discuter avec eux 900 propositions ou thèses écrites « à la mode de Paris » et de omni re scibili. Cette joute n'eut pas lieu, car plusieurs de ces propositions furent dénoncées et censurées. Mais Pic écrivit une apologie et obtint d'Alexandre VI une justification, tout au moins personnelle, en 1493. Il atteignait à peine 32 ans, quand il mourut. Depuis quelque temps il avait dit adieu aux vanités et aux fautes de sajeunesse pour se consacrer, dans la retraite, à l'étude des Ecritures, à la pratique de la charité et des autres vertus.
Tout en montrant beaucoup d'inclination pour le platonisme, Pic chercha à concilier Platon et Aristote, Scot et S. Thomas, Avicenne et Averroès. Cet éclectisme était exagéré. Il ne sut pas non plus se défendre de certains préjugés cabalistiques, quoiqu'il fût d'ailleurs l'adversaire de l'astrologie : le platonisme excessif a toujours eu de l'affinité pour ces sortes d'erreurs.
Jean Reuchlin (1455-1522) se distingua parmi les savants et les lettrés de son temps, mais donna dans les rêveries du pythagorisme et de la cabale. Né à Pforzheim (Bade), il étudia le droit, la philosophie, apprit à fond le grec et l'hébreu, que lui enseignèrent plusieurs maîtres juifs, visita comme envoyé ou pour ses études la France^ et l'Italie, fut inquiété pour ses opinions par les théologiens de Cologne, mais en appela à Rome et évita une condamnation. Entre autres ouvrages, il a écrit De arte cabalistica et De Verbo mirifico. Il croyait retrouver tous les dogmes chrétiens dans l'Ancien Testament et attribuait, par exemple, les plus hautes significations aux simples caractères du nom de Jéhovah. Contemporain et ami du nominaliste Biel, il ne connut guère de la scolastique que les abus et s'adonna à des subtilités plus dangereuses que celles qu il méprisait. Il attaqua les ordres religieux et le pouvoir pontifical ; il prépara ainsi la révolte de Luther. Mélanchthon était son neveu. Cependant les novateurs ne purent l'arracher à la foi catholique.
Cornélius Agrippa (1486-1535) naquit à Cologne d'une famille noble et porta d'abord les armes pendant sept ans ; il fut même fait chevalier de la Toison-d'Or ; puis il s'éprit de science et étudia tout ce qu'on enseignait de son temps, se fit recevoir docteur en médecine, s'adonna à l'alchimie et parcourut la France et l'Espagne, tentant de fonder des associations secrètes. En 1509, il enseigne l'hébreu à Dôle et y commente le De verbo mirifico de Reuchlin. Accusé d'hérésie par les cordeliers, il s'enfuit à Londres. En 1510, il enseigne la théologie à Cologne; en 1511, il est choisi pour théologien à un concile de Pise par le cardinal Santa-Croce ; un peu plus tard, à Pavie, il fait des leçons sur Mercure Trismégiste et s'attire une accusation de magie ; elle se renouvelle quelque temps après, à Metz, où il avait été nommé syndic et avocat de la ville. Il visite alors Genève, Fribourg, Lyon, se fait nommer, par François Ier, médecin de Louise de Savoie, mais refuse d'être son astrolo-