PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
pour la Ligue. Pour anéantir celle-ci, Henri III fit alors assassiner Henri de Guise et le cardinal son frère (déc. 1588). Mais le duc de Mayenne remplaça le duc de Guise à la tète des ligueurs. Henri III se tourna donc vers Henri IV, et les deux rois vinrent assiéger Paris. Henri III fut alors assassiné, à Saint- Cloud, par Jacques Clément (1589). Henri III avait institué l'ordre du Saint-Esp?'it en 1578. 11 avait épousé Louise de Lorraine, sœur du duc de Mercœur, en 1575.
Guises (les), famille à laquelle appartiennent : François de Lorraine, duc de Guise, grand capitaine, qui enleva Calais aux Anglais, devint le chef du parti catholique sous François II, fut assassiné par Poltrot de Méré (1519-1563) ; — le cardinal de Lorraine, frère du précédent (1525-1574); — Henri I de Lorraine, le Balafre, fils de François, chef de la Ligue, assassiné avec son frère le cardinal de Guise, par ordre de Henri III (1550- 1588).
La Ligue, dite aussi Sainte-Union, formée en 1576, fut à la fois catholique et démocratique ; elle eut pour base les confréries professionnelles ou corps de métiers. Religieuse et nationale en principe, elle réussit, malgré les excès de ses partisans, l'ambition de ceux qui la dirigèrent et ses défaites apparentes, à sauver la France catholique, menacée d'être absorbée par l'hérésie. A la uiort du duc d'Anjou, héritier présomptif de la couronne de France, les ligueurs déclarèrent le roi de Navarre, prince protestant, déchu de ses droits. Vainement Henri de Guise, le roi de la Ligue, fut assassiné ; vainement Henri III et Henri IV se coalisèrent et vinrent assiéger Paris. La Ligue ne fut vraiment vaincue ou plutôt dissipée que lorsque Henri IV eut abjuré et qu'elle eut perdu ainsi sa raison d'être (V. A. Baudrillart, la France catholique en face du protestantisme art, XVF siècle, dans la France chrétienne, 1896; deMeaux,/es Luttes religieuses en France au XVIe siècle, 1879).
L'Hôpital (Michel de), né en Auvergne, en 1506, devint chancelier de France en 1560 et fit rendre des ordonnances qui l'ont fait regarder comme un législateur. On a loué beaucoup sa science et son intégrité ; mais la critique ne l'a point épargné. Il s'appliqua à faire prévaloir des idées de tolérance et résigna ses fonctions, en 1568, pour se retirer dans sa terre de Vignay, près d'Etampes. 11 mourut en 1573, laissant des œuvres remarquables, en particulier des Poésies latines.
Henri IV était fils d'Antoine de Bourbon (v. ce nom, maison de Bourbon) et de Jeanne d'Albret, reine de Navarre. Il naquit à Pau, en 1553, fut élevé par sa mère, rigide calviniste, et bientôt remplaça le prince de Condé à la tête du parti protestant. Devenu roi de Navarre, par la mort de sa mère, il épousa Marguerite de Valois ou de France, sœur de Charles IX. A la Saint-Barthélémy, il fut forcé d'abjurer, ne put s'échapper qu'en 1575 et rétracta son abjuration. Les événements le rapprochèrent de Henri III, qui, en mourant, le déclara son héritier (1589). Henri IV leva le siège de Paris, mais battit les ligueurs à Arques (1589), à Ivry (1590), revint assiéger Paris, qui fut secouru par le duc de Parme, Alexandre Farnèse, assiégea vainement Rouen, secouru encore par le duc de Parme (1592). Mais il obtint par sa politique et finalement par une abjuration, qui cette fois parut sincère, ce qu'il ne pouvait obtenir par les armes. Il abjura à Saint-Denis, le 25 juillet 1593, se fit sacrer à Chartres, le 25 fév. 1594, et Paris lui ouvrit ses portes le 21 mars. Il sut se concilier ses anciens ennemis, traita même à prix d'argent avec eux, puis déclara la guerre a Philippe II et vainquit au combat de Fontaine- Française (1595). Le traité de Vervins et l'édit de Nantes rétablirent enfin la paix au dehors et au dedans (1598). Aidé par Sully, son ministre, Henri IV
reconstitua l'administration et les finances, créa une marine, fit refleurir l'agriculture, le commerce, l'industrie, réprima la conspiration qui coûta la tête à Biron (1602). Son premier mariage ayant été déclaré nul, il épousa Marie de Mèdicis (1600). Une courte guerre avec la Savoie lui valut la Bresse, le Bugey et le Valromey (1601). Il appuyait les Pays-Bas révoltés contre l'Espagne (1609), quand il fut assassiné (1610) par Ravaillac (V. Fagniez, l'Economie sociale de la France sous Henri IV, 1897 ; de Ruble, Jeanne d'Albret et la guerre civile, 1897 et suiv.).
Estrées (Gabrielle d'), favorite de Henri IV, dont les mœurs laissaient beaucoup à désirer, était la petite-fille de Jean, marquis d'Estrées, qui se distingua à Marignan, à Pavie, et fut grand-maître de l'artillerie (1571) Elle naquit en 1571 et mourut empoisonnée, dit-on, en 1599. Elle eut trois enfants, entre autres le duc de Vendôme (v. le siècle suivant).
Lesdiguières, né à Saint-Bonnet-de-Champsaur (Dauphiné), en 1543, embrassa le calvinisme et devint l'un des principaux chefs du parti en Dauphiné et en Provence. Henri IV le fit maréchal en 1608; Marie de Médicis, duc et pair. Il s'efforça, à l'exemple du roi, d'établir la paix, abjura le calvinisme pour devenir connétable, en 1622, et mourut en 1626. Ayant passé toute sa vie, pour ainsi dire, à guerroyer, il n'avait jamais été vaincu ni blessé.
Sully. — Maximilien ' de Béthune, baron de Rosny, puis duc de Sully, né en 1561, fut attaché dès l'âge de 11 ans à la personne de Henri de Navarre, et personne ne lui rendit par la suite plus de services. Il engagea Henri IV à abjurer, puisdevint l'instrument le plus intelligent et le plus vigoureux de la régénération de la France. Surintendant des finances en 1599, il améliora les recettes, poursuivit les malversations, paya les dettes, amassa des réserves, etc. 11 protégea beaucoup l'agriculture. Chargé des missions les plus difficiles, il s'en acquitta avec succès et sut résister au roi pour mieux le servir. Son rôle politique finit à la mort de Henri IV ; mais il ne mourut qu'en 1641, laissant de volumineux Mémoires, monument précieux pour l'histoire.
D'Ossat (le cardinal), né dans les Hautes-Pyrénées (1536-1604), avait été d'abord valet de chambre. Entré dans les ordres, il servit Henri IV comme ambassadeur à Rome, obtint l'absolution pontificale et fit accepter l'édit de Nantes par le Saint- Siège. Il devint ensuite évêque de Rennes et de Bayeux, puis cardinal. Il a laissé des Lettres. (V. abbé Degert, Le Gard.' d'Ossat, sa vie, ses négociations, 1894).
Sancy (Harlay de), homme d'Etat (1546-1629), changea plusieurs fois de religion et de parti. Il finit par s'attacher à Henri IV, qui l'envoya comme ambassadeur vers Elisabeth, reine d'Angleterre. Il fut le possesseur d'un diamant célèbre, qui a conservé son nom.
(Angleterre, Ecosse.)
Henri VIII, fils et successeur de Henri VII, né en 1491, régna de 1509 à 1547 et devint, lorsqu'il eut apostasie, l'un des plus odieux despotes que la terre ait portés. Il entra dans la ligue contre Louis XII et gagna la bataille de Guinegate (1513); il signa ensuite la paix (1514), et sa sœur Marie épousa le roi de France. Dant. la querelle de François I et de Charles-Quint, il se déclara pour ce dernier, puis, après la bataille de Pavie, pour le roi de France. Mais l'acte principal de son règne fut son apostasie et celle de l'Angleterre. Il avait d'abord écrit un livre contre Luther ; et le pape lui avait même décerné le titre de défenseur de la foi. Mais ayant sollicité vainement la dissolution de son mariage avec Catherine d'Aragon, il rompit avec le pape, disgracia le cardinal Wolsey, qui avait été jusque-là son ministre, se fit déclarer, par son par-
HISTOIRE : XVIe SIÈCLE
lement servile, protecteur et chef suprême de l'Eglise d'Angleterre. L'archevêque de Cantorbéry, Cranmer, prononça son divorce, et il épousa Anne Boleyn (1533). Celle-ci fut décapitée 3 ans après et fit place à Jeanne Seymour, qui mourut après 17 mois. Anne de Clèves succéda à celle-ci (1540) ; mais le roi la répudia bientôt, pour épouser Catherine Howard, qui, après six mois, périt comme Anne Holeyn. Sa dernière femme fut Catherine ï'urr. Ses serviteurs et sujets ne furent pas plus épargnés que ses femmes. Il envoya au supplice Jean Fisher, évoque de Rochester, le chancelier Thomas Morus. Dans le bill des six articles (1539), il fixa le dogme de l'église nouvelle dont il se prétendait le chef suprêmeet le théologien, et se montra impitoyable pour tous ses contradicteurs ; il fit brûler un pauvre maître d'école de Londres, qui avait nié la présence réelle. En 1542, il s'allia de nouveau à Charles-Quint contre la France ; mais il s'arrêta au siège de Boulogne (1544) et signa la paix d'Ardres. (V. Dom Gasquet, Henri VIII et les monastères anglais, trad. par Sugné-Philipon, 1893, 2 vol. ; Albert du Boys, Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglican, 1880).
Wolsey, né en 1471, fils d'un bourgeois d'Ipswich, devint chapelain de Henri VII, aumônier de Henri VIII, archevêque d'York (1514) et chancelier (1515). Léon X le fit cardinal et légat. François I et Charles-Quint recherchèrent son amitié, pour avoir l'alliance du roi. Le premier divorce de celui-ci fut la cause de sa chute. Il fut privé de toutes ses dignités et de tous ses biens, qui étaient considérables (1529) ; on lui rendit ensuite l'archevêché d'York ; mais il fut arrêté peu après comme coupable de haute trahison et mourut pendant qu'on le traînait à Londres (1530).
Fisher (Jean), né en 1459, chancelier de l'université de Cambridge etévêque de Rochester (1504), défendit énergiquement la foi catholique et réfuta les erreurs luthériennes ; il s'opposa au divorce du roi et fut mis à mort, lorsqu'il venaitd'être créé cardinal (1535).
Morus ou More (Thomas), né à Londres en 1480, succéda à Wolsey comme chancelier (1529). Il refusa de se prononcer sur le divorce du roi et rentra dans la vie privée (1532) ; ne voulant pas admettre la suprématie spirituelle du roi, il fut condamné à la prison perpétuelle (1534), puis décapité (1535), sous prétexte de haute trahison. Il est l'auteur, entre autres écrits, d'un livre curieux : Utojiia, sive de optimo reipublicœ statu (1518), qui rappelle la république imaginaire de Platon.
Cranmer (Thomas), né en 1489, professa la théologie à Cambridge, fut chapelain de Henri VIII, soutint \o légitimité de son divorce et devint archevêque de Cantorbéry (1532). Gagné secrètement au luthéranisme, il poussa Henri VIII dans la voie de l'apostasie et introduisit ouvertement la réforme protestante en Angleterre sous Edouard VI. Il fut brûlé sous Marie Tudor, en 1556.
Edouard VI, fils de Henri VIII et de Jeanne Seymour, né en 1538, régna de 1547 à 1553 sous la régence du duc de Somerset, puis sous celle de l'ambitieux duc de Northumberland.
Marie I Tudor, reine d'Angleterre, fille de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, né en 1516, fut élevée loin du trône. A la mort d'Edouard VI, Jane Grey, soutenue par le duc de Northumberland, lui disputa la couronne, mais paya cette entreprise de sa tête. Marie ne régna que 5 ans (1553- 1558), pendant lesquels elle rétablit le catholicisme et usa de rigueurs qui la firent surnommer Marie la Sanglante. Elle épousa, en 1554, Philippe II, qui devint roi d'Espagne, et l'abandonna dès qu'il (fit monté sur le trône. Marie perdit Calais (1558) et mourut sans enfants.
Elisabeth, qui régna de 1558 à 1603, et fonda l'Eglise anglicane, était fille de Henri VIII et Anne Boleyn. Née en 1533, elle eut une jeunesse studieuse. Arrivée au trône, elle se fit le défenseur du protestantisme contre Philippe II, fomenta des troubles chez les puissances rivales, soutint les réformés de France et des Pays-Bas, les presbytériens d'Ecosse contre Marie Stuart, qu'elle retint prisonnière pendant 20 ans et fit décapiter. Elle encouragea les corsaires anglais à ruiner le commerce des Espagnols ; la puissance maritime de l'Angleterre prit alors naissance. Sa popularité fut au comble, quand elle s'apprêta à résister àl! 'Invincible Armada de Philippe II, qui fut détruite par la tempête (1588). Son pouvoir devint alors absolu. Elle se parait du titre de reine vierge et n'en eut pas moins des favoris : Robert Dudley, comte de Leicester, et le comte d Essex. Celui-ci conspira et fut décapité. Avec elle finit la branche des Tudors, et Jacques VI d'Ecosse (Stuart) lui succéda. Sous ce règne vécurent François Bacon, Spenser, Shakespeare (v. histoire littèr.).
(Ecosse.)
Jacques V, roi d'Ecosse, fils de Jacques IV, né en 1512, mort en 1542, s'affranchit de la domination des Douglas ; il resta attaché à l'Eglise romaine, malgré les efforts de Henri VIII. 11 épousa successivement Madeleine, fille de François I, dont il resta l'allié, et Marie de Lorraine, fille de Claude de Guise. Henri VIII lui déclara, en 1542, une guerre qui fut malheureuse pour l'Ecosse.
Marie Stuart, reine de France par son mariage avec François II, qui régna si peu de temps, et reine d'Ecosse comme fille de Jacques V, naquit en 1542 et perdit son père huit jours après sa naissance. Elle régna sous la tutelle de sa mère, fut refusée à Edouard VI, roi d'Angleterre et fiancée à François II (1548), qu'elle épousa en 1558. Elevée à la brillante cour des Valois, et renommée pour sa beauté et son esprit, elle apprit le latin, l'italien, la musique, la versification. Veuve à 18 ans, elle retourna en Ecosse, où Knox organisait déjà l'église presbytérienne. La réforme en Ecosse fut soutenue par Elisabeth, reine d'Angleterre, et la rivalité des deux reines commença dès lors. Marie Stuart épousa Darnley (1565), qui prétendit partager l'autorité royale, s'unit aux princes protestants et fit assassiner dans la chambre même de la reine son secrétaire Rizzio, par lequel elle correspondait avec la Ligue. Darnley fut assassiné en 1567. Le comte de Bothwell, accusé d'avoir participé à ce meurtre, fut acquitté et épousa la reine. Croyant celle-ci complice, l'Ecosse se souleva alors ; et Marie Stuart, innocente, fut enfermée au château de Lochleven et obligée de céder le trône à son fils Jacques VI. Délivrée par Douglas, elle demanda asile àElisabeth, qui la retint captive (1568), malgré toutes les protestations et toutes les révoltes. En 1587 Marie Stuart fut accusée d'avoir tramé l'assassinat d'Elisabeth, jugée sur de faux témoignages et des lettres fabriquées et exécutée. Les catholiques la regardèrent comme martyre. Son fils Jacques VI, élevé dans le protestantisme, lui avait succédé et devait monter sur le trône d'Angleterre sous le nom de Jacques I. (V. Kervin de Lettenhowe, Marie Stuart, le procès, le supplice, 1889,2 vol. ; Philippson, auteur protestant, Histoire du rè/jue de Marie Stuart, 1891-2, 3 vol.).
(Danemark, Suède, Norvège.)
Christian II, fils de Jean II, roi de Danemark et de Norvège, en 1512, soumit les Suédois, se fit couronner roi à Stockholm (1520). Ses rigueurs provoquèrent la révolte dirigée par Gustave Wusa, qui fut proclamé roi de Suède en 1523. Christian perdit bientôt le Danemark, par la révolte des nobles mécontents des réformes favorables au peuple (abolition du servage, création de libertés munici-