‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 622 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

aussi comme savant et comme philanthrope. Il vint à Paris, en 1612, et fut nommé par Richelieu commissaire général des pauvres du royaume. Il créa des laboratoires, répandit les premières découvertes de la chimie, malgré la faculté de Paris, fonda des consultations charitables (1640) pour procurer aux malades des soins et des remèdes gratuits. Après un voyage en Italie, il créa les monts-de-piété, ouvrit un bureau d'adresses et de rencontre pour les personnes à la recherche d'un emploi, un bureau de ventes à grâce, trocques et rachat (1637). Il mourut, au dire de ses contemporains, « gueux comme un peintre ». — Son petit-fils, l'abbé Renaudot (1646-1720), académicien, laissa une belle bibliothèque et de savants ouvrages.

Vaugelas, né à Meximieux (1585-1660), fut chambellan de Gaston d'Orléans. Il entra à l'Académie en 1635, mais ne publia qu'en 1647 son premier volume de Remarques sur la langue française. Il travailla aussi à une traduction de Quinte-Curce. Il a exercé une véritable influence sur la langue française.

Du Cange, né à Amiens (1610-1688), avocat, trésorier de France, fut l'un des érudits les plus remarquables du XVIIe siècle. On lui doit : Glossarium ad scriptores mediœ etinfîmce latinitatis (3 vol. in-folio) ; Glossarium ad scriptores mediœ et inflmœ grœcitatis (2 vol. in-folio) ; Historié Bysantina, etc.

Bouhours (le Père), jésuite, né à Paris (1628- 1702) est connu surtout comme critique et comme grammairien. Ses Entretiens d'Ariste et d'Eugène, Doutes sur la langue française, rirent beaucoup de bruit en leur temps. Il écrivit l'Histoire de S. Ignace, l'Histoire de S. François- Xavier, etc.

Tournemine (le Père), jésuite, né à Rennes (1661-1739), vint à Paris diriger le Journal de Trévoux, en 1701. Il est l'auteur de nombreuses et savantes dissertations publiées dans ce Journal. Jouvency (le Père), jésuite, né à Paris (1643- 171'.)), professa la rhétorique, à Rome et y mourut. Il écrivait le latin avec pureté et élégance. On lui doit, avec de bonnes éditions : un Novus apparutus groeco-latinus ; Appendix de Diis et Heroibus ; de Ratione discendi et docendi, etc. Son Histoire de la Compagnie (en latin) fut condamnée en France par le parlement (1713).

Hardouin (le Père), jésuite, né à Quimper (1646-1729), enseigna la rhétorique et mourut bibliothécaire au collège de Clermont. Il brilla dans les langues, l'histoire et tous les domaines de l'érudition ; mais son savoir fut déprécié par un esprit paradoxal. C'est ainsi qu'il soutenait que toute l'histoire ancienne avait été composée au XIIIe siècle, que l'Enéide n'était pas de Virgile ni digne d'un grand poète, etc. Ceci ne l'empêcha pas de publier une édition de Pline l'Ancien, avec des notes, et une collection des conciles (1715). Dans son ouvrage, Athei detecti, il regardait comme athées Platon et nombre d'excellents esprits, anciens ou modernes. 11 dirigea aussi sa critique, dans ses Réflexions importantes, contre certains régents de la Compagnie, qu'il accusait d'enseigner le cartésianisme.

Saumaise, érudit, né à Semur (1588-1658), étudia à Paris, puis à Heidelberg, sous Denis Godefroy, et passa comme lui au protestantisme. Il succéda à Joseph Scaliger, dans sa chaire de Leyde, et acquit une grande réputation. On tenta vainement de le ramener en France. 11 se montra intolérant, grossier même, et s'attira beaucoup d'inimitiés.

Baluze, né à Tulle (1631-1718), fut bibliothécaire de Colbert et professeur de droit canon au Collège royal. On lui doit : les Capitulaires des rois francs (2 vol. in-folio); Lettres du pape In no- |

cent III (2 vol. in-folio); Vies des papes d'Avignon ; Mélanges, etc. Baluze fut l'un des plus grands érudits de son temps.

Grsevius, né en Saxe (1632-1703), professa l'éloquence à l'académie d'Utrecht (1661), puis la politique et Thistoire (1667). Historiographe de Guillaume d'Orange, il fut pensionné aussi par Louis XIV. On lui doit : le Thésaurus antiquitatum Romanorum (12 vol. in-folio), etc.

Moréri, né dans le Var, à Bargemont (1643- 1680), reçut les ordres à Lyon. Bien que jeune encore, il publia en 1674 le Grand dictionnaire historique qui porte son nom et qu'on a souvent remanié depuis. La 20° édition est de 1759 (10 vol. in-folio). Cet ouvrage eut un grand succès et provoqua l'apparition du Dictionnaire de Bayle. (Orientaliste.) Galland, né à Rollot, près Montdidier (1646- 1715), fit plusieurs voyages en Orient, où il accompagna d'abord l'ambassadeur de France à Constantinople. Nommé antiquaire du roi, il exécuta beaucoup de recherches archéologiques, entra en 1701 à l'Académie des inscriptions et devint professeur d'arabe au Collège royal (1709). Il est connu surtout par sa traduction des contes orientaux : les Mille et une Nuits (12 vol. in-12). On lui doit encore : Paroles remarquables, bons mots et maximes des Orientaux (1694), etc.

Rambouillet (la marquise de), née à Rome (1588-1605), était fille de Jean deVivonne, marquis de Pisani, et de Julie Savelli. Elle épousa Charles d'Angennes en 1600, fit reconstruire l'hôtel de Rambouillet, situé rue Saint-Thomas du Louvre, à Paris, et en fit le rendez-vous d'une société d'élite, grands seigneurs, gens de lettres, femmes distinguées. Celles-ci se donnaient le nom de Précieuses, qui n'avait alors aucun sens désobligeant, mais qui fut ridiculisé ensuite par Molière. Balzac (1594-1654). — Jean-Louis Guez, seigneur de Balzac, qui fut conseiller d'Etat et historiographe du roi, a été regardé comme l'un des créateurs de la prose française. On a de lui des Lettres, le Prince, le Socrate chrétien, trois livres de vers latins, etc.

La Rochefoucauld (le duc de), né à Paris (1613-1680), se mêla beaucoup aux intrigues de son temps; il fut même l'un des chefs de la Fronde et suivit le prince de Condé. Il vécut ensuite en repos et dans la société la plus distinguée, traité avec affection par Louis XIV, et s'occupant d'écrire ses Maximes et ses Mémoires. Ceux-ci sont un monument curieux pour l'histoire de la Fronde. Dans les Maximes, il s'est fait l'analyste impitoyable du cœur humain. Nul n'en a mieux montré la petitesse sous une apparente grandeur, et l'égoïsme sous une menteuse générosité. Disons cependant qu'il donne trop de part à l'intérêt et à l'égoïsme. La morale porte sur d'autres bases ; et, en fait, bien que l'homme ne puisse perdre absolument de vue ses propres intérêts, il veut se déterminer souvent et se détermine, en effet, d'une manière noble et parfaitement désintéressée (v. Bourdeau, La Rochefoucauld, dans la Coll. des grands écrivains).

La Bruyère, né à Paris (1645-1696), fut d'abord reçu avocat au parlement, puis acheta une charge de trésorier des finances à Caen. Bossuet le choisit, en 1684, pour enseigner l'histoire au petitfils du grand Condé, et La Bruyère resta dès lors attaché à cette famille princière. Il a résumé, avec beaucoup d'art, une profonde philosophie morale dans ses Caractères. Théophraste, disciple et successeur d'Aristote, n'avait laissé que quelques fragments sur ce riche sujet. Non content de les traduire et de les imiter, La Bruyère créa une oeuvre complète et originale, qui est l'un des monuments des lettres françaises. Les Caractères, qui parurent en 1688, furent lus avec une avidité d'autant

HISTOIRE : XVIIe SIÈCLE

plus grande que la malignité y chercha des allusions, auxquelles l'auteur n'avait pas toujours pensé. De là les clefs qu'on fît circuler : elles permettaient de placer un nom propre au-dessous de chaque portrait.

Perrault (Charles), frère de l'architecte, né à Paris (1628-1703), entra à l'Académie en 1671. Dans un poème : le Siècle de Louis la Grand, il soutint la supériorité des auteurs de son temps sur ceux de l'antiquité (1687) et développa ensuite longuement cette pensée dans son principal ouvrage : Parallèle des anciens et des moderne*. Mais il est connu surtout par ses Contes de fées, où sont recueillies et racontées, dans un style naïf et familier, de vieilles légendes.

Mme de Sévigné, née à Paris (1626- 16'. 16) et morte à Grignan, fille unique du baron de Chantai et de Marie de Coulanges, a laissé des Lettres qui sont restées un modèle de stylé épistolaire et qui peignent admirablement les mœurs et la société de cette époque. Devenue veuve à 25 ans, par suite d'un duel malheureux de son mari, Henri de Sévigné, maréchal de camp, elle se consacra à l'éducation de ses enfants. Elle vécut dans son hôtel Carnavalet et fut l'un des ornements de l'hôtel de Rambouillet. Elle maria sa fille, en 1669, au comte de Grignan, lieutenant-général au gouvernement de la Provence. De là l'origine de la Correspondance qui a fait sa gloire.

(Poésie, théâtre.)

Malherbe, né à Caen (1555-1628), fils d'un conseiller au présidial, résida longtemps en Provence, où il s'était marié. A partir de 16115, il vécut à la cour, où le duc de Bel lézarde lui fit une pension. Malherbe fut un réformateur de la langue et put se vanter, avec quelque raison, d'avoir dègasconnè la cour. Il combattait les néologismes, importés par l'école de Ronsard. Dès 15'.)!), il avait produit des œuvres lyriques qui avaient révélé son talent: Stances à Du l'errier, etc. Avec le sentiment de l'harmonie, il avait un goût pur et délicat. (V. de Broglie, Malherbe, 1897.)

Voiture, né à Amiens (1508-1648), fils d'un riche marchand de vins, gagna la faveur des grands par des pièces de vers, latins et français, et devint l'oracle de l'hôtel de Rambouillet. 11 fit partie de l'Académie dès l'origine (1635), fut protégé par Mazarin et Anne d'Autriche et se concilia l'estime et l'admiration universelles. On ne s'explique guère aujourd'hui cet engouement. On lui reproche surtout la recherche et l'affectation.

Corneille (Pierre), né à Rouen (1606-1684), avocat au parlement de cette ville, est le plus grand poète tragique français et peut être comparé sans désavantage aux meilleurs tragiques anciens. Il débuta en 1020 par la comédie de Médite. Mais son e/énie se révéla dans Mèdèe (1635) et le Cid ( 1636), malgré les critiques de Richelieu et de l'Académie. D'autres chefs-d'œuvre succédèrent bientôt: Horace (1G30), Cinna (1030), Polyeucte (1640), etc. 11 entra à l'Académie en 1647. Après des insuccès, il se retira du théâtre et traduisit en vers l'Imitation (1653). Sur le conseil de Fouquet, il produisit de nouvelles œuvres; mais elles furent éclipsées par celles de Racine, dont le génie alors se révélait. — Thomas Corneille, qui vécut toujours dans l'intimité de son frère, mérite de n'être point oublié (1625- 1700). Sans parler de pièces nombreuses: Ariane, Festin de Pierre, etc., il publia une édition nouvelle des Remarques de vaugelas. un Dictionnaire (2 vol. in-folio), un Dictionnaire universel, géographique et historique (3 vol. in-folio), etc.

La Fontaine, né à Château-Thierry (1021- 1695), était fils d'un maître des eaux et forêts. La lecture d'une ode de Malherbe el l'étude des anciens éveillèrent son génie. A 20 ans, il se maria et succéda à son père. Mais bientôt il vendit sa charge et

se sépara de sa femme. A Paris il fréquenta la brillante société qui se réunissait chez l'intendant Fouquet, dont il détendit la cause après sa disgrâce et sa ruine. Il revint à Paris, en 1664, fut bien accueilli par la duchesse de Bouillon, les Mortemart, etc.; il eut pour amis Molière, Racine, Boileau. Il fut recueilli par Mme de la Sablière, puis par M. d'IIervart ; car il fut toujours incapable de se suffire et montra durant toute sa vie une originalité et une sorte d'inconscience, qui excusent en partie ses égarements. Il fut reçu à l'Académie en 1684 et « promit d'être sage ». 11 mourut dans les pratiques de la pénitence. Sans parler de ses Cou/es licencieux et de divers poèmes ou autres poésies, La Fontaine a laissé des Fables, qui lui méritent une place incomparable dans l'histoire de la littérature : o Le bonhomme ira plus loin que nous », disait déjà Molière. La Fontaine emprunte d'ordinaire ses fictions aux anciens fabulistes, mais il les fait siennes par le tour imprévu qu'il leur donne. Avec ces éléments si primitifs et ces couleurs si simples, il peint au vif toutes les passions, tous les caractères, toutes les classes, et fait tenir en quelques vers ingénieux les plus grandes vérités. (V. Lafenestre, La Fontaine, dans la Collection des grands écrivains français ; de Broc, La, Fontaine moraliste, 1896.)

Molière. — Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, né à Paris (1622-1673), est regardé comme le plus grand des poètes comiques. Fils d'un valet de chambre tapissier du roi, il eut la survivance de sa charge (1637), fut reçu avocat en 1645, puis fit partie d'une troupe de comédiens et prit le nom de Mo/ière. Il parcourut les provinces et surtout le midi, avec sa troupe, dont il alimentait le répertoire. De retour à Paris, il mit sur la scène les Précieuses ridicules et se borna dès lors à « étudier le monde » (1050). Bientôt ses œuvres les plus remarquables se succédèrent. Citons : l'Ecole des femmes, le Misanthrope (1666), le Médecin malgré lui (1667), Tartufe, dont la représentation fut d'abord interdite, Amphitryon, l'Avare, le Bourgeois gentilhomme |1670), Psyché, les Fourberies de Scapin (1671) , les Femmes savantes (1672), le Malade imaginaire (1673). A la 4e représentation de cette dernière pièce, Molière, qui jouait le rôle principal, fut pris d'une convulsion et mourut dans la soirée. Il avait épousé, en 1602, Armande Béjart. (V. Livet, Lexique de la langue de Molière, L895 et suiv.)

Boileau, né à Paris (1636-1711), débuta par des Satires, qui eurent du succès. Vinrent ensuite les Epîtres (1660-1605), l'Art poétique (1673), le Lutrin. Boileau est le poète du bon sens. Il s'est fait, à l'exemple d'Horace, le législateur du Parnasse, a défendu la raison et le bon goût contre les mauvais écrivains et a frappé lui-même de beaux vers. Mais depuis longtemps on a dû élargir ou abroger ses règles trop étroites. (V. le P. Longhaye, Hist. de la littérature française au XVIIe s.; Lanson, Boileau.)

Racine, né à la Ferté Milon (1639-1699), étail fils d'un contrôleur du grenier à sel. Orphelin à 5 ans, il fut élevé à Port-Royal. Ses premières poésies lui valurent une pension du roi, l'amitié de Boileau et celle de Racine. En 1007, il donna Audromaque, qui ouvrit une série de ehets-d'œuvre. Après la comédie des Plaideurs (1668) vinrent : Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajaset (1672), Mithridate (1673), Iphigéhie en Aulide (1074), Phèdre (1077). Une cabale indigne fit échouer cette dernière tragédie, et Racine se retira du théâtre. Louis XIV le nomma alors son historiographe. A la prière de M""' «le Maintenon, il composa pour les demoiselles «le Saint-Cyr Ksther (1689) et Athalie (1691). Il écrivit une Histoire du règne de /.«'"/s XI 1, qui a péri dans un ineen-

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