‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 620 sur 686 · PARTIE LOGIQUE KT ENCYCLOPÉDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE KT ENCYCLOPÉDIQUE

cruellement les catholiques d'Irlande, battit les Ecossais, qui avaient proclamé Charles II (1650), chassa le parlement (1653) et se fit donner le titre de Protecteur, avec tout le pouvoir royal; il déjoua toutes les conspirations, fut obéi et redouté jusqu'à sa mort (1658). Au dehors, il termina la guerre avec la Hollande, s'allia à la France contre l'Espagne, conquit Dunkerque, Mardyck, la .Jamaïque, protégea les protestants dans toute l'Europe. — Son fils aîné, Richard, lui succéda avec le titre de Protecteur; mais l'armée exigea bientôt sa démission et il quitta le pouvoir sans résistance.

Charles II, né en IG30, était réfugié en Hollande, quand son père, Charles I, fut décapité (104'.)). 11 prit aussitôt le titre de roi et vint en Ecosse, où il se fit couronner roi par ses partisans (1650) ; mais Cromwell les battit à Dunbar (1651), à Worcester (1652), et Charles n'échappa que par miracle. Il fut rappelé et rétabli à la mort de Cromwell, par le général Monck (1660). Mais il ne sut pas faire accepter et aimer son gouvernement, lutta contre le parlement, qui lui imposa en particulier le bill du test, et dut réprimer plusieurs complots. 11 fut obligé d'abandonner l'alliance de Louis XIV, de s'unir avec la Hollande et de marier sa nièce à Guillaume d'Orange. Il mourut en 1685, en se déclarant catholique; mais son administration et sa conduite privée ne servirent guère la cause du catholicisme.

Jacques II, 2e fils de Charles I, né en 1633, succéda à son frère Charles II en 1685. Il avait porté précédemment le titre de duc d'York, avait pris une part glorieuse aux guerres contre la Hollande et avait été en butte aux attaques des protestants anglais. Peu de temps avant l'acte du Test, qui fut dirigé contre lui, il s'était déclaré catholique. Après le vote du bill, il s'était démis de toutes ses charges et avait épousé en secondes noces une princesse catholique, Marie d'Esté. Ason avènement, il tenta de rétablir le catholicisme en Angleterre, réprima la révolte de Monmouth, mais fut renversé par Guillaume III d'Orange, son gendre (1688). Vainement Louis XIV chercha à le rétablir. Transporté en Irlande par une flotte française, il fut vaincu sur les bords de la Boyne (1690). Il mourut en 170"i. Ses prétentions à une royauté absolue et sa conduite privée nuisirent à la cause du catholicisme, dont il fut le représentant.

Test (Serment du). — Un bill voté par le parlement, en 1073, assujettissait tous les fonctionnaires et officiers anglais à déclarer par écrit qu'ils ne croyaient pas au dogme eucharistique de la transsubstantiation. Cet acte avait pour but de découvrir les catholiques et de les éloigner des affaires. En 1078, on ajouta à la première formule du test la réprobation du culte de la Vierge et des saints. En Ecosse, dès 1(182, on exigea en outre une adhésion formelle au protestantisme et la renonciation au Covenant. Ce serment odieux n'a été aboli qu'en 1828.

Guillaume III, prince d'Orange, né en 1650, à La Haye, était fils de Guillaume II de Nassau (v. Hollande) et de Henriette-Marie Stuart, fille de Charles I. Il épousa sa cousine Marie II Stuart, fille de Jacques II (1677). Le pouvoir qu'il exerçait en Hollande et le rôle important qu'il venait de jouer le désignaient aussi bien que sa naissance et son alliance au choix des protestants anglais, qui l'appelèrent contre Jacques II. Il entra à Londres sans combat (1088), favorisa la fuite de son beaupère en France, convoqua le parlement et jeta les bases d'un gouvernement constitutionnel. Il régna conjointement avec la reine Marie, soutint la lutte contre Louis XIV et Jacques II, battit celui-ci sur les bords de la Boyne (1690), fut reconnu comme roi d'Angleterre au traité de Ryswick (1697). Il mourut en 1702, des suites d'une chute de cheval,

au moment où la guerre de la succession d'Espagne allait commencer.

Anne Stuart, reine d'Angleterre, née en 1664, 2e fille de Jacques II et belle-sœur de Guillaume III, lui succéda, en acceptant la révolution de 1088, et régna jusqu'en 1714. Elle laissa d'abord le gouvernement aux mains des whigs et surtout de Marlborough. Après la disgrâce de celui-ci, les torys arrivèrent au pouvoir. Sous son règne, l'Angleterre fit une guerre heureuse contre la France ; elle occupa Gibraltar (1704). A la mort d'Anne Stuart. la couronne passa à George de Hanovre (v. George I), représentant de la ligne protestante des Stuarts.

Marlborough, né en 1050, fut page du duc d'York (Jacques II) et servit avec lui dans les Pays-Bas, sous Turenne, qui le distingua. Ayant abandonné la cause de Jacques II (1688), il obtint, en récompense, le titre de comte de Marlborough, etc. Tout-puissant à l'avènement d'Anne Stuart, il fut créé due (17o2). Il se distingua surtout dans la guerre de la succession d'Espagne, vainquit à Hochsta'dt (1704), à Oudenarde (1708), à Malplaquet (1709), refusa la paix à Louis XIV (1710). Mais il était disgracié en même temps, à l'avènement des torys, rappelé (1711) et destitué (1712). Il se retira auprès de l'héritier présomptif de la couronne, George de Hanovre, qui le rétablit dans ses honneurs (1714). Marlborough fut frappé de paralysie en 1710 et mourut en 1722, laissant 75 millions.

(Danemark.)

Christian IV, roi de Danemark, né en 1577, introduisit de sages réformes dans ses Etats, réussit dans une guerre contre Charles IX, roi de Suède (1011-13), fitoccuperle Groenland, fonda beaucoup de villes. Mais il prit une part malheureuse à la guerre de Trente ans et dut signer la paix de Lubeck (1029). Plus tard, il fut vaincu aussi par les Suédois. Sa mémoire est restée néanmoins populaire. Il mourut en 1648.

Christian V, roi de Danemark, né en 1046, régna de 1070 à 1099. Il fit avec succès la guerre aux Suédois (1075) ; mais Louis XIV le força à rendre ses conquêtes. Il publia un code en 1683. Sous son règne le commerce fut florissant. (Pologne, Suède.)

Sigismond III, roi de Pologne et de Suède, né en 1508, succéda en Pologne à Batory (1587), et en Suède à. son père Jean III (1592). Les Suédois se soulevèrent contre lui (1004) et reconnurent CharlesW. Il eut à combattre les Russes, les Turcs et Gustave-Adolphe; il mourut en 1632.

Gustave-Adolphe, dit le Grand, roi de Suède, né à Stockholm, en 15U4, succéda à son père Charles IX en 1011. Il eut pour principal ministre Oxenstiern. Ses guerres avec la Russie, la Pologne et le Danemark furent heureuses. Il intervint en Allemagne, pendant la guerre de Trente ans, contre l'empereur et le roi de Pologne, en faveur des protestants. Après de grandes victoires, qui lui livrèrent pour ainsi dire l'Allemagne, il fut tué à Lutzen (1632). Sa mort fut vengée par les Suédois. Un de ses généraux, Torstenson, parcourut encore l'Allemagne en vainqueur, pendant près de 20 ans, et menaça Vienne plusieurs fois.

Christine de Suède, fille de Gustave- Adolphe, née en 1020, régna d'abord sous la tutelle d'Oxenstiern. Très instruite, elle gouverna ensuite elle-même, mais étonna le monde par la singularité de sa conduite et finit par abdiquer en 1054. Elle voyagea beaucoup, visita la France (1056-1657), où elle fit tuer son écuyer Monaldcschi, s'établit à Rome et s'occupa d'arts et de sciences. Elle mourut en 1689. Elle avait abjuré le luthéranisme.

Charles X, roi de Suède, né en 1022, succéda à sa cousine Christine (1054). 11 vainquit les Danois et les Polonais et ravagea leurs provinces, mais

HISTOIRE : XVIIe SIECLE

sans résultats. — Charles XI, son fils, né en 1655, lui succéda (1660-1697), sous la régence de sa mère Hedwige. Alliée à Louis XIV, la Suède fut battue dans la guerre de 1672 à 1679. Elle resta neutre dans la guerre de 1689. Fatigués de la domination de l'aristocratie, les Etats donnèrent au roi le pouvoir absolu (1680-82). Charles XI mourut en 1097.

Charles XII, roi de Suède, fils de Charles XI, né en 1682, fut déclaré majeur à la mort de son père et commença dès 1700 sa carrière de gloire et d'aventures. Il vainquit les Danois, les Russes et Auguste, roi de Pologne, qui s'étaient coalisés contre lui. Auguste dut abdiquer en laveur de Stanislas Lecsinski, protégé de Charles XII. Celui-ci pénétra ensuite dans l'empire de Russie pouraller accabler le tsar, Pierre I, qui le vainquit à Pultava (1709). Charles XII dut se réfugier en Turquie. Il amena les Turcs à déclarer la guerre à la Russie ; mais la campagne du Pruth ne fut point ce qu'il espérait, et les Turcs traitèrent avec le tsar. 11 ne rentra en Suède qu'en 1715 et mourut au siège de Frédérikshall (1718), laissant la Suède épuisée.

Jean Sobieski, né en 1024, fils de Jacques Sobieski, lui-même vaillant général, devint roi de Pologne en 1074. Il continua glorieusement la guerre contre les Turcs, mais ne put porter remède à l'anarchie qui affaiblissait la Pologne. Néanmoins il sauva Vienne assiégée par le grand-vizir Kara- Mustapha, dont l'armée fut mise en déroute (12 sept. 1083). Sobieski fut le plus grand héros de la Pologne, sans pouvoir conjurer la ruine de ce malheureux pays. Il mourut en 1696.

Auguste II, électeur de Saxe, fut élu roi de Pologne de préférence à son compétiteur, le prince de Conti(1097). Il se fit catholique. Charles XII le dépouilla de son royaume et le força de reconnaître Stanislas Lecsinski; mais, après Pultava, il reprit possession de la Pologne, sous la protection de la Russie. Il mourut en 1733.

(Russie.)

Pierre I le Grand, tsar de Russie, né à Moscou en J672, régna avec Ivan V, à la mort de leur frère aîné, Fœdor III (1082), sous la tutelle de leur sœur Sophie. En 1689, il relégua sa sœur dans un couvent et régna effectivement. En 1690, il enleva Azof aux Turcs ; puis il se mit à voyager en Occident pour observer et s'instruire. A Saardam (Hollande), il travailla comme un simple ouvrier, dans les chantiers de la marine. Il visita aussi l'Angleterre. Rappelé en Russie par une révolte des strélitz, il les supprima et fit périr les chefs dans les supplices (1698). Il entra ensuite dans la ligue formée contre Charles XII et fut battu à Narva (1700). Mais il s'instruisit et se fortifia par ses défaite* mêmes. En 1703, il fonde Saint-Pétersbourg. En 1709, il bat son rival imprudent à Pultava, ainsi que son allié' Maseppa, hetman des Cosaques. Attaqué par les Turcs, il se laisse envelopper sur les bords du Pruth; mais il se tire de ce mauvais pas en traitant avec eux et en livrant Azof (1711). Puis il fait la conquête de la Finlande (1713), bat les Suédois sur mer aux îles d'Aland (1714). A ce moment, se place son voyage en France, où il est bien accueilli par le Régent (1717). Rappelé par un complot du vieux parti russe, il fait périr son fils aîné Alexis (1718), reprend la guerre avec laSuède et lui enlève tout ce qu'elle a conquis (1721). L'année suivante, il agrandit son empire du côté de la Perse et meurt en 1725, laissant une marine, qui est sa création, et une armée disciplinée. Il avait asservi le clergé russe, en supprimant le patriarcat (1703) et en créant le saintsynode (1721 ). Il avait de même assujetti la noblesse. Malgré ses débauches, ses vices grossiers et sa cruauté, ce prince tira, en quelque soite, la Russie de la barbarie, lia laissé un Journal de ses campagnes contre la Suède. On lui a attribué à tort un Testament

politique, où il aurait tracé tout le plan à suivre par ses successeurs pour l'agrandissement de la Russie (V. Waliszewski, Pierre le Grand. L'éducation, l'homme, l'œuvre, 1897).

(Turcs.)

Amurat IV, sultan ottoman, succéda à Mustapha son oncle, en 1623, à l'âge de 12 ans. Son règne fut troublé par les révoltes des janissaires et des pachas. Il prit Bagdad en 1038. Il mourut en 1040, laissant le souvenir d'un réformateur énergique, mais cruel — Ibrahim, qui lui succéda (1640-1648), commença la guerre de Candie contre les Vénitiens.

Mahomet IV, né en 1042, succéda à son père Ibrahim en 1649. L'empire fut d'abord livré à l'anarchie. Sous ce règne, Kara-Mustapha fut battu devant Vienne par Sobieski ( 1683) et mis à mort. A la suite de la prise du Péloponèse par les Vénitiens (1685) et de Bude par les impériaux (1686), Mahomet IV fut déposé (1687). Il mourut en prison (1691) — Soliman III lui succéda (1687-1691).

Achmet 11 succéda à son frère Soliman III (1691-1695). Ses armées furent battues par les Autrichiens et les Vénitiens — Mustapha II, fils de Mahomet IV et neveu d'Achmet II, succéda à celuici (1695) et dut abdiquer en 1703 — Achmet III le remplaça (v. le siècle suivant).

(Perses.)

Abbas. — Nom de plusieurs rois de Perse. Abbas 1 le Grand, né en 1557, régna après le meurtre de ses deux frères (15*7) ; il fit des conquêtes et embellit son royaume, mais commit des cruautés — Abbas H, son petit-fils, lui succéda (1629-1666).

Mogols.

Aureng-Zeyb, empereur mogol, né en 1619, régna avec habileté et magnificence, de 1658 à 1707. Il avait usurpé le trône de Delhy. Il conquit une partie du Dekkan, etc., mais lutta périblement contre les Afghans et les Mahrattes. Malgré sa gloire, son règne marque la décadence de l'empire mogol.

(Théologiens, orateurs chrétiens, etc.)

Bossuet (1627-1704) rappelle par l'énergie de sa foi autant que par son génie les premiers docteurs de l'Eglise. Il naquit à Dijon et étudia à Paris, au collège de Navarre. A 16 ans, il prêcha un sermon remarqué, ;i l'hôtel de Rambouillet; à 21 ans, il soutenait sa thèse de bachelier et Condé lui-même, dont il devait prêcher plus tard le panégyrique, prenait part ;ï la discussion. Prêtre et docteur en 1652, il fut d'abord chanoine-archidiacre de Metz, puis vint à Paris (1658), où il se révéla aussitôt comme orateur de premier ordre. Son éloquence ('tait nourrie de doctrine, de la moelle des Ecritures et des Pères et de la meilleure philosophie. Il combattit le jansénisme et travailla à la conversion des protestants, notamment à celle de Turenne. Il correspondit aussi avec Leibniz (1698), mais n'eut pas le bonheur de ramener ce puissant esprit au catholicisme. Nommé évêque de Condom en 1669, précepteur du Dauphin en 1670, puis évêque de Meaux en 1681, académicien dès 1671, il fut la lumière de l'Eglise de France ; mais le titre de Père de VEglise ne lui a pas été maintenu.

Bien que son caractère n'ait pas toujours été à la hauteur de son génie, cependant on ne peut guère l'accuser de faiblesse envers la cour, ni lui reprocher bien sévèrement son gallicanisme ; car il modéra le mouvement schismatique qui menaça la France, en 1682, et dont les 4 articles votés par l'Assemblée du clergé furent l'expression. Nul n'a mieux parlé de l'unité de l'Eglise et de sa divine hiérarchie ; nul n'a mieux célébré le dogme catholique et tous les mystères de la religion. Ses ouvrages de polémique contre les protestants (Histoire des variations) et contre les quiétistes de son

temps, qu'il fit condamner dans la personne de Fénelon,le mettent au premier rang des théologiens et des apologistes. La philosophie lui doit spécialement le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, celui du Libre arbitre, une Logique, un petit Trait/' descauses, le Discours sur l'histoire universelle. Ces chefs-d'œuvre furent écrits pour le Dauphin, de même que la Politique tirée de l'Ecriture sainte.

Le Discours contient une véritable philosophie de l'histoire, telle que la raison, d'accord avec la foi, permet de la concevoir. Tous les événements accomplis depuis l'origine de l'humanité y sont rapportés à l'œuvre de l'Incarnation et de la Rédemption du monde. L'idée mère de la Cité de Dieu, de saint Augustin, y est reprise et justifiée, autant qu'un génie égal peut-être à celui de l'évêque d'Hippone pouvait le faire au XVIIe siècle. Quant aux Sermons et aux Oraisons funèbres, ces œuvres placent Bossuet au premier rang des orateurs de la chaire chrétienne. (V. les études de Brunetière sur Bossuet; abbé Delmont, Bossuet et les Saints-Pères; Crouslé, Fènelon et Bossuet). Fénelon (1051-1715). — D'un génie très différent et d'une doctrine moins sûre, Fénelon mérite d'autres éloges. Il naquitau château de Fénelon (I)ordogne), entra au séminaire de Saint-Sulpice, fut prêtre en 1075, précepteur du duc de Bourgogne en 1689, membre de l'Académie en 1693, archevêque de Cambrai en 1695. Parmi ses nombreux ouvrages, d'un caractère fort divers, il faut remarquer surtout : le Traité de l éducation des filles ; la Réfutation du système de Malebranche sur la mil arc et la grâce; les Dialogues des morts et le Tèlémaque, qu'il composa pour le Dauphin, de même que Y Examen de conscience sur les devoirs de la royauté et un l'ian de gouvernement, auquel il faut joindre la Lettre anonyme à Louis XIV; la Lettre sur les occupations de l'Académie française ; le Traité de l'exile m-,' <le Dieu ; les Lettres sur divers sujets de mètaphysique et de religion; enfin les Maximes des saints (1697). Cet ouvrage, où se trouvait défendu le quiétisme de Mme Guyon, fut condamné par Innocent XII, après avoir été poursuivi par Bossuet avec un zèle qu'on a regardé comme trop amer, mais qui n'était que trop justifié ; la soumission du saint archevêque fut admirable. Le génie de Fénelon rappelle celui de saint Augustin, de saint Anselme, de saint Bonaventure, des mystiques de l'école de Saint- Victor. — L'Histoire de Fénelon, de même que celle de Bossuet, a été écrite par le card. de Bausset. (V. Paul Janet, Fénelon).

Petau (le Père), très savant jésuite (1583-1652), né à Orléans et mort à Paris, professa la philosophie à Bourges, à 19 ans, et entra chez les jésuites à 22. Seize ans plus tard, il occupa la chaire de théologie positive à Paris. Il s'est distingué surtout comme chronologiste et comme théologien érudit. Citons de lui : Doctrina temporum, où il réfute surtout Joseph Scaliger; Dogmata theologica (5 vol. in-folio), compilation utile des Pères et des conciles.

Ménochius (le Père), jésuite, né à Pavie (1576- 1655), fils d'un célèbre jurisconsulte, fut chargé de l'explication des Ecritures au collège de Milan. Son ouvrage le plus connu et souvent cité est son Commentaire sur l'Ecriture: Expositio sensus littéral is loti us Scripturœ.

Thomassin (le Père), de l'Oratoire, né à Aix (1619-1695), théologien très érudit, avait professé d'abord les lettres et la philosophie. Il composa des dissertations et des mémoires sur la Grâce qui soulevèrent de vives polémiques. Mais ce fut dans la paix et la retraite qu'il composa ensuite les ouvrages qui ont fait sa réputation : Ancienne et mm relie discipline de l'Eglise touchant les

bénéfices et les bènèficiers (3 vol. in-folio) ; Dogmata theologica (3 vol. in-folio), etc.

Huet (1630-1721). — Le « savant Huet », évêque d'Avranches, appartient à l'histoire théologique, philosophique et littéraire de son temps ; mais ses idées intéressent surtout la philosophie. Avec lui, le traditionalisme, qui a fleuri en France au début du XIXe siècle, trouve déjà sa véritable forme. Huet naquit à Caen ; il fit, en 1652, un voyage en Suède, qui lui permit d'explorer les trésors littéraires de ce pays ; à son retour, il fonda l'Académie de Caen (1662). Déjà connu pour son érudition, il fut adjoint à Bossuet (1670) comme sous-précepteur du dauphin. Prêtre en 1676, abbé d'Aulnay en 14)78, évêque d'Avranches en 1689, il renonça à son évêché en 1699 et finit sa vie laborieuse dans la maison professe des jésuites de Paris. Huet était poète, philosophe, théologien, astronome, helléniste et hébraïsant. Sans parler de ses éditions classiques du Dauphin, ni de ses autres travaux littéraires, ses ouvrages philosophiques principaux sont : Censura philosophiœ cartesiunœ (1689 et 1004), où il attaque la métaphysique de Descartes, dont il avait été d'abord partisan enthousiaste ; Deii-onstratio evangelica (Paris, 1679), ouvrage très érudit ;Questiones Alnetanœ (Questions d'Aulnay) de concordia ration is et fïdei (1690); Dissertations sur diverses matières de religion et de philosophie (1712) ; Traité de lu faiblesse de l'esprit humain, publié par l'abbé d'Olivet (1722).

Les idées philosophiques de Huet subirent une évolution qui est à remarquer. Dans sa Démonstration èvangélique perce déjà son système : il espère que la foi à la révélation profitera de toute l'impuissance dont la raison sera convaincue. Dans les Questions d'Aulnay, il reconnaît que la raison a une lumière propre et qu'elle précède la foi, comme la nature précède la grâce; mais il paraît croire que la raison ne peut se démontrer que son impuissance. Toutefois, par une contradiction flagrante, qui suffirait à le réfuter, il s'applique à démontrer que les philosophes anciens ont pressenti la plupart des dogmes sublimes de la foi chrétienne. Toujours plus érudit que logique, Huet s'applique ensuite, dans sa Critique, à réfuter le cartésianisme, qu'il avait d'abord admiré et dont il relève lui-même à son insu, Mais c'est dans le Traité de la faiblesse de l'esprit humain, traduit par luimême en latin, que se révèlent toutes ses tendances au scepticisme. Il reprend les arguments de Sextus Empiricus et aussi celui de Descartes, disant que nous pourrions être le jouet de perpétuelles illusions ; il en conclut , mais en outrepassant la pensée des vrais sages, que savoir douter c'est la vraie science, et qu'il faut se contenter des vraisemblances et des probabilités, jusqu'à ce que la foi nous donne la pleine certitude qui nous manque. Ce traditionalisme déclaré et radical, fut vivement critiqué par plusieurs de ses contemporains, le janséniste Arnauld, aussi bien que les jésuites, dans les Mémoires de Trévoux.

Bourdaloue (le Père), jésuite, né à Bourges (1602-1704), se place parmi les meilleurs théologiens moralistes et prédicateurs du XVIIe siècle. A certains égards, il est même sans rival. Il prêcha souvent devant Louis XIV et sa cour ; et devant cet auditoire aussi mondain que religieux, qui poussait la culture de l'esprit jusqu'au raffinement, il sut exposer la pure morale de l'Evangile. 11 obtint de grands succès dans sa mission du Languedoc, pour convertir les protestants. (V. le P. Chérot S. J. Bourdaloue, sa correspondance et ses correspondants).

(Philosophie.) Campanella (1568-1639). - - Ce philosophe résume assez bien, avec sesdoctines audacieuses et

HISTOIRE : XVIIe SIÈCLE

incohérentes, où l'esprit ancien et l'esprit nouveau se combattent sans pouvoir s'accorder, la période si tourmentée de la Renaissance. Il naquit à Stilo (Calabre) et entra dans l'ordre de Saint-Dominique, où il resta malgré ses malheurs. Accusé de conspiration contre la domination espagnole, il fut jeté en prison, y passai? ans et y composa ses principaux ouvrages. 11 parvint enfin à se réfugier en France, où il fut protégé par Richelieu. Ses ouvrages sont nombreux et témoignent d'une très grande érudition. Citons le suivant : Atheismus triumphatus seu Reductio ad religionem per scientiam veritatis'. Le plus curieux peut-être est une défense de la méthode expérimentale contre les partisans delà physique d'Aristote : Philosophia sensibus demonstrata... Le plus populaire est la Cité du soleil, plan social imaginaire analogue à la République de Platon et à Y Utopie de Thomas Morus. Hobbes (1588-1679) est le représentant du matérialisme, au XVIIIe siècle, en même temps que du fatalisme et de l'absolutisme. Sa philosophie découle naturellement de l'empirisme de Bacon, dont il fut l'ami et l'interprète. Il naquit à Malmesbury, visita, avec son élève, le fils du comte de Devonshire, la France et l'Italie, où il entra en relations avec Descartes, Gassendi, Galilée, et se signala, à son retour, par son ardent royalisme. Il est l'auteur d'une traduction de Thucydide, publiée en haine de la démagogie (1620), du de Cive ou Traité du citoyen (1634), où il défend les droits delà royauté, du Leviathan ou De materia, forma et potestate civitatis ecclasiusticœ et civilis (1651), où le parti du peuple est comparé à un monstre. Signalons aussi son traité rie la Nature humaine (1650). En 1668, il publia une édition complète de ses œuvres : Logique, Philosophie première. Physique, Politique et Mathématique. Il a raconté sa propre vie dans un poème latin. Pour Hobbes, rien n'est objet de science qui ne tombe sous l'expérience ; l'intelligence n'est qu'une manière supérieure de sentir ; il n'y a rien d'absolu, ni vérité, ni devoir, etc. On cemprend que ce matérialisme aboutisse au despotisme. Hobbes déclare, en effet, que le pouvoir du souverain est au-dessus de tout.

Descartes (1596-1650). — Le père de la philosophie moderne, celui dont l'influence, plus encore que celle de Bacon et de Locke, allait déborder sur l'Europe pensante, est Descartes, né à la Haye (Touraine). Il étudia chez les jésuites de la Flèche, servit comme volontaire, en Allemagne, en Hongrie, jusqu'en 1621, continua de voyager pour s'instruire. A 37 ans, il se retira en Hollande, où il composa la plupart de ses ouvrages : le Discours de la méthode (1637), qui fit sa réputation, ses Méditations (1641), les Principes <ie la philosophie, le traité sur les Passions de l'âme,\e traitée l'Homme ; des ouvrages scientifiques : la Dioptrique, les Météores, la Géométrie. Sur l'invitation de la reine Christine de Suède, il se rendit à Stockholm, où il mourut peu de temps après son arrivée, dans les sentiments d'une vraie piété. Ce qui distingue surtout Descartes, c'est sa méthode, dont le point de départ est le doute universel et hyperbolique. Il doute de tout, en commençant à philosopher, si ce n'est de sa propre pensée et de sa propre existence, dont le fait s'impose à lui avec une évidence invincible : « Je pense, donc je suis. » Sur ce fait primitif et sur cette évidence suprême, il espère construire toute sa philosophie. — Déjà Cousin avait publié les Œuvres de Descartes; mais une nouvelle édition, plus complète, en 10 vol., a été entreprise en 1896 par M. Adam (v. l'Histoire de la philosophie). — M. Fouillée a consacré une monographie à Descartes dans la Collection des grands écrivains.

Gassendi (1592-1655). — Les opinions de Gas-

sendi méritent d'être remarquées, tant pour leur opposition à celles de Descartes que pour ellesmêmes ; elles représentent le vieil épicurisme en face du platonisme cartésien. Gassendi naquit à Champtercier, près Digne, de modestes cultivateurs, se fit remarquer par son intelligence, entra dans les ordres en 1617, professa sept ans la philosophie à Aix, s'occupa beaucoup de mathématiques et de sciences, où il se montra observateur habile, correspondit avec le P. Mersenne et Galilée, dont il partageait les doctrines. Kepler était son ami. Comme philosophe il combattit à la fois la scolastique et le cartésianisme. Descartes le rencontra à Paris, en 1641, au premier rang de ses adversaires, et la dispute des Cartésiens et des Gassendistes occupa tout le monde savant. En 1645, il fut nommé professeur au Collège de France et il ne tardait pas à publier ses œuvres philosophiques principales, qui sont une réhabilitation du système d'Epicure. Citons : De vitâ, moribus et placitis Epicuri, iib. VII (1647) ; Syntagma philosophicum (1658). Gassendi avait publié dès 1624, à Grenoble, une attaque de l'aristotélisme : Exercitationes paradoxicœ adversus Aristotelem. Ses deux ouvrages principaux contre Descartes datent de 1642 et 1644 : Disqui.sitio metaphysica adversus Cartesium ; Dubifationes et instantiœ adversus Cartesii metaphysicam. 'iassendi s'est borné à ressusciter le vieux système sensualiste, en le corrigeant sur les points où il est ouvertement incompatible avec la foi chrétienne, tels que ceux de la Providence et de l'immortalité de l'âme. Parmi ses disciples il faut mentionner le célèbre voyageur Bernier et Sorbière.

Malebranche (1638-1715) tira l'occasionnalisme du cartésianisme. Né à Paris, il étudia la théologie à la Sorbonne, entra à l'Oratoire et s'occupa d'abord, mais sans attrait, d'histoire ecclésiastique. La lecture du Traité de l'homme de Descartes, qu'il fit par occasion, lui révéla son talent et ses goûts métaphysiques. Cette lecture l'émut si vivement que de violents battements de cœur l'obligèrent plusieurs fois à l'interrompre. A partir de ce moment (il avait 27 ans), il se voua à la philosophie et mérita bientôt le surnom de méditatif taciturne, en attendant celui de Platon chrétien. Malgré la faiblesse de sa constitution, il vécut jusqu'à un âge avancé. La première édition de la Recherche de la vérité, son principal ouvrage, datede 1674; elle ne formait qu'un volume; elle obtint le plus grand succès et fut traduite en plusieurs langues, pendant qu'elle soulevait de vives et longues discussions. Malebranche soutint et développa ses théories dans les autres éditions, qu'il augmenta beaucoup, et clans les ouvrages suivants, dont le premier fut regardé par Bossuet comme conduisant au pélagianisme : Conversations nié— taphysiques et chrétiennes (1679), destinées à mettre à la portée de tous le système exposé dans la Recherche île la vérité , Traité de la nature et de la grâce (Amsterdam, 1680) : Traité de. morale (1684); Entretiens sur la métaphysique et la religion ( I ( iSS> ; Traité de l'amour de J)im (1697): Entretiens d'un philosophe chrétien et d'un philosophe chinois (1708); Réponses à Arnau/d (1709, 4 vol.); Réflexions sur la prémotion physique (1715).

Spinosa (1632-1677) naquit à Amsterdam d'une famille de Juifs espagnols. Il se vit bientôt chassé de la synagogue, à cause de son rationalisme et de son incrédulité, et quitta même Amsterdam (1656). Il finit par s'établir à La Haye, où il gagna sa vie en taillant des verres de lunettes ; il mourut pauvre et jeune encore, après avoir consacré sa vie aux spéculations philosophiques. Son premier ouvrage annonce un disciple fervent de Descartes et date de 161',:',; il porte ce titre : Renu'.i Descartes Prin-

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