PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
sance. Ainsi entendue l'intelligence est commune à l'homme et à l'animal. Elle comprend les sens (perception externe, mémoire sensible, etc.) et l'intelligence proprement dite (comparaison, jugement, raison). On définit quelquefois l'intelligence : la perception d'un rapport. Mais cette définition peut convenir également au sens et à l'intellect. En outre, celui-ci peut agir sans percevoir encore de rapport. Mieux vaut dire, sans équivoque possible, que l'intelligence est la faculté de l'universel. Elle seule s'exprime par les termes généraux, qui répondent à l'universel et constituent le langage proprement dit.
Outre ce qui a été dit de l'intelligence en parlant des facultés de l'âme, nous ferons encore la remarque suivante. On distingue souvent l'intelligence de la raison et on les oppose l'une à l'autre. Il faut entendre alors par l'intelligence la faculté des idées universelles et des premiers principes immédiatement évidents ; et, par la raison, la faculté de raisonner, c'est-à-dire de tirer des conclusions de ces principes. Or il est clair que l'intelligence ainsi définie est infaillible et nécessaire : elle répond à la volonté générale du bien f coin nias ut nat ara ), qui elle aussi est fatale. La liberté ne se trouve, pour l'homme du moins, que dans la délibération et le choix.
Conscience — C'est la faculté qui permet de revenir sur soi-même et de reconnaître ses états intérieurs, dits états de conscience. On distingue la conscience intellectuelle et la conscience sensitive. La première, qui est la conscience proprement dite, n'est autre chose que l'intelligence en tant qu'elle se prend elle-même pour objet ou considère les actes des autres facultés. Elle se divise en conscience psychologique et en conscience morale. Celle-ci juge des faits personnels par rapport à la loi morale. La conscience sensitive n'est autre chose que ce sens commun qui est compté par les scolastiques parmi les sens internes, et en vertu duquel l'homme et l'animal sentent qu'ils voient, qu'ils entendent, qu'ils souffrent, etc. On désigne souvent sous le nom un peu vague de sens intime la conscience intellectuelle ou la conscience sensible, le plus souvent l'une et l'autre, car elles agissent de concert.
Il est facile maintenant de se rendre compte de l'importance des données de la conscience en psychologie, en métaphysique et en morale. Nous avons la conscience très claire de certains états de conscience, surtout de ceux qui ne sont pas habituels. Ainsi le sentiment de l'effort, soit que l'effort tombe sous la conscience intellectuelle comme procédant de la volonté, soit que l'effort tombe sous la conscience sensible comme procédant des passions et de la force motrice. Rien ne nous instruit mieux de notre propre causalité et de la causalité en général. Avec ces états, nous saisissons le sujet même, le moi, bien que le moi ne se confonde pas avec la conscience. C'est sur les données de la conscience qu'est fondée ensuite la démonstration de la simplicité et de la spiritualité de l'âme, etc. C'est par la conscience qu'on analyse les actes intellectuels : appréhension, jugement, raisonnement. Les notions métaphysiques de cause, de substance, de force, de durée, etc. s'éclairent au même foyer intérieur. Mais il est faux que la conscience soit la seule source de ces idées. Enfin la conscience morale s'étend aux principes des mœurs, aux notions de bien, de devoir, d'obligation, de justice, de mérite et de démérite, de récompense et de peine, dont elle nous fait l'application. La conscience est ainsi l'un des principes de la morale et la règle formelle et immédiate de la conduite. Mais elle n'est elle-même, comme la raison en général, que l'écho de la vérité des choses et par conséquent de la loi éternelle de Dieu. Elle promulgue en nous
la loi naturelle, elle nous intime tous les préceptes , et tout ce qui n'est pas fait de bonne foi, c'est-àdire avec bonne conscience, est péché. La première règle du bien, en effet, c'est de conformer sa conduite à l'ordre ou au bien tels qu'on les connaît, c'est-à-dire à la conscience. Mais la conscience peut se tromper, comme la raison théorique et plus encore, car elle est plus voisine des passions et des intérêts. C'est pourquoi il faut la conserver dans le calme et la sérénité de façon qu'elle puisse être éclairée constamment par toute l'évidence de l'honnête. Bien des obscurités et des doutes subsisteront encore ; mais elle aura à son service la prudence ijui, entre plusieurs partis, ne lui en fera choisir que de bons, sinon le meilleur absolument. L'essentiel est que la conscience n'admette jamais que de bonnes intentions.
Scrupule. — C'est un jugement faux qui fait regarder comme illicite ce qui ne l'est pas ou comme grave ce qui est léger. Au scrupule est opposée la conscience large. Le scrupule peut provenir d'une faiblesse d'esprit, et alors il peut se faire que le scrupuleux, craintif et timoré sur un point, soit trop hardi sur d'autres. Mais on entend souvent par le scrupule une simple délicatesse de conscience : rien alors n'est plus honorable. Le scrupule est à l'image du remords, ce qui montre bien que celuici n'est pas la sanction essentielle de la morale ; car il arrive souvent que le scrupule qui est une erreur, tourmente plus que le remords, qui est une vérité.
Remords. — On l'a regardé comme la première des sanctions de la morale. Mais il n'est la première que dans l'ordre du temps. Disons même qu'il est moins une sanction qu'un avertissement ; car il diminue souvent alors que les crimes augmentent et ne se proportionne guère à leur gravité. On l'a figuré souvent par le vautour, qui déchire le foie de Prométhée, parles Furies acharnées à la poursuite des coupables.
Raison. — Déjà nous avons vu les rapports de la raison avec l'intelligence : elles ne sont, au fond, qu'une même faculté. On ne la divise pas non plus réellement en distinguant la raison spéculative ou pure et la raison pratique (Kant). Toute vérité spéculative, en effet, est plus ou moins pratique : si le lien qui unit la théorie à l'action nous échappe souvent, il faut n'accuser que notre ignorance. On passe insensiblemeut des vérités spéculatives aux vérités pratiques, des principes à leurs applications. C'est donc la même faculté qui s'applique à ces divers objets. On oppose aussi la raison à l'expérience et l'on distingue ainsi deux méthodes principales et fort différentes : la méthode rationnelle, qui part des principes absolus, et la méthode expérimentale, qui part des faits, soit des faits de conscience, soit des faits extérieurs (voir méthode). Les idéalistes abusent de la première ; les empiristes, de la seconde. Il importe d'user sagement de l'une et de l'autre.
Absurde — L'absurde est ce qui est contradictoire, ce que la raison ne conçoit pas, ce qui ne s'entend pas : par exemple un cercle carré. Dans les sciences pures (métaphysique, mathématiques), il n'y a pas de milieu entre l'absurde et le vrai ; mais, en histoire et dans toutes les sciences de faits, le faux n'est pas toujours absurde, il est même souvent très vraisemblable. On démontre une proposition par l'absurde en montrant que de sa contradictoire découle une conclusion absurde. C'est un axiome que de l'absurde on peut tout déduire. Si on admet, par exemple, que la matière est incréée, on en déduira toutes sortes de faux systèmes.
Mémoire — Les uns ont cru que la mémoire de l'homme est tout intellectuelle ; d'autres, au contraire, ont cherché à l'expliquer par une simple association d'idées sensibles, telle qu'elle peutexis-