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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

cipiorum philosophiœ pars prima et secunda more geometrico démonstratif. Son Tractatus theologico-politicus (1670) fut proscrit à son apparition. Ses œuvres posthumes furent publiées peu après sa mort. La principale est Y Ethique (Ethica more geometrico demonstrata). Spinosa procède directement de Descartes, dont il avait lu les œuvres avec avidité ; mais il outre singulièrement les conséquences du cartésianisme, et il ne serait pas juste de faire porter au philosophe français toute la responsabilité des erreurs de son disciple. — L'édition complète, en latin, des Œuvres de Spinosa a été donnée, en 1896, par MM. Van Vloten et Land. L'étude de ce philosophe a été de nos jours remise en honneur et a fait l'objet d'un concours ouvert par l'Institut (V. par ex. : Delbos, le Problème moral dans la philosophie de Spinosa et dans l'histoire du spinosismé).

Locke (1632-1704) procède de Bacon, comme Hobbes, mais sans tomber dans les mêmes excès que celui-ci. Il représente assez bien l'empirisme anglais. Il naquit à Wrington (Bristol), étudia à Westminster et à Oxford, où il s'affectionna à la philosophie de Descartes, dont il se servit pour combattre la scolastique : il fut précepteur du fils de lord Ashley, depuis comte de Shaftesbury, qu'il accompagna dans son exil en Hollande, en 1683. Il revint en Angleterre, à l'avènement de Guillaume d'Orange (1688) et refusa des missions diplomatiques, préférant mener une vie tranquille. Locke fut religieux et même pieux, autant que le permet le protestantisme. Son principal ouvrage est Y Essai sur l'entendement humain ( 1690), traduit dans presque toutes les langues, qui fut réfuté par Leibniz. Citons ensuite : l'Essai sur le gouvernement civil (1690), où la souveraineté de la nation est opposée à la royauté de droit divin : c'est l'apologie de la maison d'Orange, qui venait de monter surletrône; le Cliristianisme raisonnable (1695), sorte d'apologie de la religion chrétienne ; Conduite de l'esprit dans la recherche de la vérité; Examen de l'opinion du Père Malebranche, que nous voyons tout en Dieu ; Discours sur les miracles. Remarquons aussi une sorte de traité d'économie politique : Considérations sur les suites de la diminution de l'impôt et de l'augmentation de la valeur des monnaies (1691); un traité de pédagogie, De l'Education des enfants (1093), qui est bien plus sensé que Y Emile de Rousseau et qui paraît l'avoir inspiré (V. Fechtner, ■John Loche, 1898; Marion, Locke, sa vie, son o'uvre, 1893, 2e éd.). D'après le baron de Hertling (John Loche, etc.), le philosophe anglais aurait professé des idées plus favorables au spiritualisme qu'on ne le croit communément.

Leibniz (1046-1716) est le philosophe et le savant qui attire le plus l'attention, en Allemagne, au XVIIe siècle : il domine tous ses compatriotes. Né à Leipzig, où son père, qu'il perdit à 6 ans, était professeur à l'Université, il montra de bonne heure des aptitudes merveilleuses et universelles. Ses premiers ouvrages, qui portèrent sur la philosophie, la jurisprudence, les mathématiques, la théologie, le placèrent bientôt parmi les premiers savants de son siècle. Dès l'âge de 17 ans, il soutenait sa thèse de doctorat sur le sujet si ardu du Principe d'individuation. Il vint à Paris en 1672 et put y communiquer, pendant ses trois années de séjour, avec les savants français les plus célèbres de ce temps, Arnauld, Huyghens, Bossuet, etc. Il présenta à Colbert une nouvelle machine arithmétique, que l'Académie approuva ; il soumit aussi à Louis XIV un mémoire sur le Projet d'une expédition en Egypte. Un peu plus tard il visita Londres et voyagea en Hollande, en Allemagne et en Italie. Conseiller du duc de Brunswick-Lunebourg, en 1674, il fonda les Acta eruditorum et se signala lui-

même par ses connaissances historiques. Il contribua à la fondation de l'Académie des sciences de Berlin et en fut nommé président perpétuel (1700). En 1710, il publia, en français, la Thèodicèe ou Justification de Dieu dans ses œuvres. Cet ouvrage, avec les Nouveaux essais sur l'entendement humain, dirigés contre Locke, contient ses principales vues philosophiques. Signalons aussi la Monadologie, les Principes de la nature et de la grâce, le Systema theologicum, écrit posthume ; enfin sa correspondance avec Pellisson et Bossuet, pour amener le rapprochement des protestants et des catholiques. Cette tentative avorta. Leibniz mourut donc dans le protestantisme où il était né, mais sans être attaché à la secte et en adhérant à nos principaux dogmes. C'est ainsi que, sur l'instigation de l'un des protecteurs de sa jeunesse, converti au christianisme, le baron de Bosneburg, chancelier de l'électeur de Mayence, il composa une Défense du mystère de la sainte Trinité. Bayle (1047-1706) représente le scepticisme parmi les philosophes de XVIIe siècle. Né à Cariât (comté de Foix) et fils d'un ministre protestant, il fut d'abord converti à la foi catholique par les jésuites ; puis il la renia et se réfugia à Genève. Il enseigna la philosophie à l'Académie protestante de Sedan (1075), ensuite la philosophie et l'histoire à Rotterdam, eut de vifs démêlés- avec Jurieu, fut même condamné par le consistoire et privé du droit d'enseigner (1093). Son scepticisme s'affirma plus encore, peu de temps après, dans son ouvrage principal : Dictionnaire historique et critique (1695- 1007), dont la seconde édition, plus complète, est de 1702. Bayle y attaque toutes les doctrines et n'en établit aucune. Il combat en particulier la théorie de Leibniz sur l'origine du mal et cherche à ruiner la thèse du libre arbitre. Depuis lors on a souvent renouvelé ses objections.

(Droit, politique.} Grotius ou Hugo de Groot (1583-1645), né en Hollande, est le politique le plus grave de son époque. Dans son fameux ouvrage du Droit de la paix et de la guerre, il expose d'une façon remarquable le droit naturel et le droit des gens. Bien que protestant d'origine, il se montre souvent favorable au christianisme et même au culte de la sainte Vierge. 11 s'efforça de concilier les protestants et les catholiques, mais s'attira la persécution des premiers. Loin de partager le dédain des lettrés pour Aristote et les scolastiques, il reconnaissait leur mérite et s'accordait avec eux sur bien des principes du droit ; il admettait, avec eux, l'immutabilité du fond même de la loi naturelle, sans toujours bien entendre cette loi, par exemple quand il permet le mensonge dans certains cas. Grotius est regardé généralement comme le fondateur de la science du droit ; mais il a eu seulement le mérite de réduire en système les vérités enseignées avant lui ; même il en sacrifie plusieurs.

Pufendorf (1632-1094) est célèbre par ses travaux sur le droit : son nom est souvent associé à celui de Grotius. Né à Chemnitz (Saxe) et fils d'un pasteur protestant, il enseigna à Heidelberg. En 1070, il se retira en Suède, craignant les suites de la publication de son ouvrage : De statu imperii germa nici . Deux ans après, il publiait son œuvre capitale : Du droit de la nature et des gens. Pufendorf s'est inspiré de Grotius et aussi de Hobbes. Il sépare complètement le droit naturel de la morale ; il n'assigne pour objet au premier que les actes extérieurs, qui ressortissent au for extérieur; en sorte que le droit naturel s'occuperait de la légalité des actes humains, mais non de leur moralité. Leibniz combattit vivement cette erreur. Remarquons aussi que, selon Pufendorf, la sociabilité est fondée sur l'amour de soi ou l'égoïsme, en vertu duquel l'homme cherche tout à la fois le

HISTOIRE : XVIIe SIÈCLE

concours de ses semblables et la défaite de ses rivaux ; or, c'est aux lois sociales qu'il appartient de régler ce concours et cette rivalité, que l'on appellera plus tard la lutte pour l'existence. Pufendorf n'a donc pas vu ce que le devoir, la liberté généreuse et l'amour désintéressé apportent de grand et d'indispensable à la création et surtout au progrès de la société.

(Jurisconsulte. ' Doniat. né à Clermont (1025-1696) et avocat du roi au siège présidial de cette ville, fut le plus grand jurisconsulte de son temps. Son livre : les Lois civiles dans leur ordre naturel, est regardé comme la préface du Code Napoléon. Il était lié avec les solitaires de Port-Royal, en particulier avec- Pascal .

(Orateur du barreau.) Patru (1004-1081), avocat, .né à Paris, se fit remarquer comme jurisconsulte et surtout comme orateur. Il épura l'éloquence du barreau. Reçu à l'Académie, en 1040, il y introduisit l'usage des discours de réception. Il fut estimé comme grammairien et critique, jouit de l'amitié de Racine et de Boileau.

(Economiste.) Bois-Guillebert, mort en 1714, cousin de Vauban, était lieutenant-général au bailliage de Rouen. Il est célèbre surtout comme économiste. En 1695, il publia le Détail de la France sous Louis XIV, réédité en 1712 sous ce titre : Testament politique de Vauban. Cet ouvrage, avec le Factum de la France, dans lesquels il proposait certaines réformes, le firent exiler.

(Lettres, écrirai us. érudits.) Arnauld d'Andilly, né en 1588, était le fils aîné d'une très nombreuse famille, qui avait pour chef l'avocat au parlement Arnauld, qui fut comme le second fondateur de Port-Royal-des-Champs. Arnauld d'Andilly se retira dans cette solitude (1043) et y traduisit les Confessions de saint Augustin, l'Histoire des Juifs de Josèphe, les Vies des saints Pères au désert, etc. Il mourut en 1074. (V. sur les écrivains de ce siècle, le P. Longhaye, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle. 4 vol.)

Arnauld (Antoine), ^0'' fils de l'avocat Arnauld, né à Paris (1012-1094), est le plus célèbre de la famille. Docteur de Sorbonne et prêtre, il adhéra avec passion au jansénisme, écrivit le livre de la Fréquente communion (1643l, etc., et dirigea Port-Royal. Avec Nicole et Lancelot, il composa: la Grammaire, la Logique, les Nouveaux cléments de géométrie (1656-1668). Obligé de quitter la France en 1079, il se retira dans les Pays-Ras et mourut à Liège. Comme philosophe, il se rattache assez bien au cartésianisme par l'esprit et la méthode. Néanmoins il adressa au Père Mersenne des Objections contre les Méditations de Descartes ; il combattit la vision en Dieu de Malebranche. Ses Œuvres remplissent 48 vol. in-8.

Lemaistre de Sacy, un des plus célèbres solitaires de Port-Royal, né en 1013, était frère puiné d'Antoine Lemaistre et petit-fils <le l'avocat Arnauld. Il fut mis quelque temps à la Bastille (1 OC»!)- 1009) et chassé de Port-Royal (1079). On lui doit des traductions, surtout celles de V Ancien et du Nouveau Test a ment.

Lancelot, né à Paris (1615-1695), fut introduit par Saint-Cyran dans la société de Port-Royal et enseigna aux Petites-Ecoles. Il collabora à divers ouvrages destinés à l'enseignement, etc. On lui attribue surtout le Jardin des racines grecques. Nicole, né & Chartres ( 1625-1695), entra à Port- Royal, où était sa tante la célèbre Mère Angélique, et devint, l'une des lumières du parti. Il revoyait les écrits d'Arnauld, les Provinciales etles Pensées de Pascal. Malheureusement tant de talent

fut trop souvent consacré à la défense du jansénisme, dans lequel cependant il montra plus de modération qu'Arnauld ; il fut forcé 'de s'expatrier en 1077. Après la Lot/ique dont il fut l'auteur, avec Arnauld, et qu'il avaitd'abord enseignée aux Petites- Ecoles, il faut signaler ses Essais de morale, recueil de traités particuliers, dont la publication fut commencée en 1071 ; ils fondèrent sa réputation comme moraliste. Remarquons aussi le Discours contenant en abrégé les preuves naturelles de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme (1070), où l'on dirait que l'auteur a parfois en vue la réfutation des tendances sceptiques de l'auteur des Pensées. Nicole se montra plus favorable qu'Arnauld à la théorie de la connaissance de Malebranche.

Pascal est le penseur et l'écrivain le plus célèbre qui ait habité Port-Royal. Né à Clermont (1023- 1662), il montra de bonne heure un véritable génie pour les sciences : à 12 ans, il avait découvert par lui-même les 32 premières définitions du livre d'Euclide ; à 16 ans, il écrivait un traité des Coniques, qui étonna Descartes lui-même ; à 18 ans, il inventait une machine arithmétique. On le dit aussi l'inventeur du haquet et de la brouette. Ses expériences sur l'équilibre des liquides et la pesanteur de l'air achèvent de le placer parmi les premiers savants de son temps. Un accident qui lui arriva au pont de Neuilly (1654) le convertit tout à fait, mais le jeta dans les bras des jansénistes. 11 se lia avec Arnauld et vint habiter Port-Royal-des-Champs. De ce moment datent ses écrits philosophiques, et aussi ses polémiques théologiques : Entretiens sur Epictète et Montahjne ; Lettres Provinciales (1656-1657), sorte de pamphlet très habile et finement écrit, dirigé contre les jésuites, à l'instigation des jansénistes, mais qui attrista l'Eglise et déshonore son auteur; enfin les pensées, laissées inachevées, mais qui suffiraient, néanmoins à sa gloire. Klles sont les éléments précieux et incomparables d'une apologie de la foi chrétienne que méditait leur auteur, qui s'y montre cependant beaucoup trop enclin au scepticismephilosophique.il mourut prématurément, après de longues douleurs, et une vie plus ou moins empoisonnée par les querelles jansénistes et des scrupules de conscience. L'autopsie fit découvrir dans le cerveau un épanchement, qui contribuerait à expliquer certaines hallucinations et les peines cuisantes auxquelles il fut sujet. Ce beau génie aurait donc côtoyé la folie. Sa vie fut écrite par sa sœur, M'"" Périer (1620-1687), née Gilberte Pascal. (V. abbé Didiot, Pensées de Pascal, 1896; Mgr Guthlin ; Michaut, les Pensées de Pascal

disposées suivant l'ordre du cahier autographe, etc., 1896.)

Jean de Launoy (1603-1678). — Ce docteur, célèbre en son temps, fut exclu de Sorbonne pour avoir refusé de souscrire à la condamnation d'Arnauld. Parmi ses travaux, il faut signaler, son Histoire des anciennes écoles et une Histoire de l'aristotélisme à l'Université de Paris [De varia Aristotelis in Academia Parisiana fortuna). Launoy fut surnommé le Dénicheur ,/,■ saints, à cause de la critique plus ou moins juste qu'il fit de certaines légendes.

Conrart, né à Paris (1603-1675), réunissait chez lui, vers 1630, une société de gens de lettres [Chapelain. Godeau, etc.) qui forma le noyau de l'Académie, dont il devint le secrétaire perpétuel (1635). Boileau a rendu célèbre son « silence prudent ». Ses œuvres manuscrites sont conservées à la bibliothèque de l'Arsenal.

Renaudot, né à Loudun (1586-1653), est connu surtout comme fondateur de la Gazette de France (1631), à laquelle collabora le généalogiste d'IIozier et dans laquelle Richelieu insérait les traités et les dépêches. .Mais Renaudot se distingua

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