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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

rope, prit Belgrade (1521), Rhodes (1522), envahit de nouveau la Hongrie (1526), s'empara de Rude et prit sous sa protection Jean Zapoly, rival de Ferdinand d'Autriche. En 1529, il assiégea Vienne avec 120.000 hommes, mais vainement ; il revint en 1530 et 1532, sans plus de succès, et signa une trêve avec Ferdinand. Il marcha ensuite contre la Perse (1533), prit Tauris, Bagdad (1534). Uni secrètement à François I contre Charles-Quint, il signa avec lui les fameuses capitulations qui ouvraient aux Français le commerce du Levant (1535). Ils s'unirent ouvertement après l'échec de Charles- Quint contre Alger (1541); les flottes française et turque bombardèrent Nice (1543). Soliman poursuivit de nouveau ses conquêtes en Perse, envahit encore la Hongrie, échoua devant Malte (1565); il mourut d'un accès de colère au siège de Szigeth, en Hongrie. Il avait fait mourir, en 1553, son fils aîné Mustapha, qu'il sacrifia aux artifices de sa femme favorite Roxelane, esclave italienne ou russe. Un autre de ses fils, qu'il avait eu de Roxelane, Bajazet, voyant que son père lui préférait son frère cadet Sélim, se révolta, fut vaincu, se réfugia auprès du roi de Perse, qui le livra aux bourreaux de Soliman (1558).

(Pirates.)

Barberousse. — C'est le nom de deux frères, pirates fameux, ainsi nommés à cause de la couleur de leur barbe, qui régnèrent à Alger. L'aîné, Aroudj, né à Métélin (anc. Lesbos), vers 1473, prit Alger, Cherchell, etc., fut tué par les Espagnols à Tlemcen. Le cadet, Khaïr—Eddin (1476- 1546), fut peut-être le plus grand marin de son temps. Il se fit nommer amiral des flottes de Sélim, dont il reconnut la suzeraineté, fortifia Alger, soumit Tunis, Bizerte et ne fut arrêté que par Charles- Quint, dont il se vengea en ravageant l'Italie ; il battit Doria, prit d'assaut Castel-Nuovo ( 1539) ; avec la flotte de François I il prit Nice (1543). C'est aux Barberousse que remonte l'organisation de VOdjak, milices analogues aux janissaires qui dominèrent les régences barbaresques au nom du sultan jusqu'en 1830.

(Maroc.)

Haschem. — Ce docteur musulman, se prétendant issu de Mahomet, prit le titre de Chèrif et envoya ses trois fils prêcher la guerre sainte, au nom du sultan de Fez, contre les chrétiens, qui s'étaient emparés d'une partie du Maroc (V. Ximénès). Il réussit et fonda la dynastie des Chèrifs, qui règne sur le Maroc depuis 1509.

( Théologiens, philosophes, lettrcs,etc.)

Victoria, dominicain, mort en 1546, a laissé des ouvrages remarquables, où les questions de politique et de droit sont traitées avec un sens parfait de la justice. Ses principes sur le droit de la guerre sont ceux-là mêmes que le droit international et la douceur croissante des mœurs, sous l'empire de l'Evangile, ont confirmés de plus en plus. Victoria eut surtout le mérite de former deux disciples tels que Soto et Cano.

Dominique Soto naquit à Ségovie (1492- 1560), prit une part brillante au concile de Trente, fut confesseur de Charles-Quint, qui le nomma évêque de Ségovie ; mais il refusa cet évêché et se retira à Salamanque, où il enseigna la philosophie. Son ouvrage le plus remarquable traite de la Jvstice et du droit. 11 dénonce aussi bien qu'on peut le faire aujourd'hui l'injustice de la traite. Sa théorie de l'origine de la propriété est remarquable : elle a été adoptée depuis par beaucoup d'économistes et l'encyclique Rerum novarum l'a confirmée.

Melchior Cano naquit à Tarascon (1509 ou 1510-1560), brilla avec Soto au concile de Trente et mourut à Tolède. Il contribua plus que [tout autre à la réforme scolastique. Son fameux ouvrage De locis thcologicis exerça une grande influence sur

l'enseignement soit de la théologie, soit de la philosophie. En effet, Cano s'y élève contre l'abus des questions subtiles ou inutiles, traitées longuement et au préjudice des questions les plus importantes ; il critique les obscurités et les longueurs où tombent certains auteurs ; il montre la nécessité de faire concourir la critique, l'histoire, les langues, les sciences, la philosophie à la culture et au progrès de la théologie ; il insiste sur la nécessité de fortifier la philosophie elle-même par les autres connaissances; il recommande l'indépendance du jugement, mais sans dénigrer pour cela l'autorité. Luimême professait une haute estime pour Aristote, Platon, saint Thomas.

Bannez (Dominique), né dans la Biscaye espagnole (1527- 1604) et mort à Médina, se distingua parmi les thomistes rigides. Il fut pendant huit ans le directeur de sainte Thérèse. On remarque, parmi ses œuvres, un Commentaire de la Somme, un traité de Logique.

Vasquez. — Avec les dominicains, il faut signaler les jésuites, dont l'ordre venait d'être fondé (1534) pour résister au protestantisme et fournit immédiatement de célèbres docteurs. Vasquez naquit à Belmonte de Cuença (1551-1604), professa longtemps à Rome, où il composa la plupart de ses ouvrages, et mourut à Alcala. SesDispvtationes metaphysicœ sont un vrai traité d'ontologie et de théodicée. Vasquez constate que, de son temps, il y avait beaucoup d'athées, et il voit avec raison une cause de ce fléau intellectuel dans la prétendue réforme.

Molina. — Pendant que Vasquez professsait à Rome, Molina, né en 1535 et mort en 1601, occupait vingt années durant une chaire de théologie à l'université d'Evora (Portugal). 11 est l'auteur d'un traité fameux : De liberi arbitrii cum gratiœ donis coveordia, qui souleva d'interminables controverses entre les jésuites et les dominicains. Les idées de Molina, plus ou moins modifiées et connues sous le nom de molinisme, devinrent celles de la Compagnie (v. de Régnon, S. J., Bannez et Molina, 1888; Gayraud, Thomisme et molinisme, 1889).

Mariana, né en 1537 à Talavera (Tolède), mort en 1624, enseigna à Rome, en Sicile, à Paris et à Tolède ; il se livra aussi à des travaux sur l'histoire d'Espagne. Il faut citer son ouvrage De rege et régis institutione libri très, où il traite de la question si vivement controversée alors du droit de destituer un monarque, dans certaines circonstances, et même de le tuer. Mariana penche pour l'affirmative, si le prince renverse la religion, les lois, les mœurs, blesse le sentiment national, méprise toute remontrance. C'était l'époque où Henri IV était l'objet de divers attentats, dont le dernier fut si funeste. Le livre de Mariana fut condamné par le Parlement.

Suarez. — Mais le théologien et le philosophe dont s'honore le plus la Compagnie est François Suarez, né à Grenade (1548-1617); il enseigna à Ségovie, à Valladolid, à Rome, à Alcala, à Salamanque, à Coïmbre, où Philippe II le nomma premier professeur de théologie; il mourut à Lisbonne. Sa mort fut celle d'un sage et d'un saint : « Je ne croyais pas, dit-il avant d'expirer, qu'il fût si doux de mourir ». Ses œuvres sont très volumineuses et, bien qu'on puisse reprocher à leur auteur d'être diffus, elles attestent, avec l'activité de son esprit, l'étendue et la profondeur de son savoir. Entre toutes se font remarquer ses Dissertatioris métaphysiques (Disputationes metaphysicœ) et son Traite des lois.

Bellarmin naquit à Montepulciano (Toscane), entra dans la Compagnie à 18 ans, étudia les langues et la théologie, s'appliqua à la prédication et à la controverse. 11 accompagna Cajetan dans sa

HISTOIRE : XVie SIÈCLE

légation en France et fut fait cardinal en 1598. Paul V le nomma conservateur de la bibliothèque du Vatican. Bellarmin est célèbre surtout comme controversiste. On a loué, avec raison, sa modération : « Une once de paix, disait-il, vaut mieux qu'une livre de victoire ». Citons de lui : Doctrina christiana, et surtout : De ascensione mentis in Deuni per scalas rerum ereatarvm (v. le P. Couderc, Le Vèn. card. Bellarmin, 1893, 2 vol.).

Sepulveda (Ginès ou Genesio de), né en 1490 à Pozo-Blanco (Cordoue), mort en 1573, étudia sous Pomponace, mais sans partager sa doctrine. Il séjourna à Bologne, puis se rendit à Rome, à Naples,àGêneset devint historiographe de Charles- Quint. Ginès soutint la cause du libre arbitre contre Luther; mais il fut moins heureux sur la politique. Son aristotélisme lui fit méconnaître les droits de l'humanité et il estima, tout en n'osant donner son sentiment que comme une opinion, que la guerre contre les Indiens était licite et qu'ils pouvaient être réduits par la force en esclavage. Barthélémy Las Casas le défia de soutenir cette doctrine devant la cour (1550). Celle-ci ne prononça pas entre les deux champions ; mais les Académies de Salamanque et d'Alcala se déclarèrent contre Sepulveda. Il quitta la cour et se retira à la campagne, où il mourut. Ces opinions inhumaines expliquent trop bien certains excès commis de bonne foi par les Espagnols dans le nouveau monde.

Postel ((iuillaume), né à Dolerie, près Barenton (Manche), était pauvre et de chétive santé. Il n'en devint pas moins un des hommes les plus doctes de son temps. Il étudia surtout les langues orientales et fut même nommé, par François 1er, professeur au Collège de France (1539). Mais la témérité de ses opinions et l'inconstance de son esprit lui réservaient une vie errante et pleine d'aventures. Renvoyé, pour ses rêveries, delà Compagnie de Jésus, où il était entré, il fut accusé d'hérésie, à Venise, déclaré innocent, mais tenu pour fou ; il visita ensuite Constantinople et Jérusalem. Rentré à Paris, en 1562, il rétracta ses erreurs, écrivit encore quelques ouvrages et finit pieusement dans un monastère.

François Sanchez. — Le scepticisme philosophique fut professé sans le moindre ménagement par le portugais Sanchez. Né à Braga, il prit le doctorat en médecine à Montpellier en 1573. Dans son ouvrage capital, où il prétend établir que la suprême science est de comprendre qu'on ne sait rien, il déclare que nul enseignement n'a pu le satisfaire, et, comme le fera plus tard Descartes, il décide de s'en rapporter uniquement à ses propres réflexions. Seulement il ne parvient pas à sortir de son doute et se résigne à chercher et à discuter éternellement la vérité sans la trouver ou sans la démontrer. Il n'est pas étonnant ensuite que Sanchez regarde le traité des Catégories comme inutile et indigne d'Aristote, et qu'il se montre plus favorable à la philosophie indécise de Platon.

Montaigne (1533-1592) naquit au château de Montaigne (Périgord) et fut d'abord magistrat comme son père. Il fut élu maire de Bordeaux, pendant qu'il était en voyage à Rome (1881). Il prit pour devise de ses fameux Essai*: « Que sais-je? » En réfutant tous les systèmes pour s'en rapporter à la seule raison, il ébranle en réalité toute certitude; sa critique est donc exagérée. De plus il paraît se défier de son esprit plus encore que de ses sens : de là des tendances sensualistes qui s'ajoutent aux tendances sceptiques. (V. Stapfer, Montaigne, 1895).

Pierre Charron, né et mort à Paris (1541- 1603), ami et contemporain de Montaigne, partagea le même esprit. Après avoir réfuté les incrédules, les infidèles et les mécréants dans les Trois ven-

tes, il écrivit son fameux livre de la Sagesse, où il paraît trop souvent ériger le doute en philosophie. Sous prétexte de s'attaquer aux préjugés, il compromet, d'une manière inconsciente, les traditions les plus respectables, sans en excepter celles de la religion et de la morale.

Pierre Ramus ou de la Rainée (1515-1572) naquit dans la pauvreté et se fit domestique au collège de Navarre pour y étudier; ce qui ne l'empêcha pas plus tard d'être nommé par Henri II professeur au Collège de France. Ramus était épris de platonisme et fort versé dans toutes les connaissances de son temps, particulièrement dans les mathématiques ; il excellait dans l'éloquence. Malheureusement il tomba dans le calvinisme et périt à la Saint-Barthélémy. Tout en combattant sans merci la logique d'Aristote, Ramus avait composé lui-même une nouvelle logique et s'était fait le promoteur ardent de grandes réformes dans l'enseignement. De là ses succès, comme aussi les oppositions passionnées qu'il souleva. Le ramisine survécut à son auteur et fut enseigné longtemps dans plusieurs universités, en particulier les universités protestantes.

François Baconnaquit àLondres ( 1560-1626), au moment où Copernic et d'autres savants venaient de donner le signal des grandes découvertes qui ont créé le monde moderne. On ne saurait donc attribuer à son initiative et à sa méthode le renouvellement scientifique qui a marqué le XVIe et le XVIIe siècle. On pourra même remarquer, à ce sujet, que Bacon fut hostile à la théorie de son contemporain Galilée, soutenue cependant par des esprits moins novateurs que le sien et notamment par Campanella. Son père, Nicolas Bacon, un jurisconsulte, reçut des biens du clergé, et contribua à l'établissement de l'église anglicane, sous Henri VIII. Nicolas était homme de son temps, et sa devise était : Mediocria firma. Son fils François étudia à Cambridge, puis à Paris, où il avait suivi l'ambassadeur anglais. De retour en Angleterre, il obtint, par la protection du comte d'Essex, d'être procureur général ; mais il plaida ensuite contre son bienfaiteur, dans un procès de haute trahison, qui lui coûta la vie. La reine Elisabeth ne récompensa pas ce triste service. Sous le règne de Jacques I, il fut fait chevalier (1603), obtint une riche pension, devint grand chancelier, baron de Vérulain et comte de Saint-Alban. Mais il fut peu d'années après (1621) victime d'une intrigue, accusé de corruption dans son administration, condamné par le Parlement à une grosse amende et à la prison perpétuelle. On l'enferma à la Tour de Londres. Cependant le roi qui avait cru devoir le sacrifier, lui remit l'amende et le rendit à la liberté. Bacon n'a pas proposé de système philosophique, mais il a aspiré néanmoins au rôle de réformateur et d'initiateur, comme l'indiquent déjà les titres prétentieux de ses ouvrages. Ce qu'on doit lui accorder, c'est qu'il a émis sur différents sujets des idées neuves, profondes même, et que les progrès ultérieurs des sciences ont plus d'une fois justifiées. La gloire extraordinaire qui s'est attachée plus tard à son nom lui est venue des encyclopédistes et des autres écrivains qui avaient intérêt à grandir son autorité, pour l'opposer avec plus de succès à la philosophie traditionnelle. (V. Fonsegrive, François Bacon).

(Politique.) Machiavel. — Le politique la plus célèbre du XY1C siècle est Machiavel, né à Florence en 1469. Il fut, pendant 14 ans, secrétaire de la république (1498-1512) et représenta sa patrie dans 23 légations. Il fut disgracié au rétablissement des Médicis et même soumis à la torture. Il écrivit dans la retraite son Traité du prince (1514), où il se montre favorable au despotisme et élève la fourberie poli-

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